‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 302 sur 368 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Commissions et instructions données à Che-^ regato pour remplir sa nonciature.

1. La mission de Cheregato (1) comprenait deux objets principaux ( Le bref est du 9 de septembre 152-2) : la défense de la Hongrie contre les attaques des Turcs, et les mesures à prendre pour délivrer TAUemagne de l'épidémie luthérienne. Nous parlerons de la seconde affaire , qui rentre dans notre sujet.

2. Le pontife écrivit un bref adressé en commun à tous les membres de la diète; dans ce bref il se plaignait de ce que, nonobstant le ban impérial , non-seulement le peuple, mais encore la plus grande partie de la noblesse, fomentait l'impiété de Luther; par suite, on ravissait les biens des prêtres , ce qui peut-être, disait-il, avait été le principal ferment de discorde, et on n'obéissait plus à aucune loi, ni ecclésiastique ni civile. 11 leur représentait qu'inutilement ils triompheraient de l'ennemi du dehors, au prix de leur or et de leur sang, s'ils entretenaient le poison du schisme et de l'hérésie dans leurs entrailles; qu'étant cardinal il avait appris en Espagne, avec la plus vive douleur, les maux auxquels était en proie l'Allemagne, sa patrie; qu'il avait néanmoins espéré alors que ces maux n'auraient pas de durée, soit à cause de l'absurdité même des erreurs, soit à cause de la piéfé héréditaire de cette nation ; mais qu'aujourd'hui, voyant cette plante pernicieuse étendre si loin ses rameaux et ses poisons, il appelait leur attention sur l'ignominie dont ils couvrir raient le nom allemand en se laissant séduire par un moine apostat; par un moine, qui-, abandonnant la route tracée par les plus grands saints et cimentée du sang d'un nombre inlini de martyrs, se glorifiait, comme autrefois l'impie Montan , d'avoir seul renié l'Esprit-Saint, et prétendait que toute l'Eglise avait été jusque là plongée dans les ténèbres ; qu'ainsi il les exhortait à employer tous les moyens pour ramener Luther et ses adeptes à la vérité catholique; mais que s'ils résistaient opiniâtrement, il fallait, commedes membres gangrenés, les retrancher d'un corps sain. Que c'était ainsi que Dieu avait enseveli tout vivants les deux frères schismatiques Dathan et Abiron, et avait ordonné de punir de la peine capitale tout homme qui refusait d'obéir au prêtre ; que c'était ainsi :

(I) Les écrits cités ici se voient dans un livre intitulé ; Fascicnlus rerum expelendarmn et fugiendarum, imprimé en Tan 1S36, ei .dans le lome l des Consfj-. luttons impériales de l'hérétique Goldast.

que le prince des apôtres avait fait mourir subitement Ananie et Saphire, qui avaient menti devant lui contre Dieu ; que c'était ainsi que la piété des anciens empereurs avait employé le glaive contre les hérétiques Prisciilien et Jovinien ; que c'était ainsi que saint Jérôme avait désiré la mort corporelle à l'hérétique Vigilance, pour le salut de son âme ; que c'était également ainsi que leurs ancêtres avaient, dans les derniers temps, livré aux flammes Jean Huss et Jérôme de Prague, qui semblaient alors renaître dans Luther , et dont les noms étaient pour ce dernier d'une si grande vénération. Enfin il offrait toutes ses ressources et sa vie même , pour les défendre contre les armes des infidèles , et il se reposait sur ce que leur dirait de plus en son nom l'évéque de Téramo, qu'il avait déclaré son nonce dès le mois de septembre, comme cela y est ponctuellement exprimé ( Wol/f lect. memor. t. II, p. 193, rapporte en entier le bref d'Adrien). C'est donc par erreur que Soave l'appelle évêque de Fabriano, ce que nous avons déjà remarqué, et qu'il raconte qu'il fut choisi pour nonce au commencement de novembre.

3. A ce bref commun fut jointe l'instruction sur ce que Cheregato devait représenter à la diète au nom du pape. Cette instruction, soit qu'Adrien, naturellement trop franc, l'eût ordonné ainsi ; soit qu'il faille l'attribuer au caractère de Cheregato, naturellement trèsfranc, et pour cette raison agréable au pontife, fut par lui communiquée en écrit à la diète même : aussi fut-elle dans la suite imprimée avec la réponse que reçut Cheregato. Soave rend compte de ces deux pièces, mais dans les termes les plus désobligeants qu'il ait pu trouver pour le siège de Rome.

h. Tel fut en substance le contenu de cette instruction. D'abord il alléguerait quelques raisons, outre celles qui étaient contenues dans le bref, pour engager les princes à opposer toutes leurs forces à l'hérésie naissante, suivant l'exemple de leurs ancêtres, dont quelques-uns avaient de leurs propres mains conduit Jean Hus au bûcher. Ces raisons étaient l'injure que cette hérésie faisait en premier lieu à la majesté divine, en second lieu à la mémoire de leurs ancêtres, qui étaient ainsi déshonorés comme n'ayant pas eu la vraie foi, et partout condamnés au feu de l'enfer; les ruines dont elle couvrait l'Al- I lemagne, par une infinité de déprédations, de ( brigandages et de meurtres ; les révoltes qu'elle provoquerait contre les princes légitimes, parce que celui-là n'épargnerait pas les lois séculières qui foulait aux pieds les lois ecclésiastiques, et celui-là ne respecterait pas les laïques qui outrageait les prêtres; enfin il représenterait que cette secte imitait celle de Mahomet dans les moyens de favoriser la licence , que par là elle trahissait des intentions toutes semblables et qu'elle menaçait des mêmes résultats.

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