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CHAPITRE XVI

Conférences du pape et de V empereur à Lucques. — Négociations pour la paix avec le roi de France. — Autres né go dations avec le roi des Romains. — Désastres de r empereur à Alger.

1. Le pape étant donc arrivé à Lucques, l'empereur [Sandoval, dans le livre XXV) n'y arriva qu'après lui {k) , suivant en cela ce que l'étiquette prescrit à un inférieur. Ils demeurèrent ensemble peu de jours et se parlèrent quatre fois. Il n'y eut, du reste, aucune contestation entre ces princes, comme semblaient le faire craindre les événements de Ratisbonne; car l'empereur avait toujours compris que son décret, soit sur le lieu du concile universel, soit sur la célébration d'un concile national, ne pouvait avoir d'autre

(1) Totis ces détails se Irouvenl dans la vie déjà citée, dont l'auteur est J. délia Casa, lequel fut nonce à Venise, ei secrétaire -d'Eiat de Paul IV, el qui devait par conséquent avoir des renseignemenis sûrs.

(2) Il y fut reçu en consistoire le 7 septembre, d'après les Actes consisloriaux.

(3) Il s'y rendit vers le 21 août, d'après les Actes consisloriaux.

(4) C'est-à-dire le pape le 8 septembre, et l'empereur le 10.

GoNC. DE Trente.

en parlerait à Rome en consistoire.

Il fut encore question (3) de la paix parmi la chrétienté, dont il devenait d'autant plus nécessaire de s'occuper alors, qu'un incident survenu peu de temps auparavant faisait craindre la rupture de la trêve. Le roi de France se prétendait offensé (4) par l'empereur parce queAntoine Rincone, espagnol rebelle à son prince , et César Fregoso, envoyés par François comme ses agents vers le Grand Turc, se fiant sur la trêve conclue pour prendre leur route au travers des terres possédées en Piémont par les impériaux, et s'embarquer sur le Pô, avaient été pris par ordre (comme le roi le supposait) du marquis de Vasto. D'après les bruits qui en couraient , on devait croire le fait réel, et

(1) C'est ce qui est rapporlé dans la troisième requête de Ardinglielli au roi de France, et on la iroiivc dans les archives des Boighése.

(:2) Quelques-uns prétendent (\\\e d'après la répugnance des Vénitiens à admettre le concile dans leur territoire, on s'était dès lors déterminé pour Trenie; mais il faut s'en tenir à Rinaldi , qui par de bons documenis fait voir qu'aucune détermination ne fui prise touchant le lieu.

(5) C'est ce qu'on voit dans une lettre écrite par Ardinglielli, delà cour de France, au cardinal Farnèse sons la date du 1" décembre 1541 , parmi les manuscrits des Borglièse.

(-4) Voyez les historiens de ce temps, cl parlicrp» Uèrement Adriani, livre 111. *

{Trente et une.) ■

il n'était pas invraisemblable que par cette arrestation on eût cherché à rompre une ligue que Rincone , dans un précédent voyage à Constantinople avait presque établie entre Soliman et François 1er, au déiriment de Charles. Néanmoins l'empereur, aux plaintes de l'ambassadeur du roi, et le marquis, à ses lettres qui étaient des plus poignantes, avaient répondu en niant le fait, et en preuve le marquis alléguait que , des recherches ayant été faites par ordre des magistrats , on avait retrouvé les corps de tous les deux enterrés dans la campagne, d'où on pouvait conjecturer qu'ils avaient été tués par des assassins. Mais le roi , soupçonnant que le marquis, après avoir arraché à ses messagers tous leurs secrets, les avait fait mourir et ensuite ensevelir adroitement, demandaitque l'empereur fît un exemple, s'il ne voulait pas être accusé d'avoir manqué lui-même à la trêve .Le pape et l'empereur parlèrent donc des moyens d'établir une bonne fois la paix d'une manière stable, et lorsqu'onen vint aux conditions, Charles se montra ferme à ne pas céder le Milanais , mais il consentait plutôt à assigner les Pays-Bas pour dot à la fille qu'il marierait avec le duc d'Orléans, second fils du roi François 1". En attendant, il cherchait à s'assurer que le roi voudrait continuer d'observer la trêve.

