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CHAPITRE XIV

Députés choisis par V empereur à Ratisbonne» pour terminer les querelles en matière de religion. — Livre qui y fut proposé à V examen. — Conférence entre les catholiques et les protestants.

1. Il devait y avoir trois sortes de personnages parmi les députés : d'abord des théologiens, qui conféreraient ensemble, mais sans donner à ces entretiens le nom odieux de dispute, qui fait qu'on rougit de se rendre au sentiment d'autrui , c'est-à-dire de s'accorder; ensuite, des présidents qui, en modérant les esprits et les langues par le respect, banniraient du milieu d'eux cette fureur scientifique qui est cause que les conférences introduites pour s'aider réciproquement dans la recherche de la vérité, dégénèrent en arguties , et donnent à la vérité même découverte par l'adversaire les appa* rences de la fausseté ; enfin le reste des députés devaient tenir lieu à la fois de témoins et d'auditoire. Le choix de tous ces députés (2) fut avec répugnance remis à l'empereur par les luthériens, et plus encore par les catholiques , conmie étant ceux qui devaient en appréhender un plus grand préjudice : eux, en effet, ne se croyaient pas permis de dire et de se dédire, ni de se diviser

(1) On le voit par le coinrnencenient du livre de Calvin coiilie Albcrl Pigiiiiis, De. libero Arbilrio.

(2) Leiire du cardinal Contarini à Farnèse, du U

en autant de sectes que de têtes, selon la coutume des hérétiques ; mais ils professaient unité et fermeté dans la croyance. Néanmoins les villes libres, d'abord, qui étaient plus intéressées à la paix que les princes, et ensuite les princes eux-mêmes y donnèrent leur consentement.

2. L'empereur abandonna le choix à la diète {Lettre du cardinal Contarini àFarnêse, sous la date des 18 et 20 avril); et la diète, comme c'est l'ordinaire dans les réunions auquelles il suffit de faire sentir qu'elles ont le pouvoir, et qui n'aiment pas les embarras de l'exécution , remit le choix à l'empereur. Alors celui-ci, de concert avec le légat, élut pour théologiens du parti catholique , Jean Ëckius, et Jules Flug, desquels nous avons

ment attachés à soutenir les points sur lesquels on ne put parvenir à s'entendre ; làdessus les parties s'étaient mutuellement irrilées par de fréquentes apologies. Ainsi on ne pouvait, sous de favorables auspices, commencer par là les propositions d'accommodement.

4. En conséquence l'empereur, sous condition expresse du secret le plus rigoureux, si ce n'est à l'égard du nonce Morone, Ot porter par Granvelle au légat un livre, composé en Flandre, d'après ce qu'il affirma, par des personnes pieuses et doctes, afin que si le cardinal le trouvait bon, il fût proposé aux deux partis, et qu'on pût voir s'ils tomberaient d'accord sur cette doctrine. Granvelle

avait amené avec lui Gropper, afin que, de

parlé plus haut, et Jean Gropper, archidiacre compagnie avec lui, le légat pût avec plus de

de Cologne : ce dernier avait été l'âme du facilité parcourir et examiner le volume (1).

concile provincial de Cologne, tenu quelques Ce livre n'était en grande partie qu'une con-

années auparavant, et qui n'avait pas fait texture de passages de l'Ecriture sainte et des

moins d'honneur à l'Allemagne que celui de saints Pères, et il contenait vingt-deux cha-

Sens à la France. pitres sur les points les plus agités par les

Les théologieps établis pour la faction des novateurs modernes. Le légat le parcourut

protestants furent Philippe Mélanchton, Mar- en compagnie du nonce et de Gropper, et les

tin Bucer qui professait en partie l'hérésie deux premiers n'eurent pas de peine à re-

de Luther, en partie celle de Zwingle, et Jean Pistorius. Deux présidents furent nommés : l'un ministre de l'empereur, et ce fut Granvelle ; l'autre fut un prince, Frédéric, prince palatin, frère de l'électeur : il avait été élevé auprès de l'empereur (1), et il avait épousé une de ses nièces, filles du roi deDanemarck.

connaître, par plusieurs indices, que le troisième en était l'auteur ; mais le légat ne put qu'écrire à Rome avec de grands éloges louchant l'impassible docilité de Gropper. Et, en effet, le cardinal s'étant arrêté sur plus de vingt endroits qui lui semblaient mériter correction, Gropper fut si prompt à les cor-

Mais le cardinal Aléandre, dès le temps qu'il riger que l'amour propre ne lui lira pas de

ce qui par la suite ne lui attira que honte et inaccessibles à celte jalousie qui porte les misère. Ensuite furent désignés les auditeurs, hommes à dénigrer les gens de mérite, tantôt au nombre de six , pour la plupart dignitai- comme incapables, tantôt comme opiniâtres.

res auprès de différents princes.

