‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 298 sur 348 · LIVRE DIX-SEPTIKME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIKME

avaient rédigé trois formules dans chacune lesquelles ils cherchaient à faire connaître ce que l'on voulait déflnir de nouveau : ces trois formules furent présentées à l'assemblée pour qu'elle choisît celle qu'ellejugerait la meilleure.

2. La première de ces trois formules condamnait quiconque nierait que Jésus-Christ, auteur et source de toute grâce, était pris tout entier sous une espèce, parce que, comme quelques uns l'affirment témérairement, on ne le reçoit pas selon Vinstitution de Jésus- Christ même sous l'une et Vautre espèce.

La seconde condamnait quiconque nierait

dène écrivant au cardinal Morone (1). Ces expressions de l'évêque de Modène sufflsent pour réfuter Soave, qui se moque des paroles du cardinal Seripandi, en l'accusant d'avoir parlé en cette occasion comme il aurait fait dans une école. Je m'appuie sur le témoignage de cet évêque, parce que Soave ayant eu occasion peu auparavant de parler de lui, le donne comme jouissant d'une réputation bien établie de science et de sincérité, quoique dans cet arlicl<! les louanges qu'il donne à Foscarari aient pour but de b'âmer le souverain pontife, qu'il suppose refroidi envers lui, parce qu'il avait

que sous une seule espèce de la très-sainte eu- soutenu l'opinion la plus sévère au sujet de charistie on reçoit véritablement et légitime- la résidence

ment ce sacrement, parce qu'on n'observe pas la véritable inslilution de Jésus-Christ.

La troisième anathématisait quiconque dirait que sous une seule espèce on prend seulement la moitié de la Cène, de sorte qu'on ne reçoit pas le vrai et légitime sacrement, parce qu'on ne reçoit vas toute l'institution de Jesus-Christ.

On choisit la première de ces lormules : seulement le mot témérairement y fut remplacé par l'expression faussement, parce que celui-ci exprime l'exclusion de la vérité dans une opinion, ce que n'exprime pas le mot témérité.

3. Cependant Guerrero ne fut pas satisfait des définitions de doctrine: car comme on

4. Le cardinal Seripandi commença par dire avec une grande douceur que si on avait pu entendre ses collègues qui avaient travaillé à la rédaction de ces articles, et écouter les mûres réflexions que l'on avait faites sur chaque parole de ces mêmes décrets, toute difficulté serait aplanie ; qu'il y avait deux discussions bien différentes sur ce chapitre VI de saint Jean; l'une entre les catholiques et les hérétiques, pour savoir si dans ce chapitre il y avait un précepte divin , et une obligation indispensable pour le salut , imposée à tout fidèle de recevoir la communion sous les deux espèces ; l'autre , entre les catholiques seulement, pour savoir si dans le même chapitre il est parlé de la communion sacramentelle, ou seulement de

voulait y expliquer dans le premier chapitre la spirituelle ; que le décret en question n'é comment, selon les divines Ecritures, l'usage tait relatif qu'à la première de ces deux dis des deux espèces sacramentelles n'est pas eussions, et qu'on y montrait que , même eu

supposant que dans ce chapitre de saint Jean il s'agit de la communion sacramentelle, la conclusion que les hérétiques en déduisent de l'obligation de communier sous les deux espèces est de toute fausseté ; mais que par rapport à la seconde discussion , le décret ne décidait rien et n'en faisait aucune mention, et qu'on ne pouvait y trouver un sens différent sans encourir le reproche d'esprit pointilleux et mal intentionné , il pria les Pères de ne pas consentir à ce que cette session, si souvent prorogée, non sans reproche, et si vivement désirée alors, trompât de nouveau l'attente impatiente des fidèles , et, en déshonorant le concile, fit perdre toute confiance à ses promesses.

