CHAPITRE VI
Si la partialité de V auteur envers l'Eglise romaine doit diminuer V autorité deV Histoire présente.
1. Mais peut-être reprochera -t-on à mon Histoire ce qui a été reproché à celle de vais renom pour son impiété, on voit tout Soave , le veux dire la partialité de l'auteur, d'abord combien facilement il avait pu armer Autant Soave est opposé au siège apostolique, contre lui le bras, ou des offensés, ou des jaautant ma religion et ma personne lui sont Io«x» ^^ de ceux que pousse un zèle fanatisoumises. A cela il me suffirait de répondre M»e. Après tout, pour ulcérer un cœur, il que, puisque tous les deux sont suspects, on «'est pas besoin d'une offense réelle, il suffit n'a qu'à ne croire ni l'un ni l'autre , et que le d'une offense imaginaire. Or, que Soave eût concilede Trente doit conserver la réputation le cœur ulcéré contre le souverain pontife, dontil jouissait avant que rien de tout cela c'est ce que pourra reconnaître quiconque n'eût été écrit. Le concile, par lui-même, n'a 1"'? ^^ hasard un passage de son livre, pas besoin que la plume d'aulrui le fasse respecter pour le zèle, l'intégrité, la maturité et l'esprit de sagesse; il suffit de dissiper les ombres dont a voulu le noircir une plume ennemie. C'est ainsi que le vent du nord n'augmente pas réclat du soleil, mais il dissipe seulement les nuages qui l'offus qunient.
h. Du reste, quand il n'y a pas d'inimitié personnelle, la haine puisée dans les intérêls publics ne suffit pas pour qu'un écrivain non vulgaire consente à se souiller par la c«îlomnie. C'est ce que prouvent les exemples tant anciens que modernes. Les victoires des Grecs furent la ruine de ceux qui vinrent ensuite fonder l'empire de Rome; et cependant •2. A cela il faut ajouter que la partialité ^^^^^ ^^"^ également célébrées, et dans ics de Soave est bien différente de la mienne.
Moi je n'ai contre les partisans des sectes opposées aucune inimitié ni malveillance r3or-
(l)Le 12 novembre. V.M'nzzuchelli S cri il. dl latin, t. l, p. I, p. 575, où il relève l'erreur du père Ba!- (la^s;iri, qui, dans ses Vies des persoimages ilhisires, p. 575, place la mon d'Alciaii en rannée 1657.
(1) De ces paroles de Pailavicini,Giiselini,dans ses Memorie di Fra Paolo, conclut , par un effort de son étrange malignité que Pallavicini connaissante secret de cei assassinat, et sur un pareil supposé, il bâiii (pielques autres de ses châteaux en Espagne : c'est v^ililne!ll à fairo pitié; et l'abbé Buonalede dans son //. lin., p. 4:2 et suiv., s'est donné l'innocent plaisir de inelirQ en évidence le ridicule de ces songes creun,
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écrits des Grecs, et dans ceux des Romains. qui auront la permission de lire les deux !i-
Ccs mêmes Romains exaltèrent la valeur d'un vres , d'observer avec attention lequel des
Pyrrhus qui les réduisit à la dernière extré- deux leur paraît reproduire ce caractère ini~
mité. Et, parmi nos Italiens, Paul Jove , dans mitable que la vérité devrait toujours don-
ses écrits , n'a point voulu présenter sans ner à ses écrits, si elle prenait la plume, et
gloire les princes mahométans. Pour ne pas si elle voulait elle-même se peindre à nos
parler de beaucoup d'autres, dans notre so- yeux.
ciélé, Famien Strada, qui a écrit les guerres TRAPïtrf vïî
enlre le roi catholique et les hérétiques des LiHAFllRli vil.
Pays-Bas, l'a fait de telle sorte que ses histoi- SHl est vrai que le concile de Trente eut un ré-
res ont été plusieurs fois réimprimées à sultat différent de ce qu'avaient esnéré les
Leyde, traduites en leur langue, et louées par personnes pieuses touchant la réforme de
leurs plus fameux poètes. VEglise.
