LIVRE III, DOCUMENT CCXXVÏII
peut-être. Vous devez être sans ressources matérielles, et cette pénurie ne peut qu'ag-graver les difficultés inexprimables de votre situation. Eh bien ! je vous en supplie, confiez-moi vos embarras, et pour en sortir, ne vous adressez qu'à moi et à ceux qui, comme moi, sont avant tout les amis de votre passé. Je ne suis pas opulent, mais j'ai une grande aisance et jamais je n'aurai fait du superflu que Dieu m'a accordé un usage plus doux à mon cœur.
C'est ce cœur, et lui seul, qui a dicté cette lettre. Pardonnez à ce cœur blessé, meurtri, profondément troublé par vous; pardonnez l'âpre franchise de mon langage. Sachez reconnaître cette « colère de l'amour », dont parle M. de Maistre. Surtout plaignez-moi de cette épreuve dont vous êtes l'auteur, épreuve ajoutée & tant d'autres, et d'autant plus cruelle qu'elle tombe sur moi au moment où vient de m'être arrachée cette chère sœur Saînt-Marcellin, que vous avez vue chez moi, et dont les soins incomparables, prodigués depuis plus de trois ans, avaient un peu adouci mon triste sort. Mais, certes, de toutes les peines qui pouvaient m'être encore infligées avant ma fin, aucune ne saurait dépasser ni même égaler la cuisante amertume que vous me vaudriez, si je vous voyais poursuivre la voie fatale où vous êtes entré, et sortir misérablement de cette Église que vous êtes fait pour servir, pour affranchir, pour honorer mieux que tous vos contemporains. Je m'arrête, après en avoir dit beaucoup trop pour ce qu'il nous reste, à moi de force, à vous peut-être de patience. Je vous embrasse encore avec une triste mais invincible affection.
Gh. de Montalembert.
(30 septembre 1869.)
1, auteur dos « Itechercheg bistoriques sur rassemblée de 1863 », lettre au journal VUnion, répond i la critique qui est faite de sop is le livre de Mgr Maret.
[onsieur,
aret a écrit ce qui suit, h. la page 245 àa deuxième son dernier ouvrage :
Bs les nouvelles attaques contre le clergé français puiarmes dans un livre imprimé récemment par un : Recherches historiques sur l'assemblée de 168S.
'est certainement pas le dernier mot de l'histoire; les
s qu'il cite ont besoin d'être revisés, interprétés,
; ils le seront. »
gîstrat qui a imprimé un livre où des attaques puisent
aaoi nulle Tanilé,
> demande la permission de répondre dans VVnion au Prélat.
!aret blesse la justice et la vérité quand il me signale Luteur ou le complice d'attaques contre le clergé frart' rément je n'ai fourni aiicun argument nouveau à ceux lent l'assemblée de 1682 ; mais cette assemblée n'était 'gé français, et ne le ijeprésentait ni en fait ni en droit, lur des Évéques dont Louis XIV l'avait composée n'a é à mes Recherches, la gloire incomparable de l'Église I au svn^ siècle n'en est nullement amoindrie, et elle c part plus exaltée que dans mon livre, t vaudrait dire que les Évéques les plus cbers au prelu second Empire constituent l'Église de France au 3, et qu'un auteur véridique ne pourra pas écrire leur
LIVRB TTT, DOCUMENT CCXXIX. 183
histoire sans difTamer le clergé français. Si l'on abuse, im jour, si l'on a même abusé déjà de mon livre pour blâmer plus qu'il ne convient les Prélats de 1682 et leur prodiguer d'indignes outrages, en suls-je responsable? Et Mgr Maret accepterait-il pour lui-même la règle qu'il m'applique ? Le livre qu'il vient de publier a reçu, dès son apparition, les applaudissements de la presse révolutionnaire, c'est-à-dire des plus ignorants et des plus implacables ennemis du Saint-Si&ge. Que dirait ce Prélat si j'écrivais de lui : « Toutes les nouvelles attaques contre la Papauté puisent leurs armes dans un livre imprimé récemment par un Évèque : Du Concile général, etc. » ?
