CHAPITRE XVL
Instruction envoyée aux légats à V occasion de l'ouverture du concile, et difficultés de retenir les Français,
1. On manda aux légats [Lettre du cardinal Farnèse, du 13 octobre) que le pape ferait bientôt une promotion, et elle eut lieu en effet , soit pour complaire aux princes et principalement à l'empereur, au sujet de l'évêque de Jaen qui pour lors se trouvait au concile, et dont la promotion retardée (1) avoit provoqué les plaintes amères dont il a été parlé plus haut; soit pour détruire une croyance! populaire peu honorable à l'autorité pontificale, savoir que dans le temps du
lir ; soit parce que ce dïinanche est connu dans l'Eglise sous un nom qui exprime la joie et qui est tiré de la première parole qu'on chante à la messe ; de même qu'une dénoihination analogue sert à désigner le quatrième dimanche de carême, jour auquel l'ouverture avait été fixée dans la bulle de convocation. A cette occasion, un bref parti-
cém^re 1545), afin de le consigner dans les actes du concile, soit pour donner plus de solennité à la cérémonie de l'ouverture, soit pour témoigner que ni l'ajournement n'avait été coupable de leur part, ni l'ouverture fortuite. 14 fut en même temps décidé [Lettre du cardinal Farnèse aux légats, du dernier jour
(1) Donné le 4 décembre 1545. Voir là-dessus une leure du cardinal Fnriièse aux léi^alSjdu 7 décembre, citée dans une autre du 16.^ 'Z,^.-.
cembre, lendemain de V ouverture).
D'après cette instruction, les points de religion seraient toujours les premiers qu'on traiterait, nonobstant la demande contraire de qui que ce fût.
Dans ces matières on condamnerait, non les personnes, mais les doctrines; et cela pour plus de brièveté ; parce qu'on éviterait
1 des jugements et la preuve
temps on montrait par là plus de mansuétude, et on laissait chacun libre de comparaître pour se disculper.
Cette condamnation porterait, non-seulement sur les propositions générales, maiî» aussi sur les propositions particulières, qui circulaient alors de vive voix et par écrit et
(1) Lettre deslégnîs à Bernnrdin Rhjffei, sccrélairo du pape, sous la da;e du 19 décembre 15iS.
{^) Lettre du cardinal Faniè^e aux lé§:\ls, du dcr* nier jour de l'an 1545.
qui étaient le fondement des nouvelles hé- étaient, par abus d'autorité, aux prélats parj,^gjpg ticuliers celle part de juridiction qji'il con-
server pour la fin ; et on avertirait même par ceux dont le regard s'étend sur un i^tit (i avance qu'on y mettrait la main dès que le nombre d'objets, que par ceux qui no peuconcile aurait commencé la procédure tou- vent écouler que d'une oreille distraite par chant son objet principal. mille autres soins. Au con'raire, maintenir En ce qui concernerait Rome, on écoute- avec une intrépidité vigilante la souveraine rail volontiers les griefs élevés contre elle, autoritédans le pontificat est, à mon avis, tout ainsi que les conseils, soit des prélats, soit ce que peut faire de plus honorable la polides provinces; non que ce fût au concile à y tique vertueuse, parce qu'il n'est aucun peupourvoir, mais parce que le pape, en s'éclai- pie dont il soit plus louable de procurer le rant ainsi, pourrait plus sûrement aviser au bien général, que le peuple le plus cher et le remèJe, comme il avait intention de faire. plus fidèle à Dieu : et rien n'est plus dans les Les lettres elles autres pièces rédigées au in éréls, soit de ce peuple, soit de tout autre, nom du concile porteraient aussi le nom des qne la meilleure forme de gouvernement. Or, trois légats comme présidents, et du pape la monarchie étant la meilleure forme de goucomme représenté par eux, de manière qu'il vcrnement spirituel entre les chrétiens , parût, non-seulement l'avoir convo(}ué