5. La seconde raison qui peut mettre à l'abri de soupçons mon Histoire, est que nous 1. J'ai déjà protesté d'avance que je ne professons une croyance qui ne promet pas prétendais point ennuyer le lecteur en m'arla béatitude à la foi seule, et qui ne méprise rêtant à chaque phrase du livre de Soave qui pas l'observation des préceptes comme non me paraîtrait renfermer une fausseté. Celui nécessaire pour le salut, ainsi que le croient qui suivrait une pareille méthode, ou serait ceux qui furent condamnés à Trente, et sont aveuglé par la passion , ou croirait que cha> défendus par Soave. Or, parmi les préceptes, cun est dominé par la passion qui le domine nous pensons que Dieu même ne peut pas Ini-même, et qui grossit à ses yeux toutes les dispenser de celui qui défend le mensonge, minuties. C'est de la sorte qu'une goutte de et en matière grave nous le regardons tou- salive dans la bouche, ou la moindre irritajours comme un péché grave. En sorte que tion dans une partie du corps, paraît à celui appartenir à la religion catholique, non-seu- qui rêve être un torrent qui le noie, ou un lement ce n'est pas ce qui m'engagerait à incendie qui le dévore. En général, je ne meptir, mais c'est précisément ce qui doit prendrai pas la peine d'écrire des pages que m\A détourner. d'autres no voudraient pas se donner la peine
6. Mais on n'a pas besoin de recourir aux de lire; et, si je le fais de temps en temps, présomptions quand on a l'évidence des c'est, comme je l'ai déjà dit, parce que en aipreuves. Je n'ai pas voulu, dans ces récits, me longeant le catalogue des impostures et des prévaloir de l'autorité que l'on accorde ordi- erreurs, même légères , j'espérerai enlever à nairement aux historiens. Je me suis astreint cet historien l'autorité qu'il aurait dans des à produire en marge, pour les plus petits dé- récits de quelque importance. Mais dès le tails, des témoignages tirés ou d'auteurs im- préambule du livre mes yeux sont frappés de primés et réputés exacts dans le monde quelques fausses suppositions qui me paentier, ou de manuscrits dont les auteurs raissent dignes de remarque. La première de furent des princes, des légats, des ambassa- ces suppositions gratuites est présentée au deurs et autres personnages publics de ce milieu d'un groupe de contrastes merveilleux, genre. Or ces manuscrits sont conservés en dont l'effet est de la rendre croyable; car originaux dans les bibliothèques ou dans les chacun croit aisément ce qu'il désire, et, en archives que je cite au fur et à mesure; ou entendant ce qui est merveilleux, on s'yaffecsi ce ne sont que des copies, elles sont telles lionne et on voudrait que ce fût la vérité. Il que, vu l'autorité des lieux et l'antiquité des affirme que le concile eut un résultat conexemplaires, on doit repousser bien loin tout traire à l'attente, et de ceux qui en procurésoupçon de fraude. C'est là tout ce qu'on peut rent la convocation, et de ceux qui reculéfaire dans le récit d'événements humains, et rent longtemps devant cette mesure.
