‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 311 sur 368 · ZA · texte numérisé non relu

ZA

el comme si, dans d'autres endroits de l'Evangile, il ne déclarait pas que sa chair est véritablement une nourriture, et que son sang est vraiment un breuvage. Mais comme aux grandes entreprises, bien que criminelles, il faut l'appui de (juelque grande qualité, Carlostad, qui était iriédiocrc en toute chose, n'eut pas assez de force pour se faire chef d'une révolte heureuse; mais il fut chassé par le duc de Saxe comme un perturbateur, et il fut non-seulement persécuté, mais foulé aux pieds par Luther et Méîanchton.

% La secte des anabaptistes devint célèbre en Allemagne. Ils différaient en plusieurs points de Luther et de l'Eglise catholique, et sn»(Af( on ce qu'ils voulaient que ceux qui avaient été baptisés avant l'usage de la raison, et ainsi avant l'âge nécessaire pour avoir péché actuellement et avoir fait des actes de foi, fussent rebaptisés : et c'est de cet enseignement erroné qu'ils prirent leur nom. L'auteur de celle secte n'est pas connu; mais le principal chef fut un ccrlaiîi Thomas Muncer qui l'oignait de faire di s sîiir.ules. On ne sait cependant pas s'il profîîssa cette erreur relative au baptême, mais il professa certainement beaucoup d'autres erreurs de cette secte. Ce fut d'abord en Saxe que cette horde eut un premier repaire ; mais comme ils prétendaient qu'on ne devait poiiit obéir aux magistrats, el qu'ils sout(>naicnt les paysans, ils se virent poursuivis par la force publique; ils furent défaits en bataille, et Muncer avec beaucoup d'autres périt dans les flammes. Ces divisions de sectes se multipliaient chaque jour : elles amenèrent la religion au point qu'une grande pcU'tie de TAllemagne ne croyait pas tant ce qui était faux, qu'elle ne refusait de croire ce qui était vrai, sans tenir à aucun sentiment stable et bien fondé.

3. Dans la diète de Spire, intimée par celle de Nuremberg, comme nous l'avons dit, après avoir renoncé au profane concile que Tempereur avait défendu, après différents débats, on prit une conclusion qui ne concluait rien ; savoir : que jusqu'à la convocation du concile chaque prince agirait de manière à pouvoir rendre un compte fidèle de ses actions; mais, comme la révolte contre le pontife apprenait aux sujets qu'on pouvait bien ne pas respecter celui qu'on avait révéré jusqu'alors, les paysans, ainsi que nous l'avons remarqué précédemment, serévoUèr.ent contre leurs seigneurs et leurs magistrats, et agitèrent l'Allemagne pendant une année entière.

4. Luther, voyant que les dispositions des peuples lui étaient favorables, en était venu au point de professer à découvert des sentiiments tels, que si on les lui avait attribués [dans le commencement de son hérésie, ses iPartisans les auraient pris pour des calominies horribles. Il avait obtenu qu'on supprimât entièrement à Wittenberg l'usage de la jmesse et le culte des images ; ayant déposé |1 habit régulier, il crut que c'était peu de prendre une épouse, si ce n'était une épouse enlevée à Jésus-Christ. Zwingle ne fit pas eu

Suisse de moindres progrès, soit en impiété, soit en disciples. Son hérésie avait été reçue par plusieurs cantons ; un plus grand nombre cependant l'avait condamnée : elle fut combattue avec un zèle plein de vigueur et une science profonde par Jean Fabre, grandvicaire de Constance , et depuis évêque de Vienne , et par d'autres champions particuliers, qui dans des disputes solennelles soutinrent le parti catholique, et surtout par Eckius qui, s'étant dévoué à ces sortes de luttes, combattit contre Zwingle et contre OEcolampade, plus instruit, et par conséquent plus coupable (1). En France, un préservatif salutaire fut le concile provincial de Sens, lequel est demeuré célèbre dans TEgiise catholique : il fut tenu sous l'autorité du cardinal Antoine Duprat, archevêque de cette métropole, primat, grand chancelier, et alors légat du royaume [BzoviuSy à rannée i^28j au num, kl). Dans ce concile, sur l'avis des premiers prélats et autres personnages célèbres , furent condamnées les fausses opinions des novateurs. On y approuva précisément la même doctrine qui fut dans la suite établie dans le concile général de Trente : or ceci eut lieu pendant Tannée 1528.

