LIVRE m, DOCUMENT CCXXIX
J'avais sollicité, ea 1864, l'autorisatioa de consulter les négociations de la France avec Borne sous Louis XIV . M. Drouyn de Lhuya me répondit sans retard et avec courtoisie que les règlements en vigueur ne lui permettaient pas d'accueillir ma demande. Ayant ensuite appris, par diverses publications, que des auteurs avaient été admis à compulser même des pièces très récentes, j'en conclus que les règlements avaient été modifiés, et, le 7 mai (869, j'écrivis à M. de la Valette. Le mois s'étant achevé sans que je reçusse aucune réponse, j'adressai, le 1" juin, une seconde lettre au ministre.
J'attendis encore près d'un mois sans rien recevoir. Le 26 juin, je me rendis à l'hAtel des affaires étrangères, et jedemandai à parler à M. le directeur des archives, qui, après avoir expliqué maladroitement le retard dont je me plaignais, m'annonça une réponse prochaine, qu'il me fît pressentir en ces termes : u Le dépôt des archives n'est pas à l'usage du public ; il n'est destiné qu'au service intérieur du ministère. Nos règlements n'ont pas été changés, comme vous le supposez ; ce sont encore ceux de Louis XIV ' qui ont été appliqués avec la même rigueur sous tous les ministères. Si nous ouvrons quelquefois nos archives, c'est dans un intérêt public, dans un intérêt d'État. Vous avez cité l'exemple du P. Tlieiner. Voici comment cela s'est passé. Le P. Theiner se proposait d'écrire impartialement l'histoire du concordat, et de réfuter M. d'Haussonville qui, il faut bien le dire, n'a pas été fidèle à la vérité historique, qui a versé du c6té de la passion, et qui a trop cédé à l'esprit d'opposition politique. Il y avait donc Heu de faire fléchir la règle dans un intérêt d'Ëtai, dans un intérêt public, comme je le disais*, et je fis dans ce sens un rapport à M. de Moustier, qui partagea mon opinion.
1. C'est Croiasj et Tore; qui ont fondé et organisé le dépdt. Les pièces recaeillies par eux ne remontaient pas au delà de Louis Xlîl; la prohibitioD s'expliquait alors; mais jamais Louis XIV n'a défendu de communiquer des pièces remontant à 190 aus!
2. Il j a plusieurs années, dans le dessein manifeste et avoué de flétrir les Papes, le secrétaire du prince Napoléon a publié, sous le titre dei • Le pouvoir temportl jugé par la diplomatie française », des estraits des lettres
« Votre dossier est en ce momeDt sur le bureau de M. le Ministre, qui vous répondra très prochainement. Au reste, quand même vous auriez obtenu plus tôt une décision favorable, vous n^auriez pas pu en profiter, parce que la salle de nos archives ne contient que trois places, qui sont occupées depuis longtemps. »
J'étais fort morliiié de penser que M. Faugëre espérait me faire prendre au sérieux de pareilles raisons. Pour ne pas m^enlever toute chance d'une réponse favorable, je me contins; mais je ne fus pas récompensé de mon silence, et le 29 juin, je reçus le refus de M. de la Valette, daté du jour même où je m'étais rendu au ministère.
Je souhaite que Mgr Maret pense à consulter ces archives. Gomme il a quelque crédit auprès des ministres, on lui accordera sans doute la permission qui m'a été refusée, et j'espère qu'il aura la générosité de demander qu'on me fasse participer à la même faveur.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Ch. Gérin.
Paris, 30 septembre 4869.
de nos ambassadeurs k Rome, depuis le duc de Chaulnes, sous Louis XIV, jusqu*& Chateaubriand, sous Charles X, extraits empruntés aux archives des affaires étrangères. C'est donc dans un intérêt public, dans un intérêt d'État, qu'on avait fait celte communication? — Si j'avais été connu pour professer les opinions de M. Dupin, de M. Baroche, ou celles de Mgr Maret, aurait-on rejeté ma demande?