‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 344 sur 368 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Entretiens de Vempereur avec le légat, touchant le concile. — Nouveaux écrits qui lui sont présentés par les catholiques, parles hérétiques et par le légat» — Décret impérial et fin de la diète,

1. Ensuite, l'empereur s'étant déterminé à partir, et ayant besoin de secours, se prit à imaginer un autre moyen d'assurer la tranquillité de l'Allemagne. Dans cette vue, on renouvela les anciennes propositions qui leur étaient si agréables, de convoquer un concile œcuménique dans ces contrées , ou , si cela ne se pouvait, un concile national. En outre, pour montrer qu'il n'avait pas agi sans quelque résultat , et que l'accord , s'il n'était pas conclu , était néanmoins en bon chemin, il proposa d'ordonner, par un édit impérial , qu'en attendant on recevrait en Allemagne les doctrines sur lesquelles les deux parties avaient pu s'accorder. Rien de tout cela n'avait échappé à la sagacité de Contarini, et il en avait averti à temps le souverain pontife. Celui-ci prévint ces mesures provisoires , qui ne pouvaient que préjudicier à l'autorité et aux intérêts de l'Eglise, en décrétant à Tavance dans le consistoire [Actes consistoriaux) qu'il levait la suspension prononcée en considération de Charles et de Ferdinand , et sans autre délai il déclara qu'il convoquait le concile général. Puis il en donna avis par estafette au légat. Celuici notifia à l'empereur la décision que le pape 'avait été obligé de prendre, dès lors que Sa Majesté ne trouvait pas d'autre moyen de pourvoir aux besoins actuels. Charles fut mécontent de se voir ainsi prévenu et tenu en arrêt ; il répondit qu'il vaudrait mieux que le pape attendît les demandes de la diète touchant le concile, parce que s'il le publiait de son propre mouvement, il y avait à craindre que les Allemands le demandassent dans leur pays, ou même voulussent un concile national. Le légat dit, au contraire, qu'il était plus avantageux que tous comprissent quelles étaient les bonnes dispositions du pape pour le concile, en le voyant agir à cet égard spontanément , et sans être sollicité ; que cette manière de pro-

ATRILME.

céder engagerait plus puissamment les autres nations à y concourir, dès qu'elles n'y verraient point le vœu d'une nation particulière , mais une mesure émanée du pasteur universel. Le concile national pouvait-il s'assembler pour décider des articles qui devaient être communs à toute l'Eglise? Et pour ce qui était de convoquer le concile œcuménique en Allemagne, il suffisait, contre ce parti, d'alléguer les raisons pesées et présentées autrefois par la haute prudence de Sa Majesté. A cela l'empereur répondit qu'il persistait dans le même sentiment , qu'il se chargeait de dissuader les princes au cas qu'ils vinssent à parler là-dessus, et qu'il lui semblait opportun d'attendre la fin de la diète. Le cardinal s'apercevant que l'empereur cherchait à temporiser pour demeurer , en attendant , libre de tout lien , le pressa, en disant qu'il avait commission de renvoyer dans deux jours le courrier avec la réponse (Lettre du cardinal Contarini à Farnèse, du '2.1 juin 154-1). Alors l'empereur prit temps pour en délibérer avec son frère , ensuite il envoya celui-ci pour conférer avec le légat, et finalement Granvclle avec un écrit. Dans cette pièce, premièrement la célébration du concile était entièrement laissée à la décision du pape , sans spécifier ni temps, ni lieu, et l'empereur promettait tous ses soins pour que l'affaire eût une heureuse issue; secondement, on proposait de chercher d'autres moyens en attendant, pour procurer la paix de la religion.

2. Quant à ceci, il fut convenu, en premier lieu , que si la concorde n'était pas rétablie sur le tout, aucun des points ne serait censé réglé entre les parties contendantes. Le cardinal avait déjà fait là-dessus ses protestations auprès de l'empereur [Lettre du cardinal Contarini à F arnèse, desik-et 19 juin 1541) ; et, en effet, les luthériens n'étant pas sincères dans leurs dispositions envers l'Eglise , ils auraient corrompu par de sinistres interprétations les doctrines établies, et imaginé ensuite de nouvelles arguties pour attaquerles croyances catholiques; etd'autre part, un pareil arrangement n'aurait apporté à l'Eglise aucun avantage, soit à cause de la liberté que prenaient les hérétiques de changer leurs opinions soit plutôt encore parce que la foi chrétienne étant une chose indivisible, dès qu'ils restaient mécréants, peu importait que ce fût sur un grand ou sur un petit nombre d'articles. Granvelle demanda ensuite à Contarini une bonne réforme des évêques d'Allemagne ; et en cela, il se montra disposée coopérer selon la mesure de ses forces. Enfin il fut question de la manière dont les représentants du pape traiteraient avec les luthériens : il fut convenu que ce serait de telle sorte qu'ils ne devinssent pas pires encore, et que l'on userait envers eux de tous les procédés affectueux qui ne préjudicieraient pas à la candeur de la religion et à l'honneur de son chef.