3. L'empereur jugea qu'il ne serait pas expédient de continuer la célèbre conférence tenue douze ans auparavant à Augsbourg.

C'était néanmoins le conseil que donnaient quelques-uns, espérant que ce dont on était convenu alors sur plusieurs points pourrait diminuer les difficultés d'un accommodement, en diminuant la matière des discordes. Une des raisons qui en détournèrent l'empereur fut en réalité que les hérétiques, toujours

Toutefois le cardinal ne voulut pas engager sa responsabilité par une réponse d'une si haute portée. Il dit donc à Granvelle que, comme personne privée, il trouvait le livre, dans sa forme présente, absolument exempt détaches; qu'il pourrait cependant arriver qu'un œil plus pénétrant que le sien vînt à y en apercevoir; mais qu'il ne pouvait point, comme légat, porter son jugement sur ce livre, s'il ne lui était pas permis de le communiquer à plusieurs théologiens. 11 lui fut accordé de le

mobiles en fait de croyance, s'étaient ensuite communiquer aux deux autres députés et au écartés en beaucoup de choses de ce qu'ils maître du sacré palais, Badia, lequel, seul avaient décidé à Augsbourgj. Mais il en fut entre ses théologiens particuliers, était là en

grande réputation. Il le fil, et aussitôt Eckius soupçonna que ce livre ne fût de la composition de Wicelius, qui lui était excessivement odieux. D'abord il parla mal du livre, ensuite il se rendit au sentiment des autres, mais toujours en faisant paraître qu'il était entraîné par autorité et non amené par conviction (1).

Augsbourg. Mais il en fut donné au cardinal une autre raison plus propre à le persuader et non moins fondée en vérité : celte raison était que, soit dans la conférence d'Augsbourg, soit dans l'intervalle de temps qui s'était écoulé depuis, les théologiens prolestants s'étaient passionné-

i\\ri\ 154.1. Elle se trouve dans un volnme de lelircs de Contarini, qui seront citées ci-après, et qui furent successivement comnuuîiqnées o.w copie par la secrélairerie-d'Eiat, àRoine,au cardinal Aléandre, et annoié'îs de sa main.

(1) Tout ceci se irouve dans diverses lettres du cardinal Aléandre à Farnèse, datées de Vienne, et pariiculièrcinent dans nno ietire qui est du 10 janvier 1559.

(1) Il a élc imprimé chez le prolestant Goldast , dans le recncil des lois et C(-uinnies iniiériales, sous le '.itre : Acta conveulus llalhbonensis,

(1) Ce que notre Instorieri raconte ici d'Eckius : et qu'il soupçonnait Wicelius d'être l'auteur du livre , et qu'il varia dans son jugement , je ne sais où il T»

HISTOIRE DU CONCILE 1*ETR1:NTE.

5. Le livre ne contenant donc aucune erreur, de l'avis des théologiens du pape (2), il fut par l'ordre de l'empereur, proposé à la réunion des députés {Lettres de Contarini, du dernier jour d'avril et des 3 et k mai 1541) . Or la conférence s'ouvrit d'abord assez heureusement, les deux parties étant tombées d'accord sur les articles de la justification, de ia foi, des œuvres, des évéques et du baptême. Toutefois le légat se réserva de recevoir sur ces divers points l'approbation du pape, auquel il en donna successivement connaissance (Lettre de Contarini, du 9 mai). Il eut aussi l'attention d'obtenir que l'article de l'autorité pontificale demeurât le dernier à être examiné, parce que s'il était arrivé que le succès des négociations et des arrangements fût venu échouer devant cet écueil, il aurait semblé que la doctrine des protestants déplaisait uniquement en cela a"x Romains, et par suite la condamnation prononcée contre eux eût été dénuée d'aulorité, comme attribuée à Vintérél. Au lieu que le dissentiment des luthériens ayant pour objet des dogmes tout à fait spéculatifs, on reconnaîtrait que la censure de Rome n'était que pur zèle de la religion : ensuite lorsqu'ils seraient tombés d'accord sur les autres points de doctrines, qu'ils n'auraient plus la même répugnance à se rétracter, et qu'ils se seraient livrés à l'espérance de la paix, ils se laisseraient plus facilement ramener à l'unité de la foi sur ce dernier article.