5. Un autre changement fut proposé a ce même décret par Thomas Stella, évêque de Capo-d'Istria. Le texte portait : Quoique Jésus-Christ, dans la dernière cène, ait institué ce vénérable sacrement sous les espèces du pain et du vin, et l'ait donné ainsi aux apôtres , cependant cette institution et celte action n'ont pas pour but d'obliger tous les fidèles, par l'institution de Notre -Seigneur . à communier sous les deux espèces. L'évêque de Capo-d'Istria désirait que le concile ne se

regardé comme nécessaire au salut, on citait plusieurs textes du sermon de Jésus-Christ contenu au chapitre VI de l'Evangile de saint Jean, où le Sauveur parle souvent indifféremment, ou de la manducation de sa chair et de la potion de son sang réunis, ou seulement de la manducation de sa chair, pour nous faire comprendre que la seconde manière suffit. C'est alors que Guerrero opposa ce que nous avons dit, que Sala, évêque de Viviers, avait objecté, à la première présentation de ces décrets, que plusieurs Pères avaient pensé que dans ce sixième chapitre de saint Jean il n'était pas question de la manducation et de la potion sacramentelles, mais seulement spirituelles du corps et du sang de Jésus-Christ, et qu'il ne convenait pas au concile de définir indirectement l'interprétation contraire ; et par ces paroles il souleva une telle question sur la teneur du décret qui était proposé, qu'il paraissait impossible de la vider dans l'intervalle de deux jours seulement qui restaient jusqu'à la session qui avait été annoncée. C'est pourquoi le cardinal Seripandi, qui avait présidé cette discussion particulière, craignit fort qu'un nouvel embarras ne vînt retarder d'une manière peu honorable la marche du concile, et il soupçonna que la difficulté soulevée par l'archevêque de Grenade avait pour but d'occasionner ce retard ; reprenant 'la discussion sur ce point, il parla d'une njanière admirable et miraculeuse, au dire de l'évêque de Mb-

(i) CeUeatTalre est racontée en partie dans les Actes de Paleolto, en partie dans une letlre longue et détaillée de Tévêquo de Modène au cardinal Morone. et dans une autre de r;irchevê(iue de Zara au cardinal Cornaro du 16 juillet 1^5%

bornât pas à celte affirmation pure et simple , mais qu'il déclnrât que ces paroles de Noire-Seigneur, buvez-en tous, d'où les hérétiques prélendent tirer Tobligation universelle du calice, que ces paroles , dis-je , n'avaient pas élé dites à tous les fidèles, mais aux prêtres seuls dans la personne des apôtres.

6. Voyant donc que les oppositions se raullipliaient , Bovio , évêque dOstuni, et Naclantus, évêque de Chiozza , qui étaient des principaux préposés à la rédaction décos articles, demandèrent la parole et rendirent un compte détaillé de toute l'affaire, leurs raisons et leur conduite eurent l'approbation générale, mais sans conclusion. L'on ne put, dans celle matinée, fermer la discussion. Toutes les autres difficultés étaient aplanies ; seulement les esprits de plusieurs Pères étaient indécis sur la question souli'véc par l'archevêque de Grenade , soit à cause de limporlance du sujet , soit par l'autorité de celui qui avait élevé cette difficulté , et le nombre de ses adhérents.

7. Cependant le cardinal Seripandi , voulant à tout prix éviter ce retard, et se montrer conciliant, avec cet art plein de douceur mais irrésistible qui porte les adversaires à la conciliation , avança que si quelqu'un trouvait quelque formule plus mesurée et qui garantît plus sûrement la non condamnation de l'une ou de l'autre exposition des paroles de Notre-Seigneur dans le cliapitre VI de saiiit Jean, il était disposé, ainsi que ses collègues, à l'adopter avec empressement. Il sortit de l'assemblée aussitôt après avoir parlé delà sorte , Ht venir Gncrrero, vers lequel il envoya l'archevêque de Zara , et ils se concertèrent entre eux pour trouver celte tournure plus mesurée, et après plusieurs propositions, plusieurs projets, ils convinrent que dans le décret on ajouterait au sujet de ce même chapitre de saint Jean : De quelque manière qu'on Venlende suivant les différentes interprétations des saints Pères et des docteurs. Cette addition fut portée le même jour à la nouvelle assemblée générale, et l'approbation y fut donnée, non à l'unanimité, mais simplement par la majorité des suffrages. Il y eut quatre-vingt-trois voix pour l'admission , et cinquante-sept contre. Ces derniers soutenaient qu'il était contre la dignité du concile , en s'appuyant sur un texte si célèbre de la Sainte-Ecriture , de parler du doute sur le véritable sens de ce même texte, et en même temps de le laisser publiquement sans décision , par des paroles expresses; que la première réd;jclion où l'on passait sous silence celte controverse , était plus honorable. Il y en eut qui , voyant qu'il s'agissait de définir ime chose d'assez peu d'imporlanee , 0|»iiièrrnt pour le rejet, portés à cela parle désir de mortifier l'archevêquo de Grenade, qui paraissait vouloir se croire plus sage que les autres, cl exercer sur eux une sorte de suprématie. Cependant on doit lui en savoir gré, parce que cette précaution fut en lui une œuvre de science Ql de prudence ; cl l'on voit par la que dans

