LIVRE III, DOCUMENT CCXIX
« U serait difficile de trouver un autre ouvrage aussi contraire à la doctrine professée sur r autorité du Saint-Siège par toute r Église catholique^ la France seule exceptée. Sous le Pontificat de noire prédécesseur Clément XII, il fut question de le condamner ; mais on s'abstint de le faire par la double considération des égards dus à un homme tel que Bossuet, qui a si bien mérité de la religion, et de la crainte trop fondée d'exciter de nouveaux troubles. »
En disant la France seule exceptée, Benoit XIV parle de Técole gallicane ou du gallicanisme, et non de l'Épiscopat français, comme le prouvent les déclarations mêmes des assemblées du clergé de France. Or, le gallicanisme est actuellement réduit à un tel état, que la crainte de nouveaux troubles n'est plus fondée aujourd'hui. Et puis, le fait constaté de la publication de la Défense^ malgré la dernière volonté de Bossuet, préserve les œuvres immortelles de son génie de l'atteinte réservée à l'œuvre, abandonnée par lui-même, de sa faiblesse. L'opinion théologique contenue dans la déclaration de 1682 a donc été simplement soufferte par l'Église pour des motifs qui ont cessé d'exister.
2"* Le Concile du Vatican se taira-t-il sur cette opinion ou sur cette erreur? L'Esprit promis à l'Église enseignante par son divin Fondateur la dirigera dans cette circonstance; mais, s'il nous est permis de pressentir ce à quoi la portera cet Esprit de sagesse et de force, il nous semble que le Concile ne se taira pas. Et pourquoi ? Parce qu'à l'abri du silence solennel, du silence œcuménique et plein d'égards pour elle du premier Concile assemblé depuis 1682, l'opinion simplement soufferte jusqu'ici dans l'Église relèverait la tète, prendrait des forces nouvelles, et se poserait fièrement comme ayant droit au respect de tons.
N'est-ce pas justement pour qu'il en soit ainsi, que le gallicanisme d'État, absolutiste ou libéral, espère ce silence? Nous croyons donc que le Concile ne le gardera pas.
3® Sa parole, du reste, n'apportera pas le moindre obstacle au plein retour de ceitx des Orientaux et des protestants qui
aspirent à r unité. Pour les uns et pour les autres, toute la question de Funité se réduit à celle de la primaulé du successeur de Pierre. Ceux qui ne veulent pas le reconnaître comme juge suprême, ou jugfr en dernier ressort, des controverses en matière de foi, c'est-à-dire ceux qui ne veulent pas de son infaillibilité, sont uniquement ceux qui ne veulent pas de sa primauté.
Qui peut penser, cependant, à taire ou à cacher celle-ci ? Qui donc peut penser à taire ou à cacher celle-là?
La crainte de mettre obstacle au retour des grecs à Tunité catholique a-t-elle empêché le Concile de Florence de définir, comme point de foi, la' vérité révélée de la primauté des successeurs de Pierre? La même crainte n'empêchera donc pas le Concile du Vatican de déclarer que la primauté et rinfaillibilîté dans renseignement de la foi sont inséparables eu elles-mèmeSi comme elles le sont dans TÉcriture et la Tradition, et qù*en définissant Viine^ le Concile de Florence a défini r autre.
J'ai déjà rappelé que Jésus-Christ n'a rien affirmé avec autant d'amour et de richesse d'expression dans l'Évangile, que les deux dogmes qu'on peut appeler le cœur et la tête de son Église, le dogme de l'Eucharistie et le dogme de la souveraine puissance de Pierre. Ayons donc plus de confiance de ramener nos frères séparés au sein de leur mère par Tattrait supérieur des œuvres de Dieu. Ce n'est pas en voilant la première de ces œuvres ou le premier de ces dogmes, que l'Église ramène aujourd'hui tant d'âmes dans la protestante Angleterre; c'est, au contraire, en leur découvrant son cœur, le cœur du Dieu vivant dans ses tabernacles. Elle ne craindra donc pas non plus, soyez-en sûr, de déchirer le voile que bien tard, et dans de malheureuses circonstances, l'assemblée de 1682 a voulu lui jeter sur la tête. Oui, ce sera en faisant retentir le Tu es Petrus et ÏEgo rogavi pro te^ ut non deficiat fides tua^ avec le même éclat que V£go sum panis vivus, qui de cœlo ckscetidiy qu elle fera sentir à toutes les âmes qui cherchent Dieu, où sont dans leur plénitude les paroles de la vie éternelle : Verba vitœ œternœ. Je pense qu'après mûre réflexion, nos communs