5. Le pape cependant ne négligeait aucun des soins du zèle pastoral. Campège fit beaucoup pour préserver la Bohême et la Hongrie en obtenant du roi Louis de sévères décrets contre ces inventions impies. Adrien portant le plus vif intérêt à l'état spirituel de la Suisse, avait écrit des brefs pleins de chaleur. Tantôt il louait et excitait le chapitre de Bâic (15 août 1522) qui défendait l'ancienne religion: tantôt il effrayait et punissait un nommé Théobalde, administrateur de l'église du Désert, qui semait les nouveautés. Ciément continua les mêmes soins en envoyant des brefs (IS avril 1524) pleins d'égards et de bienveillance à la république suisse en général , et en particulier à ceux qui, soit parmi les ecclésiastiques (2 juin 1523), soit parmi les laïques , s'étaient le plus signalés en faveur de la foi orthodoxe. En même temps et sous ces deux pontificats , Ennius Finolardi, qui exerçait la nonciature dans ces contrées et qui plus tard reçut pour récompense de Paul III la dignité de cardinal, déployait les plus

(1) A Fabre et à Eckius , il fuii joindre Thomas Muriier, de l'ordre des mineurs, proies^eiir de leUres sacrées dans le canton de Luceriie. Je possède u;i livre rare et précieux qui a pour litre : Causa helvelica orlhodoxœ fidei. Dispulcdio Helvetionwi in Baden snlieriori coram duodecim canlonum oraloribus et nuntiiSt prosanclœ fidei cnlholicœ veritate, et divinarum laierarum defensioue^ habita contra Martini Lutheri et Ulrichi Zwincjiii et OEcolampudii perversa et famosa dogvia'a. Not. Celte dispute fut commencée par Etkius , lo 10 mai 1526, continuée par Fabre, dont Muruer a compilé les actes, ci terminée par le; même Murner. Zwingle, quoique muni d'un sauf-conduit, que les Suisses lui avaient donné, pen a que le nieilleur parti pour lui était d'éviter une dispute que lui-mcnie avait provoquée. A la fin du titre de ce livre, on trouve la date de l'impression en ces lermes : Expressum LucerniVs Helveticorum orlhodoxa et catholica dvilnle^ a^no Servntoris nostri Jem Clirisliy M. D. XXVlIJ^ Vigesima qiiinta augusti.

«735 HISTOIRE Dli CONCILE DE ÏRLNTE. 755

généreux efforts pour garantir d'une conta- {Tout ceci est tiré de diverses lettres contenues eion si funeste tout ce qu'il pourrait sauver dans le I" tome des Lettres des princes) et craidu corps helvétique. Le pontife ranima aussi gnantpour le sion, relira ses troupes et resta le zèle du roi d'Angleterre, en l'exhortant à neutre. Cependant par l'entremise de ses republier des édits rigoureux. Il n'obtint pas présentants auprès du vice-roi de Naples et de de moins utiles préservatifs en France et en l'empereur, il conseilla une trêve ou la paix roîogne, tant par ses lettres que parles non- entre les deux couronnes. Mais le vire-roi ces qu'il envoya aux rois et aux universités, commença à parler haut et dit : Celui qui En outre il veillait à ce que l'épidémie ne fût n'est pas avec moi est contre moi. C'est pourintroduite ni en Italie par les armées, ni en quoi le pape, voyant que sa neutralité lui at- Espagne par les marchands. Lors même qu'un tirait l'inimitié d'un parti sans lui concilier furieux incendie a dévoré une partie de sa l'amitié de l'autre, se laissa enfin entraîner maison et de ses meubles, un père de famille par les instances et la fortune présente des ne perd pas le mérite de sa diligence et de ses Français, et fit alliance avec eux précisément peines, si en y faisant jeter à propos de l'eau dans les derniers jours de leur prospérité. Et en abondance, il parvient à en sauver ainsi bien que cette alliance fût restreinte aux afune bonne partie. faires de Milan, il fut encore forcé d'accorder

au duc d'Albanie un passage pour le royaume

rwAPiTRF XïH ^^ Naples. Toutefois on voit bien qu'il agis-

mAFiinii JS.111. g^j^ par contrainte, puisqu'il ne fournit point

Profonde mésintelligence entre le pape et Tcm- ^^ , secours considérables aux Français , et

' ^ qu il n empêcha pas les impériaux de tirer

pereur. différentes ressources de ses propres Etats.

