LA VIE ÉTERNELLE
Les apôtres, qui sont nos guides et nos maîtres, ont ;oulu que le Symbole, qui contient en abrégé toute la oi , finît et se terminât par l'article de la vie éternelle, >oit parce qu'après la résurrection de la chair les fidèles l'ont plus rien à espérer que la vieéternelle,qui doit être eur récompense , soit afin que nous ayons toujours levant les yeux celle béatitude si entière, si parfaite, H SI accomplie en toutes sortes de biens, et que nous ipus la proposions comme la fin de toutes nos pensées H de tous nos désirs. Ainsi, dans les instructions que les pasteurs font à leurs peuples, ils ne doivent perdre •'icune occasion de les encourager par la vue de celte
PART. I. Dll SYMeOLE DES APOTRES, gjft
béatitude et de cette vie éternelle, qui doit être îcfip récompense, non seulement à supporter pour l'amour de Jésus-Christ les choses les plus difficiles , mais même à les regarder comme faciles et agréables, et à rendre à Dieu avec joie et promptitude l'obéissance qu'ils lui doivent.
(^es paroles, la vie éternelle, dont les apôtres se sont servis pour exprimer la béaiiiude que nous espérons, renferment plusieurs mystères qui sont cachés. Ainsi il est nécessaire deles'expllquer avec soin, afin que chacun, selon la capacité de son esprit, puisse aisément les comprendre.
Les pasteurs <louc apprendront aux fidèles premièrement , que ces p:(roles ne nous inanjueni pas .seulement l'éterniié de la vie des maints, puisque celle des démons sera égale en durée à celle des bons, mais l'élerniié de leur béaiilude,qui .satisfera pleinement leurs désirs, (^'esl en ce sens que les enteudaii ce docteur de la loi qui, s'adressant à Notre-Seignenr lui demanda (Luc. 8, 27) : Bon maître, que faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle? Car c'est comme s'il eût dit à Noire-Seigneur : Que faut-if que je fasbe pour parvenir au lieu où l'on jouit d'une parfaite félicité? El c'est en ce sens que l'Ecriture sainie use de ces paroles en plusieurs endroits, comme on peut ai-r sèment le remarquer.
Celte félicité parfïnle a donc particulièrement été exprimée par la vie éternelle , afin que personne ne crût quVlle pût consister dans les choses temporelles el caduques de ce monde qui ne peuvent être éternelles ; et, en effet, le mot de félicité n'était pas suffisant pour exprimer le bonheur que nous atlendons dans Tauire vie , puisqu'il s'est trouvé des hommes assez enflés p:ir l'opinion d'une vaine sagesse, qui ont mis la félicité dans la possession des choses sensibles quoiiju'ellos vieillisse-it et périssent avec le temps! Mais le véritable bonheur ne peut être limité par aucun temps. Et ainsi, bien loin que les choses sensibles puissent faire la béatitude de l'homme, elles y sont très-opposées, puisque plus un homme est possédé de l'amour et de l'alfection de ces sortes de biens, plus il est éloigné de la véritable félicité. C'est ce qui a fait dire à saint Jean (1 Episl. 2, 15) : N'aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelquun aime le inonde^ l'amour du Père n'est point en lui. Et peu après il ajoute ( ibid., il) : Le monde passe, et la concupis^ cence du monde passe avec lui.
Ainsi il faut inspirer aux fidèles du mépris pour toutes les choses mortelles et périssables de la terre, et lâcher de leur persnader qu'ils ne doivent point espérer de bonheur véritable dans celle vie, puisque nous n'y sommes que comme des étrangers et non comme des citoyens. Ce n'est pas qu'on ne puisse dire que nous sommes heureux dans ce niunde par l'espérance, lorsque renonçant à l'impiété et aux passions mondaines nous vivons avec tempérance, avec justice et avec piété, étant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons et de f avènement glorieux du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ (Tit. 2, 12). Plusieurs qui se croyaient les sages du monde, ayant ignoré cette vérité et s'étant imaginé qu'il fallait chercher le bonheur dans les choses de cette vie, sont devenus fous, et sont tombés dans d'extrêmes misères et afflictions.