la plupart des jugements, le peu de confiance envers celui qui fait une proposition n'est pas toujours un motif suffisant pour la rejeter.

8. Mais Soave se trompe encore ici, parce qu'il a élé mal informé. 11 prétend que celte addition fut proposée par Guerrero, dans la chaleurde la dispute à celle même assemblée, où il s'éleva contre la teneur de ce même décret, etque l'on donna les aviselTon recueillit les voix à l'improvisle : C'est pourquoi (ce sonl ses propres termes) {/ paraît que cette addition'a été mise par force , tandis que les chose se passèrent bien différemment, et tout se fit avec mûre réllcxion. 11 ne se borna pas à cette erreur sur celle congrégation, mais il raconte que d^ns le projet de décret il était dit que l'Eglise avait pu changer l'usage du calice, par cela qu'elle a changé la forme du baptême ; que l'évêque d'Alifes s'éleva en s'écriant que c'était là un blas; hème , que la forme du baptême était immuable, et qu'il n'y a aucune autorité qui ail droit sur les choses qui sont de lessence des sacrements conmie la matière et la forme. Il ajoute que là-dessus , après qu'on eut parlé longtemps de part et d'autre, on résolut enfin de supprimer celle phrase. Mais, grand Dieu ! quelle témérité dans Soave de vouloir nous faire croire les choses les plus incroyables ! Le cardinal Seripandi et lanl de fameux théologiens réunis de toutes les parties du monde, cl qui avaient examiné avec tant de soin chaque syllabe de ces décrets, ne s'étaient donc pas aperçus de ce que l'on enseigne dans les premiers éléments de la théologie, que la matière et la forme des sacrements sont immuables 1 Rétablissons les faits tels qu'ils se sonl passés. Dans le projet de décret qui fut présenté à la congrégation dont nous parlons, et dont Paleolto rapporte l'histoire, on ne lisait pas le mot de baptême , mais il en avait été fait mention dansl'avantprojetqui avait élé proposé longtemps auparavant, comme nous l'avons dit en son lieu. Cependant ces hommes savants n'avaient jamais dit , il n'était pas même venu à leur pensée que l'on pût dire que la forme des sacrements eût été ou pût cire changé. Voici les paroles de cet avant-projet que je vais traduire avec une exactitude scrupuleuse , sans m'occiiper de la dureté de leur construction : Quoique tes sacrements aient été institués par Jésus-Christ leur auteur, cependant la manière d'en tiser est réservée à CEglise, qui , dans Vadininistration des sacrements, opérant avec conseil et raison, varie leur rit comme elle juge convenable. Cela est démontré par le sacrement de baptême si souvent varié dans son rit, puisqu'aijant été célébré dans un temps avec trois immersions, il < n admet aussi une seule. De même Vimmersion, r aspersion et f effusion ont souvent changé leur ri!. C'est ainsi que parlaient ces hommes savants, et l'on n'a jamais cru qu'il soit sorti de leur bouche, encore moins de leur plume, ces révoltantes absurdités que Soave ose leur attribuer. Mais, ainsi que nous l'avons observé, les Pères eurent en vue la plus

LIVUK DIX-SEPTŒME.

grande brièveté, et l'attention de fournir le moins qu'il serait possible matière de chicane aux ailversaires , c'est ce qui fit retrancher cette phrase et beaucoup d'autres. Le fait est que dans cette dernière assemblée il arriva qu'en expliquant (1) la doctrine, elle fut confirmée de vive voix par l'exemple du baptême quant au rit, et non quant à la forme. C'est sur cela que l'cvêque d'AIife s'éleva en disant que les rites du baptême n'avaient jamais été changés. Mais une affirmation sembL;ble ne lui fit pas honneur (-2).