3. Dans cette vue le pape dépêcha aussitôt en France Jérôme Dandini , son secrétaire, qui fut depuis honoré de la pourpre par son successeur. Granvelle accompagna le pape à son retour à Rome, soit pour recevoir la réponse de François I" et continuer la négociation, soit pour régler plusieurs affaires au nom de l'empereur, en Toscane.

Dandini rapporta d'auprès du roi des réponses très-fermes, par lesquelles il exigeait une haute réparation de l'outrage prétendu. En outre il fit arrêter sur son chemin, à Lyon, Georges d'Autriche, oncle naturel de Charles, archevêque de Valence, et électeur de Liège, menaçant d'exercer sur sa personne le même traitement que ses envoyés avaient subi de la part des impériaux. Ceux-ci en furent troublés au delà de toute idée ; et, comme c'est l'usage des diplomates de faire sonner bien haut la juridiction pontificale et le sacrilège qu'il y aurait à la violer, quand ils ont intérêt à mettre ainsi le pape aux prises avec le rival de leur maître, ils représentaient sans cesse à Paul l'obligation que lui imposait sa dignité ou d'obtenir au plutôt la liberté du prélat, ou de s'armer d'un juste ressentiment. Ensuite ils demandaient au roi une déclaration expresse, pour savoir s'il voulait persévérer dans la trêve. Au contraire le roi demandait que, selon la convention de Nice, le pape tut juge de la violation des traités, et que s'il décidait qu'elle eût été commise par son adversaire, il entrât dans une ligue contre lui, selon sa promesse.

k. Le pape envoya donc auprès du roi en qualité de nonce, pour cette affaire en particulier, Nicolas Ardinghelli, homme qui excellait également dans la culture des bellcs^lettres et dans la science du droit et de la poli-

tique, employé alors par Paul dans la secrétairerie d'Etat, et depuis récompensé par une dignité plus élevée. Il le chargea de procurer la conclusion de la paix, la mise en liberté de l'évêque, le consentement à la convocation du concile, et de parler encore des autres affaires et des arrangements dont il avait été question avec l'empereur à Lucques, afin de montrer par là au roi combien on avait de confiance en lui.

Dans le récit de ces faits je trouve si souvent en défaut les historiens du temps, pour tout ce qui se traita dans le cabinet et n'eut pas le retentissement de la publicité, que si je voulais rapporter ici leurs méprises, la réfutation de l'erreur deviendrait plus longue que Texposé de la vérité.

5. Ardinghelli, dans la première audience qu'il obtint (1), eut la précaution de ne pas parler de la détention de l'évêque, pour ne pas faire croire que le but principal de sa légation, ce tussent les intérêts des impériaux ou du pape, et non pas plutôt le bien général. Aussi parla-t-il uniqueinent de la paix, faisant sentir au roi combien la chrétienté en avait besoin, quelle était à cet égard la paternelle anxiété du souverain pontife, et quels seraient lesavantages que cette paix apporterait au roi, puisqu'il ferait l'acquisition des Pays-Bas, qui étaient d'une valeur bien supérieure au Milanais; combien peu honorable d'ailleurs serait la réputation qui s'attacherait à son nom, si glorieux auprès de tous les chrétiens , quand les hommes , qui souvent ignorent et toujours révoquent en doutçj les raisons que peut avoir tel ou tel prince, de faire la guerre, ne conserveraient de lui que cette opinion ou vraie ou , du moins,' générale et fondée en apparence , savoir,* que, par suite des démêlés de François 1" avec Charles V, la chrétienté avait' pcr^ji^ tant de provinces, au spirituel par la propagation des hérésies , au temporel par les conquêtes des Turcs. Enfin l'empereur n'avait qu'un enfant mâle, et au défaut de celui-ci l'héritage de si vastes Etats tomberait à une femme qu'il offrait pour épouse au dpc d'Orléans. Le père de Charles lui-même avait été bien plus éloigné de la succession d'une si grande monarchie en vertu du mariage de son père et du sien propre, et néanmoins elle était parvenue par cette voie entre ses mains. On pouvait répondre que c'était làde simples espérances; mais quel autre avantage apporterait la guerre, si ce n'est des espérances très-incertaines, avec la seule certitude des alarmes continuelles tant pour l'Etat que pour les particuliers, des charges pour le trésor, des pertes de soldats, et des dévastations de territoires ?