(1) Tous les écrits dont nous parlons ici, sont împiiiîiés chez le protestant Goldsladl, déjà cité

3. Peu de jours après l'empereur (1) fit présenter à la diète une pièce écrite qui les instruisait pleinement de ce qui s'était passé dans les conférences, et il leur demanda leur avis. Leur réponse fut qu'il fallait communiquer le livre au légat , lequel examinerait s'il contenait des erreurs , cl si l'on pouvait du moins admettre les articles sur lesquels les théologiens , sans aucun engagement et suivant leurs lumières privées, étaient tombés d'accord, afin que l'on pût tenter également de s'entendre sur les autres ; et dans le cas où les protestants s'opiniâtreraient, renvoyer la controverse au concile universel, ou, si l'on perdait tout espoir de l'assembler, au concile national. Eu exécution de cet avis, l'empereur envoya officiellement au légat le livre, avec les annotations qui y avaient été faites dans la conférence, et avec la relation détaillée et successive de tout ce qui s'était passé. Le cardinal répondit par un au;re écrit que, puisque les protestants s'écartaient du sentiment commun de l'Eglise en certains points, sur lesquels il espérait qu'ils reviendraient à la saine croyance , il pensait qu'il n'y avait rien à statuer sur le reste , mais qu'il réservait la cause entière au jugement du souverain pontife; et que celui-ci, ou par un concile œcuménique qui ne tarderait pas à être célébré , ou par tout autre moyen convenable , terminerait l'affaire en sauvant tout à la fois la vérité catholique , ainsi que les intérêts de la chrétienté et ceux de l'illustre nation allemande, mais avec tous les ménagements que demandaient les circonstances.

k. Soave prétend que cette réponse peut être comparée pour son obscurité avec les anciens oracles. Et pourtant chacun voit combien elle était claire. Que si l'empereur chercha à l'interpréter selon son bon plaisir, comme il sera dit plus bas , c'est que le langage humain n'a point de paroles si peu équivoques qui ne puissent présenter un autre sens à l'intelligence de ceux qui ne veulent pas les prendre au sens propre (1). Le légat fit ensuite venir les évoques, et leur prescrivit différentes réformes, telles que l'empereur et les protestants eux-mêmes les avaient demandées ; et il rendit compte de tout à ce prince par un écrit séparé (2).

(1) Le cardinal Quirini (p. e. III, p. 8) ne voudrait pas que noire cardinal eûtaUribuéà l'empereur celle inlerprélalion, qui ne dut le jour qu'à la jaclancede Bucer et des autres proieslauls. Pour moi , je ne nierai pas que l'empereur n'ait été trompé en cela par les fausses rumeurs que semèrent les proieslanls. Mais (iuirini lui-même n'avait il pas un peu pins haut (p. 8) fait Y 3i\ eu suiv.\ni -.Verumquideni est Caroliim imperalorem posl paucos dies e coinhiis discessurum, principes et, ordines uUaqnentem, ea verba usurvasse q^œ innuunt , legati scripta salis testari arli" culos, de quibus inter coUocutores ulriusque partis convenisset recipiendos esse tanquam cliristianos ^ iiec amplius in disceptalionem revocandos , idqne saltem usque ad concilium générale. Or, c'est là piécisémenl l'intreprélaiion que Pallavicini attribue à l'empereur : qu'a -t- il donc avancé de répréliensible?

