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CHAPITRE XVin

Diète de Spire, et origine des protestants,

1. Le pape ne manquait pas non plus de nouveaux sujets de sollicitudes du côté de ^Allemagne. Les résolutions de la diète de opire ayant été, comme on l'a vu, beaucoup trop générales et trop vagues, l'empereur ordonna donc de tenir dans la même ville "ne autre diète qui se réunit en février

, Cr^y^^' ^P^^^ i^s autres, Bzovius, à l'anfiée 1529, numéro 47 et suivants) , sous la présidence du roi Ferdinand. Elle avait pour but de concerter des préparatifs contre les

attaques de Soliman qui, après avoir pris Bude et la meilleure partie de la Hongrie, menaçait de proche en proche les autres po>sessions du roi de cette contrée. Celte diète avait aussi pour but de terminer les querelles religieuses qui s'étendaient et" empiraient à chaque instant. Le pontife y envoya Jean Thomas, comte de la Mirandole, offrant pour la guerre ce que pouvait donner alors son Etat désolé , et exhortant les Aliemands à la sincérité et à l'unité de la foi ancienne. Les sectes d'anabaptistes, comme généralement odieuses, et condamnées par les princes et les magistrats, n'y assistèrent point ; mais on y vit paraître avec beaucoup d'assurance les luthériens d'une part, et les zwingliens de l'autre, non moins ennemis entre eux qu'ils ne l'étaient des catholiques. Ceux-ci prirent de là occasion de taire voir à chacun des deux partis les guerres intestines qu'enfantait leur téméraire audace à détruire les rites et les dogmes communs. C'est ce qui est rapporté par Soave, mais comme un subtil artifice découvert et tourné en ridicule par Philippe , landgrave de Hesse ; et en effet ce prince voulant tenir les hérétiques unis contre le parti catholique, leur persuada que les différences qui existaient entre les deux nouvelles sectes n'étaient pas importantes, et il prit sur lui de les concilier. Mais c'est à chacun de voir quelle est ici la manière d'agir, qui mérile mieux le nom odieux d'artifice : ou celle des catholiques, qui mettent sous les yeux des gens séduits parles novateurs une vérité de la plus haute importance pour le repos public , savoir , que l'abandon de la foi antique enfanterait des dissensions civiles interminables; ou bien la manière d'agir du landgrave, qui avance une fausseté, savoir : que la divergence de leurs doctrines était peu importante, et qui leur promet, comme l'événement l'a bien prouvé, une chose impossible, savoir, leur future conciliation.

2. On reconnut néanmoins dans cette diète toute la gravité du mal, et comme on n'avait pas de moyens pour le guérir radicalement, on chercha du moins à le comprimer. On statua donc dans le décret qui fut fait le 13 avril de l'an 1529, que dans les endroits où l'édit de Worms avait été reçu on continuerait à l'observer jusqu'au futur concile ; que dans ceux où la religion avait été changée, et où l'on ne pouvait reprendre l'exercice de l'ancienne sans commotions publiques, on s'en tiendrait là également jusqu'au concile ; que la secte des sacramentaires, c'est-à-dire, qui nie dans l'eucharistie la présence réelle de Jésus-Christ , serait bannie de tous lieux ; mais plus rigoureusement encore celle des anabaptistes, contre lesquels on lança un édit très-sévère ; qu'on laisserait subsister partout l'usage do la messe, et qu'on ne l'interdirait pas aux catholiques, même dans les pays où le luthéranisme avait pris racine; que l'Evangile serait enseigné suivant l'interprétation des Pères approuvée par l'Eglise ; que les or-

dres de l'Empire observeraient mutuelle- landp;rave de Hesse {Tout ceci eH rapporté

înpnt la naix enlre eux ; qu'ils ne s'attaque- par Sleidan, au commencement du livre Vil,

raient point les uns les autres sous prétexte à Vannée 1529). Ils se liguèrent tous contre

de reliffion, et que nul ne s'ingérerait à pro- quiconque voudrait les inquiéter en matière

téeer les sujets d'autrui. de religion. Ce fnt de cette manière que se

3 Le pontife, qui réglait ses espérances, forma la célèbre ligue de Smalkalde.

non pas sur ce qui devait, mais sur ce qui 7. L'empereur, ayant reçu a Plaisance, le

pouvait se faire, en témoigna de la satis- 13 d'octobre, les ambassadeurs des protes-

faction. Il loua le zèle de son ministre, et tants, leur donna une réponse, dont le sens

remercia les partisans de la foi catholique revenait à ceci {Cette réponse se trouve dans

(lettre de Sanqa à Jean Thomas de la Miran^ Bzovius , à Vannée 1529, num. kS) : que ba

dole sous la date du 3 mai 1529, dans le Majesté était sensiblement affligée de leur op-

