CHAPITRE XVII
Nonciature de Morone à la diète de Spire. — Instructions qui lui sont données. — On s'arrête à la résolution de célébrer le concile,à Trente, — // est publié.
1. Morone effectivement ne tarda pas à partir de Rome pour cette destination (1).
(1) Il reçut ses commissions le 9 janvier 1542. Celle pièce se trouve dans les archives du Vatican (a).
(a) Monseigneur Mansi (Ad Bal. M. IV. p. 460) a publié une instruction donnée à Morone , le 24 novembre 1S42. Certainement, il y a erreur sur l'année , comme on le voit évidemment par ce qui est rapporté la-dessus par notre historien. C'était 1541 qu'il fallait dire. Mais connueut concilier ces deux choses : que riiislruclion fut donnée le 9 janvier 1542, et en même teni|,s, pour s'en tenir nu manuscrit de Mansi, qu'elle fut remise le 24 novembre de l'année précédente? J'observe une grande différence entre l'instruction rapportée par Mansi, et celle dont notre
Ses instructions touchant les affaires d'Allemagne furent ou concertées avec l'empereur à Lucques, ou discutées auprès du comte Nogarolo, ambassadeur de Ferdinand auprès^ du pape. Elles avaient pour objet, en premier lieu, le chapitre de la réforme. On lui avaiÇ remis à cet égard une copie de ce qui avait, été réglé par le légat à Ratisbonne, et on ajoutait que la brièveté de son séjour dans ces contrées l'avait empêché de pour-| voir à l'exécuiion; en conséquence le noncel aurait à s'en occuper avec les évéques d'Allemagne , mais de manière à se présenter comme le coopérateur du zèle de ces princes ecclésiastiques, plutôt que comme le censeur de leur négligence à maintenir la bonne discipline. Le pape savait bien qu'il est des plantes rares dont il faut cueillir les fruits d'un doigt délicat, comme une offrande spontanée , et que ce sont seulement les plantes les plus vulgaires dont on abat les fruils avec des perches, comme un tribut arraché de force.
2. Il ajoutait que comme le propre de la nature terrestre était de tendre toujours vers le bas, et qu'il convenait de la relever de temps en temps , il entendait que la réforme se fît aussi en Italie et dans les autres pays chrétiens ; parce que sans celle déclaration la réforme aurait été insupportable au clergé allemand , qui y aurait vu ou l'effet d'une sévérité exceptionnelle , ou l'imputation d'un relâchement particulier.
3. Un autre chapitre du mémoire donné au nonce concernait l'accession du pape à la nouvelle ligue catholique , telle qu'elle avait été résolue à Ratisbonne ; et il lui était enjoint de répondre , premièrement : qu'il y avait dans certain écrit de Ratisbonne des paroles qui répugnaient à la dignité pontificale ; et que pour cela il ne convenait pas au pape d'y donner son approbation. Ces paroles , autant que je puis le conclure d'une instruction [dans les ma-nuscrits des Borghèse) que plus tard Ferdinand donna aux ambassadeurs qu'il envoyait à Rome à l'occasion de ce traité, se trouvaient dans !e décret de clôture de Ratisbonne, car ce décret contenait divers règlements sur des matières qui rentraient dans les attributions elle pouvoir du pape. A cet égard on imagina un expédient (1) : c'est que l'empereuretle roi des Romains, par leurs lettres au pape, déclareraient qu'ils n'avaient nullementprétendu par la teneur decedécret porter aucune atteinte à la prééminence pontificale.
k. En outre, le pape s'excusait de contribuer selon la quotité qui lui était assignée, exactement égale à celle de l'empereur et de son frère. Or ceux-ci avaient des Etats et un
(1) Ceci se trouve dans rinslruclion précitée, donnée par le roi Ferdinand.
historien rend compte ; en sorte qu'on pourrait dire que Morone, désigné comme nonce, aurait reçu tout d'ahord son instruction, le 24 novembre; mais qu'ensuite, d'après des observations survenues, on l'anrjit modilié le 9 janvier suivant, et on lui aurait duuné la forme dont parle loi PallavicJni.