Bientôt après survint la victoire inattendue

1. Cependant il s'éleva entre le pape et des impériaux à Pavie, et la captivité du roi

1 empereur de graves mésintelligences, qui François I«r. Les ministres de l'empereur fei-

empêchèrent la réunion du concile, parce gnirent d'abord auprès de Clément de ne pas

que l'un paraissait le demander pour abais- connaître le nouveau traité. Bien plus, ils

ser l'autre, auquel il appartenait de le con- mirent immédiatement en liberté Jérôme Alé-

voquer. andre {Guichardin livreX.V, et Vappendice de

Ces mésintelligences, qui eurent des suites Porcacchi), alors archevêque de Brindes,

importantes et liées avec notre histoire, pri- nonce auprès du roi de France, et qui, faute

rent leur source dans les causes que nous d'être reconnu, avait été fait prisonnier par

allons exposer succinctement. Nous ferons les vainqueurs. Le vice-roi informa le pape

aussi le récit abrégé des lamentables résultats de la victoire comme d'un événement agréable

quelles amenèrent, et dont nous avons puisé et avantageux à l'un et à l'autre. Mais les

la connaissance non-seulement dans les his- faits ne répondirent pas aux paroles ; car les

torîens contemporains , mais plus encore impériaux indignés de ce que Clément les

dans des écrits authentiques (1) et dans une avait abandonnés dans le plus grand besoin,

fort longue in-struction que Clément donna et de plus contraints par la nécessité de sa-

au cardinal Alexandre Farnèse (qui fut dans tisfaire l'armée, la menèrent prendre ses lo-

ipti

instruction a été écrite par un prince bien gu'e avec le vice-roi et avec Barthélemi Gat-

informé et avec intention d'en rappeler le linara, neveu du grand chancelier et muni

contenu à un prince également bien informé d'amples pouvoirs de la part de l'empereur,

et victorieux, dont les ministres, lors du sac Par cette ligue ils se confédéraient en Italie

de la ville, saisirent et eurent entre les mains contre leurs ennemis communs, mais hors

les papiers du pape, on ne peut craindre de l'Italie contre les Turcs seulement. Quant

qu'elle renferme des erreurs ou des men- aux autres ennemis de l'empereur, le pontife

songes. prenait simplement l'engagement de ne pas

2. Clément demeura toujours allié avec les aider. Charles tant qu'il espéra que ses armes as- 3. Ensuite il était dit dans le neuvième sureraient la liberté de l'Italie. Mais il lui chapitre que comme le pape avait plus à survint deux craintes opposées l'une à l'au- cœur les choses spirituelles que les tempo- Ire, et qui l'une et l'autre l'entraînèrent dans relies, et que cependant de toute part séieune ligue opposée. Ce qui occasionna la pre- valent des hommes assez audacieux pour mière. ce fut la faiblessedes armes impériales, parler contre la religion , déchirer Sa Sain- En effet rempereur,méprisantlesavis du pape, teté par leurs calomnies : en conséquence attaqua malheureusement laFrance, à l'insli- l'empereur, le roi d'Angleterre et Tarthiduc gation de Charles, duc de Bourbon, qui s'était Ferdinand promettaient de déployer toute révolté contre le roi François 1er. Alors celui- leur puissance contre ceux qui troubleraient ci marcha avec une armée nombreuse sur le la religion catholique , et ceux qui offense- Milanais, presque sans défense, et s'empara raient te pontife, et de venger toutes les in-^ de Milan. Le pape, désespérant de cet Etat jures faites à Sa Sainteté, comme celles qui

leur seraient faites à eux-inômes.

