CHAPITRE XVll
Arrivée des légats et de beaucoup d'évéques à Bologne. Sentiments de la cour romaine et du souverain Pontife touchant la translation. Représentations et conseils qu'adressent les légats,
1 . Les légats partirent de Trente le 12 mars, jour dédié à S. Grégoire, et avec lequel précisément finissaient les deux années écoulées depuis leur arrivée (1), vinrent en personne à Bologne, les uns plus tôt , les autres plus tard, tous ceux qui avaient voté pour la translation et tous ceux qui avaient conseillé de ne
cats,elleurcommunique telle faculté avec les pas partir furent aussi fidèles à ne pas quitter
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autres, comme pouvant être nécessaire a cause de quelque événement inattendu : c'est ainsi que la sage politique exige que tout roi communique des pouvoirs très-amples à ses vice-rois , et tout prince à ses plénipotentiaires, sans que ce soit un scandale et un prétexte pour les sujets de criera l'esclavage qui les accable. Que si ces hommes, par le nom de liberté , entendaient ce second sens , c'est-à-dire celle en vertu de laquelle celui
Trente. 11 faut excepter l'évéque de Fiésole (2), qui s'excusant auprès du premier légat sur sa pauvreté, qui ne lui permettait pas de faire alors la dépense du voyage, s'offrit indirectement de les accompagner. Mais le cardinal lui répondit avec une dureté et uu emportement hors de saison, qu'il ferait bien d'entreprendre le voyage à pied, afin de se purger de son obstination passée. L'évéque, effrayé de ces paroles , reista quelque temps
qui est sujet et celui qui peut être contraint avec les Impériaux, afin de se ménager quel-
par le prince, estde fait, libre d'agir selon son ^^^ „^ anivèrenl à Trente, le 15 mars 1545, co.a-
proprc choix. Il y a eu tant de fausseté a af- ,,,^ j, ^^^ „^.„,^„é ^.,,,8 le journal.
firmer que personne se soit scandalise de cet (2) On lire cela d'une lettre du cardinal Ccrvini,
état de choses , comme d'une violation de la que lui adressa de Uoinc son confldcnl , le 20 mars
liberté , que celte liberté , au contraire , parut . 1547.
que appui : pendant cela, il se recommanda lui donnèrent les légats delà contagion, avait
aux cardinaux Rodolphe et Polus, ses amis, chargé la congrégation, préposée à l'exa-
Ceux-ci travaillèrent auprès du cardinal Far- men des afîaires du concile (1), de délibérer
nèse pour le faire inviter au concile de Bolo- sur cet incident. La congrégation , suivant
gne, et ce dernier l'y invita en des termes si l'avis de la majorité, avait résolu d'engager
affectueux , que l'évéque, rassuré par ce lan- le Pape à suivre le sentiment des légats , qui
gage, y alla (1). étaient d'avis que si la maladie et le danger
2. Pour les évêques d'Agde et de Porto, ne cessaient pas et que les Pères y consentis-
comme ils avaient tenu un certain milieu en sent, le concile fût transférée Bologne; mais
émettant leur opinion, de môme ils le tinrent le bruit de ce qui s'était fait à Trente s'étant
encore quand il fallut agir. Le premier qui, à répandu le lendemain, le Pape tint cachée la
la nomination du roi, changea bientôt l'église détermination prise à Rome, pour paraître
d'Agde pour celle de Mirepoix , sortit de auxlnspériaux, lui et son conseil, plus éloi-
Trente sans pour cela aller à Bologne ; mais gnés non seulement d'avoir participé à la
il demeura à Ferrare , et attendit là les in- mesure elle-même, mais même de l'avoir exa-
structions du roi de France. Celui-ci étant minée et de l'avoir voulue : c'est ce qui fut
mort dans ces circonstances, et son fils signifié au cardinal del Monte par notes se-
Henri H , encore tout neuf dans les affaires , crêtes, de la part de son frère. Paul ne voulut
lui ayant succédé , l'évéque n'eut point de ré- pas néanmoins diminuer la bonne opinion ou
ponse précise jusqu'en septembre, époque à le crédit de ses ministres en laissant douter
laquelle il fut envoyé au concile de Bologne àsacours'ilapprouvaitleurconduif.e;aucon-