6. Mais le premier objet de dissentiment fut [Ces détails se trouvent dans les lettres de Contariniy des 9 et H mai) le mystère de l'eucharistie. Les lulhéricns commencèrent la dispute en rejetant le mot de transsubstantiation, comme inusité chez les anciens Pères, ici le légat ne voulut point dissimuler comme sur une question de mot, ainsi que quelques-uns le lui conseillaient , parce qu'il comprenait très-bien qu'on ne rejetait le mot que pour nier la signification qu'il renfermait. C'était ainsi que les ariens s'étaient séparés des catholiques, pour ne pas accepter le mot nouveau homoiision, comme expression non équivoque de l'unité substantielle entre les personnes divines; et c'est pour cela que ce mot fut regardé comme le signe de ralliement entre les fidèles.

7. Les luthériens combattaient doncl'emploi de ce mot dont s'était servi le grand concile de Latran, sous Innocent IIÏ (concile, où, comme le rappelait le légat, assistèrent plus de

pris. Eckiiis, dans la lettre qu'il écrivil à l'évéque Frédéric N:msea, el qui se trouve iii.pri:née dans le recueil de lettres diverses adressées â ce prélat, en fait anleur Gropper; et pour ce qui est de l'avoir d'abord coiiiredil, et puis jusqu'à certain point toléré, son coinmciilaire apologétique démontre cl.urementqu'E- (kiiis fut toujours consianl à le désapprouver. Voyez le cardinal Queriiii (p. e. 111 , p. XXlll et s.).

(2) Bien durèrent est sur ce point le témoignage d'Eckius dans ce même commentaire apologétique, où il atteste qu'étant malade, il apprit amicorum et virorum fide dignorum relalione ^ omnib\u> calholicis doctoi'ibus dispiicuisse hune librum ; ol il fiit de ces docteurs un long catilogUe {Querc, p. e. 111, p. XXIV etsuiv.).

huit cents évéques, et les patriarches de Constantinople et d'Alexandrie), parce qu'ils n'admettaient pas le change ment réel du pain au corps de Jésus-Christ. A cette première erreur ils associaient une autre hérésie, qui était que le corps de Jésus-Christ n'était p.as présent dans l'eucharistie après le moment i de l'usage , ainsi que nous l'avons exposé plus haut, et par conséquent que l'eucharistie ne devait être ni conservée, ni adorée. j

8. Le cardinal avait mis plus de condescendance à ne pas exiger l'admission d'un autre mot {Ceci se trouve tout au long dans i une lettre du cardinal Conlarini , du k juillet iS'î'l) , rejeté par les adversaires, dès lors qu'ils admettaient la vérité de la chose, et rejetaient le mot dans une signification différente du sens catholique. Tellement qu'il ne s'était pas soucié (et cela au grand /étonnement du cardinal Aléandre, à Rome) qu'ils employassent le mot mérite^ pour les bonnes actions des justes, parce que m en7e signifiait pour eux un litre de justice, en la manière que l'ouvrier mérite le salaire convenu; et c'est aussi dans ce sens que saint Thomas {Prima Secundœ,Quœst. iik, art, I, in corp. et ad tertium) expliquait le mot, quand il niait, sous ce rapport, que l'homma dût être dit : mériter de Dieu, sans quelque correctif qui tempérât la force de ce mot; parce qu'il n'existe point entre Dieu et l'homme une justice réciproque, soil à cause de leur infinie inégalité, soit parce que Thomme n'a pas de patrimoine distinct, mais que tout ce qu'il possède est une libéralité de ' Dieu ; et par conséquent Dieu n'est point débiteur envers nous, mais seulement en-s vers lui-même, parce qu'il ne manquerait qu'à lui-même en manquant à sa promesse.

