LIYIŒ TI101-II:ME
toujours de procéder contre eux. De celte L'autre reproche que Soave fait au pape est réponse on doit induire la fausseté d'une as- que l'on pouvait remarquer l'affectation qu'il serlion de Soave, assertion réfutée par nous mettait à inviter au concile sans en avoir en télé de cet ouvrage (c/ifl/)î7re VII de Vin- d'abord déterminé le lieu : comme si le lieu troduction), savoir, que le concile était aux eût pu être fixé avant d'en être convenu avec gens de bien l'espérance de ramener les hé- les princes, et comme si le bref les eût inviléiiques. tés à autre chose qu'à se tenir prêts pour li. Ces réponses, avec d'autres lettres de s'y trouver, et à pourvoir aussi à ce que les l'empereur, furent présentées au pape ( elles évéques se tinssent prêts pour le moment où étaient datées d'Augshourg, ÎQ octobi'e i^SO, le concile serait convoqué. Or il fallait bien dans le Journal des Lodovisi , déjà cité) par que le pape connût les dispositions des prin- Pierre délia Gueva, son majordome, et il les ces avant la convocation du concile, afin fit lire en consistoire ( le 28 novembre 1530, qu'elle ne demeurât pas sans résultats. Et dans le même Journal). Là, il fut décidé d'un Clément VIÏ n'eut dans ces brefs d'autre inconsentement unanime, et par lui et par cha- tention que de proclamer à la face du monde cun des cardinaux, que le concile aurait entier qu'il opinait lui aussi pour l'opportulicu; quant au siège du concile et aux autres nité du concile, et qu'il avait la volonté sincirconslances, le tout fut remis à la prudence cère de le convoquer, pourvu que les autres du pape, qui déléguerait pour cette affaire princes n'y missent point d'obstacle, une congrégation spéciale. Ainsi Clément PAAPITRF Vî coupa court à tout délai en ce qui le concer- t.AAFiinii vi. nait, et le premier décembre il adressa un Manifestes et lettres des protestants aux rois bref conçu en termes uniformes à tous les de France et d'Angleterre, et leurs résultats. princes chrétiens. Dans ce bref, sans dire un —Nouvelle nonciature d'Aléandre à une mot des demandes que d'autres avaient faites di^^^ de Spire et auprès de Vempereur. pour l'engager à déployer son autorité la Les prolestants, «'étant de nouveau ligués plus absolue, il disait qu'il avait espéré que à Smalkalde , résolurent de ne pas se soula présence de l'empereur aurait suffi pour mettre au décret d'Augsbourg et de résister ramener les hérétiques dans le giron de l'E- à main armée. Ils y étaient poussés par pluglise: ce qui, outre l'unité du christianisme, sieurs livres de Luther ; car ce dernier avait aurait procuré l'avantage de se fortifier con- d'abord enseigné qu'on ne devait pas rétre les attaques et les menaces des Turcs ; sister aux magistrats , tant qu'il jugea cette mais il venait d'apprendre, parles lettres de résistance impossible pour lui, et qu'il vit l'empereur et du légat qu'il avait envoyé au- du danger à les irriter; mais à cette heure, près de lui, qu'il fallait désespérer de voir ses forces étant accrues , il changea de docrèussir ce moyen; il jugeait donc, de l'avis trine. Les luthériens donc [Sleidan , au com^ des cardinaux, qu'il ne saurait y avoir de mencement du livre W\\, ann^fe 1531), pour remède plus sûr ou plus prompt que cçlui opposer au bref du pape quelque justificaqui en d'autres circonstances semblables tion en leur faveur , écrivirent des lettres , avait été employé par l'Eglise, c'est-à-dire en forme d'apologie, aux rois de France et un concile universel, demandé par les lulhé- d'Angleterre , dans lesquelles ils rendaient riens eux-mêmes, dont le résultat serait de compte da leur cause, demandaient un conmettre fin pour jamais à cette hérésie, et de cile libre , et invoquaient l'appui de ces coupourvoir à tous les préparatifs nécessaires ronnes. Ces rois, qui étaient mal avec l'cmpour résister aux forces des Turcs. En con- pereur et désiraient acquérir pour clients séquence, il exhortait chacun des princes à les vassaux qui lui étaient rebelles , réponfîivoriser une si pieuse entreprise, à se met- dirent dans les termes les plus affectueux ; tre en mesure d'y assister en personne s'ils ils approuvèrent comme juste la demande le pouvaient, ou du moins par leurs orateurs, d'un concile, et le roi d'Angleterre en partiel à faire en sorte que les évéques de leurs culier offrit pour cela sa médiation auprès Etals se tinssent prêts égalenicnt, parce qu'il de l'empereur; du reste ils ne