En supposant que cela ne réussît pas
continue Fabre , au moins l€ cardinal de Lorraine aurait- il fait bien réussir ruff-nre de la réformalion, parce que les Esoap'nols étaient
bien disposés, mais qu'ils manquaient de chefs et étaient déconcertés par les dernières Icllres de leur roi. Au commencement il avait dit que non-seulement on ne pouvait pas obtenir par le moyen des orateurs que le synode accordât ce qui était conforme à l'Ecriture et à la pratique de la primitive Eglise, mais qu'on ne pouvait même faire recevoir ce qui était contenu dans les décrets et les canons émanés du saint-siége.
Si en écrivant de la sorte il a voulu dire que les rites actuels de l'Eglise sont contraires à l'Ecriture sainte , il a parlé tout à fait en protestant. Si ensuite il se désole ii* ne pouvoir réduire toutes les affaires de l'Eglise aux usages des temps apostoliques, ni également à tout ce qui dans les différents siècles a été ordonné par les papes, l'étonnement d'un si grand juriste est lui-même très -surprenant ; car c'est une vérité connue de tout le monde, que les lois elles coutumes humaines , quoique saintes et légitimes dans un temps, changent sans injustice dans nn autre. Et eu supposant même que cela fût arrivé en partie à cause de l'imperfection des hommes, ignorait-il combien sont difficiles et dangereux les grands changements, lors même qu'ils sont inspirés |)ar le désir du mieux? Ne savait-il pas que l'usage, lorsqu'il est passable, doit être préféré à bien des améliorations? Quel royaume, quel peuple pourrait et voudrait aujourd'iiui rétablir tous les usages et toutes les lois qui existaient lors de sa fondation? 11 aurait dû considérer si cela eût été possible en France. En vérité ce sont là des propos de séducteurs ou de leurs dupes , et sous prétexte de remédier aux maladies de l'Etat , ils sont des brandons de discorde.
10. Les ambassadeurs impériaux commencèrent à être plus contents du pape et des légats que ne l'étaieni les Français. On vit revenir à Trente Arrivabene (1) , que le cardinal de Mantoue avait envoyé à Rome pour se disculper, ainsi que nous l'a vous rapporte. Entre autres instructions il avait annonce que le souverain pontife désirait que l'on donnât satisfaction à l'empereur en permettant l'usage du calice à ses sujets. Cela fut ensuite confirmé par différentes lettres du cardinal Borromée (2). Les légats avaient répondu que c'était là leur sentiment; mais qu'ils avaient des doutes sur la réussite de cette proposition si elle était faite au concile , et qu'ils croyaient plus facile, ce que le pape avait aussi approuvé pour (3) le cas oiî l'on verrait s'élever des difficultés , c està-dire de proposer et à l'assemblée d'exprimer dans son décret qu'en général il était possible d'accorder des dispenses sur ce sujet , sous certaines co«ditions qu'on déterminerait , et de laisser au saint-siége le droit de
(1) Lettre des légats au cardinal Borromée, du 4
août 1562. j. , .„ w„„
(2) Aux légats en commun et au cardinal de Man-
lOMft en particulier. i ' », j„ k
(3) Leiire du cardinal Borromée «ux légale, da S
août 1562.
juger si dans tel ou tel cas particulier les conditions étaient de nature à motiver la dispense , parce que le souverain pontife, occupant un rang plus érainent, avait plus de lumières, et qu'étant revêtu d'une autorité perpétuelle et qui continuait après le concile, il avait plus de moyens pour obtenir que les conditions prescrites fussent remplies.
Les légats ajoutaient qu'ils auraient bien employé quelques moyens pour que le concile accordai de son propre mouvement cetle grâce, mais qu'ils n'osaient rien entreprendre là-dessus, ne sachant pas quel en serait l'effet et l'interprétation, soit à Trente, soit ailleurs.
