‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 313 sur 348 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Congrégation des théologiens sur le sacrifice de la messe. — Sentiments divers des Pères sur la question: S'il fallait faire précéder les canons d'une exposition de la doctrine. — Autre question : Si Jésus-Christ, dans la cène, s'est sacrifié pour nous.

1. Les congrégations 'des Ihéologiens du second ordre commencèrent le 21 juillet ; ceux qui furent choisis pour haranguer ne manquèrent ni de juges, ni d'auditeurs. Car, sans parler des autres, à la première congrégadon, où le père Salmeron fit le discours, assistèrent tous les légals, le cardinal Madrucci, les ambassadeurs de France et de Venise, cent cinquante prélats, près de cent théologiens et derrière eux peut-être deux mille personnes. D'autres théologiens continuèrent les jours suivants ; et tous s'accordèrent à reconnaître dans la messe un véritable sacrifice du Nouveau Testament. Mais ici Soave, qui en a voulu entreprendre le récit, est tombé, comme on dit, sur le seuil de la porte, lorsqu'il a affirmé que, dans la congrégation du 24 juillet, l'orateur, qui était Georges d'Allaïda, lihéologien du roi de Portugal, émit des opinions suspectes et n apporta que des preuves douteuses. Selon lui Altaïda soutint que l'unique fondement de ce dogme était la tradition uniforme des Pères : que les preuves tirées ordinairement du fait de Melrhisédoch, du fameux texte de Malachie et des paroles mêmes de Jésus- Christ dans la cène, étaient des raisons bien faibles. Il ajoute qu'Attaïda, après avoir exposé dans toute leur force les objections des protestants, les réfuta si faiblement qu'il en devint suspect; cependant il fut justifié par les bons témoignages de ses collègues et compatriotes ; mais peu de temps après il disparut, et c'est pour cela que son nom ne se trouve pas dans les catalogues imprimés après la fin du concile : autant de faussetés.

2. Premièrement, Georges d'Atlaïda, qui était fils du comte de Castaneira, ne parla ni au 24 juillet, ni après, sur les matières de celte session ; comme il paraît par le journal et par les actes. De plus ; non-seulement il ne s'absenta pas alors du concile, pour avoir scandalisé les Pères par son discours, mais il est prouvé qu'il s'y trouvait encore cinq mois après, lorsque le cardinal Borro-* mée, sollicité par le nouvel ambassadeur portugais à Rome, écrivit aux légals du concile en faveur d'Altaïda, pour qui il témoigne lui-même beaucoup d'estime. Enfin apr^.s le concile, Altaïda fut éFevé au siège épiscopal de l'illustre Eglise de Viseu. Il y fut toujours révéré beaucoup plus que n'aurait été un homme forcé de s'enfuir du corcilc- œcuménique par le scandale de "à ^loctrine.

3. Au reste le fait est réellement arrivé à un autre théologien portugais, mais d'une manière bien différente de ce que rapporte Soave. Ce théologien c'est le frère François Forero, dominicain ; son discours est référé dans les actes de celte journée, elles suites ^e son imprudence sont racontées dans les

lettres de l'archevêque de Zara et de l'évêque de Modène, qui étaient présents. Ce théologien ne quitta pas non plus le concile, il y tint jusqu'au bout, et son nom se trouve dans les exemplaires du concile de Trente imprimés à Anvers et à Louvain. Bien plus, après la conclusion du concile, Forero fut employé par le pape à une entreprise honorable qui n'avait pas été exécutée à Trente; c'était de réformer le missel et le bréviaire et de faire le catéchisme intitulé Ad parochos ; il fut encore secrétaire de la congrégation députée pour composer V Index, en sorte que la préface qui est à la tête du livre est écrite sous son nom. Sixte de Sienne, dans sa Bibliothèque, parle de ses ouvrages et vante beaucoup son érudition.

4. Observons encore que Forero ne dit pas que les textes de l'Ecriture fussent insuffisants à prouver le dogme, mais il expliqua d'une autre manière que le commun des théologiens , tant la similitude de Jésus- Christ à Melchisédech, que les paroles que Dieu adresse aux Hébreux dans le prophète Malachie : Je ne recevrai plus de présent de vos mains : car depuis le lever du so'.eil jusqu'au couchant mon nom est grand parmi les nations ; et dans tous les lieux on me sacrifie et on offre à mon nom une oblation toute pure: et même les paroles de Jésus-Christ adressées aux apôtres dans la dernière cène étaient assez expresses, selon Forero, pour en tirer la conclusion dont il s'agit, non par laforce delà lettre toute seule, mais par l'exposition uniforme des Pères, qui, malgré les difficultés qu'elle présente, l'expliquent tous ainsi ; mais ils n'affirment pas que leur explication soit une vérité de foi ; il voulait on conclure que l'inslilution des prêtres et la puissance à eux conférée d'offrir le sacrifice se prouvait par la tradition, et non par les seules paroles de l'Ecriture. Ce raisonnement de Forero est bien loin du compte que Soave en a rendu par amplification, et avec autant de courage et d'assurance que s'il en avait de ses propres yeux tiré copie sur l'original, mais c'est le propre du mensonge, quoique la timidité l'engenlre presque toujours, de s'accompagner avec la témérité (1).