(1) Nous les avons trouvés dans les papiers de la Là dessus le pontife compta sur-le-champ

femilie Borghèsc. cent mille écus, et consentit à d'autres ar-

iu5

ticles avantageux à l'empereur, obtenant en retour quelques avantages concernant la juridiction ecclésiastique, le recouvrement de Reggio et l'obligation pour le Milanais de tirer l'approvisionnemeut de l'Etat ecclésiastique. Mais ces dernières conditions furent bi'-n restreintes par l'empereur, quand il fallut ratifier le traité.

4. Il s'éleva donc dans l'esprit du pape une crainte opposée à la première : celle de l'excessive puissance de l'empereur. Cette crainte fut augmentée par les manières impérieuses d'Antoine de Leva envers François Sforce , duc de Milan , auquel le premier semblait ne vouloir laisser que l'apparence et le nom de prince. Sforce prit de là occasion d'aspirer à une domination plus libre. Ses désirs furent alimentés par le marquis de Pescara, qui avait éié le principal auteur de la victoire, et qui voyait l'empereur lui préférer pour la gloire et la confiance Charles de Lannoy, vice-roi de Naples , car celuici, sans rien dire au marquis, conduisit le roi en Espagne comme un trophée de sa valeur. Ce qui fit que le marquis prêta d'abord l'oreille, soit sérieusement, soit par feinte, à la conjuration qui avait pour but de l'établir roi de Naples. Pour réussir il fallait le consentement du pape, non-seulement afin de s'appuyer de ses forces, mais encore afin de donner au marquis un prétexte honorable de combattre contre son seigneur immédiat, qui était Charles, maître de Naples. Dès lors il pouvait alléguer qu'il agissait par ordre du souverain, qui était le pape , dont Naples était un fief. Mais le marquis, soit qu'il eût du repentir, soit qu'il ne fît que suivre son premier dessein, informa bientôt Charles de la conspiraiion qu'on tramait. Au contraire, le pape, donnant suite à cette entreprise, fit seulement dire à l'empereur par son nonce d'avoir soin de contenter ses capitaines d'Italie. Or comme d'ordinaire les ruses trop subtiles n'avancent pas les affaires pour le présent , et privent pour l'avenir ceux qui y ont recours de la confiance dont ils jouissaient, dans celte circonstance l'avis que le pontife donna à l'empereur fut considéré comme une duplicité de la part d'un homme qui ne voulait pas découvrir le complot, de crainte de le faire avorter, et qui tout à la fois voulait en cas d'insuccès parer à toutes les chances et se donner le mérite d'avoir averti.

5. Celte affaire ayant été découverte , François fut dépossédé de la ville et étroitement assiégé dans le château de Milan comme coupable de félonie , sans que la médiation du souverain pontife pût lui obtenir son pardon de Tempereur. En s'entremf.ttant ainsi, Cléînent ne cédait à aucune affection particulière pour Sforce. Voici donc quel était son motif. Il voyait que donner à tout autre l'investiture de ce duché, c'était changer la guerre plulôt que l'éteindre ; que Sforce conservait encore dans ce duché un certain nombre de villes considérables, l'affection bien enracinée des peuples et l'appui des voisins ; que toute autre personne rencontre-

rait de grandes difficultés pour faire triompher des susceptibilités et des exigences de la nation italienne (Lettre de Sanga^ écrivant au nom du pape à l'évéque de Vaison , nonce en Espagne , le 27 août 1529, dans le !!• livre des Lettres des princes) : raisons qui, obscurcies alors par les nuages de la défiance, ne persuadèrent pas comme elles le firent quelques années après, lorsque l'empereur les vit à une plus grande lumière. Mais l'empereur, se croyant plus offensé par d'infidèles amis que par un ennemi déclaré, aima mieux se réconcilier avec le roi de France qu'avec les princes italiens. Lors de la délivrance du roi il fut convenu qu'on investirait de cet Etat le duc de Bourbon, auquel le roi devait pardonner tous ses torts. Le même duc de Bourbon avait été naguère proposé par le pape à l'empereur dans le cas où François Sforce succomberait à la maladie qui menaçait alors ses jours, et qu'ainsi viendrait à s'éteindre en lui la ligne de ceux qui étaient appelés à ce fief.