pré- comme il a été montré ailleurs {clans le cliseédemment, mais en être toujours le chef, et cours d'Aléandre à la diète de Worms, livre V) ; on y apposerait le sceau des trois légais, ou nul soin, si vous en exceptez la propagalion au moins celui du premier. du cuite divin, n'est plus digne du zèie d'un Lorsqu'ils n'auraient pas reçu des ordres pape, que le maintien en son entier de celte contraires, ils conduiraient lés procédures, monarchie. Après tout, cette sollicitude lui dans le concile, avec la plus grande célérité, rapporte beaucoup d'épines et peu de fruits; pour employer le temps avec fruit et pour elle lui vaut à lui des fatigues et des luîtes éviter les calomnies que leur attirerait la len- pénibles, à ses parents l'héritage d*une re- {(^nf, doi^table malveillance ; et tout l'avantage qui Ils auraient le pouvoir d'accorder quel- lui en reste, c'est le plaisir d'exercer dans sa ^ues indulgences, mais de telle sorte qu'elles décrépitude une autorité qui n'est que de ne seraient pas accordées au nom du con- quelques années ; après quoi, il faut qu'il cile, à qui l'exercice d'un tel pouvoir n'ap- transmette cette autorité à tel homme qui partenait point. s'intéresse bien peu à son nom et à sa la- 3. Il paraîtra peut-être à quelques-uns que mille. Assurément celle monarchie spiridans ces ordres perce une politique jalousft tuelle n'aurait pas de plus grand danger à du pape à maintenir et à constater sa préémi^ craindre que l'ambition d'un concile cornence sur le concile. Mais les hommes vui • rompu. Ce serait là pour elle un adversaire gaircs prennent parfois le change sur les qui, à la force qui lui est propre, réunirait choses mêmes, par un effet de l'équivoque trois armes redoutables : d'abord l'ascendant dans les paroles, ce qui est la source de la qni lui donnerait i'aulorilé et la multitude plupart des sophismes, comme remarque le des conspirateurs; ensuite l'apparence du philosophe {Aristote, au commencement des droit que certains docteurs sauraient habile- Elenchus); ainsi, dans ce mot politique, ment colorer ; et enfin l'opinion vulgaire qui ils ne savent pas faire la distinction enlrc la n'est qu'une interprétation sophistique du " "' "' . - . pouvoir qu'ont réellement les conciles sur les
papes dans cerlains cas; il est effectivement des cas dans lesquels tout monarque doit né-
cherche du bien commun! qui est le plus cessairement se soumettre à la juridiction de
noble de tous les biens, et la politique fausse, plusieurs. Ces cas se présenîent, ou lorsqu'il
ainsi nommée par un abus du langage, la- y a doute sur celui des compétiteurs qui a
quelle est le plus détestable des vices, comme droit à la monarchie ; ou lorsqu'il est qucs-
conlraire à ce bien si excellent : celle-ci me- tion de déposer le monarque pour quelque
sure le gouvernement des peuples à l'utilité grand crime, qui, dans l'espèce, ne peut être
particulière d'un seul homme, et elle les tient que l'hérésie. Ainsi donc , comme les p»'^pes
dans la misère pour que ce seul homme ait agiront saintement quand ils suivront les
toutes les jouissances; telle e^t la politique avis, et qu'ils observeront les constitutions
du gouvernement turc. ^ ^ des conciles réguliers , lesquels sont le grand
k. Les papes se rendraient coupables de sénat dont, par institution apostolique, ils
pai
peau, et cela, pour obtenir l'agrandissement défendre le siège qui leur est confie, contre
ou la stabilité de leurs familles. Ils se ren- toute usurpation et contre tout préjudice
di aient coupables également , si , avides dont le menacerait l'arrogance d'ui\ coaciie
^'exercer une plus grande puissance ^ \l§ ^n^irçhicjue,
1077 LIVRE CINQUIEME. iÔ7S
5. Rentrons dans notre sujet. Les évêques enjoignait aux prélats de rester en vertu
