Dans la congrégation du lendemain
{Dans la lettre secrète du 13) sur des relations on détermina certains moyens pour procéder
verbales, le sens de cette lettre, de telle sorte que lorsqu'il en eut vu un exemplaire il trouva moins fidèle le premier récit qui lui en avait été fait de vive voix.
7. Cette inflexibilité des prélats espagnols fit évanouir l'espérance qu'avait conçue le pape, et lui montra en même temps que la froideur du premier légat n'était pas le seul obstacle à cet assoupissement ; c'est pourquoi (1) il prescrivit aux légats de garder le silence, si les Pères se taisaient; si quelques-
avec décence , avec ordre et avec célérité. D'abord le cardinal de Mantoue (2) se plaignit fort que quand le discours de quelqu'un paraissait trop long à certains Pères, ils cherchaient à lui imposer silence en frottant les pieds à terre; ce qui était une chose indigne de cette assemblée : et que si cela se renouvelait, les légats étaient décidés à se retirer , ne pouvant supporter cette inconvenance pour le pape qu'ils représentaient; il proposa ensuite différentes règles
uns parlaient, de négliger leurs paroles, et que convenues avec les autres légats : et d'abord si le grand nombre élevait la voix, ils enga- \i dit que pour l'exposé des questions on geassent le concile à renvoyer cette décision / pouvait fixer le terme de demi-heure que né ■ ■ dépasseraient pas les théologiens du second
ordre, et après lequel ils seraient avertis
au saint-siege
8. Cependant les opérations du concile n'en étaient pas moins actives. Dans la (2) congrégation du 19, comme il a été dit, on proposa
,1) Différentes lettres d-i cardinal Borromée aux légals, cnire autres celles des 6 et 8 août 1562. \ (2) Actes de Paleolio, du château Saint-Ange ou 10 iiiiilel 1562.
par le maître de cérémonies de cesser leur
(1) Le Diario du 20 juillet , et plus amplement les actes «lu ciiàleau Saint-Ange, même jour.
(2) LcllreA 'jnejilionnées par l'évêque de Modeiie au carciirLil Moi'one, et par rafctievêque deZara, le »
juillet 15o2.
discours; -que parmi ces théologiens on observerait le rang de leur dignité, tel que nous l'avons [rapporlé ailleurs. On proposa encore et l'on régla certains articles pour la distribution des matières aux orateurs ; mais je ne les rapporterai pas, parce que la plupart ne furent jamais mis en exécution, vu que le fondement qu'on avait posé en leur prescrivant le terme de demi-heure, ne fut pas soutenu.
10, Cette obligation fut attaquée par plusieurs prélats qui objectèrent que tous les théologiens n'étaient pas dignes d'être entendus également, et qu'il yen avait qu'il n'était ni convenable ni utile de réduire à ce court espace. Les présidents répondirent que ceux-là et tous les autres pourraient donner par écrit à des commissaires le surplus qu'ils jugeraient devoir faire connaître. Malgré celte réponse, le règlement éprouva une résistance subite et irrésistible. Salmeron, qui était le premier des théologiens du saintsiége, refusa de se soumettre à aucune loi pour la durée de ses discours, disant que là où il s'agit de faire des décrets au nom du Saint-Esprit, il ne voulait d'autres bornes pour expliquer son sentiment que celle de L'inspiration du Saint-Esprit; que sur des matières si graves il valait mieux garder le silence que de parler défectueusement, et quoique pussent dire les légats, lui assurant que par égard particulier pour lui, on n'y regarderait pas de si près, il s'obstina à refuser toute limitation de temps. En effet, dès la congrégation suivante, il occupa lui seul toute la séance, et ïurrès en fit autant dans la suivante; de sorte que, i)our ne pas montrer de la partialité, il fallut supprimer cette nouvelle loi. Les légats en conservèrent quelque humeur contre Salmeron, non à cause de lui, comme ils l'écrivirent au cardinal Borromée, mais parce que son exemple les avait forcés à compromettre leur dignité et à porter préjudice à la célérité des opérations , en supprimant cette ordonnance avant qu'elle eût eu un commencement d'exécution.
il. Suave ne manque pas de broder cet incident à sa manier.' : il dit que ces deux jésuites transgressèrent cet ordre avec une grande arrogance, Salmeron s'y opposant, parce que, comme orateur du saint-siége, il prétendait qu'on ne devait pas lui prescrire de bornes, et que cependant en parlant toutle matin il n'avait exposé que des idées communes et indignes d'être racontées. Voilà quatre faussetés démenties parles mémoires authentiques que j'ai rapportés; ce n'était pas deux jésuites, mais un seul; ils ne transgressèrent pas la loi avec arrogance, mais ils obtinrent la dispense des légats. Salmeron ne s!y opposa pas comme étant exempt, en sa qualité de théologien du saint-siége, mais il déclara qu'il préférait garderie silence plutôt que 'le ne pas dire ce que sa conscience exigeait sur
qu'il s'y plaignît un peu de sa longueur; et» d'après Paleotto, il agita la célèbre question si Jésus -Christ s'était sacrifié lui-même pour nous dans la cène, et cette question, au dire de Soave lui-même , fut le sujet de grandes disputes parmi les théologiens et ^parmi les Pères. Mais quiconque aura lu les écrits de cet illustre docteur sur les Evangiles ne pourra qu'être étonné de voir que Soave, pour le plaisir de critiquer, ne craigne pas de passer pour un ignorant quand il ose traiter d'orateur commun ce savant qui a mérité d'être choisi par le pape pour son premier théologien dans cette importante assemblée. Il aurait pu avec plus de vérité reprocher à Salmeron que la cour de Rome ne vit pas avec plaisir son opposition à cette limitation de temps ; car le pape eût désiré que précisément parce qu'il était son premier théologien {deux lettres du card. Borromée aux légats, du 29 juillet et du 6 août 1562), il se distinguait en donnant le bon exemple, et Sa Sainteté ordonna à ses légats de l'en avertir pour l'avenir. Mais ceux-ci, avant d'avoir reçu la lettre du pape, avaient compris la diliculté de soutenir leur règlement, ils écrivirent en ce sens-là au pape, qui s'en rapporta à leur jugement.
12. On proposa également dans la congrégation du 20 de choisir un certain nombre de prélats pour préparer les décrets doctrinaux, et d'autres pour recueillir les abus qu'il y avait a réformer sur le saint sacrifice. Le choix des uns et des autres fut remis par les Pères aux légats, qui proposèrent les plus illustres théologiens de toutes les nations pour le premier sujet, et des hommes non moins recommandables par leur savoir et leur vertu pour l'autre. Ils devaient préparer leurs matières avec les théologiens du second ordre. Quelqu'un proposa d'adopter les canons préparés sous le pontificat de Jules 111. Mais [dans la lettre déjà citée de Vévêquc de Modène au cardinal de Morone) on objecta que dans les choses qui n'étaient pas définies il ne convenait pas que le concile composé de cent quatre-vingts prélats soumît aveuglément sa conscience à l'opinion de soixante. La majorité du nombre et de l'âge se fait préférer aux autres avec plus de raison et plus de chances de victoire, parce qu'elle a contre elle un titre moins excellent, qui n'est pas celui de la valeur et du mérite.