CHAPITRE IX
Dlèle de Ratisbonne et trêve de religion accordée aux lutlicriens.
1. Cette transaction entre les Suisses, avec liberté réciproque en matière de religion, fut d'abord blâmée et ensuite imitée par les Allemands. L'empereur se rendit à la diète qu'il
«L'arc est rompu, mais 1 Egalement parce que le meuble survit à l'ouvrier, le tableau au peintre, le fils au père, devrons-nous reconnaître dans toutes ces œuvres Dieu lui-même non pas seulement comme une cause universelle, mais aussi comme cause particulière? Il n'y a dans le monde que très-peu d'effets qui pour se conserver exigent la perpétuité de la cause qui les a produits.
k. Ensuite que ce soit être voisin de la présomption de vouloir conjecturer les fins de la divine providence dans les événements humains, et decroire que les revers des méchants soient destinés de Dieu à réprimer Taudace
de leur méchanceté , c'est mettre dans le ca- ^vait convoquée à Ratisbonne, et il y fut aclalogue des présomptueux tous les samts compagne par les ministres du pape^ Aléan- Pères et pnnc.palement sain Augusl.n dans j^e â écrit' {dans différentes letiL àJac^ son l.vre vrainien celés ec/e ^« ^f/j^f/>^^;;- gués Salviali] et particulièrement sous la date On sai, e nul doue nés eleve la-dessus, que ^^ ^^ ^^^^ ^^£^ ^
lespec taçledes phénomènes de lana ure con- t,^^,^ l'Allemagne sensiblement cS^^^^
sp.ran a une même fin , a une fin telle que ^^^ la disposition des esprits, en compa-
pourrait se la proposer un agent raisonna- j:,,.^^,, ^e ce qu'elle était lo^^s de sa nonc^able, nous porte a conclure que le monde . . . . -i » =" ■■"■■>-ia
sp.ran a une même fin , a une fin telle que ,3 disposition des esprits, en compa-
pourrait se la proposer un agent raisonna- J'^i^^,, j^ J ,^„g ,j^,j , P. ; ^ pa
b e, nous porte a conclure que c monde (^..^ ^ la diète de Worms. La première foi
n'est pas compose d atomes assembles au ha- ^,^,,,it ^^„^ ,^3 imbériens aversion marqué
sard, comme le voulait Démocrite , mais que la nature est l'œuvre d'une cause intelligente, comme Anaxagore l'enseigna le premier; et voilà pourquoi Aristote se fit admirer comme un homme divin, pour avoir dans ses livres d'histoire naturelle recherché avec tant de précision la fin pour laquelle chaque membre est conformé de telle ou telle ma
arquée et tout à fait hostile envers ceux qui dépendaient de Rome ; cette fois-ci c'étaient des prévenances qui ne le cédaient en rien à ce qui se faisait dans les pays catholiques. Le petit peuple, dans les villes des princes hérétiques, en était déjà au repentir, parce qu'il avait bien vu que le soustraire à To-
sujet, et qui est iniiiuie : JJe l usage des parties du corps. Eh bien 1 pareillement le spectacle des événements de la fortune qui concourent tous à la conservation de la société civile, en faisant que la vertu soit le plus souvent honorée et aimée, et le vice blâmé et détesté, ce spectacle, dis-je, nous donne à entendre que dans le ciel on prend intérêt à l'humanité, qui finalement est le but vers lequel sont coordonnées toutes les choses naturelles. C'est ce qui faisait dire au poëte Claudien que la punition de Rufin avait terminé dans son intelligence le débat entre la Providence et le hasard en ce qui concerne le gouvernement du monde. Par conséquent, attribuer le succès de la bonne cause à une volonté deDieu qui constamment veut qu'elle l'emporte sur la mauvaise , c'est le langage d'une piété sage et fondée en probabililé, quand bien même il y aurait erreur dans le fait particulier; car selon la doctrine des philosophes , ce qu'il y a de plus probable peut quelquefois être faux; et en eiTet, s'il n'y avait aucun danger d'erreur^ ce ne serait
notables dans les villes libres, parce qu'ils se voyaient dominés par l'insolence du peuple, qui aime à fouler aux pieds ce qu'auparavant il vénérait. D'autre part, le peuple, dans les pays catholiques, était avide d'essayer à son tour cet affranchissement des lois ecclésiastiques, et ces spoliations d'églises qu'il enviait aux hérétiques : tant il est ordinaire à l'homme de devenir son propre ennemi par l'opinion ; toujours il se figure comme malheureux son état présent, et par cela même il le rend malheureux.
2. Le but de l'empereur, dans cette réunion, fut de disposerions les ordres del'Empire à deux choses de grande importance. Il s'agissait d'abord de Taider contre les Turcs, dont les préparatifs formidables menaçaient non-seulement la Hongrie, mais en
(1) Le Coiirayer ganle prudemment le silence sur tous les raisonnements que noire historien oppose ici à Tinsigiie mnlce avec inqnclle Soave taxe de piésomplion le jugement porié par les catholiques sur la mort de Zwi -^le et la déroule de son parti.
^ÔS LURE TnOlSÎEME. g^^
comme pour une cause commune. Il s agis- a conslruit l'arche du salut parmi ce déluge sait ensuite de reconnaître, d une voix una- de toutes les erreurs, je veux dire les deux Bime, Ferdinand pour roi des Roniains ; car ducs de Bavière, les deux frères Guillaume n était arrive que lelecleur de Saxe, qui et Louis, quoique des plus proches alliés de
d abord ne s était pas entièrement opposé a la maison d'Autriche. En elïel, le plus iennc
son élection avait ensuite protesté contre la des deux, à cause de je ne sais (juel droU
nullité de cet acte ; et a lui s'étaient joints qu'il croyait avoir sur la Bohème, et tous «
les autres princes luthériens. La-dessus deux par l'ambition rie voir rentrer dans leur
.toici les documents que je trouve. Le souve- famille la dignité impériale, n'hésitèrent oas
rain pontife, afin d'assurer, autant qu'il dé- à s'unir avec les hérétiques ^'^*^"' P"*
Rendait de lui, la succession de l'Empire à 4. L'empereur, parmi de tels pmhirn»
ce prince, qui était zélé pour la foi catho- commença à se croire obligé de permeltrc un
. lique, rédigea deux brefs {Dans un livre des moindre mal, pour sauver la chrétienté d'un
arcMvcsdu Vatican xntlulé Capitula Cle- mal plus grand ; et pour négockr avec le"