9. Après avoir terminé cette contestation sur le chap. VI de saint Jean , les présidents espéraient qu'il ne s'élèverait plus aucune difficulté et qu'aucun autre obstacle ne s'opposerait à la célébration de la session dans deux jours. Mais uîi nouveau dérangement survint au moment où ils s'y attendaient le moins. Le lendemain, peu avant midi, se présentèrent au cardinal Hosius , les théologiens Alphonse Salmeron et François Torrès, et ils lui diront qu'en leur qualité de théologiens du souverain pontife, ils ne pouvaient s'empêcher de faire connaître à Son Eminence que dans les décrets qui devaient être liés à la session il y avait, à leur avis, certaines choses indignes d'un pareil concile, et qui avaient besoin de correction. Celui-ci en fit part à ses collègues, et il obtint que les deux théologiens seraient entendus en présence de quelques hommes savants qui se trouvèrent là par hasard, tels que Jean-Jacques Barba, napolitain, évêque de Terni, sacristain du pape, que nous avons déjà nommé comme un des théologiens {liv. VllI, chap. i) dont le pape Paul III se servit dans les affaires du concile ; Foscarari de Modène, Corromero d'Almeria, Trivigiani de Vérone, et le religieux Pierre So'o; afin que si leurs observations étaient véritablement importantes, elles fussent présentées à l'assemblée. Leurs difficultés reposaient sur quatre articles.

10. La première consistait en ce que dans l'exposition du commandement imposé par Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la cène par ces paroles : Buvez-cn tous, on n'avait pas fait connaître les raisons d'où l'on inférait que ces paroles n'imposaient pas à tous les fidèles l'obligation de communier sous les deux espèces. Cette raison, disaient-ils, comme Salmeron avait tâché de le prouver, par la réunion d'un grand nombre de preuves, dans son premier avis que nous avons rapporté, celte raison était qu'un tel commandement ne se rapportait pas à tous les fidèles, mais seulement à tous les apôtres et par eux à tous les prêtres; et pour preuve de cela ils regardaient comme invincible l'argument tiré des paroles suivantes : Toutes les fois que vous boirez, failes-le en mémoire de moi; parce que, sans aucun doute, il n'appartient qu'aux prêtres de faire ce sacrement.

(1) LeUre en cbilTros de Yisconli au cardinal Borromée, du 16 juillet 156'i.

(2) Gdlro les dociimeiils que nous avons cités, voir une letlre des légats au cardinal Borroniée, du 16 juillet, cl une de rarclievc(|uc de Zara du mcnic jour.

11. La seconde difficulté, présentée pair Salmeron et Torrès, était qu'il serait honteux pour le concile de laisser cette incertitude au sujet du chap. VI de saint Jean, et de ne pas affirmer, comme une chose indubitable, que Jésus-Christ, dans ce discours, parle de la communion sacramentelle, puisqu'il n'y avait, dans tout l'Evangile aucun texte plus formel pour prouver l'obligation que notre divin Rédempteur impose de recevoir ce sacrement.

Ils dirent , en troisième lieu , que les deux preuves alléguées dans le second chapitre pour établir que l'Eglise a toujours eu le pouvoir de varier ou changer dans les sacrements sauf leur substance, ce qui, selon la variété' des choses, des temps et des lieux, lui paraîtrait plus utile au bien de ceux qui les reçoivent et à la vcncralion qui leur est due ; que ces deux preuves tirées de la première Epître aux Corinthiens, l'une chap. IV, Que Vhomme nous regarde comme les ministres de Dieu et les disprnmteurs des sacrements de Dieu ; l'autre , qui est un effet et une exécution du précédent texte, où après avoir réglé certaines choses sur l'usage de ce même sacrement, lapôtre saint Paul ajoute {chap. Il) : Quant au reste, je le réglerai quand je viendrai; ils faisaient observer que dans le premier texte, duquel dépend le second, il ne s'agissait pas des sacrements, et qu'en supposant même que ce fût là le sens de l'Apôtre, le dispensateur n'a pas le droit de faire des changements , mais seulement celui de l'exécution.