11. Deux jours après que les légats eurent adressé cette réponse au souverain pontife (1), l'évêque du diocèse des cinq Eglises vint leur demander quelles instructions ils avaient reçues du saint-siége sur celte affaire. Ildisait que l'empereur le pressait dans toutes ses lettres, qu'il lui mandait qu'il n'était presque plus possible d'empêcher quelque grave désordre chez les peuples de ses domaines, quoiqu'ils fussent pour le reste trèsdévoués au saint-siége; que ces peuples étaient cxtraordinairement affligés de ce que la dernière session, qu'ils espéraient devoir leur accorder cetle grâce si désirée, n'avait pas produit pour eux ce fruit si impatiemment attendu, et que d'après leur manière de voir ce délai n'était rien autre qu'un refus, il ajouta que le roi de Bohême n'avait obtenu qu'avec beaucoup de peine de la dernière diète les subsides pour la guerre contre les Turcs, qu'il avait dû pour cela promettre qu'il agirait de tout son pouvoir et ferait agir l'empereur son pèro auprès du concile pour leur obtenir cette grâce. 11 dit encore qu'à la première nouvelle de l'élévation de Pie IV sur le trône pontifical , ils avaient ressenti une joie incroyable , parce qu'ils avaient e-péré obtenir de ce souverain pontife cette grâce, puisqu'il avait vu de ses propres yeux l'avidité et le besoin qu'en éprouvaient ces provinces. Les légats l'assurèrent de la bonne volonté du pape, à quoi l'évêque répondit qu'il en avait été assuré par l'ambassadeur d'Allemagne qui était à Rome. Les légats lui firent ensuite part de leurs craintes sur la réussite, à cause de la variété des sentiments des Pères, et ils lui parlèrent de l'expédient qu'ils avaient conseillé au pape comme le plus favorable ; mais l'évêque ne fiil pas persuade de l'efficacité de cet expéûient, il répondit que ces peuples en conclu-
(1) Lettre des légats au cardinal Borromée, du 6 août 156-2.
raient que le concile n'était pas libre et qu'il n'avait pas.le pouvoir d'accorder cette grâce, et que le pape ayant renvoyé cette affaire au concile, si le concile la renvoyait encore au pape on soupçonnerait quelque artifice et quelque duplicité en celui en qui, pour le bien de la religion, il fallait avoir une entière confiance. C'est pourquoi l'on proposa une autre manière de procéder : ce fut d'a^ dresser au concile une demande appuyée de motifs tels qu'on pût espérer que cette grâce serait facilement accordée; par exemple , que ces peuples seraient tenus de croire, d'observer et de défendre entièrement tout ce qui avait été décrété par ce concile, afin que les Pères, voyant une si ample rémunération de bien pour l'Eglise ei d'honneur pour le concile, considérant en outre l'autorité et la satisfaction de l'empereur et du roi des Romains , seraient plus disposés à cetle concession. Ce parti parut si satisfaisant à l'évêque des cinq Eglises quil en témoigna sa reconnaissance aux légats dans les termes les plus expressifs, et leur fit toutes les offres de service qu'il put imaginer,
12. Peu après, de retour de Prague, l'archevê(iue qui, comme nous l'avons dit , était allé couronner l'empereur Maximilicn ( Lettre des légat'i au cardinal Borromée du 13 août 1362); et il renouvela les instcincos du roi de Bohême pour obtenir cetle dispense ; il assura en outre les légats de la pleine satisfaction de Sa Majeslé pour leurs lettres et leurs actes.
Tels étaient les sentiments , les pensées , et les désirs du pape, des autres princes et de leurs ambassadeurs , pendant que les théologiens du premier et du second ordre s'occupaient à rédiger les décrets sur les questions du saint sacrifice , et qu'ils en avaient réglé à la majorité des voix les canons et les décrets , précisément à Tépoque où l'archevêque revint de Prague. Mais l'abondance des matières qui ont été traitées et, discutées, et des événements qui se sont succédés dans les réunions, soit particulières, soit générales, avant d'en venir à la session , me force de donner un peu de repos au lecteur et à reprendre de nouveau ma narration.
Coinme l'ordre et la clarté, assaisonnés par la variété, egayent les opérations de l'intelligence , aussi bien que le repos, puisque l'esprit ne peut comme le corps se rassasier par la nourriture qu'il reçoit, il n'est jamais ennuyé par l'abondance, mais par la continuité de la même nourriture.
ARGUMENT. eux Us Pèrcs sc réunissent pour traiter la
Les théologiens du second ordre et après matière du sacrifice. — On tj agite cette ques-