6. Le roi ne pouvait se résoudre à renpncer au Milanais , et il brûlait de se montrer en maître là où il avait été vu prisonnier. Il

(1) Sa négociaiion est exposée dans quelques kt-

ire.i écrites par^ui atf cardinal Farnèse, et plus aip-

plernenl dans les irûis conversations qu'il eut avec le

roi. Tout ccia >9 li^ouve dans les ipanyscrits de» Por-

, glièsc.

répondit donc que l'empereur ?ui avait offert d'autres fois la Flandre , mais avec tant de conditions imposées en retour, qu'elles dépassaient la valeur de l'acquisition C'était véritablement une belle principauté , mais il pouvait se servir de la comparaison dont se servit Paul Eiiiile. Celui-ci , en effet , t)lâi«é par ses aiiiis de ce qu'il répudiait une femme chaste et féconde, tira de son pied une chaussure fort belle et toute neuve , et la leur montrant, il leur dit que lui seul savait où elle lui biessait le pied-

7. Pans la seconde audience, Ardinghelli parla encore de la paix , et à cette occasion il se mit à discourir sur l'observation de la trêve. Alors, tout en ayant l'air de blâmer les impériaux qui exigeaient de Sa Majesté

mois de détention , obtint , je ne sais trop comment, sa mise en liberlé.

8. Ils en revinrent à la fin à parler, dans, une conversation toute spéciale, sur les affaires de la religion, et principalement sur celle du concile. Ardinghelli représenta d'abord que la nécessité indispensable de convoquer le concile était tellement manifeste, si constamment reconnue et proclamée par le pontife, qu'il serait inutile de perdre Je temps à en parler devant un roi doué de tant de sagesse. Restait le doute sur le choix du lieu ; et toutes les autres villes étant ou incommodes ou suspectes à quelque nation après de soigneuses délibérations, il en demeurait trois approuvées par les cardinaux j Mantoue, et, pour celle-là, le duc Frédéric

avec trop de hauteur la déclaration précise étant mort, on trouverait peut-être son suc-

s'ii la maintiendrait ou y renoncerait , il en vint indirectement à sonder là-dessus les dispositions de François. Celui-ci ne se montra nullement disposé à rompre la trêve : au contraire, pour décUner l'odieuse imputation d'avoir favorisé les progrès des Turcs , il dit que la seyle chose qui l'avait détourné de déclarer la guerre avait été l'attention de ne pas traverser l'empereur dans son entreprise sur Alger. Mais il insistait pour exiger

cesseur plus traitable ; Ferrare, dont le prince, bien que feudataire du pape, était connu néanmoins, et cela d'après des exemples mémorables et tout récents, pour conserver toute son autorité et son indépendance. Ces deux villes étaient assez grandes et pas trop éloignées des ultramontains. Mais parce que le pape, en ce qui le concernait, était indifférent à toute ville et à toute pro-

vince ou le concile pourrait être célébré, dans une réparation éclatante de l'outrage reçu, les intérêts et pour la satisfaction des fidèles, Ici Ardinghelli saisit l'opportunité d'amener il ne voulait même pas limiter le choix aux 1^ conversation sur la délivrance de l'arche- contrées de l'Italie. Ainsi il proposait en troisième lieu Cambrai, ville libre (elle n'avait