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Irésor incomparablement pliis considérables là les divers points de Gonlroverse, parceque
que lui, et dans celle ligue ils défendaient ce serait souffler le feu, et les exposer à
Iciur bien propre, tandis que lui n'y entrait passer d'un débat oral à un débat satiglànt.
liuè comme chef de l'Eglise universelle. En Le pape ne demandait pas mieux que d'avoir
conséquence il offrait sa conti'ibution, non toute espèce d'égards pour les intérêts de
pour le quart de la lolalité, comme on le celte nation ; et c'était pour cela qu'il ap-
îiii demandait, mais pour un sixième, et par prouvait en premier lieu Mantoue, autrefois
Iconséquent pour un tiers de moins que la agréée par l'empereur et si rapprochée de
demande. l'Allemagne, tant par sa situation, que par
5. Venait ensuite l'arlicle du secours à ses liens politiques. Outre celle-là, parcfe fournir à l'Allemagne contre le Turc. Là- qu'il pouvait arriver que les luleurs du duc, dessus il disait qu'il ne pouvait aller au delà alors mineur, ne voulussent pas prendre sur dé ce que Granveîle avait demandé de vive eux de l'accorder, il proposait en second lieu voix : c'était de solder cinq mille hommes Ferrare , qui par l'étendue de son enceinte, [Beaucaire^ livreWlll, num. 9) si l'empereur par la fertilité du sol , et par la proximité du conduisait l'armée en personne, et deux grand fleuve, était celle qui offrait le plus de raille cinq cents, si elle était commatulée par commodités de toutes celles qui se trouvaient un autre, dans le cas néanmoins où les situées entre les Alpes et l'Apennin. Mais troupes des Turcs rl'infesteraient pas les comme cette ville n'était pas inimédiatement côtes de là haute bu de la basse Italie, et ne soumise à sa domination, et qu'il n'avait pas le forceraient pas ainsi à concentrer toutes voulu en faire la demande au duc Hercule^ ses forces pour résister à un choc si redoU- sans être assuré d'abord qu'elle serait au table. A cet égard le pape dans l'exécution goût des Allemands, il ne pouvait l'offrir que dépassa de beaucoup ses promesses {Beau- sous la condition que le seigneur immédiat taire, à rendrait cité) : en efl'et, quoique y consentirait. Parmi les villes qui lui apl'armée ne fût pas commandée par Tempe- partenaient, il désignait les deux qui avaient reur, mais par l'électeur de Brandebourg, il été préférées autrefois. Plaisance et Bologne, envoya trois mille fantassins sous Paul Vi- 7. C'est avec ces ordres que Morpne arritelli, et six cents cavaliers, sous Sforza Pal- va à la diète de Spire, qui s'ouvrit à l'entrée lavicino. de février. Et le 14 de ce mois (1) on y en- Or, comme à cette occasion le roi l'avait tendit François Olivier^ chancelier d'Alen-
prié de traiter les protestants avec tant de Çon, orateur du roi François 1er. i\ s'étendit
douceur qu'ils fussent attirés à entrer pour tVabord sur les bonnes dispositions de son
leur part dans cotte ehtreprise, le pape dé- prince pour les Allemands, dispositions dont
clarait qu'il avait peine à croire, que soit ca- il leur avait toujours donné des preuves
tholiques, soit protestants, eussent besoin effectives ; et, sans parler des preuves plus
d'être attirés dès qu'il s'agiésait de coopérer ahcieiines, il dit que lout récemment encore
au salut commun. Toutefois il trouvait bon le roi, par une suite de cette bienveillance,
qu'envers les luthériens On manifestât des et sur la seule nouvelle que Soliman mena-
inlentions toutes charitables et jamais hos- çait d'attaquer la Hongrie, avait envoyé ses
tiîes, pourvu qu'on ne Ht aucune brèche à agents Vers lui pour l'en détourner; que
la puissance que le Christ lui avait donnée ceux-ci avaient été pris et peut-être tués
en garde, et qu'on ne mollît point en ma- par les impériaux, et qu'on avait ensuite
tière de dispenses, puisqu'on était à la veille répandu IC bruit que le roi les envoyait
d'Un concile , auquel il appartiendrait de les dans un dessein tout contraire. Or cepen-
acfcoHer ou de les fefuser. dant Sa Majesté pouvait justifier de ses in-
6. L'instruction passait alors à la question tentions par divers écrits, et par le mémoire du Concile, et le pape y suggérait au nonce même que les impériaux devaient avoir Ironies deux raisons les ïmeux appropriées poUr vé sur ses agents. Irritei* le Turc dans le décider les Allemands à consentir qu'il fût moment actuel, ne lui paraissait pas un parti célébré hors de leur pays. La première était sage, vu la puissance du sultan, l'insuccès qu'il se proposait d'y assister, ou du moins des entreprises tentées précédemment contre il voulait pouvoir s'y rendre pi^niptement lui par les chrétiens, et les démêlés présents au besoin. Or Son grand âge et sia coni- qui les divisaient entre eux. D'ailleurs la nioplexion si faible devaient lui faire redouter, bilité des Hongrois, qui sduvent appeldient 2oit les fatigues du voyage, soit le climat