‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 324 sur 368 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Nouvelle entrevue du pape et de l'empereur à Bologne, et nouvelles démarches auprès des princes chrétiens pour la célébration du concile. *

1. L'empereur, revenant d'Allemagne et sur le point de faire voile pour l'Espagne, désira s'aboucher encore une fois avec le pape, dans un double but : le premier, de consolider son alliance avec lui, ce qui lui paraissait nécessaire pour assurer ses possessions en Italie ; le second, d'arrêter quelque détermination touchant l'affaire du conseil , sans quoi il ne croyait avoir aucune

rendît un voyage pénible, aima mieux se transporter à Bologne, que de laisser à Tempereur un prétexte de pénétrer en Italie, et de pousser jusqu'à Naples, comme il en avait le dessein. On dit que cette fois ils ne furent pas si pleinement satisfaits l'un de

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l'autre qu'ils Tavaient élé dans i'entrevue ambassadeur vénitien ; ce dernier fait voir précédente ; en effet le souverain pontife qu'il eut une connaissance parfaite et induaurait voulu garder la neutralité, rôle plus bitable de toutes ces négociations entre Cléconforme à son litre de père commun et plus ment et les Français, Pour ce qui est du favorable au maintien de la paix; aussi ne concile, il est surprenant que Guichardin se laissa-t-il engager qu'à regret dans une raconte qu'il fut refusé par le pontife, parce lio^ue nouvelle coocernantles affaires d'Italie; les deux rois n'y prêtaient pas leur concours,

d'autant plus que les Vénitiens refusèrent et que cependant il ne dise rien de ce qui d'y accéder , et que pour y amener le duc de fut arrêté et conclu sur cette affaire. Par là

l'empereur aurait voulu que la petite nièce de Clément fût mariée à François Sforce ,

en ce qu'il suppose que Ferdinand fut élu roi des Romains dans la diète d'Augsbourg ; pour l'obliger par des liens d'intérêts si et on peut s'en apercevoir également à la ' ' " • "' ' '-- manière confuse dont il rapporte les négo-

ciations relatives au divorce d'Angleterre; car il passe sous silence l'événement le plus essentiel, je veux dire la sentence finale prononcée par Clément en faveur de la validité du mariage avec Catherine. J'ai cru devoir relever ici ce défaut d'informations exactes

étroits à défendre Milan ; mais le pape s y refusa, pour ne pas offenser le roi de France, en donnant à son ennemi \à main d'une princesse qu'il avait élé question d'accorder à l'un de ses fils avec l'approbation de l'empereur lui-même. Or le roi de France regardait Sforce comme son ennemi ( Belcari ,

l. XX, § 50), parce que cédant aux instances dans cet historien, afin que l'autorité d'écride l'empereur il avait fait mourir Mervellio, vain d'ailleurs illustre et estimé (1) n'impose son sujet à la vérité,^mais qui, en vertu de pas à ses lecteurs, surtout dans ces sortes lettres royales, jouissait des prérogatives de matières, qu'il n'a esquissées que très-néd'ambassadeur. Charles, s'apercevant que gligemment, à peu près comme les peintres les tai

voulût bien presser ce pri l'exécution : il espérait que cette épreuve lier sur l'affaire du concile œcuménique; le découvrirait à Clément la fausseté de la pape et l'empereur s'y trouvèrent , et avec monnaie avec laquelle le roi voulait acheter eux, d'un côlé, au nom du pape, les carson alliance; et que par suite sa prédilec- dinaux Farnèse, Campège, Césis et l'archetion pour les Français se changerait en res- vêque Aléandre; d'autre part, au nom de sentiment; mais le contraire arriva : le roi, l'empereur, Gabriel-Etienne Merino, espareconnaissant quelles étaient les vues de gnol, archevêque de Bari, et patriarche des son adversaire , voulut les déjouer, et se Indes, qui peu de temps après reçut, en conbâta de conclure une affaire pour laquelle sidération dece prince, le chapeau de cardiil aurait montré plus d'indifférence ou plus nal ; le grand chancelier Granvelle^ le comde lenteur^ et envoya aux deux cardinaux mandant Covos , alors premier favori de nommés ci-dessus, qui se trouvaient auprès Charles, elle docteur Majo, son ambassadeur du pape à Bologne, les pouvoirs suffisanls auprès du pontife,et vice-chancelier d'Aragon, pour traiter. Aussi rempcreur,voyant échap- 3. Deux points principaux furent déterper tout prétexte et tout espoir de mettre minés dans cette conférence : l'un, que les obstacle à cette alliance, sentit d'autant conditions proposées par le pape touchant le s'accroître son chagrin et sa jalousie. Ce qui concile paraissant équitables. Clément enl'augmenta encore, c'est queleroi Françoisl" verrait un nonce aux princes d'Allemagne, invita le pape à venir à Nice en Provence, et Charles un ambassadeur, lequel, de convu que lui, à défaut de passage libre, ne pou- cert avec le nonce, activerait les négociationi vait pénétrer plus avant en Italie. De son touchant le concile, et disposerait les prinl côté le pontife ne crut pas pouvoir se refuser ces à l'accepter. Il était visible qu'il y avait' à cette invitation, attendu qu'il s'était dé- une chose sur laquelle le pape ei l'empereur placé deux fois pour aller trouver son rival, ne s'entendaient nullement : l'empereur re- L'empereur avait quelques soupçons que connaissait tout ce qu'il y avait de raison-' toute cette affaire n'aboutît à une Tiguepour nable dans les conditions proposées par le'

