‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 314 sur 348 · LIVRE DIX-IILITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-IILITIEME

7. D'un autre côté, Callini, archevêque de Zara,Ruberius,évêquedeSinigaglia,etBlanc d'Orense , Jean-Baptiste Hosius , de Rieti, et Alexandre Sforce, de Parme, qui fut ensuite un grand cardinal, et dont nous avons parlé dans les premiers troubles du règne de Paul IV, auraient voulu qu'avant les canons on mît une courte explication pour les déclarer seulement sans chercher ni aies prouver, ni à convaincre les hérétiques. Ce n'était plus un sujetde délibération : on savait que le concile, depuis longtemps, avait mis la main à ce travail de la doctrine; s'il la retirait, il semblerait céder à ses adversaires, et ferait croire que les objections des hérétiques étaient indissolubles. Or, que réfuter les hérétiques fût une œuvre impossible, ou que les catholiques n'en eussent pas la force ^ c'était le même déshonneur pour l'Eglise ; il fallait cependant être sobre et court en les réfutant, pour les raisons qu'avaient apportées ceux qui suivaient le premier sentiment.

8. 11 y eut un troisième sentiment, qui prévalut : ce fut de mettre à la tête de la session une doctrine conforme au sujet, par laquelle on verrait fortifiées les définitions et les oppositions abattues. L'avis fut ouvert par Paul Jove, évêque de Nocera, et soutenu vivement par Stella, Bovio, et Prosper Rebiba, évêque de Troja ; ils alléguaient qu'il ne fallait pas omettre l'explication de la doctrine pour les raisons qu'avaient apportées ceux qui suivaient le second sentin^ent. Etre court et succinct, comme les premiers avaient dit, n'était pas le moyen de prouver aux adversaires que leurs arguments n'étaient pas insolubles ; que, si le concile avait suivi celte méthode dans les matières précédentes , il y avait bien plus de raison do le faire à présent sur une matière que les conciles antérieurs n'avaient point traitée, qui était d'une grande étendue , difficile et combattue par différentes sectes. François de Gado, évêque de Lugo en Espagne, ajouta qu'une pareille déclaration de la croyance n'était pas seulement nécessaire au comtnun des fidèles, mais qu'il fallait encore indiquer aux pasteurs et aux prédicateurs ce qu'ils devaient enseigner aux peuples, pour les confirmer dans la foi par l'intelligence des articles qu'ils doivent croire. Or cette déclaration, l'Eglise, à qui elle appartient, ne Ja donnera jamais mieux que dans un concile œcuménique, où se trouve réunie la fleur de la science, où ce que chacun sait se communique à tous, et où l'Esprit de vérité se trouve présent.

9. Les raisons alléguées par Castaneo , pour la négative, furent réfutées par Pierre Camajani, évêque de Fiesoles, en Toscane, ol Diego Covarruvia, évêque de Ciudad-Rodrigo ; ils lui firent observer que le concile ne remplissait pas seulement, à l'égard des fidèles, la fonction de juge, mais qu'il était encore leur maître et leur père; et comme tel, ce n'était pas seulement par le glaive qu'il devait exterminer l'hérésie, il lui convenait de le Faire par l'enseignement et la persuasion. Foscarari venait à l'appui en citant ce que disent communément les scola-

stiques sur la préface du maître des sentences, savoir : que les articles de la foi ont besoin d'être ornés et illustrés par des r.uisonnements, qui ne sont pas pour cela les fondements de notre croyance, mais seulement un préserv;itif contre les objections di^ ceux qui la combattent. Stella disait aussi que le concile ne devait pas négliger les fortes preuves que la tradition lui fournit, parce que les hérétiques comptent pour rien les traditions. Ne traiterait-on pas d'insensé un plaideur qui, en fournissant ses preuves, passerait sous silence la raison la plus convaincante, parce que son adversaire fait semblant de la mépriser? Gado fit encore observer qu'en vérilé les hérétiques ne peuvent pas récuser les traditions, puisque sans elles les preuves qu'ils font valoir eux-mêmes ne valent plus rien : comment pi uvent-ils savoir, sans la tradition , si l'Evangile qu'ils ont adopté est le même qui fui diclé par les évangélisles et prêché par les apôtres? Enfin Jules Magnan, franciscain , évêque de Gaivi, dans l'île de Corse, sur l'usage des conciles répondit que, outre l'exemple plus récent et par conséquent plus forl,de ce qu'avait fait le concile actuel dans les sessions précédentes, on savait quelle avait été la conduitede saint Cyrille au concile d'Ephèse , où l'on avait éclairci la doctrine contenue dans les canons qui sans cela auraient paru obscurs. Tous cependant opinèrent à ce que le précis de la doctrine, contenu dans les chapitres, dont ceux-mêmes qui les avaient faits n'étaient pas contents, fût corrigé et perfectionné; et puisqu'il s était déjà fiiit plusieurs traités et dissertations savantes sur cette matière , l'œuvre du concile devait être, pour ainsi dire, le couronnement de tout l'édifice.

10. Ce fut pendant ces discours, ou plutôt ce furent ces discours qui firent naître la seconde question encore plus importante, savoir: Si Jésus-Chrisl s'était offert lui-même pour nous en sacrifice à sou Père dans la dernière cène, ou seulement sur la croix. On n'avait rien dit sur cette matière dans les décrets qui se préparaient, parce que la com mission qui devait les rédiger était présidée par le cardinal Seripandi, qui n'avait jamais cru que celte question valût la peine d'être définie. Mais tout le monde savait que dans les chapitres doctrinaux, au temps de Jules 111, on en avait parlé. Salmeron, qui avait Solo pour adversaire , proposant son avis sur les articles de doctrine, avait soutenu l'affirmative et avait communiqué aux Pères ses raisons par écrit. Quelques-uns étaient persuadés qu'on ne pouvait établir l'eucharistie comme sacrifice propitiatoire sur cette preuve que Jésus-Christ avait été prêtre selon l'ordre de Melchisédech, c'est-à-dire en offrant du pain et du vin, tant qu'on laisserait en doute si Jésus a jamais offert un sacrifice de propitiation avec le pain et le vin; c'est pourquoi, lorsque les décrets furent proposés aux Pères diîns la co agrégation, il s'éleva aussitôt beacicoup de disputes à ce sujet ; car les choses contenlieuses attirent beaucoup plus l'attention de l'esprit

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tlISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE.

que celles qui sont claires et manifestes, parce que dans celles-ci l'esprit ne peut rien mettre du sien, et celui qui les adopte ne peut pas dire qu'elles sont de son invention. II y en eut donc plusieurs parmi les Pères qui prirent parti dans cotte question, et s'appliquèrent à la poursuivre ; il ne faut pas s'en étonner : la nature a rendu le sentiment de l'espérance souverainement propre à l'homme, lorsqu'il poursuit un bien dilflcile à obtenir, c'est celle difficulté même qui anime sa poursuite.

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