Aussitôt que les légats furent délivrés
de tous les soucis que leur avait causés la
il est de foi que les unes et les autres étaient session, ils purent employer le temps et don-
' " " " ÎS al s grand désir de se réconcilier avec le cardinal de Mantoue , non-seulement à cause de la grandeur du personnage et des avertissements du pape, mais aussi parce qu'il espérait, en regagnant son amitié, diriger ses actions et ses jugements ; c;ir il avait déjà remarqué que le président avait agi (1) dans la question sur la résids^nce, moins selon ses propres idées que d'après celles du cardinal Seripandi , qui était un théologien partisan très-zélé de celte opinion , et il savait d'ailleurs qu'il est bien plus facile de détruire les impressions que nous avons reçues d'autrui, que celles qui viennent de nos propres sentiments ; il avnit donc résolu d'aller directement traiter de celte réconciliation avec lui , et par la force d'une démarche si humble, soutenue par sa présence et ses paroles, de faire dans une heure ce que n'aurait pas obtenu dans plusieurs mois , la peine presque inutile des médiateurs; mais Visconti en avait retardé l'exécution, afin de s'assurer
(I) Tdiii cela se trouve en deux loi 1res de Viscoiiii au car<lin;il Borroinée, des 18ci 20jiiillei 1562
justes et raisonnables. Si le concile n'a pas ner tous leurs soins pour mener à bien le jugé à propos d'exprimer les motifs de cette affaires qui restaient à traiter. Le cardina loi, qu'y a-t-il dans celte réticence qui soit Simonella avait toujours témoigné le plu
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étonnant ou digne do censure? N'est-ce pas ainsi qu'en agissent tous les jours les juges et les législateurs sages, pour éloigner des peuples les occasions de chicane ? D'ailleurs, dans le cas dont il s'agit, ces niolifs étaient connus, etjpubliés par un très-grand nombre d'écrivains.
11. Après les articles de foi, Soave va diriger deux attaques contre ceux de discipline. La première contre tous, parce que les matières, selon lui, n'étaient pas assez importantes; la seconde contre l'érection de nouvelles paroisses là où les anciennes ne suffisaient pas. Nous avons déjà répondu suff.samment à ces deux attaques; cependant, comme par manière d'appendice à la seconde, il ajoute qu'on devait obliger les clercs riches cl non le peuple à faire les dotations des nouvelles paroisses, je lui demanderais volontiers s'il a jamais vu que lorsqu'on fixe un traitement à un médecin ou à un maître d'école dans un canton, ce traitement soit pris seulement sur les revenus des riches, et non pas sur les revenus de tous, tant riches que pauvres, et en proportion avec leurs biens,
I22S LIVUK WX-SEPTIEME.
d'abord si ce moyen, qui certainement était le plus sûr, ne serait pas employé en vain. Lorsqu'il fut assuré par Olive et l'évêque Scarampi , que le cardinal de Manloue était bien disposé , le cardinal Simon(>tta leur dit que le cardinal de Mantoue lui avait fait connaître qu'il voulait lui communiquer une lettre en chiffres qu'il avait reçue de Rome, relativement à la concession de l'usage du calice (je crois que ce doit être celle dont nous avons parlé plus haut, qui était adressée au premier légat et portait la date du 9 juillet). Visconti l'engagea à suivre l'idée qu'il avait de profiler de cette entrevue confidentielle, pour entrer en matière sur les démêlés passés , éclaircir les faits embrouillés et défigurés et montrer, en tout son jour, la sincérité de ses intentions, afin de dissiper entièrement tous les sujets de refroidissement. C'est pourquoi le 19 juillet, jour où se fît la première réunion après la cinquième session, et où l'on proposa les articles que les théologiens devaient examiner pour la sixième, le cardinal Simonetta, au sortir de l'église où se tenaient alors ces sortes de réunions, s'invita, de lui-même , familièrement à dîner chez le cardinal de Mantoue, qui demeurait tout près de là. Leurs discours ne furent que des excuses réciproques , et comme tous les cœurs généreux sont faciles à pardonner, le cardinal de Mantoue se déclara satisfait, et le cardinal Simonetta voulant s'excuser au sujet de quelques prélats de sa maison qui avaient mal parlé du premier légat, celui-ci linlerrompit en lui disant gracieusement : iVoMs pourrons parler de cela une autre fois, voulant faire entendre par son silence, ce qu'il déclara ensuite par le ministère d'Olivo et de Scarampo , qu'il se contentait du changement de leur conduite pour toute satisfaction. Il montra la même douceur et la même modération dans la lettre qu'il écrivit ensuite au cardinal Borromée (1), car ce dernier lui ayant fait savoir par le cardinal de Gonzague qu'il voulait proposer au pape de retirer les pouvoirs de commissaire à Saint-Félix, parce qu'il n'était pas assez respectueux dans les discours qu'il tenait à son égard, il lui répondit qu'il ne convenait pas en ce moment de troubler les esprits par des actes de ressentiment particulier. Ce qui fut trèsagréable au cardinal ' Borromée , tant a cause de la délicatesse du procédé, que pour l'utilité que le concile pouvait retirer de celte conduite désintéressée.
