‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 296 sur 348 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Décrets sur la multiplication des ministres et des titres parochiaux ; — sur Vunion des cures, pour suppléer au défaut des curés ignorants ou vicieux ; — sur la Iranslati'n dans les églises mères des bénéfices ruineux et incapables de réparations ; — sur le pou

qu'un diocèse si étendu fût sous l'œil et la main d'un seul pasteur. Tout cela se rapportait à la nécessité de la résidence.

Un troisième prélat hongrois dit qu'il fallait d'abord enlever les taches qui obscurcissent le soleil, et qu'ensuite on s'occuperait des étoiles. Tous ces mouvements augmentaient l'anxiclé des partisans de la cour de Rome. Le prélat hongrois surtout fit craindre, par CCS paroles, que la réformation, si dési-

voir des ordinaires dans les bénéfices en r^e de tous, ne (ut qu'un projet pour régler ' " ' ' la maison d'autrui , sans s'occuper de la

sienne propre. Mais comme ceux qui parlaient ainrJ étaient en petit nombre, et que personne n'appuyait leur avis, on n'eut qu'à laisser tomber leurs propos sans paraître y faire attention.

3. Venait ensuite, parmi les articles pro posés, celui qui avait rapport aux paroisses et aux autres églises où on administre le

commende ; — sur les désordres des mendiants ; — et différentes paroles des prélats sur les derniers décrets de réformation.

1. Les six articles énumérés dans le titre de ce chapitre furent examinés dans diverses congrégations tenues depuis la dernière session. Lorsque les décrets sur ces six articles furent proposés à l'assemblée avec les trois

précédents, parles députés (1), Léonard AI- baptême. Dans beaucoup de ces églises, un îer, évêque de Philadelphie et suffnigant de seul prêtre était insuffisant, soit par lamullil'cvêque d'Eistat, qui était arrivé depuis peu, lude des paroissiens, suit par la grande disprouva par un long discours que, pour déci- tance, soit enfin par les difficultés des comder sur la réformation , il fallait attendre les municalions. On régla , quant au premier prélats allemands et les inviter au concile, point, que les curés seraient contraints, par qui sans eux ne pouvait pas être œcuméni- ordre de l'ordinaire, à se pourvoir d'un nom-

bre suffisant de coopérateurs : pour le second, c'est-à-dire si tout le peuple ne pouvait venir facilement recevoir les sacrements et entendre les divins offices dans une même église, on érigerait de nouvelles paroisses, même contre la volonté des anciens curés; qu'on partagerait le territoire entre les unes et les autres, en procurant aux nouveaux curés des rentes suffisantes distraites de celles de l'église mère, et, si cela ne pouvait se faire, en obligeant les peuples à les fournir. 4. S'il faut en croire Soave, celle dernière

ce

que : agu* autrement, ce n'était plus une réforme, mais un acte de précipitation ; il dit cela d'un ton acerbe et impétueux qui choqua beaucoup de Pères. Ils condamnaient dans ce discours l'ignorance la plus gros- .sière sur des faits tels que les précédentes invitations faites avec tant de solennité , et une présomption arrogante dans ses paroles, ce qui leur parut insupportable. D'autres excusaient son peu de connaissance sur ces faits, et étaient charmés de ses bonnes intentions. Soave raconte, et il dit vrai, que l'on crut que Léonard Aller parlait d'après les instructions qu'il avait reçues des impériaux : mais ce soupçon ét'aif faux, parce que dabord les ambassadeurs d'Allemagne savaient bien les soins infinis que s'était donnés le saint-siége, par des envoyés spéciaux auprès des évêques allemands; et, d'autre part, les intentions de l'empereur

étaient toutes contraires à cette lenteur dans , ^- ,.«

la réformation , comme il paraît par ses let- l'évêque de Paris n'ait pas senti la force'de très aux légats en date de ces jours. ce raisonnement : que si l'Eglise peut obliger

