CHAPITRE XVII
Clément évoque à lui la cause du roi d'Angleterre,
1. Pendant que se négociait la paix avec l'empereur, le pape résolut d'évoquer à lui la cause du divorce médité parle roi d'Angleterre. Pour l'intelligence des faits, il est bon de rappeler que lorsque Campège partit, il reçut ordre, comme nous l'avons dit, de s'abstenir absolument de prendre le rôle de juge dans un procès si épineux, se contentant de prendre celui d'amiable médiateur. Le pape (Lettre en chiffres écrite au nom du souverain pontife » par Sanga et adressée au légal, le 29 mai, dans le U" tome des I^ettres des princes ) lui avait renouvelé le même Drdre par quatre lettres qui lui furent envoyées avant qu'il arrivât en Angleterre.
2. Mais le cardinal trouva qu'il était impossible d'exécuter les deux premiers projets, savoir : ou de réconcilier le roi avec sa femme, ou de porter la reine à faire divorce et à entrer dans le cloître, chose que les am-
bassadeurs du roi avaient présentée comme facile. Il trouva également des difficultés dans les délais, parce que Henri, aiguillonné par les traits de l'amour, et de plus, honteux d'être longtemps tenu sur la scène et donné en spectacle a la curiosité du monde entier, pressait le légat avec une ardeur sans égale; mais le cardinal n'était pas aussi vivement pressé par son coUègfue, qui se repentait d'avoir si imprudemment conduit au précipice le roi et la patrie. Campège avait donc plusieurs fois prié, par lettres, le pape d'évoquer à lui la cause et de le délivrer de si cruels embarras. Or en même temps, à Rome, les ambassadeurs de l'empereur et du roi Ferdinand sollicitaient la même chose par des protestations judiciaires, et ces princes rejetaient, au nom de la reine, leur tante, tout tribunal d'Angleterre comme suspect. Mais le pape n'avait point apposé son seing au bas des commissions, afin de ne pas blesser le roi, auquel il reconnaissait hautement être redevable de grands services, non-seulement pour les intérêts temporels, mais encore pour la défense de la religion. En effet, toujours pour la défendre, et en sus des services dont nous avons parlé, le roi n'avait épargné aucune des exhortations les plus pressantes auprès des ducs de Saxe. Il avait encore publié, dans le principe et tout récemment, des édils très-rigoureux contre les hérétiques. Le pontife espérait donc que cette passion de Henri finirait par s'amortir, sans qu'il fût réduit ou à blesser en même temps la justice et les Autrichiens, ou à s'aliéner ce prince.
3. D'un autre côté, Campège, qui était arrivé à Londres, le septième jour d'octobre (Sanderus, dans le livre I"), lui fit savoir, qu'il avait épuisé [c'est ce qu'on voit dans la lettre en chiffres déjà citée de Sanga) tous les délais et toutes les excuses, et qu'il était forcé de commencer la procédure après la Pentecôte, cequieutlieuen effet le 28 mai suivant (Sanderus, dans le livre I") et jeta le pontife dans une agitation extrême. Alors il défendit de nouveau sévèrement au légat d'en venir à la décision d'aucun article, et il lui promit de le satisfaire bientôt en évoquant à lui la cause. Ces ordres secrets, envoyés à Campège, sans qu'il y soit fait aucune mention de bulle qu'on lui eût remise pour déclarer le mariage nul, et au contraire avec mention expresse qu'ils étaient conformes aux commissions qu'il avait reçues à son départ, pouvaient faire voir àSoave (car on lit cette lettre en chiffres dans un livre imprimé) que les historiens qu'il a suivis dans le récit opposé ont été dans l'erreur.
k. Enfin la reine fut citée en jugement. Elle comparut et récusa comme suspects les juges et le lieu, apportant les raisons les plus fortes pour motiver ses soupçons. C'est pourquoi les légats, sans admettre l'appel, procédèrent avec tant de lenteur, que le pape, pendant ce temps-là, en fut informé, et Campège allégua pour excuse que dans la cour de Rome, dont il était membre, les va«
LIVKE SECOND.
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cances commençaient en juillet et duraient jusqu'en octobre.
5. Alors le pontife, voyant que tout autre remède était inutile, déchargea le légat de ia cause, en commit l'instruction à Paul Capizucchi, doyen de la rote, se réservant à lui-même de prononcer. Cette mesure attrista beaucoup le roi, qui commença à dout<*r de la fidélité de Woisey : car il savait qu'il pouvait beaucoup auprès du pontife, qui lui attribuait tout ce que le roi avait fait pour ses intérêts et ceux de l'Eglise. Il soupçonna donc que le changement opéré relativement à la nouvelle épouse qu'il voulait prendre, avait changé les dispositions de Woisey relativement au divorce avec la première, et qu'il en avait détourné le pape. Je trouve en effet que le pape avait réellement cherché quelques années auparavant à lier une correspondance secrète avec Woisey, comme avec l'arbitre de ce royaume (Voyez la lettre de Gilbert d Lang, nonce en Angleterre, clans le tome P' des Lettres des princes). Aussi au départ du légat Campège, le roi fit fouiller ses effets, comptant y* trouver cachée quelque lettre de son collègue au ponlife. Du reste il dissimula pour lors avec lui, et ne perdit pas l'espoir d'obtenir à Rome ce qu'il désirait. Clément témoignait qu'il voulait en sa faveur aller aux dernières limites de ce qui serait permis. On croyait d'ailleurs qu'il conservait pour Henri une grande affection et un solideattachement, coaune l'atteste Gaspard Contarini (depuis cardinal , dont nous parlerons plusieurs fois) dans la relation de son ambassade auprès du pontife et de l'empereur, lors du couronnement de ce dernier à Bologne, en 1530 [On la voit dans le livre cité des archives du Vatican),
6. Le mécontentement du roi contre Woisey se manifesta peu après plus ouvertement : et, suivant l'usage, ce fut pour les conseillers un motif de repaître la colère du prince et leur propre haine par d'innombrables accu ations. La désaffection alla au point qu'il lui enleva sa charge de grand chancelier, l'évêché de Winchester, Tabbaye de Saint-Alban et le palais. Il le relégua et l'obligea à mener une vie solitaire et privée. Dans la suite il le fît conduire prisonnier à Londres pour avoir à répondre sur les plus graves imputations. Mais le cardinal souffrit tant de corps et d'esprit, qu'il mourut sur la route.