de les Allemands contre les Turcs, et tout aussi l'Allemagne; fet afin que cette raison cortser- souvent les Turcs contre les Allemands, ne vât toute sa force, il «e voulut pds désigner tncritàit pas que, pour leurs intérêts , l'Ailepour lors Cambrai, ni aueUne autre ville magne se mît serts dessus dessous el avantuéloignée de l'Italie, et hors de rAlIemagnc; rat son existence, lorsque personne ne car du reste il n'avait par lui même aucun venait troubler son repos. Il lui semblait éloignement pour aucune de ces villes, ainsi qu'il serait bien plus prudent de S'â|3pliquer ijuenous l'avons fait remarquer dans les né- à pacifier les discordes civiles , et d^atlendte jgociations d'Ardinghelli auprès du roi Fran- des circonstances plus favorables pour tenter jçois ïer. (les entreprises à l'élrarigefi l
\..w f ''''"^^ T^*'?'? /ut que, dans ces con- ^^ g,^.,^^ ^ Tannée 1542. Beaucaire, liV. XXIII,
|trees, les esprits s etaipnt,de part et d autre, ^Yei 9. Le discours de rambassadeur français^ et
icxcessiyement échaufl'es a Id dispute, et le déiail de lout ce qui s'est passé dans celle dièle, se
.qu ainsi il deviendrait dangereux de discuter irouveni dans un Volume des arclijyeâ du Vallàh,
^81 LIVRE CINQUIEME. i)S^l
8. Laharangue dOlivier no fut pasécou- . toutes les nations , et par conséquent propre
semblait que ce fût une grande ignominie armes des Turcs. Mais il était obligé de dispourle nom allemand d'abandonner en proie simuler cette inclination pour faire valoir la iau Turc un royaume chrétien limitrophe et première raison que nous avons exposée plus féchu par droit légitime à un prince élu haut , et pour laquelle il excluait les villes pour héritier de la couronne impériale. Aussi d'Allemagne. En outre Cambrai ne paraissait cet orateur se détermina-t-il à partir avant pas assez commode et n'inspirait pas assez de la clôture de la diète confiance aux Allemands. La seconde était Un accueil plus favorable était réservé au Trente, à laquelle il ne manquait, pour ainsi nonce, qui fut introduit dans la diète le 23 dire, que le nom pour apartehir à l'AUemars (jffcawcmre e^ 5/adan , à l'endroit déjà magne; et le nonce s'apperçut que celle-ci cité). Les Allemands, ayant agréé le secours obtiendrait les suiïrages de l'assemblée. Par qu'il venait offrir pour la guerre contre les conséquent dans la diète, après avoir passé Turcs, et la suite de son discours l'ayant en revue les quatre autres que le pape juconduit à parler du concile , il exposa les geait convenables , après avoir encore parlé ' raisons majeures qui détournaient le pape de Cambrai , il proposa en dernier lieu de de choisir une des villes d'Allemagne; mais convoquer le concile à Trente, située au mipour choisir ailleurs j il fut obligé de renon- lieu des Alpes, voisine del'Adige, limitrophe de cer aux quatre villes qui lui étaient désignées l'Allemagne , et soumise à la haute dominadans l'instruction Cripportée ci-dessus. La tion de Ferdinand.
raison de ceci était qu'il avait appfis dans des 9. La diète répondit que s'il était impos-
conversations particulières que les trois der- sible d'obtenir le concile en Allemagne, on
nières villes étant soumises, ou à titre de l'accepterait à Trente. Mais les luthériens
fief ou à titre de domaine direct, à la domina- firent leurs protestations séparées, tant contre
tion du pape, devenaient suspectes; et quant le choix d'une ville d'Italie, que contre la
à Mantoue, l'offre en paraissait inutile, parce présidence du pape.
qu'on pouvait bien penser que les tuteurs On délibéra pour savoir si on le convo-
du duc ne prendraient pas sur eux d'accor- querait pour le treize août ; mais ensuite cet
der ce que son père avait refusé; d'ailleurs intervalle parut trop court. Ainsi, après qu'on
la dépendance où le cardinal de Mantoue se eut délibéré sur ce sujet [les 5, 12 et 2'2mai,
trouvait par rapport à Rome et qui avait été d'après les Actes consistoriaux) et sur la teneitr
objectée d'autres fois , semblait mériter plus de la bulle dans trois consistoires, la rédac-
d'attention maintenant que le bas âge du tion de la bulle fut enfin arrêtée dans le con-
prince son neveu lui donnait plus d'autorité. sistoire du 22 mai, et signée le même jour ;
Aussi Morone avait-il obtenu du pape (lef/re elle fut publiée dans la solennité du prince
de Farnèse à Poggio, nonce auprès de Vempe- des apôtres, dont les luthériens contestaient
rewr, 27 mars 154-2) une nouvelle autorisation la prééminence ; et le concile fut convoqué
pour proposer deux autres villes. La pre- pour le jour de la fête de tous les saints ,
mière était Cambrai , dont nous avons déjà jour auquel était née vingt-cinq ans aupara-
dit quelque chose : le pape inclinait beaucoup vaut cette même hérésie de Luther , pour
pour cette ville, parce qu'elle était plusse- l'extinction de laquelle se réunissait cette
parée de l'Allemagne , plus indifférente à sainte assemblée.