avec les ambassadeurs français. Dans le traire, dans le consistoire (2) il loua la mesure
même temps (2) y arriva pareillement l'éyê- comme nécessaire, sage et légitime. En cela il
que de Porto , qui d'abord était demeuré à fut applaudi de tout le collège, excepté de trois
Trente, sur les vives instancesdes Espagnols, membres : ce furent les cardinaux de Bur-
Mais bientôt deux de ses gens ayant été at- gos et de Coria parmi les Espagnols , et de
teints de la maladie qu'on craignait, et l'un Sadolet parmi les Italiens. Ils prétendaient
d'eux ayant succombé en trois jours , il s'en- qu'il aurait été convenable de communiquer
fuit plutôt qu'il ne partit : ainsi il approuva auparavant l'aflaire à l'empereur. A cela le
par le fait la détermination sur laquelle il ne Pape répondit avec émotion qu'on avait due-
s'étaitpas prononcé dans ses discours. ment procédé, et qu'il n'avait pas été
3. Sur ces entrefaites , la nouvelle en ar riva à Rome : plus elle fut inopinée, plus elle donna lieu à des raisonnements dans cette ville où tous étant capables d'arriver au souverain pouvoir , tous voulaient du moins en être juges. Les courtisans d'un mérite ordi- rang devaient être plus dégagées des affec
nécessaire d'attendre autre chose, puisqu'on avait attendu en vain pendant deux ans les Allemands au concile. Le cardinal de Coria ayant fait une réplique dans un sens opposé, le Pontife l'avertit que les personnes de son
naire (3) (les esprits médiocres sont toujours plus sujets à s'aveugler) remerciaient Dieu et louaient les légats d'avoir délivré le Siège, apostolique des maux que machinait contre lui l'arrogance d'un grand nombre d'évêques,
tions humaines. C'estainsi que Paul s'exprima en public : il savait bien que s'il abandonnait les légats aux accusations et au courroux d'un si puissant adversaire, il ne pouvait plus attendre de ses ministres ni fidélité ni courage
pendant qu'ils étaient assemblés dans le do- Jans les grandes affaires maine de ce prince temporel qui , plus que 5. Mais il ne demeura pas aussi satisfait au tout autre, nourritde vieilles jalousies contre fond qu'il le paraissait à l'extérieur , parce la juridiction pontificale. Les Espagnols, ai qu'il prévoyait bien les troubles qu'occasioncontraire, indignés que, malgré leurs prélats, nerait cette translation : avide de repos à l'insu de leur souverain, on eût réglé et auquel le portaient la prudence, la nature et terminé cette affaire en un instant , disaient plus encore sa grande vieillesse, il ne fut ni
que le cardinal Cervini(ils lui attribuaient le tout) n'avait pu rien faire ni déplus dommageable au Pontife pour lequel il professait un si grand zèle, ni de plus utile à l'em
3) pleinement réjoui de l'issue de cette af-
aire, ni parfaitement content de ses légats,
qui, sans un ordre spécial de sa part, avaient
mieux aimé faire ce qu'ils désiraient depuis
pereur, parce qu'en traitant sa majesté avec longtemps, que s'en tenir à ce que leur prèstant d'insouciance , il l'avait également dé- crivaitsa modération. C'est pourquoi il leur fit barrassée de toute considération pour l'au- savoir par le secrétaire Maffée que cette transtorité pontificale , et lui avait laissé pleine lation lui aurait été plus agréable dans quelliberté de s'accorder avec les protestants , et ques mois; que, pendant ce temps-là, on d'insister uniquement auprès d'eux sur les aurait célébré de nouvelles sessions pourl'a-
uniq conditions qui relèveraient sa puissance. k. Le Pontife , à la première nouvelle que
(1) Le 29 juillet, suivant le Journal.
(2) Dans l'apologie de l'évéque de Fellre en faveur de la irauslalion, apologie transcrite dans le volume des Actes du château S.-Ange marqué à la fin du volume.
(3) Lettres confidentielles de Rome au cardinal Cervini,du 19 et du 2C mars.
(1) Dans le Journal de Massarelli du 27 mars
(2) Le 23 mars 1547, comme les légats rapprirent par lettres confidentielles de Rome et comme il est marqué dans les Journaux de Massarelli, le 27 mars.