("2) .Le même cardinal Quirini, dans la disserlalion

5. L'empereur, en faisant connaître aux électeurs le sentiment et l'écrit du cardinal, déclara que c'était son avis, et qu'il voyait bien aussi que c'était celui du cardinal, que les articles sus-mentionnés fussent acceptés jusqu'à la convocation du concile universel, que le légat avait promis devoir s'assembler sans retard ; et dans le cas où, malgré l'extrême nécessité d'une assemblée de ce genre, on devait entièrement en abandonner l'espoir, ou que même les choses traîneraient trop en longueur, on observerait les disposir lions présentes jusqu'à une prochaine dièt^ générale, dans laquelle on y aviserait pat d'autres moyens. Le légat s'étonna que soi» sentiment touchant l'acceptation des article^ ci-dessus mentionnés fût présenté dans une telle opposition avec ce qu'il avait dit et répété de vive voix à l'empereur et à Granvelle, comme aussi avec le sens si clair de l'écrit qu'il avait remis à ce sujet. Il publia donc aussitôt un autre écrit, dans lequel, sans faire mention de l'empereur, il dit qu'il apprenait qu'on représentait aux électeurs comme conforme à sa volonté l'acceptation de ces articles jusqu'au concile; et en conséquence il déclarait qu'il avait pensé et exprimé de vive voix le contraire en présence» de l'empereur, et que c'était en effet son intention de ne consentir ni à les accepter, ni à les tolérer, mais de renvoyer toutes choses à la décision du souverain pontife.

6. La réponse générale des électeurs fu* donnée dans le sens qui suit : ils jugeaient qu'on devait admettre les doctrines sur lesquelles on s'accordait, jusqu'au concile universel, pour lequel Sa Majesté daignerait ob tenir du souverain pontife le choix d'un lieu commode à la nation allemande; ou, du moins, à défaut du concile universel, jusqu'à un concile national qui serait légitimement convoqué. Ainsi, ils n'exigèrent point que le concile national fût convoqué, même contre le gré du souverain pontife; et, en effet, comme dans cette assemblée ils le reconnaissaient pour chef de l'Eglise, en se servant de ces expressions : convoquer le concile national légitimement, ils ne pouvaient pas entendre un concile auquel le pape s'opposerait.

7. Les princes et les villes catholiques donnèrent en leur nom un écrit séparé, dans lequel exprimant à l'empereur leur constance dans l'ancienne religion, et demandant la confirmation des édits promulgués en sa faveur, ils approuvaient les démarches à faire pour obtenir du pape le concile universel, et, à défaut de celui-ci, un concile national; mais non l'acceptation des articles mentionnés. Ils donnaient pour raison de ce dernier sentiment, que ces articles avaient pour objet des points superflus et exprimés en des formes ambiguës et différentes du langage or-

placée en léle de la troisième partie des Lellies de Polus , rapporte {p. e. 111, p. IX et suiv.) la réforme proposée p.ir Coniarini. Bucer et pent-éire aussi Mélanchlon la calonmièrcnl, mais Eekius la délcndil courageusement, comme on peut voir d'aptes le nicmc cardinal Quirmi.

965 LIVRE QUATRIEME. i)66

dinaire de l'Eglise; qii on y avait fait au gré coupable de la contredire. Ces assemblées, des hérétiques des concessions excessives; du reste, peuvent errer, et elles ont erré plus et que, par conséquent, ils avaient besoin d'une fois; par conséquent elles ne peuvent

dès lors que ies dogmes les plus célèbres et un concile national en Allemagne, les autres

les plus graves demeureraient controversés, nations et les Allemands eux-mêmes demeu-

Mais il n'y eut que les princes, les barons raient en droit d'un rejeler les décisions sans

et les évéques qui s'accordèrent à rejeter cesser de professer la foi catholique; et par

ces arlicles , tandis que les députés des villes suite on multipliait les sources des divisions,

catholiques aimèrent mieux, pour la plu- comme le présageait fort bien le légat. L'uti-

parî, qu'ils fussent acceptés, parce que ces lité de ces conciles particuliers dans les ma-

vilks aspiraient à faire l'essai des moindres tières de religion consiste dans un de ces deux

appaj-ences de concorde. avantages : le premier, c'est qu'on y examine

8. Le légat ayant remarqué la propension ce que dit ou enseigne de fait celui qui est

d( s électeurs pour un concile national, au accusé d'erreur, dans le but de l'absoudre ou

sujet duquel il n'avait pas eu occasion pré- de le punir. Or c'était là une chose inutile en

en celui du pape, qu'ils retranchassent cette avec les propres paroles de Luther (1 ) ; à quoi

clause de leur demande, parce que les cou- il faut joindre encore l'exacte confrontation

troverses de foi ne pouvaient être terminées qui en fut faite en présence de Luther, dans

par une seule nation; ainsi un pareil concile la diète de Worms, comme nous l'avons ra-

au lieu de mettre fin aux controverses ne fe- conté en son lieu. Le second avantage est