En second lieu, ces paroles, la vie éternelle, marquent que lorsqu'une fois on est en possession de la vraie félicité, on ne la peut jamais perdre, comme quelques-uns l'ont cru faussement. Car qui dii bonheur dit le comble de toutes sortes de biens, sans aucun mélange de mal. Ainsi, comme il remplit parfaitement les désirs de l'homme , il faut néeessairemenl qu'il soit éternel; puisqu'il est impossible que celui qui est heureux ne désire, autant qu'il en est capable, de jouir éternellement des biens qu'il possède, et que, si celte possession n'était stable et assuré*, il serait assurément inquiélé par la crainte a'en être frustré.
Enfln ces paroles nous font connaître combien est grand le bonheur des bienheureux qui sont dans ie
CATÉCHISME DU CONClLE DE TRENTE.
ciel , qui est leur pntrie, et qu'il n'y a même qu eux qui le puissent comprendre, et lui donner un nom qui en donne une véritable idée. Car lorsque, pour signifier une chose , on use de termes communs, et qui convieiment à d'autres, c'est une marque certame qu'il n'y en a point qui soit propre à l'exprimer parfaitement. C'est pourquoi, comme le bonheur des saints ne s'exprime que par des paroles qui regardent également le reste des hommes qui vivront éternellement comme eux , c'est une preuve convaincante que ce bonheur est quelque chose de si élevé et de si excellent, qu'il n'est pas possible d'en exprimer parftûiement la nature par des termes propres et spécifiques. Aussi voyons-nous que, quoique l'Ecriture sainte nous marque cette félicité du ciel par beaucoup d'expressions différentes, comme sont «elles de royaume de Dieu, de royaume de Jésus-Christ, de cieux, de paradis, de cité sainte, de nouvelle Jérusalem, de maison du Père éternel, il n'y eu a néanmoins aucune assez significative pour en faire parfaitement comprendre l'excellence et la grandeur.
Ainsi les pasteurs ne laisseront pas passer une occasion si favorable d'exciter les fidèles à la piété et à Injustice, et à tous les autres devoirs de la religion chrétienne, parla vue des récompenses si amples et si magnifiques qui leur sont proposées sous ces ternies: La VIE ÉTERNELLE. Car il csi Certain que ia vie est un des plus grands biens que l'on dé ire nalurellement ; et qu'ainsi la béatitude qui est notre souverain bien n'a pu mieux être exprimée que par la vie éternelle. Si donc cetle vie, qui est si courte et si sujette à tunt et de si ditïérentes misères et afflictions, qu'elle mériterait mieux le nom de mon que de vie , ne laisse pas d'être aimée plus que toutes choses, rien au monde ne nous étant plus cher et plus :igréable que la vie, avec combien plus d'ardeur et d'affection devons-nous rechercher celte vie éternelle, qui est exempte de tomes sortes de maux et accompagnée de tontes sortes de biens? Car le bonh(>ur de la vie éleruclle, selon la pensée des saints Pères, comprend également la délivrance de tous les maux et la possession de tous les biens.
Elle comprend la délivrance de tous les maux ; car comii e il est dit expressément dans l'Apocalypse { 7, 16 ), les bienheuieux n'auront plus ni faim m soij\ el le soleil ni les vents brûlants ne les incommoderont plus. Dieu essuira l< s larmes de leurs yeux, el lu mort ne sera plus. Les pleurs, les cris et les travaux passeront y parce que ce qui a précédé sera passé ( ibid , 21, 4).
Elle comprend aus>i toute.-, sortes de biens, pui-que les bienheureux y jouiront d'une (gloire infinie et qu'ils y seront comblés de tous les plaisirs imaginables. De sorte que comme notre esprit n'est pas maintenant capable de concevoir ni de comprendre la grandeur de celte gloire, il faut nécessairement la posséder et être entré "dans la joie du Seigneur pour pouvoir la concevoir et la goûter parfaitement.