2. L'évêque de Veglia s'éleva contre les ^cs fidèles à recevoir les sacrements, elle peut

ïcs forcer à tout ce qui est nécessaire à leur

(4) Toutcela se voii dans les Actes de Paleoiio et administration, et, avant tout, à nourrir ses

sSÏm^o'"^''*^^'^^"''''^"*^'*''^'"^'^''''''^'"^^^^ ministres. Voici ce que je trouve dans les

' ^" * mémoires à ce sujet. Le premier projet ac-

clause fut attaquée par Euslache du Bellay évêque de Paris, qui déclara qu'en France le clergé no pouvait lever de taxe temporelle sur les laïques ; il voulait bien croire que l'Apôlrc permit aux ecclésiastiques de recevoir leur subsistance du peuple, mais il ne leur accordait pas le droit de l'exiger. Quant à moi, je ne trouve rien de tout cela dans les mémoires , et il me paraît bien étrange que

LiviŒ i)ix-sr-:priî':ME.

cordait aux évêques le pouvoir d'établir ces nouvelles paroisses, après avoir pris connaissance des motifs et en avoir conféré avec le chapitre- Les prél-ils espagnols s'opposèrent à cette clause, en prétendant que c'était aujourd'hui une chose bien difficile de réunir les senliinents des évéques et des chanoines, et que toutes les fois (jue l'on prescrit aux' évéques de faire quelque chose avec l'assontitnent des chanoines, l'on met par là des obstacles qui arrêtent leur marche el les empêchent d'arriver à l'exécution. Alors l'évêque de Paris et quelques autres voulurent proposer, comme moyen terme, de ne pas appeler à ces conseils tous les chanoines, mais seulement les plus âgés. Cependant ce ménagement ne lut pas appuyé, et on ne put résister à la réclamation de tous les Espagnols , renforcée par les Italiens. C'est pourquoi sur cet article , comme dans plusieurs autres, on supprima l'obligation que l'on avait voulu imposer aux évêques de délibérer avec leur chapitre, soit par un effet de la jalousie de juridiction, soit par une véritable connaissance que l'expérience procure, soit peut-être encore parce que l'amourpropre nous fait voir souvent, comme plus avantageux au bien public, ce qui, dans les discussions embrouillées , se trouve plus conforme à nos intérêts particuliers. On ajouta de plus à ce décret que les évêques procéderaient en cela même comme délégués du saint-siége , afin de lever tout obstacle pour motif d'exemption ou de privilège; et ce mode fut adopté, dans la suite, dans plusieurs autres chapitres, ce qu'il nous suffira de mentionner ici pour en prévenir le lecteur bne fois pour toutes.

5. De même qu'en certains lieux, la trop grande étendue des paroisses en fit regarder la division comme avantageuse, de même l'exiguité des revenus, dans quelques autres, porta les Pères à les réunir ou à annexer des bénéfices simples aux cures. Il fallait pour cela lever l'empêchement des réserves, et rendre aux évêques le pouvoir que le droit commun leur donne là-dessus. Toile était la matière de l'article qui suivait.

6. Cette union , dit Soave, n'aurait point éprouvé d'opposition, si le peuple eût été investi du pouvoir nécessaire, et chargé d'opérer ces changements. En effet , le gouvernement des affaires de l'Eglise ne pourrait que très-bien marcher si ces affaires étaient confiées à une foule de paysans ignorants et grossiers ! Quoi de plus commun que ce proverbe : Aux enfants et au bas peuple, faitesleur du bien malgré eux? Si les peuples savaient et pouvaient se gouverner par euxmêmes , ils n'auraient pas été assez insensés pour se soumeltre à des supérieurs. Mais Soave ne néglige jamais aucune occasion de tendre vers la fin de tous ses vœux, qui serait d'établir la démocratie dans TEglise. A celte réflexion il ajoute une fable , car il raconte que Marin, archevêque de Lanciano, s'élevant contre le pouvoir qu'on proposait de donner aux évêques de procéder à celle union de bénéfic » réservés au pape , fit ob-