c'est ce dont n'a rien fait l'auteur auquel je 2. Les hommes pieux, dit-il, en procurèréponds. De plus, aGn que les lecteurs eus- rent la convocation pour ramener l'union sent d'un même coup d'œil un aperçu de la dans l'Eglise; les princes la demandèrent confiance qu'il mérite, j'avais placé ici dans pour réformer le clergé; et cependant, par la première édition de cette Histoire un cata- suite du concile, les divisions de l'Eglise sont logue de ses innoaibrables mensonges et er- demeurées sans remède , et les désordres reurs de fait, en ayant soin d'indiquer les en- dans le clergé sont devenus plus grands droits de cette Histoire où la preuve en est qu'ils n'avaient été depuis que le christiadonnée. Mais maintenant qu'il n'y a plus lieu nisme existe. Les évêques espérèrent reconde craindre à cet égard les méprises ou les quérir leur ancienne autorité , passée en déceptions de la renommée, il n'est plus né- grande partie entre les mains du pontife de cessaire de présenter avec tant de sollicitude Rome ; et le concile la leur a fait perdre enle contre-poison aux lecteurs; ainsi nous tièrement en les réduisant dans une plus transporterons ce catalogue à la fin de cha- grande servitude. Au contraire, la cour roque volume de l'ouvrage, et il n'en sera que maine abhorrait le concile comme un moyen plus facilement compris et plus intéressant, efficace de modérer sa puissance; et celle-ci, Enfin, de même que la pourpre qui n'est par le moyen du concile, s'est plus que jaqu imitée perd son éclat dans le parallèle avec mais étendue et affermie sur la partie de la la véritable , ainsi la vérité et le mensonge chrétienté qui obéit à Rome. placés en regard sont facilement discernés Dans ces quelques lignes il ébauche le par un a^il péuélra^ît cl attentif; je prie ceux dossiin qu'il a de représenter le concilQ
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comme un monstre. Et nous, nous devons cile plus célèbre par le nombre de spq «ir confronter ici rapidement et en gros cette cents évêquos, mieux appuyé sur la terr» esquisse mensongère avec la physionomie, par la protection des empereurs etdan» lo pour ainsi parler, que le concile nous offre ciel même par les miracles do-l Dieu le fi au premier coup d œil ; car, pour ce qui est vorisa, que le concile de Chalrédoine' El de comparer ensuite en détail chaque trait de cependant Dioscore , condamné dons tî la peinluro de Soave avec le véritable origi- concile, comme homicide et héiétinue fu^ nal. ce sera I élude de tout l'ouvrage. Com- depuis canonisé par les sectateurs d'Fi.i inençons par le premier des trois points de chès, et honoré comme saint. Ils ne s'en in vue deja menlionnes. renl pas là ; mais ils massacrèrent les p "s"
3. Il peut bien se faire que des hommes saints évêques. envahirent les sièges es n»! pieux, cédant a 1 impulsion du desir qui sou- illustres, armèrent contre les eilholirino! vent est père des espéranc.js les plus déce- l'impiété des Césars, el en un mot'dév nrën^ vantes, se promissent du concile la réinté- pour l'Eglise militante de véritables firip» gralion du christianisme, mais n, les exemples (ajoutez à cela que les nestoriens et les énii du passe, qui est le véritable pronostic de chiens sont encore nombreux en Oripn " 1 avenir, m les circonstances présentes ne Pour éviter des longueurs suoerniiP» n?,' i pouvaent entretenir cette confiance. me suffise d'avoir démontré ma nropo'siiron