Th'" J"i^ ' ^î^^ • "x. ■'/««a'-» 'e Saxon protestanis une sorte de trê4 en matière de déchu de la dignité électorale pour avoir religion, il envoya secrètement en Franconie embrasse 1 heresie, et par conséquent inha- l'électeur de Mayence et l'électeur palaih , bile à donner sa voix ; dans l'autre bref il lui bons catholiques, mais préoccupés de rui i" n donnait, par dispense, pouvoir de voter, politique en Allemagne, plutôt que de l'u- ^nonobstant I incapacité encourue. Il envoya nité religieuse. Sous t-e dernier rapport l'élecênsuiteles deux brefs a 'empereur, pour lourde Brand, bourg, tout séculier qu'il e* a», qu 11 eut a se servir de celui qu'il jugerait avait bien un autre zèîe que son frère l'élccplus propre a obtenir un bon résultat et à (enr de Mayence, quoique réunissant la dm. contenter l'Allemagne. Or Charles, afin de ble dignité de la mitre 2t de laTurtr;^^^^^^ ne pas (irriter les esprits, avait mieux aimé ce fut pour la cause catholique un véritable supporter 1 oppoMtion de l'électeur de Saxe, malheur que l'électeur de Brandebourg n'arque do chercher a 1 exdure. Et tant pour sa rivât à Ratisbonne que fort tard et après c ipremière demande que pour la seconde, il départ de l'archevêque pour la Franconie leula lutter contre une vive opposition, non car.commeil désapprouva celte mesure anrés iinoins dans sa famille qu'au dehors [Lettre l'événeraent.ils'y serait probawémenoôno 6 ^AUandreàSanga, sous la date du dernier avant l'exécution t^'ooduiemenioppo.c [our de mai 1532). Quant au secours contre S. Les minisires du pav^ {Lettre d'AUanes Turcs, il reçut un refus exprès de la part dre à Jacques Sahiati, dut marltatut (lu roi de France, qui allégua que l'Aile- rentvent de ces négociations et demandèrent magne se sarfisail à elle-même: et un refus des éclaircissements à Nicolas Peneno laci e du roi d AngU terre qui répondit qu'il seigneur de Granvelle, qui b"lon l'usa-'e de l^oulait du temps pour délibérer. Les pro- France, prenait son n^ra d'une de ses lenes |lestants ne refusaient pas néanmoins le se- et qui à la mort du cardinal Gattinara lui ,:ours, mais ils menaçaient de se reunir aux avait succédé dans la charge de "rand chan- Turcs, sils étaient tracasses en malière de celier. Il était zélé pour la foi" caihoii.iuc conscience. Sigismond roi de Po ogne, aug- (Lettre d' Méandre à Sanga,du 23 avril, là"^ S. 7aT'M' .^«''"^""des à cet égard et son zèle était d'aulant 'plus efficace qu'i
'Hl iJÂ^^Tm n-""^"' ""1 'a if"'^ 1" ^'^ ' accompagné de la science ; mais il avait
'JwlM 1532), et voici comment. Albert de intérêt à cacher ce qui s'était fait pour ne pas
!8rândebourg, dont nous avons déjà parlé, révéler les secrets de son ma ? e • eUl disait
Isolant convertir en droit de propriété, avec que dans le voyage les iSrie'ns avaren
.e titre de duc, le pouvoir qu'il exerçait sur bien glissé quelque? mo s d"un décret de' u"
a Prusse, comme grand-maître de l'ordre pension jusqu'au concile, mai» nn-ilnV
d rrusse, comme grand-maître de l'ordre pension jusqu'au concile, mai* ou'il n'v
^eutoniqnc , reconnut qu'il la tenait en fief avait eu néanmoins rien de concfu, et au'on '
lu roi de Pologue, qui faisait valoir à ce su- n'aurait jamais traite, ni sans oberver les
et d anciennes prétentions. En conséquence, plus grands égards, soit pour la foi catholi-
,e ro, S.gismond ne craignit pas de déclarer que, soit pour la dignité pontificaTe, ni sans
Charles, par ses ambassadeurs, que si Al- en laire part aux ministres de Sa Sa nle"é
uilK,"'"'"* "'^^ !" P'."^alroce et le plus im- gage qui pût servir à masquer, et non à faire"
acable ennemi des intérêts de la Pologne: connaître, la vérité : il avoua donc "nfnche!
'n d': Z^JZ^^Z^fLl^^tlll-rr^ "^'l', '« .l'-^'lé aux envoyés du pape [Lettres
rda1tfr:°'"'" •"^^' -fi;-, passions, tous ^Ai};;idn7 ^^'^^^^^l'^^^'Ë
-s dangers a venir, a l'inlerêl du moment. avril 1532) , et en même temps il manifesta
3 Pour ce qui était de reconnaître d'une le plus grand zèle pour la foi orlhXxe e^
oix unanime [Deux lettres d'Aléandre à pour la dignité papale : non-seulëment 11
angadu 4 mars 1532) Ferdinand comme roi Séclara qu'il versS son sang pou"îa dé'
IBS Komains, la cause de ce prince rencontra fendre, mais en disant cpIi m f^ir.,! .^ -1
eux redoutables adversaires, et l'opiniâtreté laîmes. '" ^"
6. Les envoyés du pape, portèrent bientôt rêU et le désir de le voir embarrassé dans
leurs idainles à l'empereur, lui tenant le ses démêlés avec les protestants, et partant
îïîéme lano^age qu'ils avaient tenu à Gran- plus faible contre eux ( Lettre d'Aléandre à
velle : Par celte transaction, lui disaient-ils, Sanga du 2 juillet 1532). Or ce soupçon se
onne faisait que blanchirai' extérieur un mur fortifia encore, lorsque le bruit se répandit 1
ruineux y ce qui ne pouvait que masquer le que l'ambassadeur de France encoura{reait
danger présent et hâter la chute prochaine, les luthériens à tenir ferme, en leur persua-
Accorder une trêve aux hérétiques, en quelque dant qu'ils obtiendraient tout ce qu'ils vou-
manière que ce fût, c'était leur donner le temps draient. L'empereur fut singulièrement pi-
de reprendre courage , et de devenir des en- que de ce procédé, et menaça l'ambassadeur
nemis plus indomptables. Il était bien mani- de s'en venger, s'il ne justifiait de l'avoir fait|
de vouloir se jeter par la fenêtre, pour que tifire; car on ne veut pas qu'un autre puisse
son père ne mette pas un frein à ses désordres, dans son cœur se vanter d'avoir su nous
Ces princes d'ailleurs n'étaient ni assez in- tromper et nous surpasser en finesse (Lettrel
sensés, ni assez ennemis de leurs intérêts, pour d' Méandre à Sanga du dernier jour de mai]
ceux qui nous sont unis par commun : les autres promettent souvent, et ne voyadonc de nouveau les deux princes nomtiennent pas, tandis que ceux là donnent quel- mes ci-dessus, pour traiter avec les proies*! quefois au moment du besoin le secours quils tants à Nuremberg, ville qui n'esl qu'à deud ont refusé avant V événement. journées de Ratisbonne, et lorsque l'accorc 7. L'empereur vit avec peine que l'affaire fut sur le point d'être conclu, pour tenir 8f eût été découverte, et il répondit que les promesse, il communiqua les articles au léprinces envoyés par lui n'avait rien conclu, gat. Ces articles portaient en substance, noi ni n'avaient reçu le pouvoir de rien conclure, qu'on accorderait aux luthériens une liberté! mais seulement d'entendre des propositions, absolue de conscience, comme ils l'avaienll ce qui ne pouvait nuire; qu'il aurait toujours désiré et en avaient fait circuler le bruit montré le zèle accoutumé pour la religion et mais qu'on leur accorderait, dans le sens qu< pour le siège apostolique ; et que rien n'au- nous avons dit, une suspension de Tédill rait été conclu par lui, sans qu'il le leur eût d'Augsbourg et de toute autre tracasserie à auparavant communiqué. Toutefois ce traité titre de religion, jusqu'au futur concile ; quff causait une grande anxiété aux envoyés du l'empereur aviserait à ce que le concile fui
on ajoutait des particularités tout à fait in- diète dans laquelle on prendrait à cel égar
convenantes. Aléandre [Lettres d'Aléandre à des mesures convenables. Sanga déjà cîVee.s), voulant donc détourner 8. Les représentants du pape rejetèren
l'empereur de cette convention, lut raconta cette proposition avec beaucoup de chaleli
que le roi de France ayant eu bruit de cette et Aléandre ne laissa pas de supplier l'empr
affaire avait témoigné qu'il en était scanda- reur qu'il n'allât pas, par une concessi(
lise au dernier point, et qu'il en avail parlé aussi peu hororabie, souiller la gloire qii