s'inquiétèrent allait incessamment le proclamer et désigner pas de leur faire des remontrances au sujet pour cela l'endroit de l'Italie jugé le plus de l'hérésie. Ainsi les protestants ne firent commode. En même temps arrivèrent fort à que s'enhardir dans leur révolte contre le propos des lettres du roi de France, qui près- pape et l'empereur. De plus, le roi de France saient le pape de prendre le même parti. Ici leur envoya Guillaume du Bellay de Lan- Soave verse en double mesure, mais froide- gey, pour conclure une ligue avec eux, et nient, le poison de sa malignité : d'abord en leur prêter secours pour la défense, mais disant que les ministres du pape s'empres- non pour l'attaque , ainsi que le rapporte saient à dessein de répandre partout la con- Martin du Bellay, frère de Guillaume, dans naissance de ces brefs, comme gens qui, tout son Histoire ( dans le livre IV; et Sponde^ à opposésqu'ilsétaientde cœur à la convocation Tann^^ 1531, n. 31). Ceci a donné occasion du concile, s'ingéniaientà maintenir les peu- aux hérétiques allemands et français de pies sous la domination de Rome par l'espé- vanter ces lettres et cette conduite de Franrance de voir bientôt cesser les abus ; comme çois I", comme d'un prince favorable aux si un bref universel adressé à tout prince delà droits qu'ils s'arrogeaient , quoique en réachrélienté, sur une matière d'un si haut in- îité il soit toujours demeuré très-attaché à térét et nullement secrète, avait eu besoin la foi catholique, et qu'il punît de la peine 4e beaucoup d'inciustrie pour élrc divulgué, capitale (F. Caterino d'Atihy livre I) qui-
HISTOIRE DU CONCILE DE TIlEISiE.
conque osait ouvrir la bouche pour Tatla- sur de telles bases et de telles garanties,
quer dans son royaume. Mais la passion qu'après le départ de Sa Majesté on ne re-
du moment empêcha ces deux rois d'aper- nouvclât point les désordres précédents. En-
cevoir les maux qu'ils se préparaient pour fin les concessions faites à rAllemogne ne
1 avenir tandis qu'ils fomentaient dans la devaient pas être telles que les autres na-
innîcnn d'antrui un incendie prêt à porter tiens fussent tentées d'en demander de seni-
blâme (Sponde) au cas où cela serait vrai. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette in-
blâ
Ce qu II y
vasion, comme on verra plus tard, n'apporta
aucun avantage temporel à la France, mais
seulement un grave dommage à l'Eglise ,
pour le spirituel.
rites et les préceptes de l'Eglise , dès lors qu'ils auraient consenti à se rendre sur les points essentiels.
k. La seconde observation fut celle-ci : Le pape avait eu vent d'un propos tenu à l'empereur par le duc Alphonse de Ferrare. Ce-
2. Cependant l'empereur, voyant que les lui-ci s'éiait vanlé d'avoir intercepté des letinces luthériens désobéissaient au décret très de Clément au roi de France et à celui
pri
d'Augsbourg et ne se contentaient pas de l'offre du concile , et ne pouvant tourner ses forces contre eux, puisque les siennes ne lui suffisaient pas sans les leurs pour résister à un plus puissant ennemi , il se mit d'abord à chercher quelque moyen de les gagner, et il publia, pour être tenue à Spire, une aulrc diète où seraient traitées les affaires sacrées et profanes. Le pape , afin de prévenir toute tentative contre la religion, voulut qu'à celte diète se trouvât l'archevêque Aléandre, qu'il avait choisi pour nonce auprès de l'empereur, comme étant mieux que totst autre au courant de celle affaire et des dispositions
d'Angleterre, dans lesquelles il leur promettait telle satisfaction qu'ils pourraient désirer, pourvu qu'ils missent obstacle à la tenue du concile. Le pape fut vivement piqué de celte imputation, et écrivit à l'empereur, que s'il avait quelque affection pour lui, il obligeât le duc à produire tes lettres pour que la vérité fût éclaircie. En même temps il expliquait au nonce, dans son instruction, que la prétendue sali faclion, en ce qui concernait le roi d'Ang'eterre, était la suspension de toute sentence touchant la valeur de son mariage avec Catherine ; il lui recommandait très-instanmient de presser l'empe-
du prince, et cosumc devant lui êtro le plus reur de déclarer ce fait, et de ne pas se déagréable par l'etTct naturel du plaisir que sisler de sa demande quand bien même Sa l'on trouve à traiter avec ceux dont on a été Majesté pourrait lui répondre qu'il n'avait
rendre à la cour, Aléandre se rendit à Spire, nonce un fait semblable il ne l'aurait pas cru.