prince pour terminer les différends avec son fils aîné , au sujet du duché de Bretagne {Guichardin, déjà cité). Mais à cet égard le pape s'efforça de rassurer l'empereur par un engagement réciproque entre eux â ne former de confédération avec aucun autre prince , et le pape fut fidèle à sa promesse y quoiqu'en dise Soave. Nous avons là-dessus le témoignage non-seulen^ent de Guichardin, mais encore de Pierre Soriani,

pape ne se fût pas refusé même à des exigences exorbitantes si les autres ne voulaient pas se contenter de ce qui était raisonnable. Au contraire le pape, dont la sollicitude veillait à la conservation de l'Eglise

(i) Les négocinlions sur le concile entre Clément Yil et Charles Y sont rapportées irés-exacieyient dans un livre des archives du Vatican, intitulé : Jstruzioniad concilium fnrfew/inMm, et dans un auH* de ceux qui sont intitulés : Varia, etc.

universelle , voulait bien réunir tous ses eiyorts à la médiation du roi François I" , afin que les protestants se contentassent d'un concile célébré dans la forme convenable ; mais au cas où ils refuseraient, il ne voulait pas que l'appétit désordonné de quelques membres devînt la règle du corps entier; et il n'irait pas, en convoquant le concile d'une manière insolite et illégitime , préjudicier à la primauté apostolique dont il était non le maître, mais le gardien , et par là bouleverser l'Eglise entière; ne seraitce pas imiter celui qui, pour satisfaire la soif importune du gosier brûlé par la fièvre, lui accorde un breuvage qui éteint la chaleur de l'estomac et donne la mort ?

4, L'autre point arrêté dans cette conférence, fut que le pape, selon le conseil d'Aléandre , écrirait , sans plus attendre , à tous les princes, touchant la célébration du concile, afin qu'on ne regardât point comme une feinte, ou comme un dessein abandonné, ce qu'il en avait publié dans le bref général expédié deux ans auparavant. L'archevêque de Bari ne fut pas du même avis là-dessus : il lui semblait qu'on ne devait pas contracter un second engagement avant d'en venir au fait de la convocation ; mais tous les autres, et particulièrement l'empereur, approuvèrent cette seconde détermination.

5. En conséquence, le pape écrivit un autre bref, sous la date du dix janvier, au roi des Romains, et aux autres princes catholiques de l'empire. Dans cette pièce il rappelait le bref précédent, et exposait la nécessité où il avait été d'ajourner ses résolulions à cause de la guerre contre les Turcs ; il disait ; qu'après l'heureuse issue de cette guerre, due à la valeur des deux princes, dès qu'il avait appri^i le retour de l'empereur en Italie, il n'avait plus consulté la faiblesse de sa santé et de son âge, ni la rigueur de la saison, et n'avait pas reculé devant la fatigue ni le danger de se transporter de nouveau à Bologne, pour conférer avec Sa Majesté sur la manière de rétablir l'union entre les chrétiens ; et que l'empereur, en vue du bien général, avait montré un désir si ardent de voir convoquer le concile, que le pape, lors même qu'il n'aurait pas penché pour celte mesure, s'y serait porté avec zèle, pour satisfaire la piété de ce prince. En conséquence, il avait l'intention de le convoquer auplustôt; mais puisqu'il devait être universel , et qu'il convenait , comme l'empereur l'avait lui-même reconnu, que tous les princes chrétiens fussent appelés à y concourir, afin de ne pas s'exposer à ne guérir un membre que par l'amputation d'un autre membre, il ne cesserait , et par ses lettres , et par ses nonces, d'exhorter les autres princes à y consentir. Les agents de l'empereur désirèrent que toute cette dernière période contenue dans le bref adressé au roi des Romains, fût retranchée du bref adressé aux ordres de l'Empire, ainsi que quelques autres paroles qui pouvaient faire ombrage; dans tout le reste la teneur de tous les brefs fut absolument la mêmç.

6. De son côté, l'empereur écrivit aussi aux ordres de l'Empire, à la même date et à peu près dans le même sens ; il y joignit un ample éloge du zèle et de la bonne volonté qu'il avait trouvés dans le pape: Il a montré, disait-il, ce que peut un cœur vraiment paternel et animé d'une noble ardeur. Il a mis tant de zèle à poursuivre raffaire du concile, qui est celle du bien public, quil est impossible de rien exiger de plus, en ce qui tient à ses devoirs et à ses attributions. H témoignait ensuite en particulier que le pape avait bien volontiers consenti à convoquer le concile , mais qu'en même temps, avec beaucoup de raison et de prudence, il désirait obtenir l'assentiment de tous les autres princes, afin d'éviter tout risque de schisme et de désordres quelconques ; qu'il avait fait, dans cette intention, toutes les démarches convenables , par ses lettres et par ses nonces, et qu'on attendait une réponse favorable avant que l'empereur sortît d'Italie. Ce témoignage de l'empereur, si favorable au pape, Soave n'a pas jugé à propos de se le rappeler ; sa mémoire a des propriétés opposées à celles de la licorne, c'est-à-dire qu'elle rejette tout ce qui est contrepoison.

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