‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 95 sur 348 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

Faussetés de Sarpi dans les faits , et vices de ses raisonnements.

1. Avant d'aller plus loin ilfautm'arrêter aux erreurs et aux observations malignes de Sarpi sur ce passage. Quant aux premières , il raconte que la faculté, accordée par le Pape aux légats, de transférer ailleurs le concile fut lue dans la première congrégation du 9 mars, et que les débats dont nous avons parlé eurent lieu ensuite. Cependant il paraît clairement par les actes qu'elle ne fut communi-

quéequelc ll,dansla session, et après qu'on dans lequel toutes les facultés contenues dans

eut exposé les avis et recueilli les suffrages.' les lettres apostoliques précédentes s'accor-

11 met Marc Vigérius , évéque de Sinigaglia, daient même à un seul, si lui seul était pré-

ct Claude de La Guische, évéque de Mire- sent et non empêché; je veux bien croire

poix, au nombre de ceux qui s'opposaient au que ce dernier bref était uniquement accordé

départ ; mais en cela il est également con- et exclusivement restreint à Cervini en qui

vaincu de faux par les actes. De plus Claude le Pontife avait plus de conflance, parce que

n'était pas alors évéque de Mirepoix , mais je vois par plusieurs lettres qu'il ne fut point

d'Agde (1). Il affirme que parmi ceux qui connu du cardinal del Monte. Et au fond, le

consentirent à la translation, il n'y eut aucun bref qui accordait la faculté d'opérer la trans-

des évêques sujets de l'empereur, excepté lation , ne pouvait s'antidater même d'un

Michel Saraceni , archevêque de Matera; et seul jour, puisqu'on- y lit cette formule : de

cependant parmi les Milanais, il y eutCatalan l'avis et de consentement des cardinaux. Ainsi,

Trivulce , évéque de Plaisance, Jérôme Vida, si quelques cardinaux avaient pu attester

évéque d'Alba, Louis Simonetta, de Pesaro, que le Pontife à cette époque ne leur avait

Philippe Archinto,de Saluées : et parmi les point proposé cela, on aurait eu quelques

habitants du royaume de Naples , Thomas doutes sur l'existence et sur l'autorité de ce

Gaselius , évéque de Bertinoro, et Jérôme bref.

Seripandl, général des Augustins. Que si par 3. Ensuite il est vrai qu'en août, il fut ensujets de l'empereur il entend non ceux qui voyé aux légats un bref qui les autorisait à étaient nés sujets, mais ceux qui étaient à la en venir à la translation; mais ce n'est point tête de diocèses qui dépendaient de l'empe- celui dont nous parlons , ni celui du mois reur, parmi eux concoururent à la translation d'août dont parle Sarpi, c'est-à-dire de l'anles évêques de Mi!eto,d'Isernia, de Minori , née IS'sS: c'est celui du premier août 1546(1). d'Aliffe et de Belcastro. Il fut donné, comme on l'a rapporté, dans son 2. Il dit que, bien que le bref parût formé lieu, à l'occasion du projet de dispersion que le 22 février 1545, beaucoup cependant le la crainte de la guerre inspirait aux évêques. jugèrent plus frais, et envoyé seulement à Quoique ce bref exprimât nommément que ce cette occasion. Ce qui le porte à raisonner prétendu motif qu'on croyait avoir de transféainsi, c'est la nature même du pouvoir qu'il rer le concile ailleurs, c'est-à-dire le danger de contient : que deux des légats pourraient en la dispersion par crainte de la guerre, ils'étenvenir à cet acte dans le cas où le troisième dait ensuite à toute autre raison qu'on juserait loin ou empêché, comme il arriva pré- gérait convenable , mais , pour le reste , il Gisement alors par l'absence de Polus : car, était plus restreint que l'ancien, dont ils prétendait-il, si le bref avait été vraiment usèrent. Le Pontife , en effet, l'avait envoyé signé le jour qui y est désigné, c'eût été une non comme le bref antérieur, avec ordre de espèce de prophétie : puis laissant cette ob- ne pas en faire usage hors les cas nécessaires jection sans la résoudre, il ajoute que, n-on- et imprévus , mais afin qu'ils eussent à le obstant cela, il recueille de ses notes que le mettre à exécution sur-le-champ. Il l'accom-

bref n'a pas été fait dans cette circonstance, pagna des conditions qu'il exigeait pour qu'il

îjorite des évêqi

nement, c'est-à-dire, au mois d'août de Le Pape ne leur permettait pas dans cette ciri'année 1545. Or cet homme pèche en même constance de montrer l'autre , qui était plus temps dans son raisonnement, et trompe ample. Les présidents n'usèrent pas de ce dans son récit. Quant à ce qui regarde la bref dans le temps qu'ils le reçurent, pour les logique, c'est donc un événement qui exige, raisons que nous avons exposées alors; et pour être prévu, un esprit de prophéties, que dans la conjonclure fâcheuse que nous raconde trois personnes une puisse être absente tons, ils ne produisirent pas celui-là, mais le ou empêchée? Qui ne sait que la prévoyance premier, parce que l'autre paraissait avoir de ces sortes de cas a journellement lieu , et été fait à propos des bruits de guerre qui coudans les commissions des princes et dans les raient alors, et qui avaient cessé depuis. C'est procurations des simples particuliers? Mais pourquoi, pourcoupercourtàtoutediscussion, outre cela, comment Sarpi ou l'auteur, quel et pour montrer que l'attention qu'ils avaient qu'il soit, d'un tel soupçon ne voit-il pas que eue pour le sentiment commun avait été en dans la bulle générale de légation, formée le eux une déférence volontaire et non pas une même jour que le bref et produite dans la dépendance forcée , ils firent connaître l'audeuxième session où assistèrent les trois lé- tre, qui était plus large et plus général, gats, on usa delà même prévoyance? Et 4. Aux travers de discussions et de récils rémémeje ne veux pas laisser ignorer qu'après pond, dans Sarpi, la sottise du jugement. Il a ce brefoùl'onsupposaitqu'il pouvait survenir le courage de dire à ce sujet : Ce qui ne pouque deux des légats eussent en même temps ^a^^ se cacher, ce qui scandalisait tout le monde, quelque empêchement, il leur fut donné dans