Mais la diète n'eut pas alors d'effet ; elle fut retardée afin que l'empereur pût y assister, et il la convoqua pour le printemps suivant à Ratisbonne. Ensuite, Aléandre se transporta à Bruxelles, où était l'empereur et au-
élendue les mauvaises dispositions qu'en tout temps le duc avait manifestées à l'égard de Léon X et de Clément VII ; les lettres défavorables à Clément qu'avaient reçues do lui Adrien VI , dès les premiers jours de son
près de lui le légat, et il lui présenta une élection, et lorsqu'il était encore en Espaîettre autographe du pape (1), dans laquelle, gne; les secours fournis à l'armée qui maren s'en rapportant pour tout le reste à chait contre Rome pour la ruiner; enfin, il Aléandre, comme à un homme fort inslruit , renouvela ses instances pour obtee.irde reniée très au fait de ses intentions, le pape ajou- pereur qu'il donnât au pape la satisfaction tait deux observations. de pouvoir contraindre le duc à livrer ou à
3. La première, que si pour éviter de plus représenter les lettres en question, puisqu'on
grandsmauxl'cmpereurjugeaitqu'ilyeût né- avait la certitude qu'il s'était vanté de les
cessitéde fairequelques concessions, qui sans avoir entre ses mains. Mais l'empereur prit
cela n'auraient point dû être faites, il prît du temps pour délibérer sur les moyens à
soin de ne pas se relâcher en des choses qui prendre, et pressé de nouveau (1) par le
pourraient scandaliser le reste de la chré- (i)LeUre de San-n. sons b d^ie du niè.uc jo.ir.
iiente ; il devait aussi asseoir les conventions ceiie leiire et ions les éciiis app.ii louant aux non
cinlures ci aux légnUons d'AléiuuIre fnrenl confiés à
(1) A la date du H septeiubre 155L Celle lellre SirleUi, gartiieu de la l)il>lioll>èt}v.»j du Vaticm, F""
«si enregislrée dans un livre des archives du Vatican, Alexandre Cervini, (|uelquL's années après Isi inoil
iniiuilé : Acia conveiitus Hulidonetim, et al'm tiuœditm de Marcel iï, qui les avait entre ses mains.
tiiu (ligna. (2) LeUre d'Aléandre a Jacques Salviali, du 14 bO'
nonce, il lui répondit qu'une telle vanterie à sa petite nièce, Parme et Plaisance; arran-
lui paraissait incroyable dans la bouche du gement qui était contraire à la confédération
duc, qui n'était pas devenu fou. Ainsi cette du pape avec lui, ei à la ferme intention de
, affaire n'alla pas plus loin. tous les deux de ne pas permettre que les
S.Dans cette même conversation, Aléandre Français missent le pied en Italie ; du reste
; lavait traité d'une autre affaire, à laquelle qu'il 'désirait pour le bien de la chrétienté,
I l'empereur portait moins d'intérêt; c'était le que le pape fût le père commun et qu'il les
\ mariage proposé par le roi de France entre aimât tous les doux comme ses fils , pourvu
^ Henri, duc d'Orléans, son second fils, et Ca- néanmoins que lui m perdît pas son droil
[therine, sœur légitime d'Alexandre, et ainsi d'aînesse. A cela le nonce et le légat ré-
i nièce du pape au quatrième degré. Clément pondirent que, pour ce qui était de céder à
avait communiqué cette proposition du roi quelqu'un la propriété de ces villes, si Clé-
jrie France à l'empereur lors de son séjour à ment, lorsqu'il était réduit à une si extrême
I Bologne, comme pour demander conseil , et détresse par la guerre de Florence, n'avait l'empereur, soit parce qu'il ne la croyait pas même pas songé à se dessaisir d'un seul pesérieuse, et qu'il ne voulût pas, en en détour- lit village, bien moins alors lui tomb rait-il nant le pape, s'engager à lui offrir la corn- d ins l'esprit d'enlever à sa propre épouse,
jpcnsation des avantages qu'il se promettait pour doter celle d'autrui, une portion si
d'une si brillante alliance, soit parce qu'ayant précieuse de l'Etat ecclésiastique; et pour ce
iproposc la pacification de l'Iîalie il voyait le qui était du droit d'aînesse, Sa Majesté avait
bien général dans la confiance mutuelle du donné tant de marques de son affection pour
ipape et des deux couronnes, lui conseilla d'ac- Sa Sainteté qu'il ne lui était p «s possible