2 Une autre chose qui contribua encore très-puissamment à accélérer la marche des affaires commencées par le concile, ce lut la réception d'une lettre du roi d'Espagne (2), adressée au marquis de Pescara ; elle arriva la veille de la réconciliation. Philippe témoignait combien il était content et satisfait de la conduite des autres princes et des
m Comme on le voit par une le|ire du cardinal Borromée au cardinal de Mantoue du 20 août 1562. . (2) La même leure de révê(iue de Modene au carëi. a Morone, et une autre de l'arciieveque de Zara au cardinal Cornaro, l'une et l'autre du 20 juillet
GoNC. DE Trente. IL
progrès pacifiques du concile ; quant à la continuation, il disait que voyant la grande répugnance de l'empereur et du roi trèschrélien, et par suite les troubles qu'une t<'Ile déclaration aurait pu occasionner, son intention était que les Espagnols se désistassent de leur demande, qu'il suffîsail qu'on ne fît aucun acte qui y fût opposé; par rapport à la résidence, il louait les évêques de leurs bonnes intentions, cependant il jugeait cette définition peu opportune pour le moment , et il entendait, en conséquence , que l'on ne fît aucune instance. L'archevêque de Grenade ayant vu les termes de cette lettre au sujet de ia résidence, répondit: Eh bien! soil. Le pape ne veut pas de cette définition , et le roi ne voit pas les grands biens qui s'y attachent. Ses conseillers sont l'archevêque de Séville et Vévêque de Cuença, qui ne se soucient pas de la résidence. J'obéirai en m' abstenant de protester, mais je ne cesserai pas de demander celte déclaration toutes les fois que fen trouverai l'occasion ; et je sais qu'en cela je n'offenserai pas Sa Majesté. S. Ce fut encore le 19 juillet que Marin , archevêque de Lanciano , présenta le bref (1) du pape en réjjonse aux évêques qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, s'étaient excusés auprès de lui par une lettre commune sur leur conduite au sujet de la dispute relative à la résidence. L'archevêque remit ce bref à Beccatelli , archevêque de Raguse , comme au plus digne en l'absence de Sébastien Leccavela , archevêque de Naxie , en le priant de réunir ses collègues pour que tous entendissent de la bouche du porteur les sentiments du souverain pontife. Cette réunion eut lieu dans l'église cathédrale après vêpres , et là en présence de tous le bref fut ouvert; il contenait l'expression de la grande joie qu'avait éprouvée le pape par la manifestation de leur dévouement affectueux pour le saintsiége; que sur la déclaration qu'ils avaient demandée pour statuer si l'obligation de la résidence pastorale était de droit divin oli de droit ecclésiastique, il était assuré que chacun avait parlé selon sa conscience. que cela ne lui déplaisait pas , qu'il vouLiit au contraire que chacun jouît d'une entière liberté dans le concile; mais qu'il désirait sur toute chose qu'il se gardassent bien de s'offenser les uns les autres, et de causer du scandale; qu'ils savaient combien ils étaient exposés à la malignité des hérétiques, qui examinaient attentivement toutes leurs démarches ; qu'en conséquence il les exhortait paternellement à cette union et à cette modération, et que pour le reste ils s'en tinssent à ce que leur dirait en son nom l'archevêque de Lanciano. Après cela l'archevêque leur parla avec tant de confiance et d'affection que tous ces prélats furent persuadés, sait par le contenu de la lettre, soit par les paroles de l'envoyé , qu'ils étaient très-bien dans l'affection et l'estime du pèro
(1) Donné le l''juilIeH5G2.
[Trente -neuf.)
commun des fidèles,
ce qui les remplit d'une grande consolation. L'archevêque avait différé neuf jours après son retour de remettre ce bref, ce qui avait inquiété beaucoup ces prélats (1) et leur avait fait concevoir des craintes , parce qu'ils savaient que ce bref avait été écrit depuis {le i" juillet , comme il est dit ci-dessus) quelque teiî^ps; et comme ces sortes d'écrits se répandent facilement, le bruit courait qu'ils en avaient reçu des copies , même de Venise. Ce délai était un effet des conseils de Yisconli (2) , mais je ne puis en savoir le motif ; peut-être ce fut pour mieux juger par les effets des promesses de ces prélats en attendant le résultat de la session, peut-êlre aussi afin de ne pas leur donner cette marque d'affection dans un moment où on eût pu la regarder plus comme une preuve quon avait besoin d'eux, que comme une marque de la bonté paternelle du souverain pontife.
