Les protestants s'étaient restreints à
muniquer;mais cette condition fut repoussée demander cinq satisfactions : la communion par eux. sous les deux espèces; le mariage des prê-
tres; la suppression du canon de la messe qui leur semblait renfermer non, il est vrai , le culte, mais Pin vocation des saiir^s, reiotéc
7SI LWRE TROISIEME.
p.ir eux; la facuKé de rctonir les biens ecclé- cieuses , cl il existe de ce fait des témoignages
siastiqnes dont ilss'éttiicnt emparés, et la ce- authentiques. Nous sommes disposés à obéira
lébralion du concile, où devaient s'examiner V Eglise romaine, pourvu quavec celte ccndei.^
ies autres conlroverses. Ces propositions fu- cendance dont elle a toujours usé envers tout
rent notifiées par l'empereur à Gampège, le monde, elle dissimule ou accorde certaines
qui les transmit au souverain pontife. La choses que nous ne pouvons changer désor-
lettre du légat ayant été lue en plein consi- mais, quand même nous le voudrions. N'ajou-
sloire {leQ juillet i^SO; journal des Lodovisi, tez point foi à ce que disent nos ennemis^ qui
déjà cité), \\ fut décrété que ces proposilions méchamment altèrent nos écrits et nous im-
touchant à des points si opposés à la reii- putent tout ce qui paraît le plus propre à nous
gion et si préjudiciables à la discipline et aux attirer la haine publique. Nous avons d'ail-
lois de l'Eglise , on ne pourrait pas y adhé- leurs le plus profond respect pour l'autorité
rcr ; mais que des remcrcîments étaient dus du pontife romain et pour le gouvernement ce-
à l'empereur pour le zèle pieux avec lequel clésiastique en général. Ainsi la concorde peut
il s'employait à ramener ceux que l'erreur s'établir facilement, il suffît pour cela que va-
avait égarés. tre équité vous fasse fermer les yeux S2ir très-
k. Lorsque ces réponses furent arrivées de peu de choses ; de notre côté, nous nous sou-
i\ome , on travailla tout de nouveau à ohte- mettons de bonne foi : maintenant à quoi bon
nir la concorde que l'empereur désirait au poursuivre par le fer et le feu des gens qui
delà de toute idée, soit pour l'avantage coni- nont pour armes que des supplications ? Le
mun de la chrétienté, soit dans Tespérance plus grand nombre regarde comme indubita-
de réunir toutes les forces de l'Allemagne ble que vous n approuveriez point ces mesures
contre celles des Turcs. Ainsi, de part et violentes, si vous aviez une connaissance in-
d'autre , il fut de nouveau procédé au choix lime et de notre cause et de nos intentions
de sept délégués , lesquels devaient conférer Rien ne nous rend plus odieux en Allemaqne ,
ensemble; et ce devaient être, de part et que le courage avec lequel nous défendons les
d'autre, deux princes, deux jurisconsultes et doctrines de l'Eglise romaine. C'est notre foi ,
trois théologiens. Pour les catholiques on et grâces à Dieu, nous la garderons ù Jésus-
élut, parmi les princes, Christophe, évéque Christ et à l'Eglise romaine, jusqu'à notre
d'Augsbourg, Henri duc de Brunswick, qui, dernier soupir. Une légère différence de rites
à son départ, fut remplacé par Georges, entre nous et elle est tout ce qui paraît un ob-
duc de Saxe; parmi les jurisconsultes , le stade à la concorde. Mais les canons eux-mé-
chancelierderélecteur deCologne et dumar- mes décident que la paix de l'Eglise peut
quis de Bade; parmi les théologiens , Jean exister avec cette différence de rites. Main-
Éckius, Conrad Vimpina et Jean Cochiée. tenant chacun peut voir si c'est là le langage
Pour les lulhériens, parmi les princes, Jean d'un luthérien qui ne voulût s'entendre avec
Frédéric, fils de l'électeur de Saxe, et Geor- l'Eglise romaine que sur des points peu es-
ges, marquis de Brandebourg ; ce dernier élait sentiels,et demeurer en opposition avec elle,
neveu de l'électeur do Mayence etde Joachim sur tant d'autres points de la dernière impor-
de Brandebourg, tous deux électeurs catho- tance, dans lesquels celte secte s'éloigne des
liques , mais il était hérétique et frère d'Al- ratholi(|ues. Mais voyons en détail quels
bert, grand-maître des chevaliers teuloni- étaient ces points si peu importants. Sans
ques, qui apostasia lui aussi, comme nous le parler de ceux sur lesquels même aujour-
rapporterons. Parmi les jurisconsultes. Gré- d'hui les luthériens et les catholiques n'ont