(3) Cela se voit par les lettres confidentielles au cardinal Cervini dont on vient de parler, et par uut; réponse à Maffée du 26 mars 4547.
chèvement des autres décrets nécessaires éUa foi et aux mœurs , et qu'alors ou aurait pu non seulement transférer, mais encore terminer le concile; qu'il ne lui avait pas semblé que les dispositions présentes du concile dussent porter à un acte si précipité jusque dans les deux dernières sessions : tout s'était passé et décidé avec la plus grande déférence et les plus grands égards pour le Siège apostolique. On leur signala aussi les plaintes du cardinal Pacheco, qui s'était efforcé de persuader, par ses lettres, la fausseté delà maladie qu'on supposait, et de soutenir avec chaleur les instances de l'empereur, qui tendaient à ramener aussitôt le concile à Trente.
6. Le cardinal Cervini répondit (1) qu'il aurait aussi mieu>c aimé cette mesure pour un temps plus éloigné et après que le concile aurait eu pleinonient satisfait au besoin ; mais que disposer des cas fortuits à sa volonté, n'appartenait qu'à la toute-puissance de Dieu; que tirer le meilleur parti qu'on peut des événements qui se rencontrent, était le devoir de la prudence humaine ; que pour apprécier ce fait ou tout autre, ce n'était pas une règle sage de ne considérer les maux et les troubles qu'il causait , mais qu'il fallait comparer ces maux à ceux qui auraient résulté du contraire; qu'on se représente à quelle extrémité serait réduit le Siège apostolique, si les légats étaient restés à Trente avec une assemblée composée uniquement de membres qui préféraient les bonnes grâces de l'empereur à la crainte de la mort et aux règlements solennellement promulgués partout le concile; que d'eux dépendraient les lois à porter et le lieu à choisir, sans que les présidents pussent rien opposer qu'en encourant le reproche d'enlever au concile sa liberté ; que si les dernières sessions avaient eu une heureuse issue, on n'avait pas pour cela navigué le vent en poupe et sans avoir besoin de recourir aux rames ; qu'il s'était au contraire révélé dans plusieurs un esprit turbulent, propre à exciter la tempête , s'ils n'avaient pas été réprimés par la majorité; qu'il était vrai que les légats n'avaient pas attendu les ordres précis du Pape; mais que les généraux n'attendaient pas non plus l'ordre du prince, quand ils exposent avec bien plus de danger tout un royaume au hasard d'une bataille ; que si l'on avait différé deux jours de plus , éôrivait-il , il ne serait resté à Trente qu'une poignée d'Impériaux; qu'ainsi les légats ne pouvant avoir de loi expresse, s'étaient rappelé cet axiome du jurisconsulte romain, qu'à défaut de cette loi , on se conforme aux règles générales et aux lois établies pour des cas semblables ; qu'ils en avaient usé ainsi ; qu'on n'avait jamais révoqué le pouvoir qu'on leur avait donné en général de transférer ailleurs le concile , avec l'assentiment de la majorité , toutes les fois qu'ils verraient quelque grave péril menacer le Siège apostolique ; que dans
(1) Dans decx lettres à Maffée, le 23 cl le 2G mars , et dans une autre au cardinal Fariièse, le '■lo mars 1547.