4. Le pape, informé de la réconciliation des deux légats et de la docilité des évêques italiens, ainsi que des instructions données au nom du roi d'Espagne aux prélats de ses Etats, conçut une entière confiance que les esprits divisés au sujet de l'artic'.e sur la résidence pourraient se calmer en laissant dormir celte affaire , d'autant plus que Vargas, ayant reçu de son roi (3) des instructions dans le même sens, était venu le prier d'empêcher qu'on s'occupât encore de cette question. H prescrivit donc aux légats d'agir dans ce sens-là en leur communicant confidentiellement la lettre du roi catholique à son ambassadeur Vargas, et fit connaître à Visconti que comme il était assuré que les Espagnols abandonneraient leurs poursuites, il y avait tout lieu de penser que les Italiens en feraient de même, puisque jusque-là ils avaient é!é poussés par les Espagnols ; que les légats lui avaient d'abord écrit (4) qu'on ne pouvait faire tomber entièrement la discussion de cet article, et que tout ce qu'ils espéraient obtenir , c'était que cette décision fût renvoyée au souverain pontife; que cependant depuis que le roi catholique avait fait connaître ses intentions à ce sujet , il ne serait plus difficile d'assoupir entièrement ces débats : que Visconti fît donc connaître à l'évêque de Noie et aux autres confidents du cardinal de Mantoue tout létat de cette affaire et le fondement sur lequel s'appuyait l'espérance du saint-père , sans cependant rien dire qui pût faire soupçonner qu'il ne se fiât pas entièrement à ses soins ; qu'il leur fît entrevoir et au cardinal de Mantoue que tous les obstacles étant aplanis , si la chose ne réussissait pas,
? (1) LelUe du cardinal Seripandi au cardinal Borro î aaée du 16 juillet 1562.
i (2) Lettre de Visconti au Cardinal Borromée, du 1 juillet 1562.
(3) Tout cela se trouve dans une lettre secrète du cardinal Borromée à Visconti, du 5 août 1562,
(4) Lettre des légats au cardinal Borromée, du 20 *uille' 1562.
on pouvait l'imputer au cardinal pour n'avoir pas agi assez efficacement auprès des prélats dont les voix lui étaient assurées. Tels furent les moyens qu'employa le souverain pontife.
5. 11 n'est pas hors de propos de remarquer que les légats n'eurent pas connaissance de la lettre de S. M. catholique au marquis de Pescara, le jour où Visconti en fut averti, car ils écrivirent le même jour (Deux lettres des légats au cardinal Borromée, du 20 juillet i562) au cardinal Borromée, pour lui témoigner leur étonnement de ce que les Espagnols jusqu'alors si ardents pour la déclaration de la continuation, se fussent subitement imposé silence sur cet article. Et ils lui firent connaître encore que l'empereur, toujours opposé à cette déclaration, leur avait fait dire qu'il se chargeait de gagner là-dessus le roi d'Espagne son neveu, et d'agir de telle sorte que personne, soit prélat, soit ministre, ne parlât plus à ce sujet. C'est ainsi qu'il arrive souvent que les ministres subalternes diffèrent de communiquer les instructions qu'ils reçoivent aux représentants supérieurs de ces mêmes princes, afin de se montrer plus diligents observateurs, et mieux informés ; car à peine s'en trouve-t-il quelqu'un qui, en faisant les affaires de son maître, ne travaille également pour son propre compte.
6. Mais pour ce qui regarde la résidence, les légats [Lettre des légats au cardinal Borromée, du 30 juillet 1562 ) ayant eu dans la suite connaissance de la lettre du roi d'Espagne, écriviient cependant àRome : que l'on ne pou\all malgré cela espérer de terminer cette affaire sans une décision quelle qu'elle fût ; que tous les prélats espagnols avaient répondu dans le sens de l'archevêque de Grenade, dont nous avons parlé ci-dessus ; et qu'en conséquence le plus honorable et le plus facile moyen de calmer cette tempête dans le concile était de faire en sorte que les prélats s'accordassent à remettre cette question au jugement du pape. Visconti parla dans le même sens en faisant connaître (1) au cardinal Borromée la teneur d'une lettre écrite au roi catholique sur ce sujet, et sigiiée de tous les prélats de son royaume, à l'exceplion de Mendoza, d'Augustin et de six auat's qui refusèrent leur signature et en montrèrent une copie, et ensuite l'un d'eux la fit disparaître. Dans celte lettre, par un effet de la passion, qui altère les lumières de l'esprit, ils altéraient beaucoup la vérité. Ils disaient : 1° que les deux tiers des prélats souhaitaient ardemment cette décision, tandis qu'en effet les voix en faveur de celte décision ne seraient pas arrivées à la moitié; 2° que lorsqu'elle fut présentée au concile, sur cent quatre-vingts Pères, il n'y en eut que dix qui refusèrent de consentir à cette définition, et que quatre à peine s'opposèrent à définir que celte obligation était de droitdivin :
(i) Leitre de Visconti au cardinal Borromée du 6 aoûi 1.^62. et copie de la même envoyée dans una autre du 13 août 1562.
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