avec le nonce en termes qui exprimaient son avait acquise aux yeux de toute la chrétieu
étonnement et son improbation. Ne paraî- et de la postérité toute entière par ledit
trait-il pas étrange que Sa Majesté Tempe- Worms. Là-dessns l'empereur, laissant pa
reur, qui jusqu'ici avait la réputation de sur- raître qu'il était piqué, répondit que l'édit d(
passer en zèle pour la religion tous les au- Worrasavaitétéuneœuvresageetsaintemai^
très potentats, voulût maintenant s'exposer que si, depuis, les autres princes avaient fai
à être blâmé par ses rivaux [Lettre d'Aléandre leur devoir, il ne se trouverait pas, lui, dan*
à Salviati, du 25 mars 1532, et à Sanga, du 30 de si grands embarras; que les pontif s eux-
du même mois).l\ ajouta que les deux princes mêmes n'avaient pas été tout à fait irrépré-
de Bavière parlaient dans le même sens, hensibles : et par là il voulait peut-être fair(
qu'ils dissuadaient le pape de consentir à allusion aux ligues conclues entre Ciéuien
cette pacification, qu'ils la détestaient comme et les ennemis de l'empereur, ligues qu
déshonorante pour l'empire, et qu'ils décla- avaient épuisé ses finances et ses forces, c
raient qu'ils ne l'observeraient pas de leur le rendaient maintenant incapable de tenii
côté. Mais ces représentations produisirent contre les Turcs sans l'appui des protestants
un effet contraire : l'empereur soupçonna 11 continua de se disculpei' en disant que si
qu'un langage si plein d'ostentation dans ses après les décrets d'Augsbourg, on avail von
adversaires servait à déguiser leurs inté- voqué le concile, sans exiger pour cela tau
809 LIVRE TROISIEME. gjO
de conditions on n'aurait point aujourd'hui était désiré de chacun. C'est, du reste ce qui de telles affaires sur les bras. Et cependant , a lieu à l'occasion des plus grands maux comme nous l'avons démontré, la seule con- dont on attache toujours la guérioon préciditionquiy manquait était le consentement sèment au remède qui a été omis On avait du roi de France sans lequel on ne pouvait donc projeté un décret pour que le concilo tenir un conseil œcuménique qui tournât à fût absolument convoqué , et pour que dans bien : et encore Cltftnent avait-il laissé à le cas où le pape ferait des difficultés Vem- Charles la liberté de statuer sur cette condi- pereur le convoquât en vertu de son autolion. L'empereur se crut donc obligé de con- rite impériale , ou que du moins on assenZ dure ce traité ; mais il eut soin de corriger blât un concile national en Allema^^nc ce qu'une telle conduite présentait d'appa- Ce dernier parti était reconnu comme dan-
soiue a la secte luthérienne, mais seulement ce serait la ruine de la foi en Allema"-ne • jusqu'au concile qui devait se tenir dans un car leur orgueil monterait à tel point^que an et demi , ou à défaut du concile , jusqu'à nulle autorité ne pourrait l'abattre plus tard une autre diète , en sorte qu'il ne renonçait ou bien ce seraient les catholiques qui aupas au droit de pouvoir un jour, dès qu'il raient l'avantage , et alors les luthériens réserait sorti de ces embarras, les contraindre sisteraient audacieusement aux décrets du à se soumettreauxpremiersédits,quidcmeu. concile, comme ils résistaient aux édits des raientcommeassoupis,maisnonéteints.L'em- diètes impériales, puisqu'ils n'auraient pas pereur néanmoins rencontra au sujet de cette alors contre eux l'autorité et les forces de concession autant d'opposition danslesEtats toute la chrétienté, comme dans un concile de l'empire que dans les minisires du pape, œcuménique; en sorte que bientôt éclatelis rejetèrent plusieurs fois la proposition de raient des dissensions plus implacables encette trêve avec les luthériens , alléguant core. L'empereur rejeta donc ce parti et cequ'elle répugnait à la sincérité de la religion pendant il ne voulut pas promettre absoluallemande ; que dans tous les cas elle ne ment le concile universel {Lettre d'Aléandre devrait pas être conclue sans l'autorité du à Sanga , du 22 juillet 1532) au préiudice de pontife romain ; et qu'elle n'était un remède de l'autorité apostolique , ni par conséquent ni durable ni efficace pour les plaies de la s'obliger à le convoquer de sa propre autonation ; qu'au contraire elle ne ferait que rite , au cas où le pontife ne le convoqueles rendre plus profondes et plus incurables, rail pas. Seulement il prit l'engagement d'eïî En conséquence, ils demandaient avec des obtenir la convocation, et si , pour une raiinstances réitérées que l'on publiât la réfu- son quelconque, il ne pouvait l'obtenir dans Italien qui avait été rédigée à Augsbourg le délai fixé par la diète, il s'engaffeait à contre la confession luthérienne, et que tous convoquer de nouveau les ordres del'Empire fussent contraints de conformer à cette règle précisément comme il était stipulé dans la leur croyance et leur conduite »^a.,.. i- . . . ^ .
Ces •• - ■ • ••" '
îf quelle
tificale
authentiq ^ ^ ^^ ^ ^ ... ^v,.»^
! entière, quoiqu'elle fût alors mécontente'^du satisfaction d'un désir public "exprimé* par
ipape, comme on verra ci-après. On y trouve TAUemagne dans plusieurs diètes précéden-
ici )jiivc,uiai9 ouavc j^aïuc ic biieiice sur pua uc i empereur que 1 Allemagne persisces déclarations, et cependant il ne pouvait tait dans son sentiment et sa volonté f nonpas ignorer ce qui se trouve consigné dans obstant les raisons contraires qu'il avait fai^ Iles actes de cette assemblée. exposer à Sa Majesté par son nonce, l'évêque i 10. L'autre marque du respect de l'empe- de Tortone, il s'était montré tout disposé de ireur pour la religion {Lettre d'Aléandre à son côté, et avait demandé le consentement \Sanga, des 2, 22 et 29 juillet 1532) ne tombait du roi de France ; consentement dont on de- Ipas sur un point moins important , et devint vait bien reconnaître non pas seulement les ll'objet d'une bien plus vive opposition , non avantages, mais aussi la nécessité; que pour ipas seulement de la part des hérétiques, l'obtenir l'empereur n'avait épargné ni déimais encore des catholiques membres de la marches , ni ambassades ; mais qu'enfln rien diète ; car il arriva que toute l'assemblée se n'avait pu être conclu avec le roi ni touchant plaignit de l'empereur et plus encore du le mode , ni touchant le lieu. Ce témoignaffe pape, pou? n'avoir pas encore convoqué le de Charles en faveur du pape a été passé concile , qui, comme nous l'avons déjà dit , sous silence par Soave ; et l'auteur ^vait
pour cela de grandes raisons , du moment
(l)Tout cocl est consigné dans un ouvrage des ar- qu'il voulait faire porter à Clément la faute
cluves du Vaiican, intitulé : Actà conventus Rutisbo- des retards apportés au concile • il est cWir
m ceiebnau ei alla cjuœdam visu digna, anno 1532. que l'inventeur d'une imposlure'a besoin de
GeNC. DE Trente. (Ving(-,ix.)
