CHAPITRE VIII
Si le concile a réformé ou défiguré l'ordre ecclésiastique.
1. 11 dit en second lieu qu'on attendait du concile de Trente la réforme de l'ordre ecclésiastique , et qu'au contraire ce concile l'a défiguré par plus de désordres qu'il ne s'y en était introduit depuis l'origine du christianisme. Je donnerais bien tout ce que je pourrais avoir à quiconque serait assez habile . pour convertir en une vérité la supposition fondamentale qui est renfermée dans ce mensonge, savoir: que depuis l'origine du christianisme, il n'y a jamais eu dans le clergé plus de désordres que depuis le concile ; et, par conséquent, jamais plus qu'aujourd'hui, aujourd'hui que tout homme sage, tout homme y^ versé dans la connaissance des nations et des siècles, peut bien dans les désordres qu'il voit trouver un sujet d'affliction, mais non d'étonnement, si ce n'est en raison de leur petit nom-
(1) Ici irouverail place la glorieuse lisie des princes, princesses cl nuires ilhislres personnages qui ont abandonné Thérésie pour se réunir à PEylise. Celle lisiea éié sagement placée p»r le P. Seedorf â la (in de la préface dij tome I" de ses Lettres sur divers pointi. de conircverse, Manheim, 1749.
bre. Alors certes ii tomberait, ce masque dont se couvrent les hérétiques, en alléguant qu'ils ont abandonnéTantiquefoi parce qu'ilsétaient scandalisés de la conduite de ceux qui en étaient les gardiens. Alors s'en irait en fumée tout cet échafaudage dressé par Soave , pour démontrer que la conduite licencieuse des ecclésiastiques fut la poudre qui en éclatant fit des étincelles de Luther un vaste incendie. Le mal est que je suis contraint de nier ce que je voudrais bien pouvoir accorder à mon adversaire. Il est très-véritable que les désordres qui précédèrent le concile n'existaient pas plus dans les ecclésiastiques, proportion gardée, que dans les laïques, comme nous le démontrerons ci-après ; et que ce ne fut point là la cause qui enfanta l'hérésie, ce fut seulement le prétexte qui servit à la colorer et à la soutenir. Mais, du reste , quiconque a des yeux n'a qu'à jeter seulement un regard d'abord vers le passé, ensuite sur le présent , force lui sera d'apercevoir et d'admirer l'immense amélioration dans les mœurs qu'a opérée le concile dans une portion du monde, aussi vaste que la catholicité ; et surtout dans cette portion de la catholicité qui était plus particulièrement soumise à ses lois , et l'objet plus spécial de sa sollicitude, je veux dire le clergé. Que l'on fasse le parallèle des deux époques pour la décence des fonctions sacrées, pour la fréquence des sacrifices, pour l'assistance au chœur, pour l'observation des rites ecclésiastiques , pour l'ornement et la fréquentation des églises , pour la modestie dans le vêtement, dans les manières et dans la nourriture ; pour l'éloignement de la licence, pour la réserve dans les exemptions , pour la résidence des prébendes, pour l'âge et l'instruction requise dans ceux qui s'enrôlent dans la milice sacrée, et qui ne s'y élèvent que de degrés en degrés ; enfin pour la piété que toutes ces réformes ont rendue ensuite commune à tout le peuple ; et on sera forcé d'avouer que jamais depuis la création du monde aucune assemblée d'hommes n'a introduit parmi les hommes une aussi grande perfection. Or ce salutaire remède n'a pas été comme un élixir qui dans le principe semble avoir procuré la guérison, mais laisse bientôt le corps dans sa première faiblesse; il a été comme l'arbre de vie qui a pour toujours rendu à l'Eglise la vigueur de sa jeunesse. Il y a déjà environ cent ans que le concile termina ses travaux , et cependant sa vertu curative et fortifiante est toujours la même ; l'expérience ne cesse de montrer de plus en plus combien ses lois étaient salutaires et opportunes.
2. Il est vrai que, si uovrs voulions prendre pour mesure du bien l'idée de ce qui devrait être, etde ce que méritentun Dieu etuneéternilé de paradis ou d'enter , au lieu de nous en tenir plutôt à ce qu'on peut espérer de ces misérables rejetons d'Adam, et à ce qu'on a pu obtenir pendant une si lougue suite de siècles, avec une république composée, non pas de quelques hommes parfaits , mais d'au^ tant de millions qu'il y a de fidèles dans l'an^ cien et le nouveau monde , nul doute alors
INiaoïiLCTIOiN.
que les désordres ne nous parussent excessifs. Mais il n'y a rien là qui soit à la honte du concile ; tout ici est à la honte de cotre impuissance native , à la honte de notre nature fragile et presque bestiale , à la honte de notre premier père qui a infecté la source de notre existence , et à la gloire d'un Dieu qui, méritant des hommages sans bornes, n'en reçoit d'infinis que par leur imperfection. Du reste, le concile a su tirer si bon parti du genre humain, qu'il y aurait eu de la témérité à espérer un pareil résultat sans s'appuyer sur la toute-puissance divine. Si donc la valeur des choses ne s'estime pas par le nombre, mais par l'excellence, et si un p<^'a d'or est d'un plus grand prix qu'une granae quantité de cuivre, nous pour ons croire peutêtre que, grâce à la Providence divine et par le moyen du concile réuni à l'occasion de l'hérésie luthérienne, le christianisme a plus gagné sous le rapport du culte et de la vertu dans l'amélioration signalée des mœurs catholiques, qu'il n'a perdu lorsque l'hérésie lui a enlevé de si grandes et populeuses contrées. Dire que le monde actuel est pire que le monde ancien, ce sont propos de comédies et doléances du vulgaire. Or je sais que Soave n'était pas assez dépourvu d'érudition pour être dans cette croyance. Pour ce qui est ensuite du monde présent, qu'on jette un regard sur la surface entière du globe terrestre, et qu'on nous dise si l'on y trouve un aussi grand nombre de personnes éminentes en sainteté, en génie, en science, dans lesquelles brille une aussi grande vertu morale , une aussi ardente piété envers Dieu, une aussi grande charité envers le prochain, une aussi grande mortification des sens.une aussi grande application aux choses de l'éternité, que dans plusieurs millions de personnes de l'un et de l'autre sexe qui , consacrées à Dieu, vivent sous la dépendance particulière du souverain pontife.