de toute naMon étaient transportés de joie ; de la sainte obéissance , la conclusion fut
( Deux lettres des légats au card. Farnese, du que des trois évêques français qui étaient à
16 novembre, et une du dernier de ce mois) Trente, il ne partit que leur chef ijui était
Touvcrtui^e de ce concile , qui devait les con- celui de Rennes; l'archevêque d'Aix resta , et
stituer les arbitres de l'Eglise, ne leur appa- l'évéque d'Agde sortit de Trente, se mon-
raissait plus dans une perspective éloignée et trant dispo-é à se mettre en route , à n^.oins
douteuse; elle était désormais assurée et déjà que, par un courrier spécial, le roi ne rélrac-
comme présente à leurs yeux; mais il est tât ses volontés, lorsqu'il aurait la certitude
certains esprits qui s'imaginent que c'est le de la prochaijie ouverture. Du resle, le roi
propre d'une haute prudence de révoquer de France trouva bon que ces deux prélats
toujours en doute ce qui est affirmé par d'au- fussent restés. Celle nouvelle ayant été reçue
1res et revêtu de toutes les apparences de la veille de l'ouverture , fit que le lendemain
probabilité. Les gens de celle trempe per- tout le monde se rendit à la cérémonie avec
sistaient dans l'opinion que tout cela n'était une joie plus sincère. On n'avait plus à re-
que parade et ficlion pure. Les ministres de gretter l'honorable concours d'une nation
l'empereur, qui ne doutaient plus de la réa- également noble, pieuse et éclairée. C'est en
lité, éprouvaient plus de surprise que de joie : effet par une sorte d'instinct de la nature
l'empereur, effectivement, qui ne trouvait que nous augurons, d'après la bonne ou
pas son compte dans l'ouverture du concile, mauvaise condition du coinmcncement, le
y avait consenti avec d'autant plus de faci- succès futur ou l'insuccès de toute l'entre-
lité, qu'il avait espéré se décharger des accu- prise, car le commencement de l'entreprise
sations publiques, sans avoir à subir les em- en est comme la source, et la qualité de la
barras que le concile devait lui causer, et il source détermine toujours celle du ruis-
ne pouvait se persuader que le pape, sans y seau, être contraint, consentît à ériger un tribunal,
qui seul pouvait porter ombrage à sa puis- CHAPITRE XVIL sance ecclésiastique.
6. Mais il survint un incident, source de Ouverture du concile, — Nombreuses erreurs
nouvelle sollicitude. Les prélats français re- de Soave dans cette relation, curent ordre du roi de s'en retourner, parce
qu'on voyait que leur absence hors de leurs 1. Dans le récit de ces commencements,
docèses devenait inutile, et que le concile ne Soave, comme sous l'influence des fâcheux
s'annonçait en aucune sorte comme devant augures dont nous parlions tout à l'heure,
sortirdei'inactionetde l'obscurité. Les légats tombe dans tant d'erreurs, même tout à fait
s'opposèrent de tout leur pouvoir à ce départ inutiles à l'intention de son livre, qu'on est
en leur montrant que le changement des cir- forcé de reconnaître en lui et une grande di-
constances non-seulement permettait, mais sette de renseignements, et une grande har-
sûr pour eux qu'une obéissance ponctuelle traduction, afin de représenter l'auteur [Lettres des légats au card. Farnèse, du 2Q no' comme moins infidèle dans le récit. Ainsi vcmbre). Les Espagnols, par suite de la pro- comme la réfutation d'une assertion fausse pension de ces deux peuples à se mettre en est la démonstration de l'assertion contraopposition dans toutes leurs entreprises, près- dictoire, il me suffira, pour donner un récit saient les légats , quoique ceux-ci n'eussent véridique, d'énumérer et de réluter les erpas besoin d'être pressés là-dessus, de s'op- reurs de cet historien.