8ii HISTOmr: DU CONCILE DE TUEINTE. 811
cacher les innombrables vérités qui la met- chef. L'empereur fit encore publier dans la traient au jour. diète que tous eussent à reconnaître Ferdi- 11, Charles proposait que les ordres me- nand pour roi des Romains; personne ns s'éîs del'Empire envoyassent une ambassade leva contre, et ainsi tous furent censés y
mes
olennelle au pape et aux autres prmces, pour / obtenir des éclaircissements sur la question du concile; il prétendait par ce moyen faire connaître aux Allemands quelles étaient en réalité les difficultés dont ils ne demeuraient
aurons vaut.
occasion de dire dans le livre sui-
GHAPITRE X.
donner une approbation tacite, mais non expresse; et les choses demeurèrent ainsi, jusqu'à ce que vers 1» fin de juin, de l'année 1534 , se trouvant à Kaaden, ville de Bohême, il confirma la paix de Nuremberg. Et pas persuadés par son simple rapport, et pa- même alors l'électeur de Saxe ne donna point rer ainsi aux plaintes universelles. Mais ils encore son adhésion , et depuis il ne cessa de refusèrent de se charger de ce soin, donnant protester qu'il ne reconnaissait point Ferdipour prétexte qu'il n'y avait pas à cette diète nand pour roi des Romains, ainsi que nous autant de princes et de députés qu'il en aurait fallu pour décréter une ambassade en nom commun ; ils se plaignirent même de ce que l'empereur voulait se décharger de cette affaire, qui lui revenait comme au chef de l'Empire. De son côté l'empereur répliqua que, s'ils avaient cru être en nombre suffisant pour décider que dans le cas de nouveaux délais de la part du souverain pontife , on convoquerait le concile sans son autorité , ou qu'à défaut du concile universel on assemblerait un synode national de toute l'Allemagne, résolution si hardie et si extraordinaire, il était bien plus facile de se contenter du même nombre quand il s'agissait de statuer sur l'envoi d'une ambassade , tendant à obtenir un concile qui devrait être célébré dans la forme ordinaire et réglée par les assemblées précédentes; que l'empereur par cette proposition n'entendait poiut se décharger du soin de faire réussir l'entreprise , mais qu'il désirait voir leurs efforts réunis aux siens, parce que celle union était le meilleur moyen de triompher des obstacles. Toutefois ils résistèrent jusqu'au bout, alléguant quil serait contraire à la dignité de l'empereur q\ie les princes ses sujets traitassent d'une affaire qui regardait 1 empire par une ambassade envoyée en leur nom auprès des potentats étrangers. L'empereur, de son côté, demeura inébranlable sur les termes de la promesse d'un concile, telle que nous l'avons rapportée plus haut ; et malgré un triple refus , opposé par la diète, il persista dans sa première réponse, tant qu'enfin ils furent obligés de l'accepter. Ce fut celte opiniâtreté de l'assemblée qui contraignit l'empereur à promettre l'ouverture du concile pour un temps aussi peu éloigné. Il reconnaissait bien que c'était un délai trop court pour effectuer une réunion si difficile, avee des pays telleinent séparés par les distances et plus encore par les intérêts ; toutefois pour ne pas irriter les esprits , il fut obligé d'engager sa coopération à une entreprise qu'il voyait bien être au-dessus de son pouvoir et de tout pouvoir humain.
12. Cette union avec les luthériens, dont tous les autres hérétiques furent exclus, devint fameuse en Allemagne , et s'appela la paix de Nuremberg, parce qu'elle fut conclue dans cette ville : elle fut décidée le 13 juillet et ratifiée par Charles le 2 août. Alors les protestants consentirent à fournir de puissants secours pour la guerre contre les Turcs, et réleclcur palatin fut élu pour général en
Examen des réflexions de Soave sur raccord précédent.
1. En rendant compte de ce fait, Soave, selon sa coutume, fait peser toute la faute sur Clément VII, parce qu'il refusa de tenir le concile sous les conditions exigées par les luthériens. Ensuite il se met à rapporter tous les discours qui se tinrent à ce sujet et dans Rome et ailleurs ; mais il a l'artifice de mettre des propositions fausses ou odieuses dans la bouche des partisans du pape , et des sophismes piquants et spirituels dans les propos tenus par ses adversaires ; puis il conclut en exposant ses propres idées. Examinons tout cela brièvement, de peur que le venin, pour avoir été négligé, ne vienne à passerdes yeux jusqu'au cœur des lecteurs.
2. il dit qu'à Rome cette conduite de l'empereur fut hautement réprouvée , parce quHi avait mis la faux dans la moisson d' autrui , tout prince étant tenu , et par dessus tous les autres, l'empereur^ de travailler à la ruine de ceux que les papes ont condamnés. Quels étaient à Rome ceux qui tenaient un langage aussi absurde ? Y a-t-il le moindre rapport entre ne pas faire son devoir et porter la faux dans la moisson d'autrui? Celte imputation-ci s^^ rait fondée , si l'empereur s'était arrogé le droit de décider des points de religion, de dispenser dans les lois de l'Eglise, de changer les cérémonies sacrées, de convoquer le cob^ ciie ; mais que par devers lui il se fût engagi3 à ne pas inquiéter les luthériens pour uii temps , on pouvait bien peut-être dire que c'était laisser la faux oisive dans le champ confié à ses soins, mais non que c'était insolemment porter la faux dans la moisson d'autrui. Soave dit ensuite que d'autres, au contraire, louaient l'empereur, parce qu'il avait par cette paix entouré de forces la chrétiesité, sans cela impuissante à se défendre contre les Turcs : On se disait que les luthériens après tout étaient chrétiens, et ne différaient des autres que par quelques rites , différence qui pouvait bien être tolérée. La maxime tant rebattue à Rome , savoir , qu'il importe plus de poursuivre les hérétiques que les infidèles, s'accommodait parfaitement bien avec la domination pontificale y mai s non avec les intérêts de la chrétienté.