« Ce livre, dit Mgr Maret, n'est certainement pas le dernier mol de l'histoire. » Aî-je prétendu le contraire? N'ai-je pas dit et répété que je donnais seulement au public des pièces à consulter par les futurs historiens de 1682? Que penserait encore Ugr Maret, sije disais de son nouvel ouvrage que ce n'est pas le dernier mot de la théologie? Sa Grandeur est trop modeste pour ne pas souscrire à ce jugement; mais elle serait fondée à dire qu'en lui donnant cette forme et en ne la motivant pas, j'ai violé plus d'une convenance.
Mais il y a une ligne qui m'a plus vivement affecté que le reste, c'est celle-ci ; « Les documents qu'il cite ont besoin d'être révisés, interprétés, complétés; ils le seront. » Il faut parler net. Le sens naturel de ces mots est que les documents publiés par moi ont été choisis, tronqués, rapprochés ou divisés arbitrairement pour appuyer une thèse ou un système, et qu'ils doivent être tenus pour suspects tant qu'ils n'auront pas été révisés, interprétés, complétés par Mgr Maret. J'ai été averti, il y a plusieurs mois, que Sa Grandeur faisait travailler à une réfutation de mou livre par plusieurs jeunes érudils, sous la direction de U. l'abbé L..., et que l'ouvrage devait être imprimé sous le litre de : La Vérité sur l'assemblée de 168^, siimptibm et impensis de t'un des ministères. Les trois mots de Mgr Maret, ils le seront, montrent que cette information n'était pas sans fondement. Mais quand paraîtra cette prétendue réfutation?
Si Mgr Maret a déjà en main les preuves de ma mauvaise
foi, pourquoi ne les publie-t-il pas sur le champ? Et si elles sont encore à trouver» pourquoi m'accuse-t-il? Je l'adjure de me réfuter ou de me justifier sans retard; et, quoique blessé que je sois de son procédé, je veux bien lui donner un utile conseil. Qu'il prenne garde, en engageant une polémique, de se fourvoyer à la suite de ses collaborateurs. Je le mets au défi» parmi les documents que j'ai découverts et publiés pour la première fois, d'en montrer un seul dont le sens ait été le moins du monde altéré par moi. Je m'engage en outre publiquement à lui démontrer que loin d'avoir trop chargé la mémoire des Évêques de 1682, j'ai usé envers eux avec une modération extrême des droits de l'historien, et à lui citer, d'après leurs lettres autographes, des faits encore inconnus qui exciteront son indignation.
Est-ce à dire qu'on n'ait plus rien à découvrir après moi? Il s'en faut de beaucoup, et les recherches si approfondies et si heureuses du R. P. Gazeau * ont déjà prouvé qu'il y encore biea des points à éclaircir dans l'histoire de notre époque. N'ai-je pas, dès ma première page, exprimé le regret qu'une des plus précieuses sources m'ait été fermée? Si l'on ne trouve rien dans mon livre qui fasse honneur à l'école gallicane, n'est-ce pas ea dépit de tous mes efforts pour avoir accès aux archives des affaires étrangères, et pour consulter les correspondances diplomatiques, qui m'auraient sûrement révélé la candeur d'àme des membres de l'assemblée de 1682, la pureté de leurs vues et leur désir passionné de rendre aimable et douce à tout l'univers l'autorité du Souverain Pontife? Mgr Maret ne croira peut-être pas à la sincérité de ces efforts, dont j'avais annoncé l'insuccès dans la préface de mon livre : il est alors opportun, pour dissiper ses doutes, de raconter ici une nouvelle tentative, qui, hélas ! n'a pas été moins infructueuse que la première. Le récit de ma mésaventure n'est pas sans intérêt, et la publicité que vous lui donnerez contribuera peut-être à la suppression d'un de nos abus administratifs les moins excusables.
i. Études religieuses du i5 juin i869 : « Louis XIY, Bossuet et la Sorbonne en 1663. »