goire Bruch et D. Heller ; enfin , parmi les qu'un même sentiment, ils accordèrent pour
théologiens. Philippe Mélanchton, Jean Bren- lors dans l'article quatrième : Qu'on ne di-
lius et Erard Schnepsius. La conférence fut rai t plus à l'avenir que nous fussions justifiés
ouverte le seize août, et dura plusieurs jours, par la foi seule . proposition qui ne se trouve
Mélanchton, qui était là le chef de son parti, nulle part dans l'Ecriture ; mais y par la foi et-
montra de la condescendance pour plusieurs par la grâce. Dans l'article sixième : Qu'il
vérités catholiques ; aussi peut-on dire de lui est nécessaire de pratiquer les bonnes œuvres
qu'il était plutôt perverti que pervers, et que Dieu a prescïiles.i)'à\-\s\G^ç\)i\èfï\Q: Qu'en
que, par caractère , il désirait la paix autant cette vie l'Eglise renferme non-seulement les
que Luther aimait les altercations. élus, mais aussi les réprouvés. Dans le dix-
Du reste il est faux que l'accord ne portât huitième : Que l'homme a le libre arbitre ,
que sur des points peu importants, quoiqu'en quoiqu'il ne puisse pas obtenir la justification
ait dit Soave , dans l'intention de rabaisser sans la grâce divine. Bans levïn^i et unième :
les avantages du parti catholique. L'accord Que les saints intercèdent pour nous ; et que
porta sur des articles depremière importance c'est une pratique pieuse d'observer leurs fêtes'.
auxquels le parti luthérien donna son assen- bien qu'ils ne voulussent ni approuver, ni
timent, contrairement à ce qu'il enseignait désapprouver l'invocation des saints. Bref,
d'abord et à ce qu'il a enseigné depuis. Pre- sur vingt-et-unjarticles appartenant à la foi, ils
nons-en à témoin Mélanchton lui-même en admirent quinze sans restriction . et trois
dans une lettre écrite par lui au légat, et en- avec restriction; les trois autres furent ran-
registrée dans l'Eisloire déjà citée de l'héré- gés parmi les sept abus imputés par eux à
tique Célestin iVoMsnepro/essonsaMCMndo^me l'Eglise romaine.
différent des dogmes de V Eglise rmnaine. Nous 5, Quant à ces sept abus, ils accordèrent
avons même censuré plusieurs fois ceux qui plus tard, sur le premier, que le Christ tout
cnt essayé (fe répandre des doctrines perni- entier, avec son corps et son sang, était cou-
,.g3 HISTOIRE DL CONCILE DE TRKNTF.. 784
tenu sous cliacune (les deux espères; et qu'ils part des princes et des ordres assemblés, ne condamnaient point los laïques qui ne publia l'édil de clôlure. Cet écrit faisait conrommuniaienl que sous une seule espèce ; naître le zèle qne Sa Majesté avait montré sur le cinquième, ils accordèrent le jeûne de dans la diète pour procurer la paix en ma- Dlusienrs vigiles, et l'observation de plu- tière de religion, et pour assurer le succès sieurs fêles; sur le septième, ils approuvèrent de ses efforts. Un délai était accordé aux la iuridictioii des évéciues, et l'obéissance qui villes et aux princes protestants, jusqu'au leur était due parles curés, les prédicateurs, 15 d'avril, pour déclarer s'ils voulaient, jusel les prélres dans les causes ecclésiasti- qu'au futur concile, s'accorder sur la foi nues; et ils déclarèrent qu'on ne s'oppose- avec le siège apostolique et avec le reste de rait pas à leurs excommunications , quand l'Empire; et, en attendant, il leur était déciles seraient publiées selon la règle de TE- fendu de laisser rien imprimer, vendre ou criture. innover en matière de religion dans l'étendue
Comment Soave peul-il n'avoir vu là que de leurs possessions, ni de troubler leurs su-
Quelques points de doctrine peu importants, et jets dans l'exercice de leur culte, ni de s'ef-
iiuelques cérémonies peu essentielles ? Ce fu- forcer d'attirer à leur croyance les sujets
rent des points si importanls', que pour cela d'aulrui. 11 leur était recommandé d'être tous
Mélanchton encourut la haine et le blâme unis contre les anabaptistes, et contre ceux
de smi parti , surtout pour avoir approuvé qui niaient le sacrement de l'autel: cette
la juridiction des évéques, qui était comme union devant être la meilleure réfutation de
la b;isede celte machine que Luther s'effor- la confession de foi des quatre villes attachées
cait de renverser. Mais je trouve dans la Vie à Zwingle. EnOn, était~il dit dans cette pièce,