poser à ce départ. Granvelle [Lettre des deux 2. Commençons par l'erreur qui est la prononces d\invers aux légats , le ler décembre mière dans l'ordre du récit, quoique de très- 1545) dès qu'il eut connaissance d'une pa- peu d'importance. Il dit que l'ordre d'ouvrir reille nouveauté, voulant l'incriminer au- le concile le 13 décembre fut d'abord délibéré près des deux nonces comme contraire aux et arrêté avec les cardinaux, et ensuite précédentes déclarations du roi de France , adressé aux légats par le cardinal Farnèse, mit au jour l'article i'du traité de paix par le- le dernier jour d'octobre. Or moi qui ai vu quel François avait obligé l'empereur à con- et les actes du consistoire ef la lettre citée, je courir à l'oeuvre du concile , et ainsi Gran- puis certifier premièrement qu'il n'y a pas un velle ne s'apercevait pas, dans la chaleur de mot de cela; mais il y est dit seulement que son animosité , qu'il venait contredire une le pape voulait positivement qu'on procédât déclaration faite par Tempereur dans la diète, à cet acte avant Noël ; secondement que la savoir que le roi n'avait consenti au concile, fixation du jour précis ne fut pas arrèlée que grâct à ses instances. avec les cardinaux avant le 6 novembre, et
7. Après beaucoup d'efforts et de protesta- fut adressée aux légats le jour suivant, lions de la part des légats, qui faisaient 3. Il ajoute que le bref de l'ouverture étant
mine [Lettre des légeits au card. Farnèse des arrivé le onze décembre, on ordonna le len-
16 novembre et 2 déc. 15't5) de vouloir pro- demain un jeûne pour ce même jour qui
céder à une défense juridique en vertu d'un était la veille de la solennité projetée. Quelle
breï {donné le 25 novembre ISi-S] du pape (jui go|tise ce serait, pour ordonner un jeftae,
HISTOIRE DU CUiNClLE m TRENTE.
d'attendre au jour même pour lequel il est ordonné , à moins qu'un ange ne vînt révéler qu'avant la publication du jeûne personne, ce jour-là, ne dût avoir mangé ni plus d'une fois, ni des mets contrairx^s au jeûne ! La publication d'un jeûne à observer le 12 décembre, fut donc faite le 11 , jour de l'arrivée du bref (1) ; et avec le jeûne furent ordonnées aussi des processions et des prières publiques pour invoquer l'assistance du Saint-Esprit.
4. 11 affirme que dans la congrégation générale tenue la veille de l'ouverture du concile, l'évêque d'Astorga demanda qu'on lût ce jour-îà le bref de la légation; mais que le cardinal Gervini craignant que les pouvoirs, quand on les publierait, ne parussent susceptibles de quelque limitation, répondit que dans le concile ils n'étaient tous qu'un seul corps , et que par conséquent s'il était nécessaire de lire les pouvoirs des légats, il fallait aussi lire ceux de chaque évêque, c'est-àdire la bulle de l'institution de chaque évoque faite légitimement par le siège apostolique ; formalité qui, soit pour ceux qui étaient déjà venus, soit pour ceux qui surviendraient, emporterait un temps infini. Cet incident n'eut pas d'autre suite, et la légation conserva sa dignité, qui consistait à n'être renfermée dans la circonscription d'aucune limite.
C'est là un amas d'erreurs. Ce ne fut pas l'évêque d'Astorga qui fit cette proposition, mais l'évêque de Jaen. 11 ne demanda pas que cette vérification se fît ce jour-là, mais dans'la prochaine séance. La proposition ne fut pas rejetée, mais acceptée en partie, comme nous verrons, puisque l'évêque de Feltri fut désigné pour la lecture solennelle du bref et en même temps de la bulle de convocation. La chose arriva donc ainsi qu'il suit. L'évêque de Jaen ayant demandé que le lendemain on lût les bulles et les brefs sur lesquels devait s'appuyer l'autorité du concile et des légats, ceux-ci répondirent, avec l'approbation de la majorité, qu'il suffisait du bref déjà lu dans cette assemblée, lequel enjoignait à ces cardinaux, comme légats, d'ouvrir le concile tel jour; et comme l'assemblée inclinait déjà pour ce sentiment, les légats afin de couper court à des discussions inutiles, ajoutèrent que s'ils avaient parlé contre la motion qu'on venait de faire, c'est que vu le nombre et la longueur de toutes ces pièces, on ne pouvait pas commodément les lire parmi les occupations de la solennité du lendemain; mais que pour satisfaire tout le monde, on pourrait lire la dernière bulle de la convocation à Trente, et le bref qui leur était personnel; ce qui fut ainsi réglé et ensuite mis à exécution.
Pour ce qui est de tenir les pouvoirs cachés, Soave n'était pas assez mal informé pour ignorer qu'il n'est pas nécessaire qu'un tel trésor soit représenté par un diamant
(1) Tout ce qui suit est prouvé parle journal de MassarelU, qui lui depuis secrétaire du concile , et par les acie^ conservés au châieau Saint-Ange.
d'une seule pièce ; mais qu'on a coutume de le diviser en plusieurs pièces de monnaies, dont chacune est mise en circulation au besoin, tandis que les autres sont retenues sous clef dans des coffres-forts.