server que cette mesure serait préjudiciable aux officiers de la chancellerie, qui avaient acheté leurs droils et ne pourraient en être privés sans injustice. Il ajoutait qu'on devait en laisser le soin à la cour de Rome, où les raisons pour et contre seraient mûrement pesées. 11 ajoute que Marin aurait parlé plus longtemps sur cette affaire parce que luimême et ses parents étaient intéressés dans cesoifices; mais que l'archevêque de Messine, qui élait assis à côté de lui , lui fit remarquer qu'on ne ferait rien sans le consentement du pape. Il est bien facile de fabriquer ainsi des histoires satiriques contre qui que ce soit ; d'imaginer des faits à plaisir, de les interpréter en mal, sans fournir aucune preuve, sans même que ces faits présentent quelque vraisemblance aux personnes instruites dans les affaires, pourvu qu'ils paraissent tels à un peuple ignorant qui ne connaît pas même la fausseté des histoires d'Amadis et de Palmerini,etles lit ainsi avec le plus grand plaisir. J'ai eu sous les yeux les paroles de l'archevêque de Lanciano sur ce sujet (parmi les papiers des sieurs Barberini), el je n'y ai rien vu de ce dont parle Soave, mais seulement l'approbation de la proposition qui avait été faite el dont j'ai rendu compte ; et il est ridicule de penser que ce prélat, si familier avec les usages de la cour de Rome, et qui était si avant dans les confidences des légats, eut besoin d'être averti par un Espagnol que le concile ne disposerait pas, sans le pape, des bénéfices réservés au souverain pontife.

7. Une clause fut ajoutée au projet de décret : c'est que les réunions seraient faites sans préjudice des bénéficiers viv;!nts; il parut trop dur et trop difficile d'exécuter une loi qui dépouillait des possesseurs coupables d'aucun grief, surtout si, par l'effet de cette spoliation, ils étaient réduits à l'indigence, comme cela est arrivé à un grand nombre.

8. On eut la même délicatesse à l'occasion d'un autre article où il s'agissait de remédier aux défauts des curés , car là où le défaut était sans péché, comme dans les curés ignorants, on y remédia avec douceur, en permettant seulement aux évêques de leur adjoindre des collaborateurs nécessaires pour un temps, avec l'assignation d'uue partie convenable des fruits. Il n'en fut pas de même là où le défaut était criminel, comme dans les bénéfices scandaleux. Pour ceux-làil fui statué que, après les corrections convenables, on procéderait à leur déposition.

9. Considérant ensuite que la vétusté faisait tomber en ruines plusieurs églises ou chapelles dans lesquelles étaient fondés certains bénéfices, l'on proposa de transporter ces bénéfices dans l'église mère ou dans une autre plus voisine , et au premier projet de décret on joignit difTérenls règlements pour conserver la mémoire du fondateur et du saint qui y était spécialement honoré, et les droits du patronage. On avisa aussi à ce que parmi les églises qui tomberaient en ruines, celles (jui étaient curiales fussent rebâties en employant tous les moyens possibles. Outre

cela il fut ordonné qu'après la translation des bénéric( s, les lieux auparavant s.icrés poiirraienl être convertis en lieux prolaaes, mais décents, et qu'on y planterait une croix comme vestige de leur ancienne destination.

10. Les bénéfices accordés par le pape en commende, cîant exempts do tonte juridiction inférieure, étaient souvent indignement négligés parles comniendataires, tant !a liberté dégv'iièie souvent en liretice. Ce désordre fournit maiière à l'article suivant. Soave avance bien des choses contre cet usage des commendes, ou plutôt il répète ce qu'il a déjà dit sur ce sujet. Pour moi. je ne dirai pas ce que je lui ai déjà répondu ; je me bornerai à rappeler au lecteur que l'iiilcntion de Soave serait de supprimer tout bénéfice qui n'obligerait pas à la résidence, de supprimer à plus forte raison les pensions, afin que tous les revenus ecclésiastiques renfermant l'obligation de la résid née, on pût véritablement établir une règle générale et une familh' dont les membres et les officiers pussent espérer un grand avantage et s'occuper , soit de l'étude, soit des affaires majetu-es de l'Etat, sans être obligés de se renfermer dans de petites lo( alités pour vaqiier à l'office privé de l'autel et du chœur.