vêque. Il exposa avec franchise ce qu'il était impossible de cacher en le niant, et ce qu'il ne pouvait taire qu'en se rendant suspect d'une odieuse dissimulation , savoir, que les impériaux avaient instaannent supplié le pape de s'entremettre pour obtenir cette délivrance; mais il ajouta que le pape ne se laissait point influencer par eux, et qu'il sa-

pas encore été réduite sous la domination de l'empereur, comme il arriva [Beaucaire, à Vannée 1543, livre XXIII, n. 35] deux nus après, et elle passait pour incliner pl».îtôt vers le parti des Français, assez considérable) et située aux confins de la basse Allemagne et de la France. Il notifia encore au

vait opposer des refus inflexibles à leurs in- roi de France les demandes présentées à Luc-

stances. Ils avaient encore proposé avec beaucoup d'empressement le mariage de Victoria , petite fille du pape , avec Ascagne Colonne ; et Sa Sainteté n'y avait pas consenti. On voyait d'ailleurs en ce moment même, à la cour de France, Horace Farnèse, frère puiné d'Octave, en témoignage de l'impartialité et de l'affeclion patorncUe que le

ques par l'empereur au sujet de la réforme du clergé allemand et de l'accession à la ligue catholique , selon la nouvelle modification qu'elle avait subie dans le décret de Ratisbonne. Or, comme le pape mettait toute son attention à écarter de l'esprit du roi tout germe de soupçon au sujet de sa constante neutralité et de son inflexibilité à refuser de

pape savait conserver pour les deux monar- prendre aucun parti, il lui fit représenter par

ques. Mais il ne pouvait cependant négliiçer le soin de la liberté ecclésiastique , qu'il reconnaissait être un devoir de la charge pontificale. D'ailleurs, il y allait dans cette affaire plus de l'honneur de Sa Majesté le roi de I France, que des intérêts de l'empereur. Le crime qu'on prétendait avoir été commis sui

le nonce que la nouvelle forme donnée à la ligue, dans la diète de Ratisbonne, plaisait davantage à Sa Sainteté, parce que, avec plus de clarté qu'auparavant, elle se renfermait dans les termes de pure défense ; mais le pape ne pourrait pas condescendre à lui donner l'extension qu'on lui avait attribuée»

Rinconeét Fregoso, était caché pour les hom- comme nous l'avons rapporté précédemment, mes. incertain dans l'opinion , et nié par les 9. François ne parut manifester de répu- Espagnols ; mais on ne pouvait ni cacher, ni gnance sur aucun de ces points. Or, dans le contester que le roi très-chrétien ne retînt même temps, ces mêmes affaires étaient un archevêque qui n'était nullement coupable de ce crime , et qui , par la sainteté de sou caractère , n'était sujet de personne que du pape. Ce n'était donc plus se vimger des Espagnols, que d'agir çomine Sa Majjesté ; mm

traitées auprès du roi Ferdinand par Jérôme Verallo {Lettre de Verallo au cardinal Farnèse, sous la date du 22 décembre 1541), auditeur de rote, Bouvelicmcnl promu à l'évêché de Caserta, et que Paul III éleva plus tard au c'était lés'décharger de l'animadversion pu- rang des cardinaux. Il était passé, justement blique, pour rattirer plus sévère encore sur à cette époque, de la nonciature de Venisa à sa propre réputation. La conclusion de cette celle d'Allemagne , de laquelle Paul avait affaire fut que l'archevêque , après plusieurs rappelé Morone. Ce pape agissait ici selon sat

coutume, qui était de vouloir de temps en ' temps s'entretenir de vive voix avec ses agents les plus habiles. On a ainsi des ren- ! seignements bien plus sûrs que lorsqu'on î communique avec des absents, de même l qu'un homme qui a des oreilles pour nous entendre et une intelligence pour nous répondre, nous enseigne bien mieux qu'un papier sourd aux interrogations et muet quand il faut donner des explications nouvelles. Comme il devait y avoir une nouvelle diète à Spire, le pape avait désigné [dans le consistoire du 7 novembre, d'après les Actes consistoriaux), pour y exercer les fonctions de nonce , le mêmeMorone, porteur, par conséquent , d'un mandat plus distinct et plus complet, comme l'ayant reçu de sa propre bouche.