6. Mais cette condition de paix stipulée entre l'empereur et le roi François et beaucoup plus encore les autres conditions fort avantageuses au premier, excitèrent au plus haut point les défiances du pontife ; il lui sembla que ces conditions étaient dangereuses à la tranquillité de la chrétienté, et injustes comme extorquées par force au roi prisonnier ; en conséquence il le délia do son serment, et le dissuada d'observer le traité. On discuta ensuite différentes conventions entre l'empereur et le pape, mais sans rien conclure. Enfin on en proposa d'autres dont la ratification devait être portée d'Espagne par Hugues deMoncada; mais celui-ci différa si longtemps son arrivée, que le pontife craignit qu'il ne conclût plus tôt le traité sur sa route ou avec le roi de France ou avec Sforce, qui était encore assiégé. C'est pourquoi , pour ne pas être exposé aux attaques sans moyens de défense, il se hâta de faire contre l'empereur une ligue avec les rois de France et d'Angleterre, avec les Vénitiens, les Suisses et les Florentins, pour délivrer et réintégrer Sforce et pour obtenir d'autres résultats d'utilité et de sûreté communes. On donnait à l'empereur la liberté d'en faire partie , s'il voulait consentir aux conditions qui y étaient exprimées. Peu de temps après , de Moncada arriva à Rome offrant tout ce que le pape avait demandé et même au delà; mais tout fut inutile , à cause de la ligue qui avait été déjà stipulée.

7. Afin de justifier cette conduite, le pontife écrivit à l'empereur un bref (1) sous la date du 23 de juin de l'année 152G. 11 y rappelait ce qu'il avait fait dans tous les temp> pour le service de Sa Majesté, et examinas i tout le mal qu'on lui avait fait en retour, lorsqu'on avait rejeté les conditions slipu-

(1) Ces brefs et ces réponses lurent imprimés dans la suiic, ei on les lil dans divers recueils d'écrit-» niiprinié-. Le deuxième bref esl rapparié par Guicliardin, qui le suppose signé le lendemain du premier, mais Conteloi i le rapporie coaune signé le surleadeniaiii.

viaii, son légat, envoyé pour traiter de la délivrance de François ; lorsqu'on avait publié à Naples et en Espagne des lois préjudiciables à la juridiction ecclésiastique; lorsqu'on

prouvait la modération de sa conduite; il se justifiait du reproche d'être ambitieux et insatiable de domination , et il se plaignait que Clément le chargeât d'impulalions qu'il n'aétait si av'ide de s'agrandir en opprimant les vait pas méritées. Il témoignait une souveuns et en éveillant les défiances de tous les raine horreur pour les menées du pape au autres. Toutes choses, écrivait le pape , qui sujet de la conjuration. Il lui offrait la conélaient sans doute le fruit des suggestions tinuation de son amour et de son respect de mauvais miuislres. fili^'^U pourvu que, de son côté , il ne cessât

De là il passait à la nécessité où il se trouva point d'agir en père; Mais si n fusant de rien d'abord de se détacher de la ligue dans ie temps écouter il voulait agir en ennemi, dès lors il oii la faiblesse des armes impériales lui im- prolestait contre lui coiiune conlre un juge posait le devoir de mettre à couvert ses suspect. Il le priait de réunir le concile, aupropres Etats; et ensuite, quand la fortune quel il en appelait de tous les griefs dont il vint à changer, de prêter roreille au mar- avait à se plaindre.

quis de Pescara pour avoir un appui dans 11. Ensuite, dans la seconde réponse datée

le cas où l'empereur lui manquerait, comme du lendemain de la première, il disait qu'il il lui manquait réellement. Il prolestait qu'il avait été réjoui de l'autre bref du souverain n'avait pas cependant omis de donner à pontife, par lequel il avait pu reconnaître Sa Majesté les conseils les plus utiles pour que le pape avait déposé les seniimenls pleins empêcher cette trame de se réaliser; et qu'en- d'amertume qu'on découvrait dans le prefin maintenant il venait de seiiguer avec ceux mier, puisqu'il l'exhortait en termes plus qui n'avaient en vue que des choses justes doux à la paix. Il assurait qu'il la désirait de et qui invoquaient son secours comme celui tout son cœur, mais qu'il ne dépendait pas d'un père et d'un pasteur commun ; que si de lui seul de la conclure. Il priait donc le