de Mélanchton qu'il ne fil pas cela sans le comme il y avait longtemps qu'on n'avait pas
conseil du maître. Et peut-être prétendaient- réuni de concile général, et qu'il pouvait se
i!s "^ngner par cette déclaration un grand faire que divers abus se fussent propagés
nonibre d'ennemis aussi puissants que les soit dans l'ordre laïque, soit dans l'ordre ec-
évêqucs d Allemagne , et séparer leur cause clésiastique, l'empereur s'était entendu avec
de celle de l'Ko^lise romaine. Quoiqu'il en soit, le siège apostolique et avec les Etats pour
il est certain que si Mélanchton amassait de que, dans six mois, fût convoqué un concile
l'eau pour éteindre l'incendie, Luther y jetait chrétien, libre, général, en lieu opportun ; il
encore plus de matière combustible par ses veillerait à ce que les autres princes de la
lettres qui ont été imprimées. chrétienté y fussent présents, et cà ce qu'il
6. L'empereur, espérant que l'accord serait s'assemblât pour le plus tard un an après la
plus facile dans 'ine petite réunion que dans convocation; mais, les lois divines et hu-
une grande, réduisit la conférence à trois maines fciisant un devoir de ne prendre à
membres de chaque parti : à Eckius, avec personne ce qui lui appartient, il comman-
deux jurisconsultes, d'une part, et à Mé- dait qu'en attendant les biens enlevés aux
lanchlon aussi avec deux jurisconsultes, ecclésiastiques leur fussent rendus,
d'autre part. Mais on n'en vint à aucune 8. Ces conditions ayant été rejetées par
conclusion, parce que, comme l'atteste Slei- les principaux d'entre les prolestants, l'em-
dan lui-même, il fut fait défense à Mélanchton pereur donna un second édit souscrit par
de porter plus loin la condescendance; et tous les autres seigneurs et tous les ordres de
ainsi la profession de foi était réglée d'après l'Empire ; dans ce second édit, il rappelait le
la volonté d'autrui, non d'après la conscience contenu du premier, et le refus qu'on y avait
de chacun. Or, en cela, la condition des lu- opposé. Il énumérait ensuite les erreurs des
thériens et des catholi|ues n'était point égale: anabaptistes, des zwingliens et des luthé-
les premiers gagnaient même en perdant riens, tant dans les doctrines que dans les
beaucoup, pourvu qu'ils ne perdissent pas rites; il les prohibait une à une; il comman-
'lout; les derniers perdaient tout en perdant dait la restitution de tous les biens, ecclésia-
un seul point; de même que l'on perd la ville stiques; il recevait sous sa protection et sous
entière, tout en défendant le reste de l'en- celle de l'Empire tous les vassaux des héré-
SlDie, qui esi i auiurue iindiiuuic uc i i^j^iiau, cwiiciitr, \\u ii |ji uiiiciiaii u uuicuir uu ^ullvc-
aussi, dès que nous abandonnerions un seul rain pontife dans le délai ci-dessus indiqué, côté, tout l'édifice croulerait, car il est bien fHAPlTRF 'V
évident que ce qui est indivisible ou se con~ uriAriii . v.
serve ou se perd en totalité. Et c'est là le Négociations pour la célébration du concile, fondement de la doctrine admise par saint
Thomas, que l'on ne peut cesser de croire un L'empereur, dès son arrivée à la diète,
«eul article sans demeurer privé de la foi sur avait reconnu que le vœu commun de toute
tous les autres. Et en effet, dans ce cas, on l'Allemagne était la convocation d'un con-
ne croit les autres que par des motifs parti- cile. Les hérétiques le demandaient; et,
culiers et purement humains, mais non par parmi eux, les plus vains et ceux qui étaient
le motif surnaturel commun à tous, et qui le plus mal dans leurs affaires, avaient en
constitue l'acte de foi. perspective l'espoir de s'élever dans le bou-
7. Voyant donc qu'on no pouvait tomber leversement universel; mais les plus avises
d'accord, l'empereur, suivant l'avis de la plu- et les plus puissants ne demandaient le co«-
cîle que pour gngner du Uîmps cl pour mon- lulaire qu'un concile réuni en son U mps, dti
Irer moins d'effronterie dans leur obstina- mémo il n'était pas de poison plus funeste
lion; car/du reste, ou ils avaient l'espoir de qu'un concile célébré dans des temps et des
ne pas l'obtenir, ou, du moins, ils étaient circonstances où il n'aurait pu qu'augmenter
assures de l'obtenir en telle forme qu'ils le désordre.