10. Verallo commençait ses négociations à l'époque même où on reçut la nouvelle des désastres qu'avait éprouvés la flotte de l'empereur. Vers la fln de novembre cette flotte, près des rivages d'Alger, avait été assaillie et dispersée par une des plus horribles tempêtes qui ait jamais bouleversé les mers; et elle continua d'être ainsi maltraitée pendant tout le mois de décembre suivant. Ainsi l'empereur put reconnaître la sagesse du conseil que lui donnait Paul III , lorsqu'à Lucques il le dissuada de cette entreprise, vu que la saison était trop avancée. Le roi Ferdinand cherchait à tenir le désastre secret pour ne pas diminuer la réputation de l'empereur, à une époque où il était question de lui obtenir des Alleniands certains subsides. Mais, tout au contraire, la renommée exagéra les pertes au point que le bruit se répandit dans toute l'Europe, non-seulement qu'il ne restait pas une seule planche de toute celte flotte, mais que l'empereur ne se retrouvait pas, soit qu'il eût été submergé ou qu'il eût été égaré sur les mers. Mais bientôt les exagérations firent place à la certitude de la vérité , c'est-à-dire que la perte avait été légère en fait de bâtiments, plus légère encore en hommes, presque tous ayant trouvé un abri dans les ports de l'Espagne ; ainsi cet événement ne put inspirer aux ennemis de l'empereur la hardiesse de fouler aux pieds sa fortune, comme si elle eût été terrassée. Il y en eut même qui dirent que cet accident avait contribué à la gloire de Charles en mettant au jour une vertu singulière qui jusque-là avait été comme voilée parle cours non interrompu de ses prospérités, plus pro-

Ï>res à faire de lui un grand monarque qu'à e présenter comme un grand héros : je veux dire la constance dans les revers. Mais j'ai vraiment honte que l'humanité soit assez rare dans l'espèce humaine pour qu'on ait pu célébrer comme une magnanimité héroïque dans un tel prince, d'avoir mieux aimé laissé perdre de précieux chevaux andalous que de vaillants soldats , vu la rareté des vaisseaux qui demeuraient propres à l'embarquement pour retourner en Espagne.

11. C'est dans ces circonstances que Verallo entra en négociation avec Ferdinand. Il fallut d'abord qu'il écoutât patiemment les

plaintes accoutumées contre la neutralité du pape, laquelle devenait d'autant plus insupportable aux impériaux, qu'ils auraient eu plus besoin de sa partialité. Le roi exa«:éra donc les maux que faisait soufl'rir à l'Eglise la conduite de François 1er ; il favorisait les luthériens, il encourageait les Turcs, il outrageait les évêques, et toutefois il recevait du pape, comme pour récompense, de continuelles faveurs, à tel point que, si les Autrichiens ne pouvaient pas obtenir de Sa Sainteté un seul chapeau de cardinal, en revanche les Français en avaient maintenant en leur possession un tel nombre, que le siège venant à vaquer, il y avait grand (langer qu'il ne fût occupé par un personnage de celte nation, pour ia ruine, et du saint-siège lui-même, et de la chrétienté. Verallo ne laissa pas ces plaintes sans réplique : il déclara que le pape n'était jamais sorti de la ligne du milieu ; que s'il ne s'en était jamais écarté, c'était un devoir que lui imposait, non-seulement sa qualité de père commun, mais aussi le titre de médiateur, qu'il avait de tout temps cherché à justifier par un zèle infatigable, et parlicu^lièrement dans ces derniers temps, en envoyant en France ses ministres les plus dis^ tingués pour engager à la paix le roi trèschrétien parles plus puissantes exhortations. Mais d'un autre côté Verallo se plaignit que l'empereur avait publié une explication du décret de Ratisbonne, qui était favorable aux luthériens, et entretenait leur audace à spolier les Eglises ; et il pressa Ferdinand d'en procurer la révocation. Celui-cî , qui à cette époque avait plus que jamais besoin des se-r cours réunisdetous les Allemands, s'esquiva en disant qu'il respectait, comme pleines de prudence, toutes les décisions de l'empereur, son seigneur et frère; qu'en conséquence il fallait traiter immédiatement de cette affaire avec Sa Majesté ; et c'est ainsi qu'il sut recouvrir les dehors odieux d'un refus du masque agréable du respect et de la modestie.