■ ' '" pontife de la procurer par des moyens mieux appropriés que ceux qui étaient exposés dans la première lettre.

l'J. Mais, dans la suite, l'empereur voyant

que Ciément continuait a exécuter la ligue

de sa charge à'en tirer la vengeance con- et persévérait ain:>i dans les sentiments ex-

Sa Majesté entrait dans les projets louables de tant de princes, le pontife conserverait pour elle son ancienne bienveillance; mais que si elle persistait dans ses premières volontés, ilsavait qu'il était obligé par le devoir

yenable.

8. Clément adressa ensuite à l'empereur un autre bref daté du 25, comme s'il se fût repenti du premier , et sans en faire mention. Dans ce bref, laissant de côté accusalions, reproches et menaces, il le pria, pour

primés parle premier bref, écrivit encore, sous la date du six octobre , au collège des cardinaux. Dans cette lettre, il se plaignait des obstacles que lui suscitait le pontife , et il disait (afin de les indisposer indirectement contre le pape , comme s'ils en avaient été

l'amour de Jésus-Christ et pour le repos de méprisés) qu'il ne pouvait croire que Sa

la chrétienté, de faire la paix avec les princes Sainteté eût pris une détermination si grave

qui avaient des démêlés avec lui. sans prendre leur avis ; et qu'en consé-

9. Balthasar Casliglione , célèbre littéra- quence il leur envoyait une copie de sa ré-

teur de cette époque et qui était alors nonce ponse. Il ajoutait que, par respect pour le

du pontife auprès de Charles, présenta le saint-siége, il avait à Worms fermé les oreil-

l'avait entre ses mains; mais on prit cela cour de Rome ; que cependant les excès de

pour un artifice; on supposa que le pape Luther allaient toujours croissant, et qu'il

voulait bienl'avoir écrit, mais ne pas recevoir proclamait partout ces prétendues vexations

de réponse. Aussi l'empereur résolut-il de lui dontil s'était portéledénonciateur; que, pour y

envoyer également doux lettres, une pour remédier, la diètedeNurembergavaitdemandé

chaque bref. La première lettre, qui répon- le concile général, et avait, en attendant,

dait au premier bref, portait la date du 17 projeté le conciliabule de Spire; mais que

septembre. Elle était de vingt-deux feuilles, lui, empereur, bien persuadé que ce concilia-

. jptembi ,

et le chancelier Gattinara la lut et la signifia

au nonce par acte n'otarié. Elle fut ensuite

le 12 décembre présentée solennellement au

pape en consistoire, par l'ambassadeur de

Charh's.

10. Dans cette pièce l'empereur avouait les services réels qu'il avait reçus de Clément et

bule entraînerait l'Allemagne hors de la voie' de la soumission au pontife romain, l'avait sévèrement défendu ; que pour le concile général, il avait promis aux Allemands de le faire assembler par le pape le plus tôt possible ; mais que Clément, après l'avoir rc-

«..«,. y mercié d'avoir défendu l'un, l'avait prié

avaiit ei aprèsTon "exaltation" au ponliacat. d'aMeadrc un temps plus convenable pour h

convocation de Tautre; qu'ainsi, toujours plein d'égards pour le saint-siége, il avait mieux aimé se conformer aux désirs du pape que d'acquiescer aux prières de l'Allemagne ; que, néanmoins, Sa Sainteté lui écrivait maintenant (d'après leur avis, si la chose était croyable) en le chargeant d'autant d'accusations, que si jusque-là il avait été ennemi de l'Eglise romaine.

13. Il montrait ensuite quel avait été couramment son zèle pour la paix , et combien le pontife avait manqué à son propre devoir en soulevant, contre un si fidèle protecteur de l'Eglise, les princes chrétiens, sans avoir d'autre prétexte que celui d'empêcher qu'il ne punît selon les lois un de ses sujets accusé d'un crime énorme. En conséquence, il les priait de détourner le pape d'un projet si impie, lui conseillant d'intimer le concile pour le repos de la chrétienté; que s'il le refusait, ou s'il le différait plus que de raison, il les priait, les conjurait, et les suppliait de le faire eux-mêmes à défaut du pape. Que si après cela ils s'y refusaienteux-mémes, il protestait que pour l'honneur de Dieu , la dignité de sa couronne et l'intérêt de la chrétienté, il ferait en sorte d'user de tout autre remède opportun et efficace.