•J. Ce discours renltniîc plusieurs erreurs
SiZ
et fîes plus graves. Pour commencer par la dernière, qui est peut-être la plus nuisible , parce qu'elle est la plus spécieuse, je demanderai à Soave, qu'est-ee qu'il entend sous le nom de chrétienté : peut-êlre une multitude d'Etats qui n'aient de commun que l'adoration du Christ, et qui pour tout le reste soient entièrement isolés et indépendants les uns des autres dans le gouvernement politique et religieux ? Si c'est là ce qu'il entend, il n'y aura pas plus d'unité dans le christianisme compris à sa manière , qu'il n'y en a entre lis Turcs et les Persans , qui s'accordent à honorer Mahomet, quoiqu'ils soient en désaccord sur divers points de religion, sur le chef qu'ils doivent reconnaître, et sur toute autre relation ou sacrée ou civile. En sorte qu'à prendre le mot de chrétienté dans ce sens , tel royaume chrétien devra s'intéresser à la détense de tel autre royaume contre les armes des^ Turcs, à peu près comme la Perse prend intérêt à ce que les chrétiens n'enlèventaucune provinceaux Turcs. Pareillement encore, on pourra ne considérer que comme un commun peuple tous les théistes, c'est-àdire les adorateurs d'un seul Dieu, en y comprenant les Sarrasins et les chrétiens, lesquels, en tant qu'ils se distinguent des idolâtres, se rapprochent entre eux en un point plus essentiel, que ne font les hérétiques et les catholiques, en tant qu'ils se distinguent des
même temps il l'a supposée de niature à rendre incurables les déchirements de l'Allemagne. De ces deux hypothèses la seconde s'est réalisée ; quanta la première, qui dépend de ce qui n'est pas arrivé, mais aurait pu arriver, à Dieu seul appartient le droit de juger, aux hommes celui de former des conjectures.
5. Dire ensuite que la différence entre les catholiques et les luthériens ne consistât que dans quelques rites, c'est un mensonge trop manifeste. Etre divisés de croyance touchant le libre arbitre, le nombre et l'efficacité des sacrements, la valeur des vœux, la nécessité des bonnes œuvres, le pouvoir qu'a l'Eglise de donner des commandements et de décider des articles de toi, la présence du Sauveur dans l'hostie hors le temps de la communion, et finalement touchant la vérité des livres qui doivent être vénérés comme parole de Dieu, est-ce là une différence qui consiste en quelques rites ou dans les bases mêmes de la foi ? S'il suffit aux luthériens d'adorer le Christ, pour qu(4 la dissidence dans tout le reste doive être tolérée, c'est donc en vain que tant de conciles se seront appliqués à condamner les hérétiques, et que Dieu nous aura révélé les mystères particuliers de la foi dans l'Ecriture.
6. Mais avançons : où est-ce qu'il a jamais entendu à Rome débiter cettemaxime:gw'îY/hM^
Sarrasins. Par conséquent, le chrétien devra poursuivreleshérétiquesplutôtquelesinfidèlesl
étendre leurs conquêtes dans les Indes. Maintenant les partisans de Soave ont à voir s'ils prétendent faire accepter cette politique. îl ne comprenait donc pas, lui, que ce nom de chrétienté demeure un mot inutile, et exprime un ramas de choses unies au hasard, ou selon le caprice de l'intelligence, si l'ensemble ne reçoit l'unité d'un régulateur qui le dirige
en violant l'obligation contractée par le caractère du baptême envers Jésus- Christ et son vicaire , tandis que les derniers ne sont ni sujets de TËglisc, ni soumis à ses lois et à sa juridiction ; mais on ne débite point à Rome la doctrine que la propagation de l'hérésie soit un plus grand mal que celle du mahométisme , ni qu'on doive faire une
et le gouverne l Or, ce régulateur ne pouvant guerre plus acharnée aux hérétiques qu'aux
pas être un prince temporel , il convient que ! ce soit un chef spirituel qui réunisse les di- I vers Etats dont le tout se compose, en une même religion, en une même observance des lois qui se rapi^ortent à la vie éternelle , en une même charité, comme il se doit entre citoyens futurs de la céleste Jérusalem, et finalement en une même Eglise, qui signifie assemblée. Ainsi, supposez qu il y ait dissidence sur les articles de foi , et inimitié des uns pour le chef spirituel des autres, ce mot chrétienté n'est plus le nom d'un même corps composé de divers membres qu'unit entre eux un lien particulier, mais bien de plusieurs corpsjf^ non-seulement tout à fait sépares, mais ennemis entre eux.
k. Après avoir dévoilé l'erreur la plus en
Turcs. Les premiers ne peuvent fermer l'entrée des cieux à une partie de ceux qui naissent dans leur secte, je veux dire à ceux qui meurent avant l'usage de la raison, et avec l'innocence baptismale, tandis que les autres d^'mourent tous infailliblement exclus de l'Eglise triomphante, à l'accroissement de laquelle l'Eglise militante donne tous ses soins. Or, à l'appui de ce que nous disons, on peut remarquer que nulle entreprise contre les hérétiques n'a été soutenue par les papes avec autant de zèle, autant d'avantages, autant de dépenses, que les guerres contre les mahométans : il n'est pas de page des Annales ecclésiastiques qui n'en offre un témoignage. Quel autre but avaient tant d'ordres militaires institués et
vcloppée, je passd aux autres qui sont plus dirigés par l'autorité pontificale ; tant de
manifestes. Nul, à moins qu'il ne fût en dé- concessions de décimes et de croisades, qui
mence, n'a pu soutenir que l'empereur dût ont rapporté des millions aux rois catho-
s'attacher à poursuivre les hérétiques, même liques , si ce n'est de sauver la partie de la
au risque d'exposer par là toute la chrétienté chrétienté qui est libre aujourd'hui, et aira-
à devenir la proie des Turcs. Mais quiconque cher à la gueule de ce dragon les royaumes
a blâmé celle transaction, ne l'a pas supposée perdus ?
nécessaire pour résister aux Turcs, et en 7. Giémcnl lui-même n'avait-il pas des
auparavant accordé au roi Ferdinand, pour cette entreprise , des grâces si extraordinaires, que Soave les a regardées comme des présents intéressés pour se le rendre favorable dans le but de détourner le concile? Mais après le traité de l'empereur avec les protestants, et la déclaration que le concile aurait lieu , le pontife cessa-t-il peut-être de le secourir contre les Turcs ? Il envoya personnellement le cardinal Hippolyte, son neveu, avec un secours (1), non de quarante mille écus par mois, comme le raconte Guichardin ( Guichardin , livre X ) , mais de dix mille chevaux hongrois, qui devaient être payés par le légat à la fin de la guerre , sans parler de douze galères construites à ses dépens, et données à l'empereur pour la sûreté des rivières d'Italie ; il lui offrait en outre des secours plus considérables , dès que la nécessité le demanderait, ainsi qu'il s'en explique dans un bref plein d'expressions affectueuses qu'il remit entre les mains du légat. Il reçut à cette occasion les applaudissements et les bénédictions ( Lettre d'Aléandre à Sanga, du 17 juillet 1532) de toute l'Allemagne, qui, dans un grand besoin, n'obtint un pareil secours que du seul prince qui, peu auparavant, avait été pillé, appauvri, emprisonné par les soldats allemands de ce même empereur. Et en cela, Clément VII ne fut-il pas imité par ses successeurs? Paul III, le premier d'entre eux , n'envoya-t-il pas une armée complète et son neveu en personne au secours de Charles V , lorsqu'il voulut recommencer la guerre et par terre et par mer contre le tyran? Put-on accuser d'incurie ou d'avarice les pontifes Paul IV , lOrs de la défense de Malte, et Pie V, lorsqu'il organisa et soutint la ligue qui porta un si grand coup à la monarchie de Thrace ; Grégoire XIII, lorsqu'il entretint et fit prospérer cette même ligue par toute espèce de dépenses et d'efforts de son zèle ? Et dans ces derniers temps. Clément VllI n'envoya-t-il pas au secours de la Hongrie une autre armée conduite par son propre neveu, qui y mourut? Dans aucun temps les souverains pontifes n'ont refusé de stimuler le zèle des princes chrétiens, par des lettres, des légations, des offres d'argent , de monde et de services personnels, pour tourner les armes de tous contre l'ennemi commun. Ils n'ont jamais négligé, il est vrai, de porter secours aux princes catholiques dans les guerres contre les hérétiques, surtout là où le danger et le besoin paraissaient plus grands ; mais, ne pouvant disposer que de forces peu considérables, ils ont toujours réservé les plus grands efforts contre l'adversaire le plus impie et le plus redoutable. Du reste, on doit avouer que le Turc , à certains égards, devient moins dangereux au salut spirituel des chrétiens placés sous sa domination ; car il csl de fait qu'il accorde le libre exercice
Jl) Le 18 jiij!), comme on voit dnns le livre des art-h.ves (lu Vaiican iiuitulc : Acta conventus liulis' bonemis, anno 1552, ei nlia quœdam vim diqiia.
