‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 109 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCXIX

le Saint-Siège peut errer dans la foi, saint Jérôme répond en déclarant parjure celui qui ne suit pas la foi du Saint-Siège ; saint Cyprien, en déclarant séparé de TÉglise celui qui se sépare de la Chaire de Pierre sur laquelle TÉglise est fondée ; le Concile de Constance, en déclarant hérétique celui qui, sur les articles de foi, pense autrement que la sainte Église romaine. J ajoute que les traditions apostoliques fournissant une règle sûre pour convaincre une doctrine d'hérésie, et que, d'après la doctrine certaine des Apôtres, l'autorité suprême de Pierre, dans renseignement de la foi, persévérant dans ses successeurs, les Pontifes romains, je ne vois pas ce qui pourrait nous faire craindre de condamner la doctrine contraire comme hérétique. Mais nous ne voulons pas prévenir le jugement de t Église. Nous n'en affirmons pas moins, avec une pleine assurance, que ceux-là répandent dans l'Église une doctrine pernicieuse et pestilentielle, qui nient que le Pontife romain succède à l'autorité suprême enseignante de Pierre en matière de foi, ou qui affirment que le suprême Pasteur de l'Église peut errer dans renseignement de la foi. Ce sont là, en effet, les deux choses que font les hérétiques, et l'Église tient pour catholiques ceux qui ne font ni l'une, ni l'autre'. »

On voit qu'aux yeux de Melchior Canus, comme aux yeux du comte de Maistre, autorité suprême enseignante et autorité

i. a Hinc quœri solet an hœreticutu sit asserere posse quandoque Romanam Sedem, quemadmodum et esteras, a Christ! Ode deflcere ? Ei faciant salis Hieronymas perjurum dicens, qui RomaDa3 Sedis fidem non fuerit secotus; Gjprianus dicens : qui Gathedram Pétri, supra quam tuadata est Ecclesia, deserit, in Ecclesia esse non confldat; synodus Constantiensis hsreticuoi judicans, qui de fidei articulis aliter sentit, quam sancta Romana Ecclesia docet. lllud postremo addam, cum ex traditionibus Apostolorum ad eviDcendam hseresim argumentuni certum trahatur; constet autem, Romanes Episcopos Petro in fidei magisterio successisse, ab Apostolis esse traditom, cur non audebitnus assertionem adyersam tanquain bsereticam condemnare? Sed nolumus Ecclesiœ judicium antevertere : illud assero, etfldeoter quidem assero, pestem eos Ecclesiae et perniciem afferre, qui aut negant Romanum Pontificem Petro' in fidei doctrinseque auctoritate sucéedere, aut cerle astruunt summum Ecclesiœ Pastorem, quicumque ilie sit, errare in fidei judicio posse. Utrumque scilicet hœretici faciunt : qui vero illis in ulroque répugnant, hi in Ecclesia catholici habentur. » (De Locis theoL, lib. VII, c. vu.)

infaillible sont deux choses parfaitement synonymes. Elles sont également synonymes aux yeux de la raison, puisque les jugements d'une autorité suprême sout nécessairement irréformables, et que des jugements irréformables sont nécessairement infaillibles dans une société divinement instituée, et divinement fondée sur cette autorité même : super hanc petram.

S'il m'était donné, Monsieur, de revoir ceux qui se prononcent hautement contre l'opportunité de la définition dogmatique de rinfaillibilité du Saint-Siège en matière de foi, je leur rappellerais les paroles de Melchior Canus que je viens de citer, et j'attirerais ensuite leur attention sur les points suivants : 1^ L'opinion qui nie l'infaillibilité du Chef de l'Ëglise définissant ex cathedra, peut-elle être considérée comme une opinion vraiment libre, ou, en d'autres termes, comme une opinion yvBxmQui probable ? Non, car elle est opposée à la doctrine générale de l'Église : Non solum enim major pars, sed tota Ecclesia, excepta Gallia (une école en France), id docety et semper docuit.AiU igiturinfallibilitatem Pontificis fateri oportet, aut dicere qiiod Ecclesia catholica tantum ad exiguum Gallorum numerum redacta sit\ Voilà pourquoi les théologiens qui ne s'expriment pas aussi énergiquement que les grands hommes cités tout à l'heure, disent de cette opinion qu'elle est, tout au moins, téméraire. Bossuet l'a si bien senti, qu'après avoir souffert des années pour faire, défaire et refaire la défense de la déclaration de 1682, afin de mettre celle-ci en harmonie avec sa foi sur l'indéfectibilité doctrinale du Siège apostolique', il est mort sans avoir voulu publier ce labeur imposé par sa faiblesse à son génie, et avec le sentiment de dégoût si bien exprimé par cette parole : abeat declaratio quo libuerit. Mais ce que Bossuet n'a pas voulu publier, d'autres l'ont publié plus d'un quart de siècle après sa mort, et c'est en parlant de cette publication que le grand Pape Benoît XIV dit dans son bref du 31 juillet 1749 à l'Archevêque de Compostelle :

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