5. 11 dit ensuite que dans cette solennité du treize, après un discours éloquent de l'évêque de Bitonto, on lut par ordre des légats une longue exhortation; qu'on lut ensuite les bulles du pape et le mandat de l'empereur], et qu'enfin les pères s'étant mis à genoux, le cardinal del Monte, premier légat, récita la prière selon le rite de l'Eglise.
Or il faut prendre le contre-pied de tout ce qu'il dit ici. La prière récitée par le légat ne fut pas le dernier acte, mais bien le premier de la séance, comme le prescrivent tous les rituels, et comme il s'était pratiqué dans les précédents conciles de Constance et de Bâle. La longue exhortation dont parle Soave, laquelle fut lue au nom des trois légats, et depuis imprimée, n'est pas de ce jour-là, mais bien du 7 janvier suivant, jour auquel se tint la première session. Une autre exhortation fut adressée aux pères du concile ce jour-là même; elle ne fut pas longue, mais très-courte ; elle ne fut pas lue par le ministère d'autrui, mais récitée de mémoire par le cardinal del Monte. Jusque-là néanmoins l'erreur de Soave n'est imputable qu'au défaut de renseignements véridiques. Une autre erreur que commet ici Soave est un vice de narration, en ce qu'il raconte que l'exhortation en question fut suivie de la lecture publique des brefs. Quel renversement d'ordre n'eût-ce pas é!é que les cardinaux exhortassent d'abord les pères avec l'autorité de légats, et vinssent ensuite constater authentiquement qu'ils étaient légals?
6. 11 rapporte que ce jour-là encore on lut le bref d'ouverture; ce qui ne se fit point ce jour-là, comme il avait été réglé, mais dans, la session suivante; et le retard, si je ne me trompe, fut calculé de la part des légals, qui désiraient {Lettre des légats au cardinal Farnèse, du ik- décembre 1345) que de ce bref on retranchât à Rome les paroles par lesquelles il était ordonné que le concile s'ouvrît et se continuât, selon la forme de la convocation, parce que, dans la bulle de convocation, les procureurs des évêques n'étaient pas exclus, comme ils le furent depuis par une constitution postérieure; il leur semblait donc que cette clause donnerait occasion de prétendre que celle prohibition était censée révoquée, et toutes choses replacées dans le premier état. C'est pour cela que le cardinal del Monte, quand il lut le bref dans la réunion qui précéda l'ouverture, omit ces paroles; et il n'eût pas été aussi facile de les omettre dans la lecture solennelle, parce que cette lecture devait être confiée à quelque autre. Mais la difficulté parut peu grave à Rome, et on ne jugea pas à propos de rien changer. Ainsi les légats, ayant reçu la réponse, firent lire le bref dans la première session.
7. Ayant occasion de raconter que l'am-" bassadeur Mendoza, retenu par l'état de sa santé à Venise, s'exco^a de son absence, et
1081 ?m / LIVRE CINQUIEME. -'^ .• -.^--■., ^^^^
fit présenter le mandat de l'empereur par cette solennité , pour montrer qu'il est bien Alphonse Zorilla, son secrétaire, Soave prèle informé ; mais il lui arrive tout le contraire , aux légats une réponse assez mal conçue; parce que dans ces menus détails il commet savoir: qu'ils excusaient l'absence de l'am- des méprises, et montre qu'il a été très-mal bassadeur, mais que, pour ce qui était du rt-nseigné. J'en donnerai un échantillon ; en mandat, ils auraient pu s'en tenir à ce qu'ils parlant de l'Evangile qui fut ce jour-là chanté avaient répondu quand il fut présenté la pre- par le diacre, il dit qu'il fut pris de ces pamière fois, et que néanmoins ils voulaient rôles de saint Mathieu : Si ton frère pèche bien, pour plus d'égards, le recevoir de nou- contre toi, reprends le seul à seul avec lui, veau, et V examiner, pour donner ensuite leur Mais en réalité on chanta celui de saint Luc , réponse. dans lequel est racontéerélection des soixante