Enfin la quatrième objection de ces deux théologiens était que la preuve par laquelle on prétend démontrer que les enfants n'ont pas besoin de communier , parce qu'ayant reçu la grcâce par le baptême, ils ne peuvent la perdre, que cette preuve n'était pas admissible, parce que, quoique les enfants ne puissent pas perdre la grâce, ils peuvent cependant l'augmenter, et il ne paraît pas que l'on doive empêcher en eux cette augmentalion. Ils voulaient donc qu'on en substituât une autre qui démontrât la convenance de cette privation , et c'était , disaient-ils , parce que les enfants étaient incapables de distinguer le pain eucharistique du pain commun, et que, par conséquent, ils ne pouvaient pas s'éprouver eux-mêmes pour le manger dignement, comme le prescrit l'Apôtre.

12. Les présidents demandèrent l'avis des théologiens susnommés ; et ceux-ci, après s'être concertés avec soin, conclurent unanimement que tout avait été bien rédigé, et que rien n'avait besoin d'être changé, excepté peut-être le troisième article.

Ouant à la première difficulté, ils dirent que l'on décidcraii à tort que les paroles de Notre-Seigneur dans la cène s'adressaient aux seuls apôtres et par eux aux seuls prêtres puisqu'il y a tant et de si graves docteurs, parmi lesquels on compte saint Thomas, qui les appliquaient aux autres disciples, et qu'ea conséquence l'exposition contraire, quoiqu'elle ne fût pas condamnable, ne devait pas être proposée comme certaine, d'autant plus

HÏSTOlRli DU CONCILE DE TRENTE.

que l'apôtre saint Paul dans la deuxième aux Corinthiens, raconte cette institution faite dans la cène comme commune aux prêtres et aux laïques ; qu'ainsi le concile ne pouvait mieux faire en cela que de laisser à chacun la liberté de l'entendre à sa manière, fil de baser l'exclusion de cette nécessité universelle, soutenue par les hérétiques , sur l'usage et l'autorité de l'Eglise.

13. Pour la solution de la seconde difficulté ils dirent que l'Eglise étant enrichie de deux interprétations sur ce chap. VI de saint Jean, chacune d'elles était propre à réfuter les preuves qu'en déduisaient les hérétiques, et qu'il ne lui convenait pas de se réduire à une seule, d'autant plus que, par rapport à l'hérésie des Bohémiens , on avait coutume dans les écoles de défendre la communion sons une seule espèce, restreinte aux adulte? , en répondant que dans ce sermon de Notrc- Seigneur Jésus-Christ il était <iuestion de la communion spirituelle ; et de lait, plusieurs graves docteurs l'entendaient ainsi et qu'on ne pouvait alors accuser cette opinion de

communion sacramentelle n'était pas nécessaire à ces mêmes enfants , il n'y avait pas de preuve plus évidente que cette vérité: que les enfants baptisés n'avaient besoin d'aucun autre sacrement pour mourir en état de grâce. Cela étant une fois établi, l'un et l'autre usage restait au choix libre de l'Eglise , qui pouvait, pour des motifs raisonnables, choisir l'un ou l'autre, comme il était dit dans le décret. Cet accident si notable , et si bien relaté dans les mémoires du temps , soit privés, soit publics, qui parlèrent du concile, a été ignoré de Soave.

15. Toutes ces difficultés étant donc aplanies par la conclusion que nous venons de voir, le moment arriva de se réunir enfin en assemblée générale. Dans cette réunion, on mit la dernière main à tous les décrets , et il fut résolu d'annoncer la future session pour le 17 septembre , parce que la chaleur excessive , et la fiitigue des Pères occasionnée par les congrégations réunies chaque jour (1), ne permettaient pas de prescrire un terme plus court , afin de préparer les ma-

nouveauté et dire qu'elle n'avait été imaginée tières qui devaient être décidées. On se ré-

que pour se défendre contre les arguiiients des nouveaux hérétiques.