cepter. Depuis, le roi de France, ayant changé d'avoir des doutes à cet égard; d'autant plus
icie pensée, avait demandé pour Henri une que ce droit lui appartenait légitimement
autre femme au roi des Romains; et l'em- comme empereur et avocat de l'Eglise, poreur, soit par manière d'excuse, soit sin- J'ai voulu raconter en détail ces particu-
•èrement , lui fit répondre par ce prince larités, afin de mettre en évidence combien
lu'ayant déjà eu pour Henri des proposi- ont été injustes ceux qui ont accusé ce pape
lions d'alliance avec le pape, il convenait de d'avoir été peu sincère dans ses démonsira-
le pas y renoncer. Peut-être avait-il reconnu, lions d'amitié à l'égard de l'empereur, pour
\ toutes ces variations du roi, qu'il était fort s'être allié par le sang avec ses adversaires, éloigné de vouloir marier son fils à une rHÀPïTRF viî
»ersonnequi ne fût pas issue de sang royal; LtiAiiiKh vil.
;l, il espérait que si d'un côté Clément ne Nouvelles instances de l'empereur au sujet du )ourrait qu'être satisfait de lui , qui l'aidait concile, et réponse du pape,
i élever sa famille même par une alliance
ivcc son rival, d'autre partit ne pourrait 1. Charles et François étaient effectivement
[u'être mécontent de François, qui l'avait opposés l'un à l'autre dans toutes les affai-
imusé de vaines paroles, et 'l'avait compro- res publiques, et comme ils tendaient à des
(iiis aux yeux du monde entier en l'exposant fins contraires, ils ne montraient pas moins
II être taxé de crédulité excessive. Mais de divergence dans le choix des moyens, iiuand le roi commença à presser la conclu- Ainsi ce que l'un agréait afin de demeurer ion et montra qu'il avait parlé pour en ve- paisible souverain de l'Allemagne, l'autre ,iir aux effets , l'empereur fit savoir aux mi- parla même raison le rejetait. C'est pour iislres qu'il avait à Rome, qu'il ne lui sem- cela que la convocation du concile n'avait liait pas dans ses intérêts que cette négo- pas été acceptée par le roi de France, suriation se continuât. Le pape ne manqua tout avec les conditions louchant les matiè- :a.s de s'en plaindre par l'organe du nonce ; res à traiter et le lieu, telles que l'empereur
I remit sous les yeux de l'empereur toute la ^es demandait pour contenter les Allemands, luitede cette affaire, et lui représenta que Le pape ne penchait pas vers l'opinion favoi'il lui avait déclaré ses volontés plus tôt, il l'able au concile, croyant ce remède peu apurait d'abord coupé court à celte affaire proprié à la nature du mal général , et d'aillar des excuses honnêtes; mais qu'à cette leurs nuisible à ses intérêts particuliers dans cure, après l'avoir même poussé à s'avan- letemps présent. La raretédel'argentse faisait ersi loin, vouloir qu'il retirât sa parole sentir à Rome par suite des malheurs récents, lopinément, c'était l'exposer au risque et néanmoins il convenait que le pape conotîenser grièvement le roi très-chrétien, tribuât d'une somme assez considérable pour ui tiendrait à mépris le refus, et à déri- secourir l'Allemagne contre les Turcs; mais il on le changement. ^"i deviendrait impossible de fournir ces se-* 6. Alors l'empereur déclara aux représen- cours dans le cas où le concile aurait lieu ; mts du pape, qu'il ne voyait pas d'ailleurs car non-seulement lors de la tenue du con- 3 mariage de mauvais œil , mais qu'il était cile il faudrait débourser des sommes consiîulement inquiété par un soupçon que lui dérabîes pour subventions aux évéques pauvalent insinué ses ministres ,* c'était la vres, et pour l'entretien de plusieurs légats -ainteque le pontife ne destinât pour dot et ministres; mais déjà le seul bruit ( lettre
de Sang a au nonce archevêque Pimpinelli,
:nil)re 1551 ; laquelle avec d'auires à la suite se ^«'^^ Hl ^^^ Lettres des princes, page^) de la
>iive dans U!i volume de h hiblimlièque du Va- convocation du concile, répandu avec le breî
'-»". général adressé aux priîices , avait éveillé d(^
7)9 IIISTOIUE DL^ CONClLi: DE TRENTE. SOt!