14. Ces lettres de l'empereur fournissaient une abondante pâture à la haine de Soave contre le siège apostolique. 11 les rapporte en dissimulant, autant qu'il le peut, que l'empereur, malgré toute son indignation, ne laissa pas de détester chaque fois la perfidie de Luther, d'avouer que lui-même il devait obéir et être soumis au pape, et enfin de lui reconnaître l'autorité de convoquer le concile. Cen'étaientpaslàcertainementdanslacirconstance présente des sentiments d'une affection aveugle ou d'une basse adulation. Mais passant ensuite, selon sa coutume, du texte à la glose, il raconte que ceux qui sont accoutumés ;a régler leur vie et leur conduite sur les exem- ^ples d'aulrui, principalement des grands , avaient cru jusqu'alors, à en juger d'après les démonstrations précédentes de Charles en Allemagne et ailleurs, que c'était par un pur motif de conscience. qu'il favorisait le pontife; mais qu'il furent extrêmement scandalisés de ce changement subit ; et principalement de Vaveu quil faisait d'avoir fermé les neilles aux justes prières de V Allemagne pour ^^omplaire au pontife. Les gens sensés pensèrent que Sa Majesté avait suivi un très-maumis conseil en divulguant un pareil secret et M donnant au monde lieu de croire que le respect qu'il avait témoigné pour le pape était tne ruse politique, couverte d'un manteau de 'eligion.

15. La passion égare non-seulement l'es- )rit, mais encore les yeux de cet homme. ->u yoit-on dans la lettre de l'empereur cette ipilnele de justes ajoutée aux prières del'Aleniagne dans la diète de Worms, auxquelles i «H qu il a fermé les oreilles ? Où voit-on eile de nécessaires, que Soave un peu plus laui prétend aussi avoir été dans ces mêmes

lr?M^PP^^^"^^P''^'*^'^'"P6^e"i' aux prières e 1 Allemagne dans la diète de Spire ? On y

voit bien une fois celle d'importunes, comme nous l'avons rapporté , mais qui a un sens tout à fait opposé (1). Où l'empereur dit-il qu il a agi pour complaire au pontife? Il dit que même en consentant à voir différer le concile, il a agi par égard pour le saint-siége, L assemblée de Spire, qu'il défend, y est nommée par lui conciliabule. Il abhorre Luther comme un impie et un insensé. Où est donc la révélation de ce secret qui donna au monde lieu de croire que le respect qu'il avait témoigne jusqu'alors pour le pape était une ruse politique, couverte d'un manteau de religion '^ Bien plus , dans toute la chaleur de son animosite qui le porta à en appeler du pape, comme d'un juge suspect, au concile, Charles ne révoqua pas en doute son infaillibilité dans les controverses de religion ou de morale, mais seulement dans une question de last et d'intérêt profane entre l'empereur et ses ennemis, dans laquelle le pape était sujet al erreur. Dans la vérité néanmoins il ne suit pas de là que , même à cet égard , il fût soumis à la décision du concile , puisque le concile peut errer également dans les controverses de fait et d'intérêts politiques. Il s'ensuit bien moins encore qu'à défaut du pape ce soit aux cardinaux eux-mêmes d'assembler le concile, puisque tenant indubitablement leur autorité du pontife, et non de Jésus-Christ, ils ne conservent aucun tilrc apparent qui puisse donner au collège des cardinaux la supériorité sur le pontife dans aucun acte. Ainsi , bien qu'en cela la demande de l'empereur fût mal fondée , et faite , ou dans le but d'effrayer Clément, ou à la manière des personnes indignées, qui dans la chaleur de la passion opposent tout à leur adversaire, on ne peut découvrir là pourtant le moindre indice d'une religion simulée et d'une âme en qui la politique passe avant le catholicisme.

Page 1