14. La troisième question était plus épineuse. D'un côté, il paraissait que les témoignages allégués avaient un fondement suffisaut : car le mot grec mystère est orylinairemenl pris dans le sens de sacrement, et la majeure partie des interprètes donnent aux paroles citées de saint Paul cette signification. Cela étant admis , l'Apôtre y distingue deux offices, celui de ministre et celui de dispensateur, par deux paroles grecques dont la première signifie : exécuteur , sous-diacre , sousministre , comme l'explique le concile de Laodicée; le second, qui , selon l'Apôtre, se rapporte spécialement aux sacrements , est ohovifAoç, déduit des racines grecques oIko? et v5/>«M ce qui signifie dispensateur de la maison; que si l'exécuteur, par sa nature, n'a pas de nouvelle autorité , il n'en est pas de même de léconorae ; et que celui-là est ré-

serva cependant, pour cette fois et pour toutes les autres , la faculté d'avancer ou de reculer l'époque désignée pour les sessions, et cela en dehors des sessions , toutes les fois qu'on le jugerait nécessaire

16. Déjà la séance était levée, et les Pères se disposaient à sortir, lorsqu'on entendit un cri d'Arrias Cagliego, évêque de Gironne , vieillard décrépit, qui dit : Retournez, messeigneurs, et écoutez-moi. Les légats, préférant le respect dû à la liberté du concile à la majesté de l'assemblée, s'assirent de nouveau, et rappelèrent chacun à sa place.

Cagliego se plaignit alors que les Pères ayant dit bien des choses importantes, on ne les avait pas mises en exécution, et dit que si l'on ne remédiait pas à cette négligence , on devait s'attendre à un grand tumulte dans la session du lendemain. Les légats répondirent avec bonté que si dans les décrets on découvrait quelquechosede repréhensible, il

putéfidèledispensateur et économe qui, dans fallait le corriger, qu'on pouvait en avertir les

l'usage des pouvoirs qu'il a comme tel, dispose les choses convenablement, selon la fin pour laquelle il est établi, c'est-à-dire pour l'honneur de son maître. D'un autre côté on voyait que cette discussion n'était qu'un argument probable et vraisemblable. C'est pourquoi on rectifia la formule par laquelle on citait ces passages; et au lieu de dire, comme auparavatit : Comme Va témoigné clairement l'Apôtre, on se décida à dire : Comme il parait que V Apôtre Vinsinue clairement.

Quant à la dernière difficulté, on répondit que la raison que Salmeron et Torrès voulaient que l'on regardât comme la principale, ne pouvait servir de base à la décision du

députés : mais que si l'on trouvait qu'ils fussent défectueux , et ne dissent pas assez , il fallait considérer que ce qui n'est que commencé dans une session s'achève dans une autre, que toute addition à une loi est une chose si importante , qu'on ne la discute pas dans quelques heures. C'est ainsi qu'ils calmèrent ce bon vieillard.

17. Il ne fut pas aussi facile de calmer les deux théologiens qui peu auparavant avaient contredit les articles de doctrine qui avaient été préparés ; mais se bornant à la première objection qu'ils avaient faite, et qu'ils croyaient la plus forte en preuves, ils parlèrent si fortement, ce soir, qu'ils gagnèrent, non-seulement un grand nombre de Pères ,

concile, parce que quoiqu'elle fût fondée sur mais encore le légat Hosius, et le cardinal Ma

l'autorité de docteurs respectables , si elle drucci ; de sorte que ces deux cardinaux,

était reçue au nom de l'Eglise universelle , s'entendant avec les autres légats , obtinrent elle condamnerait absolument l'ancien usage

de donner l'eucharistie aux enfants; qu'ainlîi (1) Leme des légals au cardinal Borromée, du 16

pour prouver contre les hcrélitjues que la juillei 1562.

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