rait que les multiplier. peut-être la facilité qu'ont les évéques de con-

9. Les Allemands, qui dans toutes les diè- férer entre eux, comme juges, non pas infailtes avaient proposé le concile national, ré- libles, mais légitimes, sur une opinion propondirenl qu'il était au pouvoir du pape d'en posée, afin de la permettre ou de l'interdire faire disparaître la nécessité, en faisant ce- de concert dans leurs diocèses respectifs. Or Icbrcr le concile universel ; et qu'ils ne cet avantage-là non plus ne pouvait résulter voyaient pas que ce parti pût faire craindre du concile national dans les circonstances des conlroverses pires que celles qui pour présentes; en effet, ou on y aurait examiné lors affligeaient l'Allemagne. des propositions déjà condamnées dans les

10. Les protestants ensuite, dans différents conciles œcuméniques et les décrets des écrits privés, rejetèrent la réforme faite par papes, et il ne convenait pas de les soumettre le cardinal, et demandèrent la révocation des à la discussion d'un tribunal inférieur; ou édits impériaux publiés à divers; s fois contre bien il se fût agi d'autres questions non encore eux. Ils déclarèrent qu'ils ne consentiraient décidées, et cet examen devenait inutile, tant jamais à un concile dans lequel le pape et ses pour ce qui concernait les catholiques d'AUeadhérenis exerceraient une autorité; etquant magne que pour les hérétiques. Les cathoaux articles sur lesquels on s'était entendu, liques d'Allemagne n'avaient pas besoin de ils exprimèrent diverses restrictions. Ils ré- connaître l'opinion contestable de leurs pré-

étaient fondés sur les principes de leurs doc- Le concile national était encore moins néces-

Irines hérétiques. Mais outre ces arguments, saire pour les catholiques des autres pays

|ils en apportèrent un autre qui avait quelque qui auraient refusé de se conformer à l'opi-

apparence de force; il est présenté sous une nion des seuls évéques allemands. Quant aux

iforme assez concluante et spécieuse par hérétiques, on ne pouvait pas espérer qu'ils

iSoave, toujours attentif à brouiller les idées, s'en rapportassent à l'autorité, sinon infail-

Cet argument consistait à dire que, dans les lible, du moins bien vénérable, d'une pareille

siècles passés, bien des erreurs avaient été assemblée, quand ils ne s'en rapportaient pas

condamnées .ion par des conciles œcumé- à celle du pape ni des conciles œcuméniques.

aiques, mais par des conciles particuliers, de Constance, de Florence, de Latran, sous

omme, par exemple, les erreurs de Donat, Innocent III, quand ils récusaient même tout

li Pelage et de beaucoup d'autres hérétiques, concile composé dévêques dépendants du

jVIais c'est là une raison dont les apparences pape, et quand ils allaient jusqu'à nier,

jiie sont pas soutenues par la solidité; car il comme on l'a vu, que ceux d'Allemagne fus-

raut faire attention queles doctrines proscrites sent des évéques. Quel résultat pouvait donc

jkns ces conciles ne sont communément le- faire espérer, de la part des lutbériens, un pa-

lues pour condamnées dans l'Eglise qu'en reil synode, si ce n'est, ou le mépris dans le

ant que la sentence de ces assemblées est cas où ils se verraient condamnés, ou Tor-

endue certaine par la confirmation qu'y ont

lonnée les souverains pontifes, ou qu'elle est (|) On avait eu ceue aUeniion, pour prévenir toute

jppnyée par le sentiment unanime des théo- espèce de douie, d'après les actes consistoriaux , à la,

ogiens, de manière que c'est une témérité date du 25 mai 1520.

967 IIlSTOmE DU CONCILE DE TRENTE. 9j8

cueil le plus indomptable, si par malheur on sion, jusqu'au terme indiqué ci-dessus, de venait à v laisser échapper quelque article toutes les procédures pour cause de religion , oui ne serait pas accepté par l'Eglise (1)? et en défendant toute attaque réciproque à

11 Après les écrits dont nous avons parlé, l'avenir pour le même motif.

* ' *' '• 13. Mais rien de tout cela n'eut son effet:

les attaques ne cessèrent point; il n'y eut ni concile universel, ni concile national célébré en Allemagne, et ces articles ne furent acceptés par aucun parti. Au contraire Eckius, qui pour raison de maladie n'avait pu assister (on le voit par différentes lettres du cardinal Contarini à Farnèse) aux dernières conférences, composa ensuite une vigoureuse réfutation du livre, affirmant qu'il l'avait toujours désapprouvé. Ce qui engagea ses deux collègues à publier une apologie [ces écrits sont imprimés chez Goldast, déjà cité) qu'ils adressèrent aux deux présidents de cette conférence , rappelant tout ce qu'ils avaient fait en cette occasion avec l'approbation d'Eckius lui-même; en sorte que ce livre qui avait élé composé pour être un lien de concorde, ne devint qu'un texte de controverses.