Or, quoiqn'il soit plus facile, selon saint Augustin, de fane le dénombrement des maux dont nous serons alors délivrés que celui des biens et des plaisirs que n«ms y goûterons, cela ne doit pas empêther les pasteurs de tâcher d'expli(|uer clairement , et en peu de paroles, tout ce qu'ils jugeront propre à exciter d »ns les fidèles le désir d'acquérir celte souveraine félicité. Pour cela ils leur feront observer, après les plus considérables d'entre les auteurs ecclésia>ii«iues, qu'il y a deux sortes de biens qui composent la béatitude éternelle : les uns qui appartiennent à son essence, etqni sont appelés pour cet effet essentiels, et les autres qui en sont comme des suites, et que l'on nomme accidentels.
La véritable béatitude et celle qu'on peut appeler essentielle consiste dans la vision et dans la jouissan( e de Dieu , qui est le principe et la source de t!)Ute perfection et de tout bien. La vie éternelle^ dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, parlant à Dieu son Père (Joan. 17, 5), consistée vous connaître^ vous qui êtes
le seul Dieu véritable , et Jésus-Christ que vous avez envoyé. Ce que saint Jean semble expliquer lorsqu'il dit ( I Episl. 5,2) : Mes bien-aimés, nous sommes déjà^ enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. Nous savons que lorsque Jésus-Christ se montrera dans la gloire nous serons semblables à /mî, parce que nous le verrons tel qu'il est. Car par ces paroles il marque que la béatitude consiste en deux choses, à voir Dieu tel qu'il est en lui-même el en sa propre substance et à lui être semblables ; en sorte que quoique les saints qui jouissent de Dieu conservent toujours leur propre substance, ils reçoivent néanmoins comme une forme divine qui fait qu'ils semblent plutôt des dieux que des hommes.
Et il est aisé de concevoir pourquoi les saints sont pour ainsi dire ainsi transformés par cetle divine forme qu'ils reçoivent; car c'est parce que chaque chose ne se pouvant conjiaître que ou par elle-même et par sa propre substance, ou par son image et sa ressemblance , et comme il n'y a rien de semblable à Dieu qui puisse nous en donner une coimaissance parfaite, il s'ensuit que nous ne pouvons connaître la naiure et l'essence de Dieu que lorsque cette même essence divine s'unit et se découvre elle-même à noire esprit. C'est ce que saint Paul nous a voulu marquer par ces paroles (1 Cor. 13, 12) : Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir et en des énigmes , mais alors nous verrons Dieu face à face. Où il faut remarquer que saint Augustin entend par ces énigmes , dont parle l'Apôtre , une image propre à nous faire connaître Dieu.
baint î>enis confirme celte vérité, lorsqti'il dit que les choses supérieures et spirituelles ne peuvent être connues par les idées et les images qu'impriment les choses inférieures et corporelles ; car, si l'idée d'une chose corporelle ne peut nous faire connaître l'essence el la nature d'une chose spirituelle, parce qu'il est nécessaire que les idées soient moins grossières el plus spiriiuelles que les cîioses mêmes qu'elles représentent , comme il est aisé de le remarquer dans tout 1 ce que nous connaissons , comme il est impossible | que l'idée d'aucune créiiture puisse être aussi pure et aussi spirituelle que Dieu même , il est évident que nous ne pouvons connaître parfaitement l'essence de Dieu par aucune des idées que les créatures impriment dans notre esprit.
De plus, toutes les créatures étant limitées et bornées dans leurs perfections , et Dieu au contraire étant inliniment parfait , il n'y a rien en elles par consé(juent qui puisse nous donner l'idée de sou immensité ; et ainsi nous ne pourrions jamais voir l'essence divine, si elle ne s'unissait elle-même à nous, et si elle n'élevait notre esprit au-dessus de luimême pour le rendre capable de la contempler en elle-même.
Et c'est ce que nous obtiendrons par le moyen de la lumière de gloire, lorsque, étant éclairés par sa divine splendeur, nous verrons Dieu, qui est la vraie lumière, dans sa propre lumière ; car c'est à la faveur de ce don, qui est le plus grand el le plus excellent de tous les dons, que les bienheureux ayani Dieu toujours présent, et étant faiis participants de ia nature divine, jouissent de la véritable béatitude, qui doit être de telle sorte l'objet de notre loi, que nous devons, seloi ces paroles du Symbole de JSicée : J'attends la ré