lels soupçons de réformes à opérer dans les déclarait lui-même prêt à approuver le eon-
iribunaux, que les offices de Rome, qui n'exi- eilc comme opportun , du moment que pai
staient que sur ces recettes éventuelles, et leurs efforts réunis ils auraient persuadé ai
dont la vente procure au pape les revenus les roi François I" de Tagréer de son côté souf
plus nets, étaient tombés au prix le plus bas. les conditions arrêtées entre eux. Mais (c(
Voyant néanmoins que refuser la convoca- sont les termes de la lettre) s'il arrivait qm
lion du concile, ce serait s'attirer beaucoup U roi Ircs-chrélien ne le voulût pas ou y mî
d'odieux ei de blâme, il aimait mieux con- des obstacles , je dirai ingénuement à Votr
sentira un dommage réel, que de se refuser Majesté ce que je crains : cest que si on l
à un bien qu'on se représentait à tort comme convoquait sans l'açlhésion de ce prince , i
incomparablement supérieur; car il arrive pourrait produire des effets tout opposés i
souvent dans les délibérations des princes, ceux qu'on se promet , et donner aux luthé-
dont le plus puissant levier est la renommée, riens appui et faveur pour persister dans leu
que l'opinion universelle, quoique reconnue obstination , tandis qu'on pourrait peul-êtr
fausse par eux, a tout le mérite de la vérité, les amener à un accommodement tolérable
Sans cela il n'aurait pas envoyé pour nonce. Enfin Votre Majesté voudra bien prendre l
auprès de l'empereur, Aléandre qui penchait parti qui lui semblera le meilleur , parce qu
tout à fait pour le concile , soit parce qu'il je regarderai comme tel celuique vousm'aure
était plein de zèle pour la réforme de TE- proposé. De là on peut tirer trois conclusion
glise, soit parce qu'il espérait y faire briller opposées aux allégations de Soave. La pre
ses talents et son érudition » à tel point que mière est que toute la difficulté, de la pai
plusieurs fois il fut obligé de se purger de de Clément, se réduisait,^ comme nous l'avon
l'accusation d'avoir poursuivi la convocation, dit, au consentement à obtenir du roi d
du concile avec plus d'ardeur que de pru- France; et tout le monde peut voir si c[éta
dence. De plus , le pape eut l'attenlion de là une condition raisonnable et essentielle
faire mention expresse du concile {Lettre La seconde est que le pontife, afin de se juslî
d' Aléandre à Salviati, sous la date du 19 no- fier pleinement à l'égard de l'Allemagne, s'e
vembre 1531) dans le bref de sa nonciature remettait là-dessus à la prudence de l'empe
(donne /e 15 aoil/ 1531), ce qui plut beaucoup reur, comptant peut-être que ce prince
à l'empereur. après mûre délibération , ne jugerait pa
2. Ce dernier ne désirait pas personnelle- avantageux , même pour l'Allemagne , u
ment le concile, comme il a été démontré à concile qui eût été à ce point incomplet (
la fin du livre précédent, mais il était vio- mutilé. La troisième, c'est que le pape ne
son tour il violentait le pape. Le pape donc, a écrit et de sa dureté àPégard des luthérien!