14. Après la publication du décret l'empereur partit pour l'Italie. Le légat l'ayant accompagné jusqu'à Trente, demanda à prendre congé de lui [voyez la vie du cardinal Contarini écrite par J. délia Casa), pour se rendre dans son évéché, qui était proche : il voyait effectivement qu'il n'avait plus rien à faire avis, tels quels, qui lui étaient proposés par auprès de 1 empereur, et qu ils avaient ete en la majorité de l'assemblée. En conséquence, désaccord non- seulement sur le parti à dans le décret, il statua que les articles ci- prendre, mais encore dans le compte rendu dessus énoncés seraient acceptés jusqu'à un au public du résultat des négociations. Charconcile œcuménique qui se tiendrait en Aile- les toutefois ne lui permit pas de se séparer

l'empereur publia le décret de clôture {le 2S juillet 1541). 11 savait que les Allemands se plaignaient avec aigreur de ses absences fréquentes, et qu'ils prétendaient que le soin de ses Etats héréditaires lui faisait négliger ses Etats électifs, en sorte qu'il laissait ceuxci en proie aux discordes intestines. Or c'est précisément le soupçon qu'il pourrait s'absenter ainsi, qui, à la mort de son aïeul, avait été le plus grand obstacle à ce qu'il obtînt la couronne impériale. Aussi montrait-il un empressement extrême à se justifier là-dessus auprès des Allemands, et de vive voix et par écrits, comme on le verra, si on lit avec attention ses décrets dans la diète.

12. Se voyant donc pour lors obligé de quitter de nouveau l'Allemagne, tandis qu'elle était en proie aux querelles religieuses, d'où provenaient des guerres, non-seulement entre concitoyens, mais entre frères, il jugea que pour amortir le coup il fallait traiter la partie lésée avec une douceur particulière, et que puisque les Allemands étaient privés d'un bien présent et exigible, il fallait leur promettre des satisfactions à venir, qui n'étaient ni dues, ni possibles. C'est cette raison qui l'engagea à donner son approbation aux

^„ ^ œcuménique q

magne, et qui, à ce qu'il disait, lui était promis par le légat. Cette circonstance, que le concile serait tenu en Allemagne, avait toujours été refusée par le cardinal légat; mais comme il avait promis le concile d'une manière générale, Charles voulut présenter cette

permit pas de se séparer de lui, et le pape bientôt après lui enjoignit de suivre l'empereur. Ainsi il l'accompagna dans son entrée solennelle à Milan, et non-

promesse avec un condiment qui fût au goût pour son mente hautement reconnu. Il arriva des populations d'Allemagne, pour mieux les néanmoins au cardinal ce qui arrive d'ordiï^\\^ A^„^^ AA^^w>t 11 a^rwiita minci la pnn- nairp. à cpiliii nui. avec unft Drudfinte modéra-

consoler de son départ. Il ajouta que si le concile œcuménique ne s'assemblait pas, cette acceptation devrait durer jusqu'à un synode national, ou jusqu'à une autre diète qui devrait se tenir en sa présence dans un an et demi : il aurait soin qu'à l'une ou à l'autre

naireà celui qui, avec une prudente modération, fait les affaires d'une société contre une autre : au parti opposé son zèle paraît amer, et au sien il paraît languissant. Les protestants se plaignirent de lui dans leurs écrits,

ucuii . 11 aviitt.i ow.» ^4« ^ . prétendant qu'ils auraient attendu d'un si

de ces assemblées le pape envoyât des légats grand homme plus d'équité pour la vérité et , avec un pouvoir suffisant. Il rendit compte la justice; et en même temps il fut en butte, et de la réforme prescrite par le cardinal sur à Rome, à des accusations diamétralement sa demande, et des ordres donnés par lui pour contraires à celles-là : plusieurs le blâmaient l'exécution. Il décréta que l'éditd'Augsbourg comme trop froid^ envers les luthériens, demeurerait en vigueur , mais avec suspen-