l'espace de peu de jours un autre bref (2) (1) C'est consigné dans les écriis que m'a commn-

niqués le irès-sérénissin.e prince, Léopold de Tos-

(1) Il fut proposé à révêcliéde Mirepoix, le 17 aoùl, cane, et il en est fait nienlion dans la lettre du cardicomuic il est constaté dans les Actes consisloriaiix. iial Santaliora, du 4 aoiit 15i6, aux légats, et dans

(2) Le 6 mars 1545. leur réponse du 9 août.

IIISTOIIIE DU COiNCILD DE TUENTE.

c'était que cette bulle mettait au fjrandjour la servitude du concile : en effet, si les légats pouvaient commander à tous les prélats ensemble de partir de Trente et les y contraindre par peines et par censures , que celui-là qui le sait et qui le peut dise quelle était cette liberté qu'ils avaient. Je voudrais savoir, et j'ai déjà fait cette remarque ailleurs, si ceux qui se scandalisèrent si fort, comme raconte Sarpi, entendaient par le nom de liberté une souveraineté qui ne reconnaît aucun supérieur, comme celle d'une république dilc libre; ou

dans tout son jour et dans toute sa pureté: car, si les présidents avaient une autorité large dans leurs brefs , ils l'avaient si restreinte dans la pratique, que parmi tant d'occasions de guerre extérieure, lautdedisputos intestines, tant de périls graves pour l'Eglise, il ne leur fut jamais permis de la déployer , à moins que la majorité ne se prononçât; ce qui voulait dire dans la réalité qu'ils avaient l'autorité pour obéir et non pour commander au concile. Et dans cette nécessité si pressante, il ne leur fut pas même permis de la faire con-

l)ien un choix qui n'est nécessité par aucune naître pour en tirer au moins cet avantage,

Tîolence ni retenu par aucun empêchement, comme les actes des simples particuliers qu'on appelle libres. S'ils eritendaientle premier sens, ils ne devaient pas attendre ce moment pour se scandaliser : il était manifeste qu'à Rome on tient comme erronée et condamnée, au sentiment commun des théologiens Cl des canonistcs, la doctrine qui enseigne que le concile n'est point soumis au souverain Pontife , qu'il ne peut le convoquer, le tranférer, le dissoudre à son gré,

qu'on se prêtât plus volontiers à une mesure qu'on saurait être en leur pouvoir. Mais illeur fallut attendre la délibération des évêques, et après cette délibération, la notification de la faculté qui leur avait été accordée, loin de prouver que le concile était esclave; prouve plutôt qu'il ne l'était pas, et que le Pape lui accordait ce qu'au jugement des antagonistes il ne pouvait faire sans une concession du Pape. 11 suivait de tout cela que l'opposition de la minorité ne pouvait pas enchaîner la

sans avoir d'autre juge en tout cela queDieu majorité , dans le mortel théâtre de la peste,

seul. Cette juridiction pontificale absolue, nous en avons parlé suffisamment plusieurs l'ois comme d'une chose nécessaire au bon gouvernement de l'Eglise. Les évêques du concile ne mirent pas ce point en question, et ne songèrent pointa s'arroger ou à demander une t;>lle liberté schismatique. Bien plus, les Espagnols, qui paraissaient les plus hardis, déclarèrent souvent quils exposeraient leur vie pour défendre l'autorité suprême du Siège apostolique , et que si quelquefois ils blâmaient la conduite, ils ne contestaient jamais le pouvoir. Certainement, si les évêques n'avaient pas pensé ainsi, comme le Pontife n'était appuyé à Trente ni par la force armée ni par l'autorité locale, ils auraient pu résister impunément. Tout bref, toute censureaurait été pour eux un faible lien, venant d'un supérieur non légitime. Or, en accordant que le Pape est au-dessus du concile, et qu'il n'est ni scandaleux ni contraire à la liberté bien entendue, qu'il puisse, quand il y assiste, le contraindre à passer d'un lieu à un autre, on ne pourra pas non plus regarder comme scandaleux et contraire à la liberté rigoureuse du concile, que le Ponlife, quand il ne peut y assister, supplée à sa présence par ses lé-

contre son sentiment et malgré elle. Si tous les supérieurs usaient avec une égale circonspection del'autoritéqu'ils ont surleurs sujets, on ne pourrait douter que le gouvernement royal qui, de sa nature, ressemble à celui du père sur ses enfants , et non à celui du maître sur ses escKives, ne fût un gouvernement d'hommes libres, tels précisément que les Latins appellent les enfants de famille , par opposition aux esclaves. L'administration delà république est excellente quand celui qui est à la tête a une autorité corrcctive fort grande, et qu'il en fait fort peu d'usage.

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