taisant les autres obstacles ou méprisés ou et du ressentiment qu'il conçut contre l'en
peu craints en Allemagne, se restreignait à pereur, parce que celui-ci leur aurait fa
demander le consentement de tous les prin- espérer quelques concessions à Augsbourj
ces, sans lequel le concile aurait pu aboutir Mais, pour le nonce Aléandre, il était bie
à un schisme scandaleux, ou bien à un avor- opposé à toutes ces concessions ( c'est <
tement ridicule. Du reste, l'empereur ac- qu'on lit dans quelques lettres à Salviati et
ceptait les autres conditions demandées par 5fln^o), persuadé qu'elles ne guériraient pou
le pape, et qui étaient en son pouvoir, par Tobstinalion des luthériens, gens dont 1
exemple, d'y assister en personne , comme conscience était trop profondément gangd
avaient fait autrefois Constantin au concile née, et que, d'ailleurs, elles corrompraieiP
de Nicée, Théodose le Grand à celui de Con- les autres peuples de la chrétienté , qui , en
stantinople, Marcien à celui de Chalcédoine, courages par cet exemple , s'enhardiraient
et d'autres empereurs à divers conciles ; il élever des prétentions ou semblables ou di
consentait aussi à ce que la réforme ne se férentes , mais pius inconvenantes et p!t
bornât point aux seuls ecclésiastiques, et violentes encore, non sans troubler et boult
corrigeât en même temps les abus en ce qui verser l'Eglise entière, concernait les laïques. Mais Charles ne pou- CHAPITRE YIIL
vait pas promettre également le consente- y,>.^«y. j,. cantons catholioues en Suissi
ment de ses rivaux; en conséquence, il s'ef- ^*'''*^' ^'' etmZdrZinn^^^^ forçait de persuader au pape qu'il ne devait , '^«'^ «^ z,ivingte.
honte de faire défaut à une œuvre désirée ^enus aux mains avec les hérétiques , ceuî
comme excellente parlons les chrétiens. <^' essuyèrent deux défciites mémorables, •
3. Le pape , après avoir délibéré sur cette comptèrent au nombre des morts Zwn
affaire avec les cardinaux, communiqua leur S*®» q"» voulut payer de sa personne
manière de voir à l'empereur par l'organe "^" content de combattre par les bras c
de son légat, et lui écrivit à ce sujet de sa ^^"^ ^^"^ ^"® ^^ ^^*^ ^^^'^ appelés au
propre main ( le 11 mai 1531, tome III des ^^'"^^s (1). Après lui nioarul encore . ma
lettres des princes}. Dan» celte lettre il se cO Le parti, dii Bossuel dans rexcclleuie ///«.'oi
^Oî
UVRP: TROISIEME.
ao2
de maladie, OEcolampade, ministre de Bâle, qui, comme il avait paru durant sa vie n'avoir qu'une âme avec Zwingle, parut encore ne pouvoir se séparer de lui, même à la mort (1). Soave, à l'occasion de cet événe-
camp des vainqueurs. Enfin les hérétiques ayant remis sur pied une autre armée, composée de trente mille des leurs et de nombreux auxiliaires allemands , en sorte qu'elle était quatre fois supérieure en nombre à celle des catholiques , ils essuyèrent cependant une défaite plus complète encore que la première, et ils se virent réduits à une telle extrémité, qu'ils regardèrent la paix comme un bienfait. Aussi, tandis qu'auparavant les catholiques ne formaient que cinq cantons , ils en forment maintenant sept, et deviner ses desseins, ce qui parut bien dans de plus, il en est un autre tellement mélangé,
tion de cette secte ; mais que si c'est une jpensée religieuse de rapporter les événements humains à la divine providence, c'est approcher de la présomption que de vouloir
cette circonstance, puisque par la suite la paix ayant été conclue entre les cantons suisses qui étaient divisés en matière de religion, non-seulement la doctrine reçue par les cantons appelés évangéiiques n'a pas succombé dans ce pays , mais n'a fait que prospérer de plus en plus : preuve manifeste qu'elle avait un principe plus élevé que les efforts de Zwingle,
que le parti catholique finit par y prévaloir, ensorte que celui-là aussi, envoya une ambassade de soumission au concile, comme il sera dit en son lieu. Il n'est donc pas vrai que la faction zwinglienne se soit accrue depuis, comme le prétend Soave ; mais elle est demeurée circonscrite dans des limiles assez élroiles , et encore a-t-elle été toujours décroissante. On peut voiries faits à cet égard.