delà foi catholique, tandis que les hérétiques ne le permettent pas (1).
8. Soave poursuit ainsi : D'autres, sans faire attention aux Jures , disaient que les Etats ne devaient pas être gouvernés selon les intérêts des prêtres ; c'était à la vérité le devoir de tout prince de procurer V observation des commandements divins, et non pas plus de fun que de l'autre, mais il devait aussi parfois en tolérer la transgression, selon que l'exigeait la tranquillité publique; et il n'y avait pas plus d'obligation de punir les héré^ tiques que les fornicateurs. Or, quoiqu'il fût difficile de retrouver des exemples d'une semblable tolérance dans les huit derniers siècles, on n'avait qu'à chercher dans les temps plus anciens, et on verrait que cette conduite avait été celle de tous les princes , en quoi ils étaient dignes d'éloge, toutes les fois que la nécessité les y contraignait.
Ceux qui parlaient ainsi ne pouvaient qu'être de la secte des stoïciens , selon lesquels tous les péchés étaient égaux; or c'était là une opinion si étrange qu'elle suffit à Marcus Tullius {Voyez le discours pro Murena, et les commentaires) pour tourner eu ridicule Caton lui-même aux yeux du peuple romain. Et puis avec un pareil argument nous pourrons établir que les princes catholiques doivent, avec la même facilité qu'ils tolèrent les femmes publiques, permettre aussi à leurssujets d'apostasierau judaïsme, etde blasphémer contre Jésus-Christ comme contre un séducteur impie ; de passer au mahomçtisme, et d'élever des mosquées à ce faux prophète: de renouveler l'idolâtrie , et de rendre au culte de Minerve et d'Apollon les temples qui ont été dédiés à nos saints; enfin de prêcher l'athéisme et de tourner en ridicule toute divinité, comme une fiction poétique ; car au fond tous ces crimes ne sont que des transgressions des divins commandements, et c'est le devoir de tout prince de procurer l'observation des uns autant que des autres. On peut voir dans l'histoire de telle république qu'on voudra, soit ancienne soit moderne, si' les fornicateurs, les intempérants, et tous ceux qui étaient entachés de semblables vi-' ces, qui sont la suite de la fragilité humaine, ont été punis par les lois publiques , à l'égal des violateurs de la religion adoptée par un peuple, quelle que fût cette religion. On peut voir dans les Pères, on peut voir dans l'Ecriture, avec quelle différence est exprimée l'horreur pour l'hérésie et les autres péchés Que veut dire ce mot si ancien , ce mot terrible d'anathème^ appliqué spécialement aux hérétiques par l'Eglise, si ce n'est séparation ? Tous les autres péchés ne dépouillent l'arbre que de ses fruits ou de ses branches; mais les péchés qui détruisent la foi arrachent jusqu'à la racine de l'arbre ; car la foi est le fondement de tout mérite et de toute
(1) On voii qu'ici le cardinal Pallavicini a répondu par avaMce à un sophisme deleCourayer. Ce dernier, désespérar», de pouvoir délendre Soave convaincu d'cnonne mor:«iongeau sujoldela maxime en quoslion, se rcjcite à dire que si ceUe maxime ne s'enseigne pas à Rome, ceriainomcni elle s'y prall«ue
LIVKE TROISIEME.
disposition au salut. Le fidèle, s'il tombe dans d'autres péchés , sait bien qu'il tombe, et il a la volonté de se relever, dans un temps ou dans un autre ; or cette volonté est une semence qui fructifiera par les œuvres ; il fait l'aveu de sa chute ; et son exemple, condamné par lui-même, devient moins contagieux pour les autres. Mais celui qui ne croit point n'a pas l'intention de s'amender en avouant qu*il lui manque quelque chose; au contraire il se flatte d'élre plus éclairé que tout autre ; et avec l'autorité de sa propre intelligence il résiste à l'autorité de la parole divine et de son légitime interprète. A l'appui de ce que nous soutenons, nous lisons dans les Vies des Pères qu'un humble abbé accusé calomnieusement de plusieurs autres crimes infâmes, n'en nia aucun ; mais à la fin ayant été taxé d'hérésie, il repoussa cette accusation avec beaucoup de force. Mais, en outre, quand bien même il n'y aurait pas inégalité entre les fautes par rapport à la vie éternelle, qui pourra nier cette inégalité par rapport à la vie civile? Certes le mélange des fornicateurs et des personnes chastes, des intempérants et des personnes sobres, a-t-il jamais occasionné dans les Etats les mêmes troubles que la différence des religions?
9. Affirmer ensuite qu'une semblable tolérance a^ant les huit derniers siècles fut une pratique universelle et louable, c'est oublier tant de lois des empereurs romains contre les hérétiques, et d'autre part tant de persécutions exercées contre les catholiques par les empereurs païens ou ariens ; mais en limitant cette proposition par cette dernière réserve : quand la nécessité les y contraignit ^ e!le devient alors si vraie qu'il n'y a plus de raison de la restreindre aux temps qui ont précédé les huit derniers siècles. Ainsi , quand la nécessité y a contraint, on a rendu la ville sainte, Jérusalem et le sépulcre du Sauveur aux Sarrasins : il faudra donc conclure de là que cette action est de sa nature, et même hors les cas de nécessité exlrême, aussi licite et aussi prudente que de fermer les yeux sur les fornications et les transgressions du jeûne?
10. Soave continue ensuite à rapporter un autre de ces prétendus propos, mais il ne peut se retenir de l'approuver expressément, eltra- !hit ainsi une affection vraiment paternelle : \ll s'agissait /d, disait-on, de décider si chaque \pays de la chrétienté doit être gouverné sc- \lon que ses besoins et ses intérêts le demandent , ou si tous les autres pays doivent être asservis à une seule cité ; de sorte que^ pour soutenir jses intérêts à elle, les autres devraient se résigner à tous les sacrifices et même à leur propre ruine.
Le langage de tous les séducteurs n'est si pernicieux , que parce qu'il est fait pour 3laire, et revêtu des dehors de la charité; î'est ainsi que le plus détestable des ennemis îst le traître qui , pour donner la mort, fait )stentalion d'amitié.
