‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 299 sur 348 · LIVRE DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME

qu'il serait fait un chnngemont dans la rédaction du premier article; qu'aux paroles du premier décret on y substituerait cellesci : Cependavt celle instilulion et celte action ne s'élend pas d tous les fidèles, au point que par l'institution de Jésus-Christ ils soient obligés de recevoir Tune eU'autre espèce; cette obligation est seulement pour ceux à qui il donne le pouvoir de consacrer , et d'offrir son corps et son sang. Cependant les légats ne jugèrent pas à propos de présenter ce changement à la session sol'^nnelle , sans eu avoir fait instruire chaque Père en parliculier ; et comme il n'yavait pas d'autre temps favorable, ilsenfirentdonneravis a chacun dans l'église, le malin , avant la messe. Mais quoique cette nouvelle rédaction fût bien accueillie par un grand nombre, la majorité s'y refusa , et surtout l'évéque de Modène et l'archevêque de Grenade Celui-ci, qui connaissait très-bien saint Thomas, envoya quérir en tcmtc hâte la troisième partie de la Somme, et il trouva à la question quatre-vingtième, article onze, le passage où le saint docteur étend les paroles deNolre-Seigncurdans la cène aux laïques mêmes , puisqu'il s'en sert pour prouver que Jésus-Christ a fait une loi à tous les fidèles de recevoir l'eucharistie. Et sur ce passage, quoique le cardinal de Gaëte s'efforçât de prouver que l'on peut même soutenir qu'il n'y a point de loi divine , mais seulement une loi de l'Eglise qui oblige à recevoir ce sacrement , et que d'après cela on peut recevoir les arguments de saint Thomas comme probables et non comme incontestables, il répondità tous ces arguments l'un après l'autre. Cependant il est certain que ce grand docteur ne borne pas cet ordre de Jésus-Christ aux seuls prêtres , ce qui aurait appuyé son sentiment ; mais il essaye de s'en défendre par d'autres armes.

18. Les légats, entendant le grand mL^rmure causé par cette nouveauté , également contraire au respect dû au saint sacrifice , au lieu où on se trouvait, et à ce qu'ils avaient prévu en adoptant la nouvelle rédaction . firent faire silence, et ordonnèrent de mettre fin à toute conférence là-dessus, parce que si les Pères avaient quelque nouvelle observation à faire, on pourrait la traiter plus convenablement en s'occupant des décrets sur le sacrifice de la messe.

19. Dans le récit qu'il fait de cet incident, Soave nous donne encore des preuves nouvelles de son ignorance des faits doni il parle. Il dit d'abord que pendant qu'on chantait la messe, les jésuites Alphonse Salmeron et François Torres senlretinrent , l'un avec Vévéque de Wnrmie, l'autre avec le cardinal Madrucci, derrière les sièges desquels ils se tenaient debout . et disaient que dans le premier chapitre de doctrine etc. , en rapportant l'addition qu'ils voulaient faire admellre comme nécessaire, et il ajoute: La lecture du décret ayant été achevée , l'évéque de Warmie , et après lui le cardinal Madrucci en firent la' proposition. Rien de tout cela n'est vrai, ni même possible.

D'abord il n'y a rien de vrai . car premiè-

rement, les actes et les mémoires manircriis qui ont été répandus partout, et nsciiie les Actes du concile imprimés à Anvers [l'an 1564) pouvaient lui démontrer que To;rès n'était pas alors jésuite, et qu'il n'entra dans la compagnie que trois ans après la clôiure du concile (1) , et si Soave a lu dans quelque paperasse négligée une note contraire à la vérité, il devait savoir que de même que tout bois n'est pas propre à faire une statue de Mercure, de même tout écrit n'est pas bon pour servir de document historique. Outre cela, toutes les objections des deux théologiens eurent lieu la veille , et furent proposées à chaque Père dans l'église avant la grand'messe , ainsi que l'affirment Paleolto , l'archevêque de Zara, et l'évéque de Modène, témoins oculaires, et leurs témoignages appuyés par les mémoires et les actes authentiquos du conciie, qui se conservent dans le château Saint-Ange, et qui donnent ce fait comme nous l'avons rapporté; et après la messe on recueillit les suffrages avant la lecture du décret.

J'ai dit que le conte de Soave était nonseulement dénué de vérité, mais encore impossible. La preuve évidente en est : que les propositions se faisaient au nom de tout le concile par l'évéque célébrant, ou avec moins de solennité par le secrétaire, ou quelquefois extraordinairement par le premier président. Or les cardinaux Hosius et Madrucci, n'ayant point celte qualité, ne pouvaient ce jour-là remplir cet office.

20. Soave est encore dans l'erreur lorsqu'il dit que celle proposition fut repoussée par la majorité, non pas pour elle-même . mais à cause de la manière dont on V avait présentée à Vimproviste. C'est tout le contraire : déjà beaucoup d'évêqucs savants avaient suffisamment examiné ce point, ils en avaient conféré entre eux, et il avait été longtemps discuté peu auparavant. Et même dans l'ég!is.', ainsi que nous l'avons dit, Guerrero se fit apporter la Souune de saint Thomas, et il fit voir que les paroles étaient contraires à l'addition proposée.