Non pas les exemples; car il est certain en ce qui concerne les quatre premiers rnn que lorsque nous tournons notre attention elles universels, vénérés par l'EeliseTl'ét^î vers les siècles écoules, en la fixant d'abord desquatreEvangiles,etquipourleur^ntinn!?i sur le premier concile gênerai, qui fut celui se maintiennent eu possession d'une sore de Nicee, appelé le grand concile, et en si de respect, même auprès des luthériens Ma s grande vénération dans 1 Eglise ; lorsque en- il en a été de même aussi des suWnnil suite nous descendons la série de tous les comme il est constant pour tout homme m^ conciles œcuméniques célèbres conire quel- diocrement versé dans l'histoire P,'plT«i-,cf; que heresie |)uissante et profondément enra- que. Kt la raison est facile à donner l »! cinee; cest a peine si nous trouverons que conciles ne condamnent comme hérétinue les défini ions d un seul de ces conciles aient aucun sentiment qui, au temps de ceUe con réussi a éteindre 1 hérésie : et cela est si vrai, damnation, ne soit contraire à renseisnement V,v «'?,".".,9''<'.g°"'« 1".? Nazianze ne fit pas commun des docteurs, et tout à f forou di ficul e d écrire qu il n'avait vu un bon ré- aux textes les plus convaincants de l^c?^ sultal d aucun concile Dans le vrai, après ture sainte, ou à l'autorité de l'Eelise • or le concile de Nicee, la peste de l'arianis- celui qui a eu l'audace de penser et d'écrire me prit un developpemen immense; les contre des adversaires aussi ve'nérés né it empereurs la favorisèrent ; les saints furent bien s'attendre à être condamné narîe' cm, poursuivis parce qu'ils la combattaient ; elle cile, et dès lors il se Dréoarè /^■nl!. n se propagea depuis l'Orient jusqu'en Espa- pieds ses arrêts. S pfrfSi, fl dlLdë t .n? gne, parmi les Goths : elle fut cause que' là cile, ce n'est donc qCp^Vr g™ du ^emos' un prince devint le meurtrier de son fis et non pour obtenir une dênkinn f...„ ki^ aine, et cela, plusieurs siècles après, c'est- Jusqu'o^ù ne va pL î'idolâtr e envi?''''à-dire au temps de saint Grégoire le Grand, deui divinités un'^^s ensemb ^ senLTnt Que dirons-nous de la persécution exercée propre, amour-propre ! KarTZlt' une uM par les Vandales des cruautés de Tbéodoric, ligence devant laquelle les rurefs'abai-s en " du -nassaçre de tant de catholiques, et même consent à se condamner elleSe surtout de tant deveques, récits sanglants qui occu- dans des questions graves "tTcn moins pent une grande partie du Martyrologe ro- encore à publier cette condamnalirdans le n ain, et nous donnent sujet en même temps for extérieur. Quelquefois H es vr .f Jf et de gémir sur a férocité de ces temps-là , hommes changent d'opinioù même ouverte et Je nous réjouir de la constance des fidè- ment; mais c'est alors ou par 'effet d'une es ? 1) Le. concile de Conslantinople auquel ingénuité remarquable et d'un îmn„r .^?. 1 Eglise doit le complément du symbole verain pour la vérité ou hlnonT" ^-' ( sur la divnité du Saint-Esprit ) , V'elle gères, et dont l'Ignorance né saurait ^?rp fn" place immédiatement après l'Evangile dans sujet de confusion" ou bien encore ce son^ le sacrifice, vit arriver trente - six évê- de. hommes qui n'ont nisl.n^ll ^" ques macédoniens, et les vit partir, sans d'avoir le ta?ent d'ense^ner^J.^1 ^ i"" qu Ils lussent aucunement changés ; survin- ment de commauder • ou du mnin. 1 f ^'''" reiit ensuite diverses perturbations qui con- jours en sortTque le chat^eUnt:^'.'-, '""n" traignirent de discuter une seconde fois les puisse couvrir par la eîoirêfrT<:?nL i ^h "? ventés établies. Après la célébration du con- passée, c'est-à-dire qu'on nfl'*"'»!.'? '"'""' cile d'Ephèse, ses légats furent outragés et timont qu'en vêrîu de n«„v»1i ^ '^^•'*"" maltraités par les nestoriens ; Cyrille et Mcm- qu'on ait trouvées sof mêmp ""^'"'"^
non furent, pour la même cause, dégradés ne nous coûte pas d'Ivô'u^r^uP n'^n*'^ '"'"' et emprisonnés par l'autorité du prinle que vons plus auiourd'huTone nXin ' **" T les hérétiques avaient séduit. Mais' quel cSn- mais n'ous ne pC^ons ^u^orrrrai: qu"u.;
(t) Co„.bie„ d'ariens n'y a-l-ll pas encore en Tra„. culte rugmen'îe'''"auXM"dë';m.'; ''''' "'i^'
nouvelles : on s'arréle comme de va ni un pré- 1 1
INTRODUCTION
cipice effrayant quand il faut passer de la réputation de prophète divin à celle de séducteur téméraire.