IV livre des Lettres des princes), et il espéra position au décret de Spire, qui avait été tait

que la présence de l'empereur serait un an- dans le but de fermer la porte aux nouveau-

tidote efficace. tés et à l'introduction d'autres sectes, et pour

4. Mais il n'en fut pas ainsi du parti op- établir l'union dans l'Empire: qu'ainsi l'élecposé : devenu hardi par le nombre et la puis- teur de Saxe et ses adhérents auraient du s y sance de ses fauteurs, il commença à dépo- conformer; que Sa Majesté et les autres prinser pour la première fois, le masque de la ces désiraient aussi vivement qu eux-mêmes soumission à l'autorité de l'empereur et de le concile pour le rétablissement de l ordre l'Empire. On vit donc s'unir six princes: public ; que cependant ce concile ne serait Jean, électeur de Saxe, successeur de Frédé- pas nécessaire si l'on observait les décrets rie, son frère (Frédéric mourut Van 1525, portés d'un commun accord, principalement comme le raconte Sleîdan au livre YIII), plus celui de Worms; que d'après la coutume et jeune que lui, mais plus déclaré partisan de la loi, le moindre nombre devant se soumetl'hérésie; Georges, électeur de Brandebourg; tre à ce qui a été réglé par la majeure et la Ernest et François, ducs de Lnnebourg; Phi- meilleure partie del'Empire, Sa Majesté avait lippe, landgrave de Hesse, et Wolfang, prince déjà écrit en particulier, au prince de Saxe d'Anhalt. A eux se joignirent quatorze vil- et à ses adhérents, d'exécuter le décret, en les : Strasbourg,Nuremberg,lIlm, Constance, vertu de la fidélité qu'on lui devait ainsi qu a Reutlingen, Windsheim , Memmingen, Lin- l'Empire; que s'ils ne le faisaient pas, il les dau, Kempten, Hailbron, Yssny, Weissem- punirait sévèrement, pour le maintien Oe bourg, Nordlingen et Saint-Gall. Ils proies- l'autorité et pour le bon exemple ; qu il espétèrent qu'ils ne pouvaient adhérer à cette rait qu'ils obéiraient en observant le décret, disposition, comme étant préjudiciable à la dont l'exécution était alors de toute necesvérité évangéiique : qu'ainsi ils en appelaient site à cause des attaques des Turcs, puisau futur concile, à l'empereur et à tout juge qu'on ne pouvait résister victorieusement a non suspect. Ils refusèrent de fournir des se- un assaillant si formidable sans une parfaite cours militaires contre les Turcs, tant qu'ils union, et que cependant cette résistance poun'auraient pas une pleine liberté dans l'exer- vait seule garantir des derniers malheurs cice de la religion ; et ils envoyèrent à Charles l'Allemagne entière et la foi chrétienne ; que des ambassadeurs, lesquels le trouvèrent à Sa Majesté traiterai^ sans délai avec le pon- Plaisance, comme il allait à Bologne voir le tife, dans le but de repousser cet ennemi pontife et recevoir la couronne de ses mains, atroce, et de faire tourner toute affaire de ''e-

5. Je ne veux pas omettre ici une obser- ligion à la gloire de Dieu et a la tranquillité vation. L'hérésie de Martin avait pris nais- des peuples; que bientôt également il confiance sous un prince, et afin de capter sa fa- durait la paix en Italie, pour employer et sa veur on avait mêlé, avec les semences de personne et toutes ses forces a la detense de cette doctrine, des opinions plus favorables l'Allemagne.

au gouvernement d'un seul chef. Au con- 8. Les ambassadeurs protestèrent contre

traire, celle de Zwingle, née dans un gou- cette réponse. L'empereur en fut indigné,

vernement populaire," avait été amalgamée, Néanmoins il pensa qu'il valait mieux les

dans les prédications et les écrits de ses au- laisser aller sans les punir, excepte un d en-

teurs, avec d'autre s sentiments qui flattaient tre eux, appelé Michel Cadenus, qu il somma

la liberté du peuple, surtout avec l'idée de de rester éous peine de la vie, parce qu il

ne pas se lier par des pensions à des princes avait osé lui présenter un catéchisme de

étrangers. Conformément à cela, nous voyons Luther ; mais, malgré cet ordre, il s eiiluil.

que dans la diète dont nous venons de par- 9. Ces démonstrations de Charles en laveur

1er, les princes s'attachèrent à Luther, et la de l'Eglise catholique déplaisent a Soave ; et,

plupart des villes libres suivirent Zwingle. bien qu'elles soient rapportées par son cjiei

6. C'est de cette protestation, qui fut faite S\eh\ain {dans Vendrait cité), il les passe enliedans l'assemblée de Spire, que se répandit en rement sous silence. Une chose qui a du lui Allemagne le nom fameux do protestants, le- déplaire surtout, c'est qu'on voit par celle quel, à mots couverts, signifie réellement réponse que l'empereur, de son propre mourebelles au pape eî à Vempereur. Ainsi, après vement et avant d'en avoir confère avec le avoir reçu la réponse que nous allons rap- pape, déclara qu'il ne croyait pas le conçut porter, ils se réunirent dans le mois de no- nécessaire : or c'est une preuve que cei vembre suivant, et de nouveau encore dans pensé.e ne fut pas un artifice intéressé de LiCj le mpis de janvier, à Smalkalde, ville du menî, l^ais un sentiment raisonnable, qui

vcn

LIVRL: TROISIEME.

n était pas plus le sien que celui de Tempe- [Vauteur du dialogue, de Causis corniptœ

reur. Ce prince comprenait sans doute que eloquenliœ), qui a cherché les raisons de la

c est le propre de tout homme qui trame une décadence de cet art, et qui en assigne com-

révolte de demander des assemblées généra- me la principale, que le eouvernement ro-

e^, parce que c est surtout a soulever la mul- main ait passé de l'état de république à l'état

titude que réussit I éloquence avec ses arti- de monarchie fices, comme l'a observé cet habile écrivain

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