ARGUMENT. ^t nouveauoo légats qui se rendent à Trente,
— Ordonnance du vice-roi de Naples adres- Légats envoyés à Trente pour diriger le sée aux évêques de ce royaume concernant concile. — Leurs instructions. — Nuages éle- leur assistance au concile, et le droit d'y vés entre le pape et l'empereur. — Entrevue et voter. — Bulle du pape en sens contraire, négociation entre eux à Busseto. — Continua- — Autre légation du cardinal Farnèse auprès tion de la guerre entre Charles V et Fran- de l'empereur'. — Commission donnée aux pois 1er. — Arrivée et démarche des orateurs légats d'ouvrir le concile le 3 de mai, non de l'empereur à Trente. — Suspension du exécutée, et pourquoi. — Négociations du carconcile. — Nouvelle légation du cardinal Far- dinal Farnèse auprès de l'empereur touchant le nèse auprès des deux princes pour la paix, concile et la guerre avec les protestants ; suite mais sans résultat. -^ Diète de Spire, et dé- de ces négociations qui se continuent à Rome cret de clôture préjudiciable à la religion. — -^Divers événements à Trente. — Décret de Lettre à ce sujet, dans laquelle le pape exprime clôture de la nouvelle diète de Wormsi -^ à l'empereur son mécontentement; effet de Mort du duc d'Orléans, qui rend problématicette lettre. — Paix entre l'empereur et le roi que la durée de la paix. — Résolution d'ouvrir de France*— Nouvelle convocation du concile, le concile le 13 décembre, — Difficulté d'y re-
tenir les prélats français. — Voiiverture a îieUy cérémonies qui raccompagnent. — Discours solennel prononcé en cette circonstance par frère Corneille Musso, évêque de Bitonte. — Défense de ce discours contre les calomnies de Soave,
:hapitre I.
Apologies contraires de Vempereur et du roi de France^ à l'occasion de la bulle promut^ guée touchant le concile. — Promotion faite par le pape. — Légats envoyés à Trente, et leurs instructions.
1. La bulle qui convoquait le concile parlait avec une égale conflance et un égal honneur de l'empereur et du roi François 1er, Mais il était arrivé que le roi, pour venger la mort de ses messagers, avait ouvertement commencé les hostilités contre l'empereur en Piémont, sur les frontières de la Flandre et sur celles d'Espagne ; en même temps il envoyait en ambassade à Constantinople Antoine Polin, pour engager Soliman à conspirer avec lui la perte de l'empereur.
L'indignation que causait à l'empereur cette nouvelje injure faisait qu'il regardait comme ses ennemis ceux qui n'étaient pas hostiles à son rival; et en particulier il prenait à offense cette égalité d'affections exprimée par le pape. C'est en effet l'ordinaire que les princes attribuent au souverain pontife une grande autorité , et par conséquent une grande obligation d'en faire usage, quand ils croient leur cause mieux appuyée par la raison que par la force. De même aussi que dans de pareilles circonstances il est ordinaire à tous les hommes d'exalter la juridiction et de requérir la sévérité des magistrats, que dans tout autre état de cause on déclinerait comme incompétents, ou qu'on accuserait de violence.
2. L'empereur écrivit donc au pape (Foî/e^ Beaucaire, livre XIII, depuis len. 24 jusqu'au n. 28) , en se plaignant de voir le roi de France mis de niveau avec lui. Et cependant, lui, il avait toujours servi en bon fils le père de la famille chrétienne, en la défendant contre les Turcs, et par terre et par mer, au prix de toute sorte de sacrifices, de désastres, et de dangers pour sa propre vie, et en déployant tous ses efforts pour étouffer l'hérésie en Allemagne ; au lieu que François 1", comme le fils prodigue, dissipant en entreprises ambitieuses et en plaisirs déshonnêtes la part de puissance qui lui était échue, avait appelé, ou appelait même en ce moment les armes ottomanes à la dévastation des pays chrétiens , en même temps qu'il n'épargnait ni argent ni instigations pour entretenir l'opiniâtreté des protestants ; et enfin, sous le prétexte étudié d'outrages reçus en la personne d'agents qui voyageaient avec toutes les apparences, non d'ambassadeurs, mais d'espions, il violait la trêve conclue avec la médiation du pape, et retenait prisonnier un archevêque qui n'était pour rien dans l'affaire.