‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 200 sur 368 · SURRECTION DES MORTS ET LA VIE DU SIÈCLE A VENIR · texte numérisé non relu

SURRECTION DES MORTS ET LA VIE DU SIÈCLE A VENIR

l'espérer de la bonté de Dieu avec une ferme confiance de l'obi enir.

Or, quoique la félicité des bienheureux soit un< chose si hante et si relevée que nous n'avons poin de termes pour l'expliquer, et que notre esprit est in capable de la comprendre, nous pouvons néanmoin remarquer en quelque sorte une image de cette héati lude dans les choses que nous connaissons par le| sens ; car, de même qu'un fer qu'on met au feu pren comme la forme du feu , en sorte que , quoiqu'il re tienne loujours sa nature , il semble toutefois deven-

quelque chose différente de lui-même, et prendre la nature du feu , de même aussi ceux qui jouissent de la gloire céleste , étant tout embrasés de Tamour de Dieu , sont tellement différents d'eux-mêmes , sans changer néanmoins de nature , qu'il n'y a pas lant de différence entre un fer ardent et celui qui ne l'est point du tout qu'il y en a entre ce qu'ils sont et ce qu'ils étaient lorsqu'ils vivaient sur la terre. Ainsi il faut reconnaître que la souvernine et parfaite béatitude, que nous appelons essentielle, consiste dans la possession de Dieu même. Et certes que peut-il manquer au parfait bonheur de celui qui possède Dieu, qui est souverainement bon et souverainement parfait?

Il y a , comme nous avons remarqué , quelques avantages qui accompagnent cette béatitude essentielle, qui sont communs à tous les bienheureux, qu'il est bon de remarquer, parce que, comme ils sont plus proportionnés à la raison humaine , ils ont coutume d'exciter et d'émouvoir plus fortement nos esprits. L'Apôtre semble avoir marqué ces avantages , lorsqu'il a dit dans TEpître aux Romains (2 , 10) que la i gloire , Chonneur et la paix sont le partage de tout I homme qui fait le bien.

I Et les bienheureux jouiront non seulement de la Igloire qui fait la béatitude essentielle ou qui en est inséparable, mais même de celle qui nous vietit de la connaissance que les autres ont de notre mérite et de notre élévation. Et quel pensons nous que sera l'honneur auquel Dieu élèvera alors les saints , i)uisque même dès à présent il ne veut plus qu'on les appelle ses serviteurs , mais ses amis , ses frères , et ses enfants; que nous voyons que Notre- Seigneur, au jour du jugement, adressera à ses élus ces paroles si pleines de tendresse et si glorieuses pour eux (Matth. 25, 4) : Venez ^ vous qui avez été bénis par mon Père^ posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. De sorte que c'est avec raison que nous pouvons nous écrier avec le Psalmiste ( ps. 138, 16) : 0 DieUf que vos amis sont élevés en gloire ! et qu'enfin ils seront loués par Notre-Seigneur Jésus- Christ en présence de son Père céleste et de ses anges.

Mais si tous les hommes, par un désir qui leur est commun et qui leur vient de la nature, désirent d'être honorés par les peisonnes qui excellent davantage en sagesse, parce qu'ils sont persuadés qu'ils ne peuvent avoir de témoins qui puissent relever davantage leur vertu , quel surcroît de gloire né reviendra-t-il point aux bienheureux de ce qu'ils s'honoreront souverainement les uns les autres !

Ce serait une chose infinie que de parcourir tous les autres sujets de joie et de plaisir dont la gloire des bienheureux sera comblée. Nous ne les pouvons ipas même concevoir ni nous en former une idée; nous idevons seulement être persuadés qu'il n'y aura rien de tout ce qui nous peut arriver ou que nous pouvons

désirer d'agréable en celte vie , soit pour la connaissance de l'esprit , soit pour la disposition parfaite du corps, qui ne se trouve avec plénitude dans cette vie

de l'homme n'a jamais conçue.

Ainsi le corps, d'une part, qui est ici-bas matériel

rassasiée avec un souverain plaisir de cette nourriture céleste de la gloire (\uq l'auteur de ce grand festin servira à tous les bienheureux. On ne désirera plus alors de vêlements précieux ni les ornements des rois de la terre , puisque toutes ces choses ne seront d'aucun usage et que chacun sera revêtu de l'immortalité, tout brillant de lumières et orné et couronné d'une g/oire immortelle. Et comme la possession des grandes et magnifiques maisons fait une partie du bonheur de la vie présente, il ne sera rien aussi de plus magnifique ni de plus grand que le ciel, qui est la demeure des bienheureux et (jui est éclairé de toutes parts de la lumière de Dieu même. D'où vient que le prophète-roi , considérant la beauté de cet heureux séjour, et sentant en même temps son cœur brûler du désir d'y entrer, s'écrie (psalm. 85, \) : Que vos tabernacles sont aimables y ô Dieu des armées! Mon âme languit et se consume du désir d'entrer dans la maison du Seigneur; mon cœur et ma chair hriïlent d'ardeur pour le Dieu vivant.

Les pasteurs ne doivent pas se contenter de sou^ liaiter que tous les fidèles aient dans le cœur ces sentimenis, et qu'ils les expriment par des paroles semblables à celles de ce prophète, mais ils doivent faire tout leur possible pour les leur inspirer. Et sachant qu'il y a, selon la parole de Notre-Seigneur, de différentes demeures dans la maison de Dieu, et qu'il récompensera les hommes diversement, selon qu'ils l'auront plus ou moins mérité, et, comme dit l'Apôtre (2 Cor. 9, 6) : Que celui qui sème peu moissonnera peu^ et que celui qui sème beaucoup .moissonnera aussi avec abondance, non seulement ils les porteront à désirer le plus haut degré de cette béatitude , mais ils les avertiront continuellement que le véritable moyen pour y arriver est de demeurer dans la foi et dans la charité, de persévérer dans l'usage si salutaire des sacrements et de la prière , et de pratiquer à l'égard du prochain toutes sortes de devoirs de charité; car ce sera par ce moyen qu'avec la grâce de Dieu, qui a préparé cette gloire et ce bonheur à ceux qui Taiment , la vérité de ces paroles du prophète s'accomplira en eux : Mon peuple habitera dans des tabernacles où il n'aura plus rien à craindre ; et il jouira de la douceur de la paix et de toutes sortes de biens, ( Is. 32, 28.)

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