Une pareille manière de raisonner serait ,out aussi concluante pour détourner les bjets de défendre leur prince au prix de leur
vie et de leurs biens ; ne pourraient-ils pas dire qu'ils ne veulent pas se ruiner tous pour soutenir les intérêts d'un seul? Il en serait encore de même entre plébéiens et patriciens, dans les républiques où la noblesse do-^ mine ; et ainsi tout pouvoir deviendra fragile comme le verre , et demeurera sans défense en butte à toutes les agressions injustes. Ce fut précisément une manière de voir toute semblable qui donna lieu à la fameuse sédition de Rome, lorsque le peuple se retira sur le mont Sacré, et refusa de porter les armes au profit du sénat; mais il revint de son erreur lorsqu'il entendit raconter par Menenius Agrippa , le célèbre apologue des membres qui se révoltèrent contre l'estomac, et qui, ayant refusé de travailler pour le nourrir, ne tardèrent pas à partager sa langueur. Or, si Menenius avait eu à défendre l'autorité du siège apostolique, il aurait pu employer des raisons et des similitudes encore plus persuasives. En effet, dans le corps humain, la main et le pied ne deviennent jamais l'estomac, non plus que le plébéien ne devient pas d'ordinaire patricien dans les républiques aristocratiques , non plus que le sujet ne devient pas roi dans la monarchie héréditaire; et partant il demeure toujours vrai que l'utilité principale des travaux communs revient à un autre, quoique chacun puisse en recueillir ensuite quelques avantages pour sa part ; tout comme aussi c'est l'estomac, avant tout, qui est restauré par la nourriture, quoique ce soit par lui que les autres membres sont sustentés à leur tour.
11. Mais nous avons ici un corps dans lequel tous les autres membres peuvent se convertir en estomac, comme le chyle est converti en sang, et celui-ci en chair ; je veux dire que nous avons une république dans laquelle tout plébéien peut devenir sénateur, tout sujet prince. Rome , en tant qu'elle est le centre de la religion , n'est pas une cité particulière, comme il a été démontré ailleurs. Ainsi voilà tombée par terre et mise en pièces cette machine de guerre si formidable que nous opposait Soave : Il s*agissait de décider si tous les pays chrétiens seraient asservis à une seule cité , et si, pour soutenir ses intérêts , les autres devaient se résigner à tous les sacrifices et même à leur propre ruine. C'était bien une cité particulière, cette Rome qui ne changea point de place pendant les soixantedix ans que les souverains pontifes demeurèrent à Avignon ; mais cette Rome ne reçut aucune subvention du reste de la chrétienté. Au lieu que la Rome qui doit son existence au maintien de la religion orthodoxe et do l'autorité pontificale , est une cour composée de tous les pays catholiques ; et dans cette cour chacun peut, par la science et le mérite, parvenir aux plus hautes dignités , et obtenir ou la souveraineté ou une part dans le gouvernement et le patrimoine ecclésicistique; et cette cour est l'âme qui unit tant de royaumes divers , c'est elle qui constitue les pays de son obédience en un corps politique le plus formidable, le plus vertueux, le plus éclairé, le plus heureux qui soit sur la terre,
HïSTOiRE DU CaNClLEOE TRENTE.
grandes machines , était relariàée dans sa, marche par sa propre grandeur, et n'arriva
Maintenant chsain peut voir sites membres
d'un pareil corps ont intérêt à supporter , , . . „
quelque malaise , pour ne pas se séparer de qu après bien du temps en Hongrie; ce pnnce cette âme, et pour ne pas demeurer réduits d'ailleurs ne jugea pas prudent de comproan^seules formes partielles, comme les nomme mettre sa puissance dans une épreuve décil'école, lesquelles sont propres à chaque si ve, et de hasarder contre Charles V la gloiçô membre , alors même qu'il est privé de vie. qu'il avait acquise; mais, après avoir dévasté Il n'y a donc point là de soumission servile un pays immense, plutôt en chef de brigands et contre nature à un pouvoir despotique; qu'en grand capitaine, il reconduisit ses mais il y a communauté d'existence parfai- troupes à Constantinople : cette circonspectement po/ift^ue, communauté si naturelle, tion fut imitée par l'empereur d'Occident,
qui ne troubla nullement la retraite d'un adversaire non indigne de lui. Charles regarda comme une assez grande victoire d'avoir effrayé l'agresseur par sa seule appari-^ tion, et d'avoir vaincu sans tirer le glaive hors du fourreau; pressé d'ailleurs de retourner dans ses Etats héréditaires d'Espagne quelle dérive tout avantage privé, ne peut s\ip- et de se donner des héritiers, il négligea d'as-
qu'Aristote n'a pu qu'en parler en ces termes (Politique , liv. I, chap. 2) : De même que la main qui serait inutile au corps entier, dont le bien-être assure celui de chacun des membres, n^ serait qu'improprement appelée main, ainsi l'homme qui aurait pour fin son utilité privée, et non F utilité commune, de la-
peler homme qu'improprement
12. Et certes, comme il peut arriver que , soit à défaut des secours de l'art , soit à raison de la faiblesse du tempérament , on se trouve réduit à laisser gangrener un bras , afin de ne pas faire dépérir le reste du corps, ou no pas s'exposer à mourir dans les convulsions par la violence des remèdes ; ainsi
surer à son frère, avec les forces imposantes qu'il commandait, la pleine possession de la Hongrie contre Jean Scepusio Zapolski. Ce dernier était reconnu des Autrichiens comme, vayvode, c'est-à-dire comme exerçant au-f dessous de la royauté la magistrature suprême dans son pays (1), et cette dignité il la tenait du roi ; jusqu'à ce que, par une élection
un prince peut &e trouver dans un tel embar- qui eut lieu en 1529, et malgré rinsufûsance r<is, qu'il soit Contraint de tolérer dans une du nombre de voix , il s'arrogea les droits parli^de ses Etats la séparation d'avec Rome, de la royauté et en usurpa le titre et la pos
pour sauver l'autre partie beaucoup plus considérabie. Mais, comme quand il s'agit de la vie du eorps on n'en vient pas à celle extrémité sa«s une nécessité évidente, ou ne le doit pas non plus quand il s'agit du corps social. Ensuite, que Charles V fût alors dans ee caii de nécessité évidente, il y aurait témérité à le prononcer avec assurance ; de même que si, à l'aide du télescope, on apercevait en pleine mer un vaisseau réduit à jeter sa cargaison, il y aurait témérité à vouloir porter une décision infaillible sur la question de savoir si un danger suffisant autorisait la conduite du pilote.