9. Egalement il n'exigea pas qu'ils déclarassent que la vie éternelle nous est donnée en récompense des œuvres : parce que c'est une vérité qu'antérieurement à toute œuvre, dontelle soit la récompense, Dieu nous donne infuse l'habitude de la grâce qui nous rend participants de la nature divine. Or il convient à l'éminence de cette nature , par un privilège qui la distingue de toutes les autres natures , que le terme et le complément de sa perfection lui soient dus sans le moyen des œuvres, ainsi qu'on le volt dans les enfants baptisés qui vont au ciel en vertu de la seule grâce, sans l'instrument des bonnes œnvres. Par conséquent, bien que la félicité éternelle soit due aux œuvres faites depuis en état de grâce , néanmoins , parce que le presr.ier titre auquel elle nous est due , n'est point dans les œuvres, mais bien dans la grâce, qui nous est libéralement donnée de Dieu. C'est pour cela que voyant les luthériens confesser la réalité delà chose, le cardinal ne les pressait pas rigoureusement de se conformer à l'exacte précision des termes; et il disait qu'il lui semblait qu'on devait user avec eux de la même condescendance dont nous usons avec les Grecs, lorsque nous leur permettons d'appeler le Père cawse du Fils, quoique les Latins, avec plus de circonspcîlion, l'appellent se,ulement principe. Mais partout où le légat

s'aperçut qu'ils rejetaient le dogme , il ne voulut pas faire avec eux une paix plâtrée , comme celle de Pelage avec les catholiques dansle concile de Palestine, parce qu'il regardait comme un moindre mal que la peste fût au moins connue, si on n'y trouvait pas de remède. Or il fit à cet égard les déclarations les plus franches en présence deGranvelle ^î do Tempereur.

10. A Rome néanmoins ( Lettre du cnrcliial Farnèse à Contarini du 29 mai 1541, parmi les manuscrits des Cerinni) , les teriiies adoptés d'un commun accord sur l'article de la justification ne satisfirent pas, à cause du sens équivoque qu'ils présentaient. Ainsi le pape fit rappeler au légat qu'il n'approuvât jamais ni officiellement, ni en nom privé,

plaisir la précaution qu'il avait prise do réserver pour la fin la discussion de ces doux articles , afin que ce fût plutôt à l'occasion d'autres articles que de ceux-là que la négociation vînt à se rompre ; néanmoins les lié rétiques pourraient bien ici procéder avec malice, en tombant d'accord sur les autros poinfs ( principalement si les expressions présentaient quoique ambiguïté) , en se donnant ainsi la réputation d'hommes qui aimaient la concorde et cédaient devant l'autorité pontificale , et on rendant cet article odieux , comme une pierre de scandale. Cet avertissement avait été transmis au pape de la part des ducs de Bavière, et il en faisait part au légat, s'en remettant, du reste, à son jugement [Voyez aussi sur cet article la dis^

aucune proposition qui ne présenterait point sertation déjà citée du cardinal Querini ( p. e.

, p. 55, et suiv.)

11, C'est de cettii sorte et avec ces instructions que procédait le cardinal Contarini. îl en coûtait beaucoup aux agents de l'empeur d'en venir ( Lettre de Contarini à Farnèse, 13 mai i^k-i) à une rupture, et ils cmeut les plus pressantes exhortations es des protestants. A la fin les théologiens de ceux-ci ne paraissaient pas inébranlables [Lettres de Contarini àFarnêse, des 13 et 23 mai ), et entre autres Mélanchton et Bucer, soit qu'ils fussent combattus par quelques craintes touchant leur propre salut, soit qu'ils cédassent à l'appréheiision des calamités publiques ; mais ils étaient retenus par la crainte que plusieurs princes, entraînés par eux à commettre tant de violences contre l'Eglise, et comme liés à la parce qu'il pouvait être assuré de Tapproba- défense de la faction par les lions de l'or, plus

non-seulement un sens expressément catholique , mais même des termes exempts do tout danger d'équivoque. Il devait considérer que, quoiqu'il n'eût pas le pouvoir de définir et qu'il eût déclaré, au sujet de la conférence, qu'elle ne conclurait rien, tant nèse,i qu'elle n'aurait pas été sanctionnée par Fap- ployer probation du pape; néanmoins si les pro- auprèi testants pouvaient avec quelque apparence alléguer l'opinion du légat en faveur de quelqu'une de leurs doctrines, ce serait un grand scandale dans l'Eglise, un embarras pour lui et pour le pape , et une ombre jetée sur la vérité. Ainsi, dans le cas où, pour de semblables raisons, il jugerait à propos de discuter énergiquement ou avec l'empereur, ou avec tout autre, comme il avait fait sur l'eucharistie, il n'aurait pas à se retenir;