Il n'y aurait eu dans une pareille réponse et douze disciples faite par Jésus-Christ, ni vérité, ni convenance; premièrement, Le lecteur peut voir si un tel amas de quelle plus grande marque d'égard pouvait-il faussetés dans une narration de si peu d'éy avoir à examiner de nouveau le mandat et tendue permet d'accorder à Soave je ne dis à y donner une nouvelle réponse, qu'à s'en pas l'autorité , mais la dénomination même tenir à la réponse déjà donnée, sauf le cas où d'historien. Et pour conserver son crédit, celle-ci aurait été peu respectueuse? D'ail- il ne lui suffit pas de répondre que de telles leurs, si l'autre fois, quand le mandat fut faussetés, vu qu'elles importaient peu à sa produit, il n'y avait à Trente qu'un seul cause, sont visiblement imputables non à la évéque, et si par conséquent il n'y avait pas fraude, mais à de mauvais renseignements; de concile, comment le concile auquel parlait parce que les savants {Gérard Vossius dansson Zorilla, et au nom duquel répondaient les EtxjmoloQicon linguœ latinx) veulent que le présidents, pouvait-il s'en référer à une ré- mot historien soit dérivé du mot istor, lequel ponse qui n'avait jamais été rendue par le dans le grec signifie un homme qui sait : or concile, et qui concernait une pièce dont il au savoir sont directement opposées Tignon'avait pas connaissance ? rance et l'erreur.
Ainsi, quoique d'une lettre des légats au 9. Les méprises de Soave sont suffisamcardinal Farnèse, sommairement et à la hâte ment relevées par le récit contraire, et ma le lendemain, Soave ait pu tirer des consé- tâche se réduit maintenant à exposer, une quences à l'appui d'une semblable persua- fois pour toutes, les cérémonies qui eurent sion, la vérité fut néanmoins que les légats lieu dans cette circonstance, donnèrent une réponse mieux appropriée, Les légats ainsi que les Pères s'étaient comme il paraît d'après les actes (1) ; et à d'abord revêtus de leurs habits pontificaux propos de ces actes, je dois dire que je ne les dans l'Eglise de la Trinité. Là, après avoir citerai pas continuellement, comme les autres chanté l'hymne d'invocation au Saint-Esprit, pièces, parce que je déclare ici, une fois pour ils se mirent en procession. Devant mar^ toutes, que j'ai trouvé là ce que je raconterai chaient les ordres réguliers , ensuite les chalouchant les matières qui s'y rapportent. La pitres collégiaux et le reste du clergé; après réponse des légats fut donc celle que voici : venaient les évêques , et enfin les légats,
suivis des ambassadeurs du roi des Romains. Ils se rendirent en cet ordre à la cathédrale qui est dédiée à saint Vigile. Là le premier légat officia solennellement, et accorda ensuite, au nom du pape, à tous ceux qui étaient présents une indulgence plénière , leur enjoignant de prier pour la paix et pour la concorde de l'Eglise. Ensuite un discours latin fut prononcé par Cornélius Musso , de Plaisance , frère mineur conventuel, et évéque de Bitonto ; après quoi le légat récita différentes prières selon le cérémonial, et bénit trois fois le concile entier. On chanta les litanies , et ensuite se succédèrent les autres actions rapportées ci-dessus. Lorsque tout fut terminé, les pères s'étant assis ,1e premier président leur demanda s'ils étaient d'avis que le concile fût déclaré ouvert ; et ensuite s'ils étaient d'avis que, vu les empêchements des fêtes prochaines, la première session eût lieu le lendemain de l'Epiphanie; et chacun répondit les deux fois par le mot que l'usage a consacré : placet. Alors Hercule Severoli , comme promoteur du concile, demanda que de tout ceci acte fût dressé. Enfin on chanta l'hymne attribué à saint Ambroise et à saint Augustin , par lequel nous avons coutume de louer Dieu pour quelque grâee reçue. Cela fait, tous les prélats se dépouillèrent de leurs
En ce qui les concernait eux-mêmes, ils s'en référaient à ce qu'ils avaient répondu l'autre fois; et quant au concile, le mandat serait examiné, selon que le demandaient les orateurs, et une réponse serait rendue.