12, Le nonce demanda ensuite au roi si dans la prochaine diète de Spire on parlerait des affaires de religion. Il répondit que ce ne serait pas là le principal objet ; mais qu'on pourrait en parler à l'occasion de la réponse que le pape devait y faire parvenir sur trois points divers, savoir : la célébration du concile en Allemagne, la réforme des ecclésiastiques de ces contrées et la promesse de contribuer au secours contre les Turcs ; objets qui tous trois, ou du moins les deux premiers, concernaient la religion. Ici ils en vinrent à parler sur le lieu du concile : or le roi, tout préoccupé du désir de complaire aux Allemands, s'échauffait à prouver qu'il devait se tenir en Allemagne, bien qu'il sût par les lettres de Granvelle que l'empereur ne s'était pas arrêté à cette demande. Il soutenait que si le pape accordait cela, il confondrait ainsi les calomnies des luthériens. Il est nécessaire, disait- il, que le médecin visite le malade qu'il doit guérir; et puisque le concile est le médecin qui doit guérir les maux de l'Allemagne, il convient que le concile vienne la visiter.

13. Le nonce fit la réplique suivante : On ne devait plus songeràcontenter les luthériens, qui tant de fois avaient déclaré qu'ils ne voulaient d'un concile ni dépendant du pape, ni composé d'évêques qui lui fussent soumis. Les catholiques d'Allemagne pour la plupart ne refusaient pas le concile tenu ailleurs. Les autres nations demandaient qu'il se tînt dans un endroit neutre ; et toutes avaient des maux dont la guérison réclamait ce bain salutaire. Or puisque la comparaison lui était fournie par Sa Majesté, il pensait ne pas lui déplaire, s'il la soumettait à l'examen et en faisait l'application en détail : les malades ici, c'étaient les hommes, et non les murs, ni les chemins. Or, les médecins ne visitent que les malades qui ont confiance en eux, et qui ne peuvent marcher pour aller les trouver. Mais les malades qui demandaient le concile en Allemagne , étaient précisément des gens qui repoussaient comme un poison les recettes du médecin qui serait appelé vers eux, c^est-à-dire du concile légitime; et d'ailleurs, s'ils le voulaient, ils avaient des jambes pour venir en un lieu où se rendraient de toute part les malades qui désireraient sincèrement être traités par ce médecin. Le concile serait comme une consultation, dans laquelle les médecins assemblés, tels que les prélats ayant voix délibérative, ou les théologiens et canonistes ayant voix consultative , auraient déjà vu et traité le malade , et pourraient faire leur rapport aux autres, qui d'ailleurs ne manquaient pas de renseignements sur des maux trop faciles à constater même de loin. Il conclut en disant que le nonce Morone arriverait bientôt, et qu il apporterait là-dessus des réponses plus précises. Verallo parla ainsi, soit pour tempérer ce qu'il y aurait de trop brusque dans la contradiction, en laissant l'efl^et de son discours comme suspendu, et en évitant d'opposer un refus définitif; soit pour décliner la note de témérité , et l'odieux du rôle d'adversaire, dans le cas oti le pape enverrait par l'organe d'un autre nonce des messages plus favorables.

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