5. Les autres Portugais, voyant le mécontentement général qu'avait produit dans cette séance le discours de Forero, usèrent d'industrie pour recouvrer l'approbation et l'honneur que la nation semblait avoir perdus: ils confirmèrent l'explication commune des passages de l'Ecriture que l'on avait cités, et rejetèrent ce qu'avail dit Forero, non en le condamnant, mais en expliquant ses raisonnements ; et en particulier Melchior Cornélius, clerc séculier et théologien , envoyé

. par le roi Sébastien, prononça une savante

dissertation, dans laquelle il fit observer que

k le passage de Malachie avait été ainsi enten-

(1) Les raisons que notre historien apporte pour convaincre de mensonge son adversaire, soni si fortes et SI persuasives, que le P. le Courayer. quoique porté a l excuser, a été forcé de s'y rendre et de corii«sser sa calomnie et l'erreur de Soave.

du par le second concile de Nicée, à l'action IV; que Jésus-Christ, étant prêtre selon l'ordre de Melchisédech, avait dû offrir du pain et du vin ; et que lorsqu'il avait dit aux apôtres, Faites ceci en mémoire de moi , il leur avait imposé la loi d'employer dans le sacrifice du pain et du vin : il confirma ce sentiment avec beaucoup de science et d'érudition.

Q. Les théologiens s'êtant accordés sur tous ces points, ceux qu'on avait députés formèrent sur cette matière des décrets et des canons. Le 6 août on communiqua les uns et les autres à chaque prélat en particulier, pour qu'ils les examinassent pendant quelques jours, et le 11 du même mois, ils furent proposés à une congrégation générale dans laquelle deux points furent particulièrement controversés.

On disputa assez légèrement sur l'un des deux, savoir, s'il fallait fairei précéder les canons d'une exposition de la doctrine à laquelle ils ont rapport. Casianco appuya beaucoup sur la négative, prétendant que cela était contraire à l'usage de tous les conciles précédents : qu'il fallait imiter celui des apôtres, qui se contentèrent de dire, li a semblé au Saint-Esprit et à nous : que c'était ainsi que se comportaient les juges prudents, qui rendent les sentences sans parler des raisons qui les ont déterminés ; que celte méthode était meilleure pour conserver au concile son autorité, sans jamais donner prise à ceux qui l'attaquent. Cette doctrine préparatoire était parfaitement inutile pour les hérétiques, qui méprisent les traditions sur lesquelles elle est presque toujours appuyée; cette doctrine était supeifluepour les catholiques, qui ne font point difficulté de recevoir et de pratiquer le rit avec lequel on célèbre la messe ; et ils savent que ces cérémonies sont conformes à l'antiquité et bien autorisées. Les évêques de Chiozza et de Città-di-Caslello se rangèrent à cette opinion ; le premier la confirmait en disant que nous sommes depuis trop longtemps en possession de pratiquer ces cérémonies et qu'une possession immémoriale ne veut pas d'autres fondements pour la soutenir ; le second faisait souvenir qu'il avait paru, au temps de Jules lll, des chapitres de doctrine préparés sur ces matières, contre lesquels les hérétiques avaient publié plusieurs oppositions. Il pouvait arriver que, dans la circonstance présente, soit^manque de temps, suit qu on ne pût trouver dans l'Ecriture des textes assez clairs, assez précis, les objections des novateurs demeurassent sans réplique ; et en pareil cas ces chapitres de doctrine, au lieu de fortifier les définitions, feraient perdreau concile son autorité; l'évêque des cinq Eglises fut encore de cet avis ; il dit même qu'on ferait beaucoup mieux d'interdire tant de petits ouvrages et dissertations sur cette matière, qui se croisaient les uns avec les autres, et qui, loin d'être pour l'Eglise des fleurs d'embellissement, n'étaient qu'une zizanie turbulente, ou un« paille .suoerflue.

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