Chapitre XI
De robscrvation des commandements de Dieu et de lu
nécessité et possibilité de les observer.
Or personne , quelque justifié qu'il soit , ne doit s'estimer exempt de l'observation des commande menls de Dieu , ni avancer cetle parole téméraire el interdite par les Pères sous peiise d'analhème , «pie l'observation des commandements est impossible à un homme justifié; car Dieu ne commande pas^ des choses impossibles (1 Joan. 3) ; mais, en commandant, il avertit et de faire ce que l'on peut, et de demander ce qu'on ne peut pas faire, et il aide afm qu'on le puisse. Ses commandements ne sont pas pesants ; son joug est doux et son fardeau léger {\ Joan. 5 ; Maiih. 11); car ceux qui sont enlants de Dieu aiment Jésus-Christ, et ceux qui Tainient gardent sa parole, comme il le témoigne lui-même , el cela n'est pas au-dessus de leurs forces avec le secours de Dieu. Car, quoique dans celte vie morlelle, les plus saints et les plus justes ne laissent pas de tomber quelquefois dans des fautes du moins légères ei journalières qu'on appelle aussi péchés véniels ; ils ne cessent pourtant pas pour cela d'êire justes ; de sorte que lorsqu'ils disent à Dieu (Matlh. G) : Seigneur, pardonnez nous nos offenses, celte parole, dans leur bouche, est humble el véritable tout ensemble. Eu effet, les justes se doive:it sentir et reconnaître d';utant plus obligés à marciier dans les voies de la justice, qu'étant déjà affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu, ils sont en élnl , en vivant selon les^ lois de la tempérance, de la justice et de la piété, d'avancer dans la grâce par Jésus-Christ même, par lequel ils y ont eu entrée; car Dieu n'abandonne point ceux qui sont une fois justifiés par sa grâce , s'il n'en est auparavant abandonné. Personne donc ne se doit flatter ni s'applaudir en soi-même pour avoir seulement la foi, dans la pensée que pir cette seule loi il est établi héritier, et qu'il aura part à fliérilage, encore qu'il ne souffre point avec Jésus Christ, pour être aussi glorifié avec lui. Car, comme dit fApôlrc (Hebr. 5), Jésus-Christ lui-même, quoiqu'il fïit (ils de jDiiU , a appris l'obéissance par l'expérience des choses quil Cl souffertes; et, tout étant consommé en lui , il e^i devenu la cause du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. C'est pourquoi le même Apôlre, parlant à ceux (jui sont justifiés, leur dit (1. Corinih. 9) : N-e srivez-vous pas que dans la carrière tous courent véritablement , mais un seul emporte le prix. Courcz-donù en sorte que vous le remportiez. Pour moi, je cours ,. et je ne cours pas au hasard ; je combats , et je ne donne pas des coups en l'air ; mais je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres , je ne sois moi-même réprouvé. Saint Pierre, le prince des apôtres, dit aussi (2 Pelri 1) : Traimlles à assurer par vos bonnes œuvres votre vocation el votre élection; car, agissant de la sorte, vous ne pécheret ja^
Si
maiy Ce qui faU voir qr.c ceux là ronlrcdiscnl à 1;) Ttrine o?ihodoxe de 1. religion, qn;, f<>"t;cnijenui«e le juste, dans toute bonne œuvre, pèche nu "««'"s >enieVern^nl; ou, ce qui est eueore p us -nsupportab e
rai porté mon cœur à raccomplmemenl de vos coinmandements à cause de la récompense; cl (|uc 1 Apolre«lit de Moïse (llebr. 11): qu'i/ envisageait larecompense.
Chapitre XIL QiCU ne faut point avoir de présomption téméraire de sa prédestination.
Personne aussi, lan.lis qu'il est dans cette vie moricllo ne doit présumer de sorte du mystère secret de la prédestination de Dieu, qu'il s'assure, pour tout certain d'être du nombre des prédeslmes; comme s il était vrai qu'étant jusliiié, il ne pûl plus pécher; ou que s'il péchait, ildiil se promettre assurément de se relever : car sans une révélation particulière de Dieu, on ne peut savoir ceux qu'il s'est choisi. Chapitre XUL Du don de persévérance.
Il en est de même du don de persévérance, duquel il est écrit ( Matlh 10 et 24) qnc celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, sera sauvé. Ce qu'on ne peut obtenir d'ailleurs que de celui qui est puissant, pour soutenir celui qui est deboul, alin qu'il continue d eire debout jusqu'à la fin, aussi bien que pour relever celui «ni tombe. Mais parsonne là dessus ne se peut rien promeitre de certain, d'une certitude absolue; quoi- (|ue tous doivent mettre et établir une confiance lies- Icrme dans le secours de Dieu, qui achèvera et perfectionnera le bon ouvracçe qu'il a commence, oporanl le vouloir et l'eflei. si ce n'est qu'ils manquent eux-mêmes à sa grâce. Mais cependant que ceux qui croient cire debout, prennent garde de ne pas tomber, et qu'ils iravailleut à leur salut avec crainte et tremblement, dans les travaux, dans les veilles, dans les aumônes, dans les prières, dans les o(fraii(les,dans les jeûnes, dans la pureté; car sachant que leur renaissance ne les met pas encore dans la possession de la gloire, mais seulement dans l'espérance de l'obtenir, ils ont sujet d'appréhender pour le combat qui leur reste à soutenir contre le diable, le monde et la chair, dans lequel ils ne peuvent être victorieux, s'ils ne se conforment avec la grâce de Dieu aux scnlimcnts de l'Apôtre, qui dit : Nous sommes redevables, mais ce nest pas (Ùa chair, pour vivre selon la chair; car si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si vous mortifiez par l'esprit les passions de la chair, vous vivrez.