(1) Il est bon de lire sur ce point ce que répondit brièveiueni Eckius dans son commentaire apologétique. Le cardinal Quirini en cite un passage (p. e. Ui, p. XXXVII) et dans ce même endroit il blâme, et non sans raison, la qualité de concluante et de spécieuse que noire historien donne à la forme sous laquelle Soave présanle cet argument. Ut verum (atear, dil-il, nescio quidnani s'U opérante et appariscente forma quam Pallavicinus depreliendit in Sarpii verbis. Spécieuse, peut se comprendre ; concluanle , c'est ce que je n-e couiprcnds pas, moi non plus. Et je ne vois pas quelle force, quelle vertu convaincante peut se Irouver daiiS un argument qui n'est que spécieux.

comme si le zèle, destitué de puissance et parmi des peuples qui ont soif de la paix, n'était pas d'ordinaire travesti en légèreté méprisable et en impétuosité odieuse. Il était mal noté auprès de certains autres, comme si dans la substance du dogme il avait condescendu à quelque erreur des adversaires. Il s'en affligea au delà de toute idée ; mais il fut consolé par une lettre du cardinal Polus (datée de Capranica, /e 22 août 154-1), dont l'original est entre mes mains, et dans lar quelle il ne lui dit pas, il est vrai, que les attaques fussent en réalité bien moins nombreuses que ne les supposait la renommée;

mais il lui assure, comme chose constante, qu^ancun légat, depuis plusieurs siècles , n'avait soutenu avec autant de dignité le nom du siège apostolique , non-seulement par sa conduite vertueuse et sa charité égale envers tous, mais encore par la solidité de sa

effet, que de laisser, pour le moment, les Allemands moins contristés. Ainsi, sans soumettre à une discussion ces divers points, il fit au pape trois demandes (1).

L'une louchant le concile. L'empereur

... ^ , ^ 4 * r*i, P'^Ji^?'^ P^^ refusé Vicence , et le pape, dès

doctrine. En présence de toute 1 Allemagne, le 29 juillet, par conséquent le lendemain du il avait brisé une arme qui, elle seule, et non ' . - .

pas toutes les imputations possibles accumulées contre les mœurs de Rome, aurait pu, si elle était demeurée entre les mains des disciples de Luther, suffire pour les soutenir dans leur projet de séparation. Et, en effet, n'avait-il pas, par ses heureuses explications, mis au néant le reproche fait aux Romains de ne pas entendre le premier article de notre foi, la rédemption opérée par le Christ? Il devait donc reprendre courage , parce que les reproches qu'on lui faisait ne provenaient que d'un malentendu ; et ainsi , dès qu'il serait présent, le nuage se dissiperait. Les choses arrivèrent ainsi. Et il est certain (1) qu'à Lucques, le pape même, avant d'entendre sa justification, le reçut (2) très-affectueusement, et ne donna lieu, par aucun signe, de croire qu'il n'était pas content de lui , ainsi que le prétend Soave ; au contraire, il ne tarda pas a le récompenser ( le 27 janvier 1542, d'après les Actes consisloriaux) par la légation de Bologne. Le pape se trouvait à Lucques (3) pour avoir occasion de s'entretenir avec Charles, qui devait passer en Afrique. L'empereur lui en avait fait la demande par un courrier exprès {Jean-Baptiste Adriani, dans le livrellV ae son Histoire), afin de traiter avec lui des affaires de la religion et du christianisme. Mais

décret de Ratisbonne, en avait parlé en consistoire , et avait rapporlé [Voyez les Actes cousis toriaux) les réponses du roi François 1", qui y consentait ; mais il fallut penser à un autre lieu (Paruta, dans la première partie del'Hist., livre XI), parce que les Vénitiens, persuadés que dans le concile (comme, en effet, c'était le bruit général et l'intention des souverains), on négocierait une ligue de toute la chrétienté contre les Turcs, ne consentaient pas à provoquer de nouveau Soliman, devenu leur allié, en accordant une de leurs villes pour résidence d'une assemblée oii se préparerait une guerre contre cette orgueilleuse puissance (2).

L'autre demande fut d'engager le pape à entrer dans la ligue catholique, selon la forme stipulée en dernier lieu entre les princes à Ratisbonne ; dans cette convention le pape se chargeait d'un quart de la dépense» et l'empereur se chargeait d'un autre quart conjointement avec le roi Ferdinand.

La troisième demande concernait la réforme du clergé en Allemagne déjà ordonnée par le cardinal Contarini.

Page 1