h. Tout se réunissait donc, et les exemples communs , et les raisons universellement applicables, pour persuader qu'il en serait ainsi de Luther et de ses partisans. Mais les circonstances particulières ne devaient pas moins porter à le croire. On avait affaire à l'hérésiarque le plus audacieux qui fut jamais ; il avait brûlé sur la place de Witlenberg les recueils si vénérés des lois canoniques ; il avait osé dans ses écrits traiter les saints Pères de petits esprits, nourris d'illusions. Tous les chrétiens qui avaient vécu avant lui, pendant la durée de mille ans , étaient à ses yeux non des fidèles , mais des idolâtres ; le pape, l'empereur, le roi d'Angleterre étaient la lie des hommes; il s'était enivré de la douce jouissance que trouve un cœur superbe à écraser au jour de ses succès ceux qui le tenaient auparavant sous leurs pieds. Il avait pour champions des princes , pour disciples les universités, pour adorateurs les peuples ; déjà il possédait en espérance la fortune et la gloire de Mahomet de l'Occident ; et on aurait présagé que cet homme se rendrait aux décisions de ceS mêmes prêtres , de ces mêmes docteurs qu'il avait tant de fois injuriés et tournés en dérision? On avait affaire à des peuples séduits ou par la licence des mœurs, ou par la vaine complaisance à se croire privilégiés par la révélation des secrets du Ciel, et par conséquent d'autant plus fermes dans celte croyance que le nombre des contradicteurs serait plus grand. On avait affaire à des princes cupides et impatients de briser les vases sacrés pour les convertir en monnaie, ou bien pour qui l'intervention de la Divinité n'était qu'une machine propre à les dégager de toute sujétion envers saint Pierre au spirituel, envers l'empereur au temporel : et on aurait attendu d'eux un hommage de soumission au concile? Que dirons-nous enfin? on ne connaissait peut-être pas les protestations de Luther et de ses partisans ? Ne voulaient-ils pas qu'on assemblât un concile, dans lequel on leur céderait la victoire contre la paisible possession dont le souverain pontife et l'Eglise jouissaient avant la dispute ? c'est-à-dire un concile dans lequel le souverain pontife n'aurait aucune autorité; et partant, un concile tel que, si notre foi est la véritable, il eût été acéphale ^t illégitime. Dans ce concile, on n'aurait produit d'autre argument que les passages de l'Ecriture sainte isolés de toute interprétation; tandis qu'à cause de son obscurité, l'Ecriture sainte, en beaucoup de choses, ne suffit pas pour convaincre sans cette lumière que saint Vincent de Lérins appelle ecclesiasticœ traditionis linea.ei que les juristes regardent comme la reine des interprétations , je veux dire l'observance, soit l'observance dans la pratique, soit l'observance dans l'enseignement de l'Eglise; or il est nécessaire que cette observance ait pour témoins les écrits de l'anti-
quité, le sentiment des Pères, les définitions des pontifes. Les luthériens ne demandaientils pas d'ailleurs qu'on reconnût, dans la discussion, non l'Ecriture entière, jusque-là reçue dans l'Eglise, mais la partie que Luther trouvait bon de recevoir, et encore non pas selon l'édiiion et la tradition commune, mais d'après celle qui plaisait à Luther ? Or, avec de teiles prémisses, il était impossible de tirer pour conséquence la réunion, si ce n'est au jugement de ceux qui argumcnler<';ientde la possibilité et de l'utilité d'une chose à sa réalisation future. Mais ce qu'il y a de surprenant, si toutefois on doit être surpris que le menteur se contredise, c'est que So;ive lui-même fait ailleurs profession de conn/iître cette vérité, puisque, sous l'année 154^5, il rapporte, comme une pensée de Paul JIl, à laquelle il donne son approbation, que le co!)cile n'était pas un moyen opportun pour convertir l'Allemagne.
