Cependant , comme nous l'avons dit, la
celte assurance. Ainsi, supprimer ces impôts, ce serait violer la foi publique , et mettre à jamais le prince dans l'impossibilité de trouver des secours dans de semblables nécessités.
Il n'y a point là néanmoins de quoi bouleverser le monde, comme le démontre l'expérience : car d'abord par l'effet des cas fortuits et des révolutions diverses, il arrive, sans qu'il y ait de la faute du prince, que ces revenus ainsi donnés en garantie ne sont plus d'un produit aussi avantageux, ce qui fait que les acquéreurs en demeurent privés, absolument comme l'acquéreur d'une rente, quand le terrain sur lequel elle était assise vient à être envahi par le fleuve. D'ailleurs, quels que soient réellement les impôts que le prince éijoute les uns aux autres, l'argent reste toujours entre les mains de ses sujets ; et ainsi le mal de l'un fait le bien de l'autre; mais la société, prise dans son ensemble, se maintient dans un état uniforme.
6. Et quoique, pour ce qui regarde le pape, ces tributs recueillis de tous les pays de la chrétienté ne semblent aboutir qu'à enrichir les vassaux de son domaine temporel, il n'en est pas toutefois réellement ainsi. En effet, nous ne voyons pas qu'ils soient tellement plus riches que les autres, si ce n'est en rai
gêne dans les finances est une rhaladie com- son de ce que le gouvernement est plus mo-
mune à tous les grands gouvernements, déré, et le pays plus habituellement en paix
quoiqu'ils soient à l'abri de cet inconvénient que les Etats des princes séculiers. En voici
particulier. La raison de cela est claire. Tout la raison : c'est que la cour de Rome , qui
prince qui veut échapper à l'imputation d'à- perçoit ces tributs de tout le monde chrétien,
varice et au reproche d'exiger de ses sujets est aussi composée de personnages pris dans
des impôts sans nécessité, doit dépenser tout toute la chrétienté. Or bien qu'il y ait plus
ce qu'il tire de ses Etats, et garder un trésor d'Italiens que d'ultramontains , et plus de
fort modeste. Or il survient de temps en membres pris dans les Etats de l'Eglise que
temps des besoins extraordinaires,, et alors des autres Etats, néanmoins cela ne prodiiit
il faut y subvenir avec de nouvelles levées pas un effet sensible de pauvreté ou de ri-
d'argënt et grever les peuples de nouvelles chesse eu égard à la vaste étendue des pays
charges. Or c'est la moindre partie de ces catholiques. C'est pourquoi, comme nous l'a-
impôts qui arrive jusque dans les coffres du vous déjà fait remarquer ailleurs, ceux qui
prince. La plus grande partie de l'eau se perd en chemin dans les acqueducs avant de se décharger dans le bassin de la fontaine. Afin que ces impositions soient moins pe-
ont secoué le joug de l'obéissance due au pape, ne sont pas plus opulents que ceux qui lui sont demeurés soumis , et eux-mêmes ils ne le sont pas plus aujourd'hui que dans
santés et plus supportable», on les établit ou les temps où ils vivaient soumis à son auto-
à perpétuité, ou pour un temps fort long ; on rite.
en forme un fonds dont le rapport , quoique 7. Ces raisonnements donc, puisés dans
modique, peut, en vertu de sa perpétuité ou l'enseignement le plus sûr, celui de l'expé-
de sa longue durée, servir de garantie pour rience, pouvaient faireconnaître au nouveau
emprunter tout d'une fois, chez les mar- pontife que ses projets inspirés par le zèle
chands , des sommes considérables pour quand il survient des nécessités urgentes. Plu« tard, ces besoins extraordinaires, pour cause de guerre, par exemple, venant à cesser, le trésor se trouve vide, et les revenus
étaient des idées abstraites fort belles dans la spéculation, et non des formes proportionnées aux conditions de la matière ; cl que beaucoup de celles qu'il abhorrait d'abord comme des monstruosités, étaient, entre les
choses possibles, le moindre mal. Or dans un choix dicté par la prudence, le moindre doit être, en pareil cas, loué et approuve comme un bien.
8. Elle est également pleine de vérité la pensée qui fut, selon Soave, suggérée au pontife, par le cardinal Soderini, savoir: que la réforme de la dalerie et des autres magistratures de Rome n'était pas un moyen propre à convertir les hérétiques ; et en effet, comme ils n'avaient pas des intentions droites, comme ils voulaient non la réforme, mais la ruine de ce gouvernement , ils n'auraient été contents que lorsque le pape serait descendu au rang des autres évêques. Bien plus, ce qu'on aurait corrigé pour les satisfiiire leur aurait attiré l'estime et les applaudissements des peuples, et les aurait enhardis à faire d'autres demandes séduisantes pour [c vulgaire, mais réellement très-injustes et impossibles. Aussi l'expérience nous apprend-elle que les concessions modérées ipaîsent quelquefois un peuple en colère, nais ne gagnent jamais un peuple en révolte : toute révolte est un feu , pour l'éeindre il faut de la glace ou de la pluie , de a terreur ou du sang. Il est vrai , toutefois , (u'on ne doit pas omettre pour cela les améiorations convenables qui peuvent justifier lotre propre cause dans l'esprit du public, et mpêcher les mécontents de s'enrôler sous es étendards de la révolte ; mais à tout cela oivent présider une modération et une franhise qui prouvent qu'on agit ainsi spontanément, pour soulager des sujets soumis, et on en cédant à la violence, ni pour donner ain de cause aux rebelles. C'est précisément G qu'a fait dans la suite l'Eglise romaine : lie a retranché beaucoup d'abus et corrigé îs mœurs et la discipline, lorsque le parti Gs hérétiques était devenu si manifestement nplacable, que personne ne pouvait attriuer ces lois à l'intérêt et au désirde regagner e qu'on avait perdu , mais bien au zèle et à esprit d'amélioration.