un cas semblable, lorsqu'il s'agit de la crainte qu'inspirait le voisinage des armées, le Pape leur en avait spécialement envoyé le pouvoir et leur en avait fait un ordre ; que cela supposé, on en était ensuite venu à l'exécution si régulièrement, que les Espagnols eux-mêmes li'avaicnt su quoi y opposer; que ce que le cardinal Pacheco écrivait à Rome pour contestfcf l'existence de la maladie, était inutile ; qu'outre les autres preuves si authentiques produites par eux et approuvées par les Pères , on en avait chaque jour de nouvelles qui confirmaient les premières dans la mort de plusieurs personnes et dans les maladies dangereuses de ceux qui étaient à Trente, àl'occasion du concile (maladies dont on faisait l'énumération dans cette lettre de Cervini ; que c'était pour cela qu'à Venise on avait interdit, comme suspecte de peste, non seulement la ville de Trente, mais encore tout son territoire ; quant à ce qui était des médecins de Trente, les légats avaient en mains de quoi prouver ce qu'ils pensaient de cette contagion ; mais qu'ils ne voulaient pas s'en autoriser pour le moment , afin de ne nuire à personne sans nécessité pour le bien public ; qu'on ne pouvait donc blâmer la mesure, et que cela suffisait pour les disculper. 7. Qu'il n'y avait pas non plus à se plaindre que le concile fût transféré à Bologne, si le Pontife le voulait bien ; que s'il ne le voulait pas, il pouvait aisément, le fléau passé, le transférer de nouveau à Trente ; que de cette manière l'empereur recevrait de sa Sainteté, comme un grand bienfait, cette mesure dont on ne lui aurait su aucun gré sans cet accident ; que cependant , selon lui , il fallait procéder lentement à ce retour conmie à toutes les choses importantes qu'on a toujours la liberté de faire, mais qu'on n'a pas ensuite la liberté de défaire; qu'en conséquence, lorsque sa Sainteté y serait décidée, elle agirait selon sa sagesse , si elle voulait auparavant entendre l'avis des légats euxmêmes, ou du moins de l'un d'eux ; que beaucoup de choses ne peuvent être confiées au papier, que beaucoup d'autres ne peuvent être exprimées par la plume ; que cependant il pensait que la plus sûre et la plus honnête réponse qu'on pût faire à l'empereur était celle-ci : que de même que le concile avait quitté Trente de son plein gré , de même il convenait qu'il y retournât seulement de son plein gré; qu'à cette fin sa majesté envoyât à Bologne les prélats qui étaient restés à Trente, et qu'on songeât à y décréter régulièrement le retour , qu'on pourrait persuader plus aisément à l'assemblée, en lui donnant l'espoir de la réduction de l'Allemagne, à laquelle l'empereur aurait commencé p;u' faire accepter les décrets déjà promulgués du concile de Trente ; qu'il montrerait par là que l'incommodité du lieu serait compensée par le résultat ; qu'en répondant ainsi , il gagnerait du temps, et que lorsque les conditions seraient acceptées, on obtiendrait deux avantages de la plus haute importance , savoir : que les Inipériaux admettraient comme légitime le concile de Bologne, et les Allé-
niancîs celui de Trente. Cervin ajoutait que trois choses contribueraient à rehausser la dignité et la représentation du concile de Bologne : la première, d'y appeler beaucoup d'évéques, dont la présence compenserait l'absence des Impériaux et rendrait l'assemblée
2. Cependant les légats , qui étafent plus voisins, reçurent (1) une lettre de Verallopar la voie ordinaire : elle exprimait les plaintes et les demandes de l'empereur (2) ; les légats ne différèrent pas de donner leurs réponses, communiquant à Home le contenu de l'une
plus majestueuse; la deuxième, si la santé et de l'autre lettre. Dans le même temps (3),
du Pontife le permettait, devenir lui-même à quoiqu'il y eût, dans les commissions dési-
Bologne pour quelques mois ; car il y a gnées et réunies pour délibérer des affaires
cette différence entre l'astre le plus brillant du concile, diversité de sentiments par rap-
de la terre et l'astre le plus brillant du cie! , port au passé, on s'accorda néanmoins sur ce
que celui-ci fait disparaître, et que celui-là qu'on devait arrêter pour l'avenir. Le cardi-
réunit autour de lui les astres inférieurs; que nal Moron dit qu'il tenait la translation pour
si le poids des années ne lui permettait pas ce voyage , ce serait encore un avantage de laisser la renommée en répandre le bruit ; la troisième , les dogmes principaux une fois établis, de surseoir pour le moment à la dé
duement faite, parce qu'elle était plutôt l'œuvre de Dieu que des hommes ; que les légats ayant sans contredit procédé en cela avec un zèle louable , pour des raisons (jui paraissaient probables et d'une manière tout-à-fait
cision des autres qu'on savait bien déplaire régulière, il ne fallait plus examiner la me-'
davantage à l'empereur, et de s'appliquer uniquement à la réforme qu'il désirait et que la chrétienté verrait avec plaisir; car les hommes sont facilement amenés à approuver comme légitime le tribunal dont les décrets leur plaisent, parce qu'ils leur profilent.