11. Il fut donc réglé que ces bénéfices donnés en commende sé(u!iers ou réguliers, lorsque l'observance régulière n'y serait pas en vigueur, seraii-nt visitéschaque année par les évèqucs, lesquels pourvoieraiv nt même par la séquestration des fruits à la réparation des bâtiments et à l'accomplissement des autres obligations; que dans les bénéfices de cette nature, où l'observance régulière était en vigueur, les é\éques devraient d'abord avertir paternelien-cnt les supérieurs réguliers; et si ces prélats, pendant six mois, ne faisaient aucun cas de l'admonition, l'évêque aurait le droit, comme eux, de >isiter ces

d'autres lieux pieux et pour souUtger la conscience d'un très-grand nombre de personnes à qui il serait trop péniblfc d'aller d".mander l'absolntion au souverain pontife: que dans les conciles de Lalran, de Vienne et de Lyon on avait reconnu ces désordres et qu'on y avait remédié on réformant et non en détruisant cet usage. Les légats proposèrent, comme moyen de conciliation, que ces qrcleurs ne pourrai<'nt ni publier des indulgences, ni recevoir dfs aumônes, sans être accompagnés de l'ordinaire ou d'une personne désignée par lui et à qui il serait expressément défendu de recevoir aucune partie des fo!\ds, mais les ennemis de cette profession si dépravée ne furent pas satisfaits de cet expédient, ils soutinrent que ce décret accroîtrait le nombre des quêteurs sans corriger leurs fraudes ; ils ajoutèrent que l'exemple des trois conciles œcuméniques, qu'on avait cités, prouvait également le bon vouloir de l'Eglise et l'impossibilité de corriger celte mauvaise engeance.

13. Pondant qu'on s'occupait de cette affaire, arriva l'archevêque de Lanciano, qui présenta une lettre où le pape témoignait aux li'gits (jUG son intention était de détruire entièrement ce métier tant décrié; alors ceux qui le sonienaiont plus ou moins changèrent d'avis, soit pour plaire au souverain pontiCo, soit parce qu'en le déîendant ils avaient eu priiîcipalement en vue de défendre les droits et les intérêts du saint-siége; ainsi avec l'applaudissement universel, on en dressa le décret et l'on conféra la faculté de publier en leur temps les' indulgences et autres grâces "■ irilueiles à l'évêque et à deux membres • son chapitre, qui recueilleraient fidèlen;,'nt les aumônes et autres secours sans aucun salaire, afin que chacun comprit que ces trésors de l'Eglise étaient dispensés par un esprit Je piété et non par la vue du gain. C'est ainsi qu'il faut quelquefois détruire lieux et de forcer les religieux à accomplir une chose bonne en elle-même, lorsque, étant

tout ce que leur règle exigeait.

12. La dernière discussion roîila sur les abus que commettaient ceux dont la profession est de publier dans différents W-^^ix les indulgences et autres grâces du saint-iicge et de recueillir les aumônes des fidèles au profit de la fabrique de Saint-Pierre ou d'autres églises, ou de diverses œuvres pies. Plusieurs Pères se récrièrent fortement contre l'existence et la conduite de ces sortes de gens, disant qu'ils avaient fourni le prétexte à l'hérésie de Luther, que leurs fraudes et leurs inventions a;tucieusesélaient infinies, et qu'ils trouvaient toujours moyen d'arracher l'argent à la dévote simplicité du p<uple; qu'il fallait donc supprimer entièrement une profession qui faisait perdre toute estime pour la piété dont ils se couvraient pour arriver à leurs fins coupables. Cependant cet avis ne manqua pas de contradicteurs, lis répondirent qu'il ne fallait pas arracher le blé, parce que l'ivraie s'y était mêlée, mais seulement le purger de ce mélange ; que les quêteurs étaient utiles pour soutenir un grand nombre d'hôpitaux et

devenue occasion d'un mal, elle se trouve plus préjudiciable que si elle était mauvaise de sa

nature.

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