tion du pape (1). Il se comporterait de la même manière au sujet des deux articles si importants, de la primauté du pape , et de l'autorité des conciles ; il parlerait en termes clairs et précis sur les deux articles, puisque de l'un et de l'autre découlaient les conséquences les plus graves, et qu'ils offraient matière, surtout dans le temps présent, à des contestations sérieuses, non-seulement avec les hérétiques, mais encore avec les puissances séculières. C'était pour cela qu'à Rome on avait rejeté quelques propositions accordées à cet égard par le légat , comme étant sujettes à diverses interprétations. On devait, avec la plus grande confiance, exiger cette netteté d'expression dans lesdits articles , soit à cause des solides raisons qui l'exigeaient, soit à cause des promesses positives de l'empereur et de ses ministres, et d'après lesquelles il ne devrait être apporté aucun préjudice aux intérêts du siège apostolique. Ë'était sous la garantie de ces promesses que le pape, pour contenter l'empereur, avait envoyé un légat à celte diète. Le cardinal Farnèse ajoutait dans cette lettre à Contarini que l'on n'avait pas vu avec dé-

(1) On lit là-dessns des détails irès-im|iorlaiils,

ans le chnpilre V de l'apologie que fiit en fiveiir de

Conlariui le cardinal Querini , dans: la disserl;>iion

placée en lêledu loine III de Polus [p. e. III, p. 41

et suiv.). Je renvoie le lecteur à celle apologie.

solides que ceux de fer, ne tournassent contre eux leur fureur et leur v<ingeance , lorsqu'ils perdraient ainsi les richesses qu'ils avaient amassées, et qu'ils se verraient exposés au mépris public. Ils s'expliquèrent ouvertement sur ces craintes, et il n'y eut aucune promesse de protection de la part du pape ou de l'empereur qui pût les en délivrer , parce ' qu'ils savaient bien qu'une puissance inférieure a plus de moyens d'attenter à une existence que n'en a même une puissance supérieure pour la protéger. Du reste, ce qui semblera surprenant, c'est que ces oracles de tant de provinces, ces hommes vénérés comme de nouveaux ambassadeurs du Ciel, vécussent dans une telle pauvreté (non plus volontaire, comme autrefois celle des apôtres , et maintenant celle des ordres mendiants) que Bucer s'abaissa jusqu'à présenter d'humbles suppliques au légat, pour en obtenir quelques secours à litre d'aumône. Celui-ci ne consentit point à sa demande, sachant que le pape, pour les raisons apportées ci-dessus, refusait d'employer l'appât de l'argent pour attirer des hommes pervertis. Et Luther lui-mêin(% presque adoré dos peuples dans ses portraits, Vergerio a écrit de lui ( dans la lettre citée par nous au chapitre 18 du troisième livre) , qu'il le vit avec un vêtement des plus légers et des plus râpés , attendu qu'il n'avait pour tout entretien que les seuls émoluments de

»5^^ ilISTOFRE DU CONCILE DK TRENTE.

sa chaire. Mais l'étonnement cessera quand on fera réflexion qu'autour de ces hommes se rangèrent des sectateurs nullement disposés à donner leur argent, mais bien à s'approprier celui d'autrui.

12. Ce fut donc la crainte dont nous venons de parler qui vint glacer et rendre inflexibles les .théologiens protestants , lorsqu'on fut arrivé à la discussion des articles sur lesquels la divergence avait été évidente et

exercée par eux; en sorte qu'ils pouvaient bien être de bons et de grands princes, mais non des évéques. A cela le légat opposa une réponse adroite, en faisant demander aux protestants s'ils croyaient que ces prélats péchassent en négligeant cette surintendance; ils devaient répondre que oui, puisqu'ils les en blâmaient; et dès lors ils les confessaient pour véritables évéques t ils ne pouvaient effectivement leur en faire un comprise de tous , en sorte qu ils n'avaient crime à d'autre titre, que comme une omisplus d'issue pour s'échapper, en faisant ac- sion des devoirs de leur magistrature, croire que jusque-là les parties ne s'étaient Telle était donc la cause de cette grande pas entendues entre elles, comme ils pou- ruine spirituelle en Allemagne. Aussi Moyaient prétexter en ce qui touchait les points rone, qui était parfaitement au courant, par

la longue expérience qu'il avait de ces provinces et de ces affaires , et qui était intimement lié de sentiments et d'affection avec le cardinal Contarini , fut-il en d'autres temps le premier à conseiller de fonder à Rome le collège germanique, dont nous parlerons au

les plus subtils et les plus abstraits. Aussi , dès qu'il se fut agi d'examiner si dans l'eucharistie le pain demeurait ou ne demeurait pas , si la présence de Jésus-Christ persévérait après le moment de l'usage, s'il était nécessaire de confesser le péché , si le

concile pouvait errer , si le pape était chef temps de Jules IH , comme d'une école de supérieur de toute l'Eglise : questions dont bons pf

la signification devient tout d'abord évidente pour toute intelligence, même vulgaire ; ces théologiens n'osèrent pas se rétracter et par là se faire des ennemis de leurs protecteurs. Les agents de l'empereur s'en étant aperçus (Lettre de Contarini à Farnèse^ écrite en chiffres, et datée du 13 mai\^k\), commencèrent à renoncer aux espérances qu'ils avaient conçues de cette conférence. Mais

isteurs , pour sauver des loups le troupeau de Jésus-Christ.