auraient quelque prétexte de le refuser. Du Le pape ajoutait néanmoins que dans son reste, ceux-ci non-seulement ne le désiraient esprit ces raisons n'avaient pu prévaloir pas, mais ils le redoutaient, assurés qu'ils contre l'avis de Sa Majesté, dont il connaisetaient de leur condamnation, et craignant sait et le zèle et l'extrême prudence, et qui un tribunal dont l'autorité et le pouvoir se trouvait au milieu des provinces mêmes étaient si imposants. D'ailleurs le concile auxquelles il s'agissait d'appliquer le remèétant composé d'ecclésiastiques (1), les laï- de; en conséquence il lui donnait tout pouques s'attendaient à être contraints, par ses voir de promettre le concile en son nom, dès décrets, de restituer à l'Eglise plusieurs qu'il jugerait que c'était le meilleur parti à usurpations; à tel point, que, pendant prendre. Et comme l'empereur n'avait proqu Ajéandre était nonce à la diète de Worms, nus le concile qu'autant que les hérétiques las d'entendre continuellement les adversai- abandonneraient, en attendant , leurs erres demander le concile, il feignit un jour reurs, et s'obligeraient à obéir au concile, d'avoir reçu de Rome un courrier, qui por- le pontife exigeait absolument l'accomplissctaitrordredeleconvoqucr,etaussitôttousles ment de ces deux conditions, sans lesquelles hérétiques gardèrent le silence sur cet article, il trouvait impossible de prévenir l'avilisse-
parcc que ayant vu les autres remèdes appliqués sans succès à la maladie de l'Alle-
se montra ferme sur ces mêmes conditions.
Le pape priait ensuite l'empereur de faire magne, ils préféraient à rinactionrapplic;Uion en sorte que les matières à examiner dans lo d'un remède douteux: quelques-uns enfin, concile fussent réduites au petit nombre d'ar^ pour enlever aux obstinés toute excuse, et ticles qui paraissaient aux hérétiques plus pour leur ôter tout crédit à la face du monde sujets à contestation, afin de couper court entier. L'empereur demeura donc convaincu aux longueurs qui sont toujours le pire des
convocation d'un concile, pour deux raisons cessitéde le célébrer en Italie, province corn-,
principales : la prem ère, parce que les con- mode pour toutes les nations et suspecte à
ciles généraux étaient, d'ordinaire, convo- pasune, il ne trouvait rien qui convînt mieux
qués pour examiner des opinions nouvelles, que la ville même de Rome. C'était le centre de
et non celles qui étaient déjà condamnées la chrétienté, c'était une ville pourvue de tout
pnr des conciles précédents, comme étaient pour la commodité des membres du concile; il
égard, avoir plus d'autorité que les défini- pu inspirer des défiances , mais uniquement
lions des anciens. La seconde raison était la pour purger d'erreurs l'Eglise et décréter
guerre imminente de la part des Turcs, la- l'expédilion contre les Turcs. Néanmoins si
quelle empêcherait les chrétiens de prendre Rome ne plaisait pas . il proposait Rologne,
intérêt aux affaires du concile ; et cependant Plaisance, et enfin Mantoue, voisine de l'Aile-
on no pourrait le dissoudre sans de très- magne et fief impérial,
grands inconvénients. D'ailleurs, comme il C'est donc calomnieusement aue Soave
se trouverait là une réunion de tant de ca- affirme que le pape ne consentit a accepter
ractères turbulents et opiniâtres, on pouvait aucune ville qui ne fût de l'Etat de l'Eglise.^
craindre que, profitant de la détresse de toute prévoyant que les Allemands n'y adhéreraient
la chrétienté, ils n'exigeassent violemment pas , comme en effet il advint : ce sont là;
de l'empereur et du pontife des. satisfactions autant de faussetés, puisque le pape avait
inconvenantes et excessives ;.ct, pour réduire offert de convoquer le concile à Mantoue.
toutes les raisons à une seule, il fallait se comme le prouvelalettre précitée, et puisque
rappeler cette maxime : que la corruption de les Allemands eux-mêmes avaient agréé lo
ce qui est plus excellent est aussi ce qu'il y lieu, ainsi que nous le verrons. Or, parce
a de pire. Ainsi, comme pour les maladies qu'on persistait à demander la réforme des
de l'Eglise, ii n'était pas de remède plus sa- abus qui avaient été signalés, le souverain
(1) Dans un écrii «dressé par Alë.ndre an cnnlin..! POntife, dans celte mémelettre pressait l'em-
Campège qnandil pariit connne lëg.l pour la djèie pc«"eur de lui envoyer une note de ceux qui
de Nureml)c«'i(. lui paraissaient dignes de correction , promet-^
("2) i^ftinv ccriio de la main de Cléint'ijil, l. n des tant de ne pas différer à cet égard de fajr^
i^citrcs (les i>riiiccs, o\ imWc: i^ji). ' son devoir.