13. Soave est dans une grande erreur quand il dit : La suite a enseigné et enseignera taujours que le parti pris par l'empereur fui conforme à toutes les lois divines et humaines. Car la suite ne pouvait faire connaître si l'empereur subissait la contrainte d'une nécessité invincible; mais la suite put bien faire voir qu'accorder la liberté de conscience^ c'est introduire dans ses Etats une hydre qui verse par deux bouches un poison également funeste et aux âmes et au pouvoir; c'est mettre à la place de la religion la confusion, la brutalité, l'athéisme; à la place de l'obéissance, la révolte; et à la place du gou-
session : il devint ainsi le compétiteur de Ferdinand à cette couronne, et c'est princi-t paiement pour le soutenir que Soliman avail pris les armes. L'empereur, il est vrai, cui soin de laisser un corps complet de troupes italiennes pour appuyer les droits de Ferdi-f nand; mais ces troupes, voyant qu'on leuir imposait un général étranger, se soulevèrent et partirent; et Charles lui-même, ayant voulu s'interposer pour les calmer, eut le déboire de voir sa dignité méprisée et dcs- .suyer un refus. Ils repassèrent donc en Italie de leur propre aiit-orité, précipitant leur marche, et marquant leur passage par les incendies et l^s dévastations. Pour colorer de quelque apparence d'honneur une si hoii>* teusc licence, ils dirent qu'ils faisaient tout cela par représaillo des excès semblable» auxquels les Allemands s'étaient livrés dans leur pays.
2. Il arriva de là (Guichardin, l. XX) que l'empereur passant à son retour par l'Italie, le cœur encore plein d'amertume et d'indi' gnation, fit pour un sujet assez léger un sanglant affront au légat, neveu du pontife, agissant ainsi comme tous ceux qui sont emportés, et qui dans leur emportement déchargent leur bile contre le premier venu
yernement d'un seul ou de plusieurs, l'anar- L'empereur avait réglé l'ordre des logements
chie : c'est ce dont les successeurs de Charles V ont eu de funestes preuves, et la source du mal n'était que dans cette concession.
CHAPITIIE XL
Retraite de Soliman. — Retour de Vernpereur en Italie, — Brôuilleries entre lui et le souverain pontife. — Tentative des rois d& ^ France et d'Angleterre. f,
.L*^armée de Soliman, comme toutes le&fc
qui devait être observé par toutes les personnes de sa suite : le légat, avec l'impatience d'un jeune homme , prit l'avance ; or il avait avec lui Pierre Marie Kossi, regardé comme le principal auteur de la sédition militaire dont nous venons de parler. En conséquence
(1 ) Le livre inlilulé: De repitblica el stafu reqni linii' ffuriœ, p. 136, H\,\^?i, ainsi (|ne Brodericus cl Saiih l)uc dans la suite de Bonfniius, p. 457:
^* LîVHKT
l^mpereiir fit arrêter non-seulement Rossi, mais encore !e cardinal ; puis, reconnaissant qu'il était allé trop loin, il fît mettre en liberté le second ; et en réparation de l'insulte, il fit bientôt après relâcher aussi le pi-eniier. II ne manqua pas de répandre sur la plaie le baume des excuses les plus polies, sDit auprès du cardinal, soit auprès du pape: auprès de celui-ci il colora l'inconvenance de son procédé, en feignant d'avoir soupçonné le cardinal d'être mécontent de ce qu'on lui avait préféré son cousin dans le gouvernement de Florence, et d'avoir eu le dessein de pousser en avant avec ces troupes popr l'en expulser {Pierre Soriano , dans la relation de son ambassade présentée au sénat ck Venise). Le pontife, qui maîlrisait mervcilieusement toutes les passions, si ce n'est la crainte, fit céder aux vues de bien public les saillies d'un juste ressentiment, et n'eut gcirde de rompre avec l'empereur; mais en son cœur il fut si profondément blessé de cet affront trop public que la douleur lui arracha des larmes.
3. Plus le pape tenait à l'alliance de Charles y {Guichardin, à rendroit cité), plus les deux rois adversaires de celui-ci s'efforçaient de l'en détacher par des procédés pleins de rigueur, depuis qu'ils n'avaient pu y réussir par les séductions. L'un, avide de puissance et (le gloire, aspirait à recouvrer le Milanais ; l'autre, tyrannisé par la concupiscence, brûlait du désir de célébrer son mariage avec son amante. Ces deux ambitions, toutes deuxxlirectement contraires aux intérêts et à l'honneur de l'empereur, toutes deux ayant un égal besoin de l'assentiment tîttpape, trouvaient un obstacle dans l'union dô ces deux derniers. Aussi, tandis que l'empereur était retenu par la guerre avec Solifman, guerre que ces princes avaient auguré devoir être longue et hasardeuse, ils décidèrent, dans une conférence à Calais, que le roi de France enverrait au pape les cardinaux h ïarbes et de ïournon, chargés de lui ^)orter des paroles excessivement dures. Pour 'aire concorder en même temps leurs actes ïvec leurs discours, ils dLevaient ensuite l'ou- I rager dé fait, en lui refusant l'obéissance lans leurs Etats s'il ne consentait et à la conliuêle de Milan par François, et au mariage ji'Anne avec Henri. Mais la facilité inespérée jivec laquelle l'empereur fut délivré d'un l'gresseur aussi redoutable, engagea le roi de i^'rance à préférer le parti de la modération, i>our ne pas irriter le pape au point d'en aire non-seulement un ami de l'empereur, nais encore son propre ennemi : en conséjuence, le mandat confié aux deux cardinaux »nl un tout autre caractère de douceur. Jéanmoins pour conserver la confiance de 'Anglais, auquel l'aveuglement de la passion e permettait pas de discerner aussi clairement les considérations de la prudence, il oulut faire quelques démonstrations de resentimenl contre le souverain pontife : ainsi, e sa propre autorité, il imposa une taxe sur ? clergé; mais en même temps il eut recours d'autres moyens de succès efficaces, mais
KOlSlEME.
non violents ; il n'oublia rien pour persuader au pape c/ue les protestants d'Allemagne n auraient d'autres volontés que les siennes, parce qu'il était leur seul appui contre Vempercur, et que le roi d'Angleterre lui-même, en ce qui concernait son mariaqe, n'oserait offenser à la fois l'empereur et k pape qu'autant qu'il se verrait couvert par les armes de la France 11 concluait qu'^7 n\j avait pas d'autre moyen cle maintenir la dignité du siège apostolique et
I union de toute la chrétienté, que de s'allier avec lui ; la chose, d'ailleurs , n'était-elle pas possible sans qu'il fallût rompre avec Vempereur ? ht si le roi de France avait vu, sans v mettre opposition, le pape se lier de parenté avec l empereur seul, celui-ci pouvait-il voir avec peine que désormais le pape fût également allie aux deux monarques? Ce qui a^-it plus
puissamment sur l'esprit du pontife en^'faveur de ces propositions, ce fut \a crainte que Charles n'eût moins d'égards pour lui quand
II le verrait réduit à ses propres forces ; disposition dont l'empereur avait déjà donné diverses preuves : la première preuve était le manifeste publié contre le pape en faveur du duc Alphonse, au sujet de Modène, Reggio et Ferrare. En ce qui concernait les deux premières villes, l'empereur avait voulu que la question fût seulement traitée en point de droit, comme parlent les jurisconsultes ; mais au sujet de la troisième de ces villes, comme il aurait fallu, en procédant ainsi, condamner le duc pour crime de rébellion, Charles avait pris le rôle de conciliateur. La seconde preuve de ce manque d'égards était d'ajourner, sans apparence de raison, le mariage de sa fille, quoique nubile, avec Alexandre. Enfin, la dernière preuve était la prépondérance marquée qu'obtenait auprès de lui la violencedes luthériens sur le bon droit du souverain pontife dans les délibérations touchant la religion et le concile; ce qui provenait du désir de contenter non le plus raisonnable ni le plus méritant, mais le plus redoutable.