5. En voilà assez sur la première assertion de Soave , savoir : que le résultat du concile trompa les espérances des hommes pieux touchant la réunion de l'Eglise. Passons à une autre, c'est que le concile aurait au contraire rendu irrémédiable le mal de la discorde ; et ainsi non-seulement il aurait été inutile, mais encore funeste. Si par là nous devons entendre que le concile a fait connaître l'impossibilité d'une réunion entre les luthériens et nous , dès lors qu'ils ne renonçaient pas à leurs erreurs, non-seulement il n'y eut là rien de contraire aux espérances, des hommes religieux; et certes quel est lo premier bienfait qu'on attend d'un concile? c'est de séparer par un édit public ceux qui sont pestiférés d'avec ceux qui sont sains. Que signifie d'ailleurs cet anathema, qui par la coutume la plus antique est intercalé à tous les canons des conciles, si ce n'est séparation? Le principal but et aussi le principal fruit du concile de Trente a donc été d'empêcher que la simplicité de beaucoup de chrétiens ne fût circonvenue par l'astuce des hérétiques : il fallait faire connaître aux premiers que la doctrine de ceux-ci était opposée à la foi. condamnée comme telle par l'Eglise catholique ; et que par conséquent on devait user envers cette doctrine de la même circonspection qu'envers le serpent qui n'est plus caché sous l'herbe. Mais si après cela Soave prétend que par ses anathèmes le concile a mis obstacle à la conversion des hérétiques, il est démenti par l'événement; car les faits d«^montrent à quel point ce moyen a servi à raffermir les fidèles et à ramener les mécréants. Les progrès de l'hérésie furent si grands avant le concile, qu'ils doivent être à jamais pour nous un objet de douleur et de compassion. Ce torrent avait inondé toute la haute Allemagne, et les digues que lui opposait la basse Allemagne avaient été rompues ; la Pologne était submergée ; l'Angleterre et l'Ecosse l'étaient pareillement ; le torrent avait pénétré avec impétuosité jusqu'au cœur de la France, et il fallut employer le feu pour dessécher les ruisseaux qui avaient
HISTOIKE DU CONCILE DE TflEiNT!:.
pénétré jusqu'en Espagne ; mais le concile fut l'arc céleste qui mit fin à ce funeste déluge. On peut voir si, depuis, cette nouvelle secte eut à se glorifier des mêmes conquêtes, ou bien si, nonobstant la force redoutable de ces deux grands paladins, qu'elle lient à sa solde, la sensualité et l'intérêt, chaque jour des personnes illustres par leur naissance , leur science, leur dignité, n'abandonnent pas ses pavillons. Et quoique à tant de pertes elle mêle quelques victoires , ce sont des victoires non de l'intelligence, mais du bras , des victoires obtenues non par les prédicateurs, mais par des armées (1). Au reste, tandis qu'a\ant le concile les peuples séduits couraient grossir les rangs de la secte novatrice, en brarant l'infamie et la mort , maintenant il se trouve des catholiques sans nombre qui, en bravant les mêmes dangers, conservent l'antique foi, sous la persécution des princes hérétiques; mais il ne s'en trouve plus, dans le parallèle, un pour cent, qui , avec les mêmes risques et les mêmes désavantages, persévère dans l'hérésie, sous les gouvernements catholiques qui ont porté contre elle des lois pénales. Et tandis que parmi les catholiques, depuis ces temps-là jusqu'à l'époque actuelle, ont brillé tant de grands hommes, éminents en sainteté et en science, l'hérésie ne peut compter ni un seul saint, ni beaucoup de savants; et encore parmi ceux-ci elle compte plus d'érudits que de vrais savants et d'hommes de génie. Outre que les principaux d'entre eux, cédant à l'évidence acquise dans l'élude de l'antiquité , se sont séparés des hérésiarques dans les points les plus capitaux: tejs que Hugue Grotius et Gérard Vossius ; que pour cela on peut appeler non catholiques , plutôt que calvinistes.