4. La teneur de celte lettre, examinée avec avoir le pape contre l'empereur le consenteimpartialité , peut faire connaître si le pape ment que celui-ci de sa propre autorité audiilérait indéfiniment la tenue du concile, rail dojné à la suppression de quelques riet si lorsque l'empereur lui en fit la demande tes, c'est vouloir composer l'histoire non il s'en tint offensé , et pareillement s'il prit plus avec des faits positifs, mais avec des pour une grave injure les conférences sur rêves, car il est évident que ces actes ne îa religion ordonnées par Charles V à Augs- présentent pas la moindre trace d'un pareil houfg, comme le prétend Soave. Certes, d'à- consentement. Et certes si, en cette occaprèsle rapprochement des époques, il paraît sion, l'empereur, ce que véritablement je ne clairement que lorsque le pape écrivit la sais point, avait fait espérer aux luthériens lettre précitée, l'empereur avait déjà long- que lorsqu'ils auraient accepté de tout point temps auparavant convoqué les hérétiques, la foi catholique, on leur accorderait la disavecpromessed'un sauf-conduit, elordonnéla pense de quelques lois de l'Eglise, et qu'on conférence; ainsi le pape, ne l'ignorant pas, leur permettrait de s'écarter en quelques rin'aurait pas manqué de l'en détourner tes non essentiels des usages de Rome , avant inexécution, ayant occasion de lui comme on fit pour les Grecs au concile de a«'réer en accordant le concile. Tout au Florence, il aurait agi ainsi d'après une dis- ( ontraire voici ce quç je remarque : il est position secrète à la condescendance, dispovrai que le pape s'abstint de prendre aucune sition que le pape avait encouragée, ainsi part ou de donner aucun consentement à ces que s'en explique l'empereur avec Aléandre conférences , et voilà pourquoi le légat ne se à llatisbonne {Lettre d'Aléandre à Sanga, IrouVa point à la diète le jour que les héré- 28 avrit 1532).
tiques lurent leur confession de foi, et ne Bailleurs il paraît par la lettre de Mé-
voulut pas que la réfutation fût donnée sous lanchlon déjà citée, qu'en ces matières tout
son nom ; mais il est vrai néanmoins que ces était soumis à l'autorité du légat,
conférences lui furent agréables, et voici 5. Mais reprenons notre récit. En at-
pour quelle raison : d'un côté l'empereur ne tendant le concile, il fallait que les heréti-
s'arro<^eait point le droit de juger en matière ques se soumissent ; c'était sous celte con-
de relfgion, mais il réservait toujours l'au- dilion que l'empereur avait demandé le
torité du siège apostolique, et donnait com- concile, et quoique la condition ne se véri-
munication de tout au légat; d'autre part le fiât point, il ne cessa pas néanmoins de
souverain pontife avait fondé les plus hautes poursuivre ses démarches (1). A ce sujet le
espérances sur la présence et le zèle de l'em- pape lui fit représenter par son légat et par
pcreur ( lettre autographe du pape à Vempe- ses nonces, les évêques de Vaison et de ïor-
reur, sous la date du 13 juin 1530, //t;re II tone (2), outre les raisons contraires expo-
(les lettres des princes) ; et ces espérances sées dans la lettre déjà citée , les dangers
étaient fortifiées par la conversion du prince que faisait naître l'opiniâtreté actuelle des
danois qui avait eu lieu aussitôt après son hilhériens. Le concile, disait le pape, était
arrivée ; aussi le pape comptait-il beaucoup désiré dans ces circonstances pour deux
sur les tentatives que ferait l'empereur en fins principales : pour terminer les diffé-
mclant la douceur et l'autorité. En dernier rends en matière de religion et pour assurer
résultat, ou les hérétiques se laisseraient ga- la défense de la chrétienté contre les Turcs,
gner, et le souverain pontife remporterait mais on ne pouvait plus se promettre aucun,
uae grande victoire sans frais, je veux dire de ces deux avantages,
sans les inconvénients et les dangers d'un 6. Quant au premier, ou les hérétiques
roncile ; ou bien ils demeureraient obstinés, seraient admis à disputer sur les points déjà
ot alors ils encourraient de plus en plus la condamnés dans les précédents conciles, ou
haine des ordres de l'Empire; et ceux-ci s'en- non. L'une de ces suppositions serait de très-
iïngealent de plus en plus à les frapper par mauvais exemple, et porterait préjudice à