2. Or, premièrement, il y a là inexactitude ou en abrégé dans Sponde {Année 1531 , nulans l'exposé, et secondement, impiété dans méro 7 et suivants), ou plus au long dans e langage. Quant à l'historique, d'abord : une lettre du cardinal Benoît Accolti , parmi comment peut-il affirmer que la secte de celles de Sadolet, à qui elle est adressée, et îwingle, après la mort de son auteur, a fait avec lequel Accolti était très-lié, comme il les progrès? car de son vivant, le parti héré- paraît dans ce recueil [livre VU, sous la date ique, en Suisse? N'était-il pas hors de toute du 12 décembre 1531): celte lettre fut écrite le proportion plus puissant, et par le nombre lendemain du consistoire, où on avait lu Il par la qualité ; n'avaient-ils pas réduit les une relation détaillée de l'événement, trans- ;alholiqu«s à une détresse extrême, leur mise au pape par le nonce Fiionardi : on y efusant les vivres, et les contraignant à verra dans quel état déplorable étaient au- :hanger de religion, par d'autres violences paravant les catholiques, et combien ils au- ;i atroces, que dans la Vie de Zwingle ses raient jugé téméraire de livrer bataille, à ne )ropres partisans s'efforcent de l'excuser, tYi«ciirpr la /^nnfinnf.*» Hn cn^..A« mm c... loc .omme ayant condamné toutes ces inhumanités? Et lorsqu'on en nnt aux mains, 'armée des hérétiques n'était-ellc pas peut- Hre trois fois plus nombreuse? Or, cepenlant, huit cents hommes du parti catholique, i'élant courageusement séparés des autres , Utaquèrent vingt mille ennemis, en tuèrent rois mille, et en prirent un égal nombre. La nuit ayant suspendu le cours de la victoire, les zwingliens revinrent au combat, nais ils voulurent que tous ceux qui s'élaient montrés les plus ardents à souffler la jliscorde, fussent aussi les premiers à donner i'exemple et à courir les plus grands dan- '$ers;il s'ensuivit que Zwingle et les autres brétres apostats, avec les magistrats de Zurich , placés dans les premiers rangs , jurent taillés en pièces, et de trois cents séjfiateurs , à peine y en eut-il sept qui purent échapper, sans qu'un si grand carnage des
nnemis coûtât plus de trente morts au
tes varmlioiis ( liv. IV, n** 5) eut peine à défendre îelle valeur à conirelcmps d'un pasteur, el on disait )onr excuse, (iiril avait suivi rnnnéeproieslanle pour ir faire son personnage de minisire piniôl (|ne celui le soldai; mais enlin il élait consianl qu'il s'éiail jeté )ion avant dans la mêlée, et qu'il y était mort Tépée i la main. >
(l) Lniher, dans le traité de abrogandu missa, dit in'CÉcDJauipade demeura accablé sons les coups du il^uion, dont il n'avait pu soutenir reffori ; les autres veulent qu'il soit ujori de douleur pour la perle de 50U ami Zwiiiglc el h déroule de son parli.
mesurer la confiance du succès, que sur les combinaisons humaines. Il est vrai que l'amour du repos et la confiance d'avoir suffisamment remédié aux fâcheux effets du venin, par l'extermination des serpents, firent perdre en grande partie les fruits de la victoire. Car si les catholiques avaient poursuivi leurs succès, sans accorder la tolérance religieuse aux hérétiques, la nation suisse aurait recouvré son ancien éclat, elle qui, par sa pieuse bravoure, avait mérité de recevoir des papes le titre de peuple défenseur du siège apostolique,
3. Voilà pour la fausseté du récit; mais nous avons bien autre chose à dire de l'impiété de ses paroles, et en même temps de sa mauvaise foi. Certes il y a lieu de s'étonner que Soave, s'il était impie, n'ait pas eu honte de se montrer ignorant, lorsqu'il prétend nous donner la durée de cette doctrine comme une preuve évidente qu'elle avait son principe dans une cause plus élevée que les efforts de Zwingle? Ou il entend par là qu'elle était due à une cause plus élevée, en ce sens que tous les événements dans le monde, quelque criminels etdéleslabiesqu'ils soient, dépendent en quelque manière de la providence céleste ; et pour tirer cette conclusion, il n'était pas nécessaire que cette doctrine eût survécu à celui qui l'enseigna, puisque l'assertion serait également vraie quand bien même elle eût été oubliée au tout de peu (le temps. Ou bien il entend qu'on doive conclure de sa durée qu'elle vient de Dieu commo