Il s'éloigiie encore plus de la vérité lorsqu'il dit que pour le même motif , elle ne fut pas du goût dès légats, mais que par respect pour le lieu saint ils se bornèrent à dire que cette discussion serait renvoyée à la prochaine session. Mais si celte addition avait déplu aux autres légats, comment les cardinaux Hosius et Madrucci auraient-ils pu en faire la proposition ? Toutes ces erreurs de Soave, quand nous n'aurions pas d'autre uionument , se trouveraient réfutées par la lettre que le cardinal Seripandi écrivit à la fin de celte session au cardinal Borromée, comme il le faisait habituellement après chaque session {du )i juillet 156-2). Mais Soave ne néglige aucune occasion de représenler chaque action du concile connue irréfléchie et lumuilueuse , afin de faire perdre tout respect

(!) Il y entra le 26 décembre 1562, comme on le voil dans la Bil>liotliè(Hie des écrivains de la compagmie, iiiipiimée parPliilippe Alegambe.

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HISTOIRE DU COiNCILE DE TRENTE.

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et toute confiance en cette sainte assemblée.

21. Venons-en maintenant à la (érénionic. Le célébrant fut Marc Cornaro,archevcque de Spalalro, le (1) sermon fut fiiit par André Dudizio Sbardellato, évêquc de ïinia, et il ne put s'empêcher d'appuyer indirectement sur la concession du calice, très-désirée dans son piys. Ensuite l'addition présentée par Salmeron et Torrès fut proposée aux Pères, par des billets remis à chacun ; et le secrétaire, ayant recueilli les suffrages, déclara à haute voix qu'elle était rejetée par la trèsgrande majorité, et qu'en conséquence le décret serait publié sans addition.

22, Ensuile on vérifia les pouvoirs de l'ambassadeur de Bavière ; et après cela le prélat officiant étant monté en chaire donna lecture des décrets préparcs d'avance. Les cardinaux répondirent simplement : Placct , excejalé le cardinal Hosius qui, ne voulant ni contrarier ses collègues, ni révoquer le conseil qu'il avait donné la veille, prit le parti de s'en remettre au jugement du saint-siégr, et ajouta à son adhésion ce correctif : Si cela plaît à notre saint-père le pape, cola me plaira à moi au si. Elie, patriarche de Jérusalem, en fit autant. Stella, évêque de Ciipo-dlstria , n'approuva pas dans le premier chapitre les paroles qu'avait fait ajouter l'archevêque de Grenade sur le témoignage tiré du chapitre VI desainlJe;m à ces paroles : Hœc quoiiescumque.... Il fut soutenu dans sou opposition par Diego de Léon, et Jean Munnatones, tous deux augustins déchaussés, et évêquos l'un de Coïmbre, l'autre de Ségorbe. L'évêque de Capod'Istria n'approuva pas non plus la raison alléguée dans le quatrième chapitre sur la communion des enfants, mais il proposa d'y substituer une raison qu'il appelait apostolique, parce qu'il prétendait la déduire du précepte de l'Apôtre : Prohet scipswn homo. Quelques-uns trouvèrent déplacée l'opposition de Philippe Marie Campège (2) , évêque de Feltre, qui désapprouvait que l'on répétât dans le chapitre VI de saint Jean les différentes paroles de Notre-Seigneur où il parle tantôt de sa chair et de son sang, tantôt de sa chair seule ou du pain seul ; il ajouta que dans la forme où elles étaient dans l'Evangile il les révérait, mais qu'il les réprouvait dans la manière dont le décret les annonçait: il jugeait qu'elles y avaient été placées peu convenablement en ce qu'en rapportant ces paroles, comme le fait le décret, on semble dire que Noire-Seigneur s'est contredit. Personne autre que lui n'aperçut dans les termes du décret l'ombre de ce qu'il y découvrait. Mais comme certains yeux ont le privilège de faire jaillir des étincelles de lumière, de même il paraît que d'autres ont celui de faire naître les ténèbres et l'ambiguïté. On lut ensuitelesdécretsderéformation, que tous les Pères approuvèrent, à l'exception de sept qui demandaient l'un dans un article , l'au-

(1) Priiicipalemeiil le Diario ilti 16 juillet 1562.

(2) Dans les Actes de PaleoUo cl la leUre déjà citée de l'èvêquc de Modèiic au cardinal Moroiie.en dalc dn 16juilleH562.

tre dans un autre, des petites correction^ trop minutieuses pour que nous y arrêtions le lecteur. Le décret qui fixait l'époque de la procl»aine scssiin reçut l'approbation générale. Dans ce cliœurde Pères, comme dans ceux de.-; musiciens, quelque défaut ou quelque âpreté dans un petit nombre de voix fait encore mieux ressortir pour les oreilles justes, les délices de Tharmonie.

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