iie nouvelles condamnations. D'ailleurs on l'autorité de l'Eglise ; car ce serait enseigner,
ne pouvait pas imputer au pape d'avoir re- pour les temps à venir, à faire de ce concile
poussé les moyens pacifiques qui pouvaient le cas que dans celui-ci on aurait fait des
rendre la tranquillité à l'Allemagne. Je précédents. Et cela n'avancerait point l'u-
Irouve au contraire que dans une circon- nion, puisque les luthériens n'admettaient
slance le légat, loin de désespérer d'amener d'autre règle que la lettre de la Bible dans
l'union, se crut sur le point de l'obtenir, la partie qu'il leur convenait d'accepter pour
Ainsi dans une lettre écrite (16 octobre io31) authentique, et suivant la traduction qu'il
à Aléandre, archevêque de Brindes, et nonce leur plaisait d'approuver comme fidèle , puis-
àla diète de Spire, voulant montrer combien qu'ils s'en tenaient à l'interprétation que
est nuisible l'emploi des rigueurs contre les leur jugement privé déclarait orthodoxe, et
luthériens, il se plaint de ce que à Augs- qu'ils méprisaient absolument l'autorité que
bourg, la veille du jour où devait se conclure pouvait donner aux autres interprétations,
l'accord, Fabri fit paraître, bien à contre- '.,,... ,. j v •
temps, le livre intitulé : Contradictions de ^ (i) Ce qui sii.ise trouve aux archives du Vaiican.
LutLr Pt Frkiiis nn Catalonue des hérétiaues ^^"^ ^^ ''"'^"^ *^*^^ Instructions deja cite , recued d .ns
XMf/jer, etl<.ckius un taiaiogueaes neienques, j j ^^^^^^ ,^^ ^^^^^ dAugsbourg touchant le coii-
parmi lesquels était compte Melanchton : ce ^^^[^ ^^ g^^,,^ ,^, j.j^, j^ ,,^„ ",350,
qui ranima dans le parti les fureurs deja (-j) Ce dernier ciail RoLerl de Gambara, employé
presque éteintes. Vouloir ensuitejoindrc aux d'aborcC aux nonciatures de Portugal, de France e{
, diverses causes de ressenliinent que pouvait dAnijIelcne ; il lut depuis ^levc au cardinal.^.
ou la longue suite des siècles qui les adoptèrent, ou la sainteté et la sagesse de leurs auteurs. L'autre supposition non-seulement exclurait tout espoir de réconciliation, mais provoquerait les hérétiques à une opposition plus furieuse, puisqu'ils auraient à se plaindre qu'on leur refusât même de les entendre. Les lulliériens eux-méînes ne connaissaient-ils pas aussi rimpossihiiilé d'opérer Tunion par le moyen du concile, dont l'autorité était si onvertemerit méprisée par leur maître ; et ainsi la demande qu'ils en faisaient ne pouvait avoir d'autre but que de couvrir en attendant leur opiniâtreté. Mais, d'autre pan, on pouvait craindre que ce
ses de Jésus-Christ en faveur de son Eglise, on ne devait pas néanmoins tenter Dieu par des entreprises peu sages, et, de leur nature, périlleuses.
7. Quant au second objet du concile, qui était d'assurer les préparatifs contre Soliman, on (levait considérer que le concile ne servirait de rien, puisqu'il ne devait commencer qu'au bout d'un an et demi, et qu'avant ca terme là on aurait à soutenir les attaques de Solim.an. Dans le cas même où il aurait eu intention de différer ses entreprises, il nti manquerait pas de les accélérer dès qu'il apprendrait la convocation d'une assemblée dont le but était de lui opposer les forces
concile ne donnât lieu à plusieurs divisions de toute la chrétienté. Or, en attendant, ceux 1,: . f i„ Al'. :. 1. „ „; q^. reculaient devant les dépenses et les
charges de cette commune entreprise saisiraient le prétexte d'attendre la répartition qui serait déterminée par le concile. De plus , quelle confusion ne serait-ce pas si l'on était obligé en même temps de penser au synode et à la guerre déjà allumée? Combien s'accroîtrait Taudace des hérétiques, qui viendraient, les armes à la main, menacer de s'unir aux ennemis du dehors, et forcer l'Eglise et l'Empire à leur faire des concessions qui, aussitôt réclamées par les autres peuples, deviendraient la ruine de l'une et de l'autre autorité? Comment l'empereur pourtranquillité à TEglise après un long schisme; rait-il,en temps de guerre, assister au concile, bien moins encore le schisme pourrait-il être lui dont la présence était la seule garantie aujourd'hui empêché par Charles V, empe- qui pût déterminer le pape à confler aux
bien funestes. N'avait-on pas le souvenir encore récent de ce qui était arrivé, dans des temps plus calmes, au concile de Bâie?