\k. Or comme cette lacune ne pouvait se combler qu'avec le temps, le légat tourna ses pensées vers une ressource que, dans le principe, il abhorrait comme suspecte: je veux dire , l'idée de fortifier la ligue catholique. Pour cette ligue le pape [ Lettre du cardinal Farnèse à Contarini , du 9 juin 154-1 , dans les manuscrits des Cervini) se montrait

pour leur réputation et dans leurs intérêts , disposé non-seulement à sacrifier les sommes

ils désiraient qu'elle fût dissoute de manière déjà déposées par lui , mais encore à fournir

à ce que la dissolution parût venir des re- des subsides plus considérables , pourvu que

présentants du pape. Le cardinal, s'élant le tout fût employé à la guerre, et non à

donc aperçu de cette intention, se garda avec faire marchandise de la religion, en l'ache-

plus de circonspection de toute marque de tant de qui que ce fût à prix d'argent ; ce

sévérité ou d'impatience qui aurait pu lui qui ne pouvait tourner ni à la gloire de

faire imputer la rupture. Dieu., ni à la dignité de l'Eglise, en sorte que

13. 11 commença néanmoins, d'après tous ces moyens furent de nouveau sévèrement

,, qu a enraciner i erreur plus pr

n était pas la science, mais la sensualité et la or l'indivisibilité de la foi une fois posée,

cupidMé. Il manda au souverain pontife {Let- on devait autant évit<îr la tolérance sur un

trejJe Conlarini à Farnèse, du^k mai 1540), seul point, que sur tous les autres. Mais

quM ne voyait pas de moyens plus appro- avant que ces instructions fussent parve-

priés pour extirper l'hérésie, que de pourvoir nues à Contarini, lorsqu'il vint à parler de

l'Allemagne d évéques, de prédicateurs et de ligue, il trouva que les soupçons qui avaient

maîtres dont la capacité serait garantie par existé autrefois dans son esprit existaient

la science et le zèle par la vertu, qui ensci- maintenant dans celui de Charles: Celui-ci,

gneraient par les œuvres autant que par les en effet, lui dit qu'il ne voulait pas qu'aucun

discours, et qui mettraient à répandre la vé- prince, sous prétexte de religion, l'engageât

rite parmi les peuples le même zèle que les dans des guerres civiles, lorsque c'était déjà

ministres hérétiques mettaient à leur incul- trop pour lui d'avoir la guerre des Turcs sur

quer l'hérésie. En effet les évéques d'Aile- les bras. L'unique et efficace remède était

magne étaient alors {Lettre de Contarini à maintenant le séjour de l'empereur en Alle-

Farnèse, des 23 mai et 5 juin 154-1) pour la magne ; et en effet l'aspect seul de son impo-

plupart si négligents, que lorsqu'on traita santé majesté suffirait à tout contenir par la

dans la conférence l'arlicie des évéques, les crainte, îors même que son glaive redouté

théologiens protestants dirent qu'ils avaient ne sortirait pas du fourreau. Mais l'Espagne

des éloges à donner à cet ordre entier dans formait, dans la totalitéde sa monarchie, une

l'Eglise, mais qu'ils ne comprenaient pas portion trop considérable pour qu'elle pût en vérité comment les prélats d'Allemagne être négligée dans les haut

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ites pensées d'une

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sur l'autre une influence énergique. En conséquence, Charles finit par se fixer à une pensée moins heureuse qu'elle ne supposait de pénétration : il résolut d'agir de sa personne et dans l'intérêt de ces deux Elats si distants l'un de l'autre ; ce devait être en attaquant Soliman dans Alger, pour obtenir un double but à la fois : d'abord éloigner de la Hongrie les armes de ce conquérant qui y faisaient à cette époque de merveilleux progrès, et ensuite délivrer l'Espagne des incursions des corsaires africains. Mais il y a beaucoup de projets, qui, sous le voile des avantages immenses que devrait procurer la réussite, dérobent à l'œil la probabilité de l'insuccès.

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