Combien plus devait-on aujourd'hui redouter que quelque esprit turbulent et ambitieux, ou, à défaut d'autres, les fauteurs des hérétiques mêmes, ne missent à dessein sur le tapis la question de la supériorité du pape et du concile? Or, si celte question avait précédemment donné le spectacle de deux papes et deux conciles, non sans péril it sans secousse pour l'Eglise entière, et en dépit du zèle infatigable de l'empereur Sigismond, dont les etforls constants avaient rendu la
parmi une SI gran(
de ce point, si l'assemblée se rangeait du nations, de passions et de sentiments? La parti de la vérité et se déclarait en faveur du conclusion était que la congrégation des cardinaux chargés des affaires de la foi jugeait le concile un moyen peu propre à obtenir les deux 0ns qu'on se proposait, et présentant
pape, les luthériens feraient grand bruit, en disant que le concile n'était ni libre, ni même catholique, comme opposé au concile de Constance; car ce dernier concile, détesté de Luther sous les autres rapports, serait, sous celui-ci, reçu comme un oracle, sans qu'on voulût faire attention qu'alors la question était agitée non au sujet d'un pape cerlainementreconnu, mais bien ausujelde plusieurs papes douteux , lesquels ne peuvent être soumis à aucun autre juge qu'au concile , comme il arrive dans tout gouvernement quoique absolument monarchique. Si, au contraire, la majorité de l'assemblée, soit ambition, soit malignité, soiterreur, penchait vers l'opinion opposée, et voulait admettre, sans distinction, le décret de Gonstan»:e , qui met le concile au-dessus de tout pouvoir im-
au contraire évidemment les plus graves obstacles à l'un et à l autre de ces deux résultats. Le pape néanmoins s'en rapportait à cet égard à la prudence de l'empereur et de l'Empire, ne voulant que faire l'office de conseiller là où il aurait pu décider comme juge Mais il déclarait bien précisément qu'il fallait nécessairement obtenir l'assentiment des autres princes chrétiens et en particulier du roi de France.
8. L'empereur, qui était déjà passé en Flandre (voy. le livre déjà cité, qui se trouve dans les arcinves du Vatican)^ fil répondre par
écrit aux ministres du pape que les observations présentées au nom de Sa Sainteté papérial ou papal, il pourrait arriver que, pour raissaient très-graves ; qu'il en avait délibéré se fortifier contre l'opposition de ces deux par lettres avec son frère , le roi des Ropuissances, ils cherchassent à s'appuyer de mains (1) et les autres princes catholiques, la faction luthérienne en embrassant ses er- et qri'ils persistaient à croire que le concile reurs ; et, par ce moyen, ils essaieraient dé- éixh le remède unique et nécessaire pour la lever dans le christianisme un tribunal po- guérison de pareilhs plaies; qu'en consépulaire, qui voudrait réviser les titres de quence, afin d'aplanir les obstacles indiloutes les puissances et s'assujettir toutes les qués, il avait écrit au roi de France, lui procouronnes, en entraînant la ruine de la hiérarchie ecclésiastique et de toutes les mo- ,,x u avaii éié él;i roi des Romains dans une dièie narchies. Or, quoique ce fussent la, il est éle.ciorale de Cologne lenue peu de mois apiès la vrai, des maux qu'on ne devait pas redouter, dièie générale d'Augshour;,' ( voir Sleidan à la (in du VU la confiance qu'on doit avoir aux promes- livre VU).
im HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE, TH
posant de convoquer le concile et de s'enga- se conformer à l'usage des précédents conger tous deux à y défendre de tout dommage ciles, et pour ôler tout prétexte au mépris et le siège apostolique et la personne de Sa à la calomnie, il paraissait plus convenable Sainteté; que, sur le premier point, le roi de convoquer le concile sans aucune restricavait donné son consentement, mais que, sur tion; qu'ensuite, le moment venu, ce serait le second, la réponse était encore attendue au pape de prescrire ce qui devait être proau bout de deux mois. Néanmoins il s'en rap- posé et discuté dans le concile. Et cette réportait là-dessus à ce que !e roi aurait déclaré ponse, donnée par écrit, fait bien voir que au souverain pontife, sachant qu'il lui avait l'empereur reconnaissait le pape comme suécrit touchant cette affaire. Il mettait enfin périeur et non comme soumis au concile, sous les yeux de Sa Sainteté le grave danger 10. Article II, L'empereur y assisterait en de tout relard, rCmjant cVautre but, disait-il, personne, et dès qu'il se retirerait le con- (jue d'engager Sa Sainteté^ comme chef de VE- cile serait censé dissous : ce qui nous mon- (flise chrétienne, auquel nous de^^^ons tous Vo- tre combien sont fausses les allégations de
mère V Eglise et du siège apostolique. Sa Sain- autorité capable de contenir dans le devoir
teté doit être assurée d'ailleurs que , pour tant d'esprits et de passions divers. Sur ce
l'heureuse issue du concile, l'empereur et le point l'empereur répondit que, si on se dé-
sérénissime roi y son frère^ mettront à son ser- terminait à convoquer le concile sans retard,
chrétiens, dès qu'ils auront connaissance de conclusion.
sa détermination. 11. Article III. Le concile serait tenu en
Clément VII [Recueil d'instructions et de Italie, et en une des villes désignées par {e
divers écrits concernant le concile, dans les souverain pontife dans la lettre dont il a été
archives du Vatican) avait, selon l'avis du parlé. A quoi il fut répondu par l'empereur
collège des cardinanx, envoyé à l'évêque de qu'en ce qui le concernait tous les endroits
Torlone les articles qui devaient être réglés proposés lui convenaient également, mais
avec l'empereur, dans le cas où il opinerait que les Allemands préféraient Mantoue, qui |
pour l'opportunité du concile. Le nonce les était une des villes désignées, ou Milan.
produisit donc en cette occasion ; ils étaient 12. Article IV. Personne n'aurait voix dé-^ |
ainsi conçus : cisive, si ce n'est ceux, à qui ce droit était
9. Article PREMIER, Le concile ne serait conféré par les saints canons. Cette condition
convoqué pour aucune autre affaire que la était exigée, parce qu'on connaissait le sen-
guerre contre les Turcs, la réduction des timent des hérétiques, qui attribuaient aux
luthériens, l'extinction des hérésies et la 4aïques eux-mêmes le droit de prononcer
punition des obstinés. Cette condition était tout aussi bien qu'aux évêques. Ainsi tant
on vérité bien raisonnable, puisqu'on pou- que ce point ne serait pas réglé, il ne pouvait y
vait craindre que, si le concile était convoqué avoir de concile ; car évidemment, avant de
qu on (levait observer la lorme et les usages >|
sateurs, en proposant des réformes d'abus et des conciles précédents, ce qui était suffi- **
des changements de lois. Et alors plusieurs sant pour exclure les laïques. Et cet exposé
des membres de l'assemblée, espérant oble- nous suffit pour prouver la fausseté desallé-
uir quelque décret à leur avantage, comme galions de Soave, quand il prétend quel'em-
il arrive dans ces sortes de révolutions, au- pereur demandait au pape d'accorder, par
raient consenti à ce que les controverses sur manière de privilège, le droit de voter à ceux
la religion fussent les dernières soumises à qui ne le tenaient ni de la loi, ni de la cou-
Texamen : en sorte que les premières qui au- tume.
s-aient été discutées ne l'eussent été qu'avec 13. Le dernier article portait que les lu-
oe grands débats et une agitation extrême, thériens demanderaient le concile, et enver-
vu l'opposition des sentiments et des intérêts, raient leurs procurations en forme, parce
sans que jamais on arrivât à la définition des que, le concile devant se tenir pourlcur con-
dernières, d'où dépendaient le salut des âmes version, il paraissait convenable qu'ils en
et l'unité do lEglise ; en sorte que le concile fissent la demande, et qu'ils promissent de
n'aurait fait qu'accroître les maux de la chré- s'y soumettre. Mais le pape permit au nonce
ticnlé, loin d'y porter remède. Mais une rai- de se relâcher sur cette condition, qu'on
«on si forte perdait néanmoins de sa force pouvait prévoir impossible; et en effet le
lonce en fit l'abandon; car, comme disait 'empereur dans la réponse, l'opiniâtreté et 'insolence des hérétiques était connue de tous.