LIVRE III, DOCUMENT CCIX
même où doit se réunir à Rome le Concile convoqué par Pie IX.
Que Ton voie, le 8 décembre 1869, dans les deux villes principales de ritalie, autel dressé contre autel, Tautel de la raison et de la vérité contre celui de Taveuglement et du mensonge, ce qui veut dire que nous n'opposerons pas un nouveau Credo à celui que Rome patronne, car on pourrait nous accuser de vouloir substituer une nouvelle imposture à l'ancienne, mais, tout en affirmant notre respect du principe de la liberté de conscience, nous invoquerons uniquement les dogmes immuables de la morale, de cette morale que Ton ne fait pas découler de tel ou tel système de théologie, mais qui est fondée exclusivement sur la raison et le bon sens de tout homme resté libre de rinfluence délétère du clergé. Nous devons dire toutefois qu'une simple profession de foi morale ne nous paraîtrait pas suffisante dans notre nouvelle lutte contre nos ennemis séculaires. Il faut que nos paroles soient suivies d'actes tels, qu'ils prouvent à la fois la noblesse de nos intentions et l'utilité pratique de nos idées.
Ainsi, le jour môme, où, dans la ville éternelle, on ouvrira ce Concile, dont le but évident est de resserrer les chaînes de la superstition, et de nous faire reculer vers la barbarie, nous, libres penseurs, désireux surtout du bien-être général tant physique que moral, nous nous déclarerons constitués en association humanitaire avec cette devise éloquente :
Charité — Instruction * !
Nouvelle franc-maçonnerie, agissant à la lumière du soleil, et embrassant, comme elle, le monde entier, nous tâcherons, autant que possible, d'exercer la charité de deux manières :
1° En procurant du travail à toute personne valide qui en aura cherché inutilement;
1. Nous attribuons au mot Charité une signification bien différente de celle que lui attribuent les prêtres, cor, pour nous, Charité c'est Justice^ et si nous n'employons pas cette dernière ei^pression, c'est parce que Tautre est «pieux comprise par les masses.
2° En assurant Texistence de quiconque ne pourrait pas y pourvoir en travaillant, car, à notre avis, on ne saurait considérer comme civilisé un pays, où un seul homme est exposé à mourir de faim !
En ce qui concerne Tinstruction, et particulièrement l'instruction primaire, pain de Tâme tout aussi nécessaire que celui du corps, l'association devra s'efforcer d'y faire participer tout le monde.
Telle est, à notre sens, l'œuvre à laquelle nous devons mettre la main, œuvre doublement bienfaisante, et qui équivaudra à coup sûr à la plus terrible guerre qu'il soit possible de faire au Pape et à la Papauté, car nous aurons le dro.it de leur dire :
€ C'est nous qui sommes les vrais disciples de votre Jésus- Christ, nous qui travaillons sans relâche à combattre la misère et l'ignorance, et partant à détruire ces deux causes principales, sinon seules, de tous les maux et de tous les vices qui affligent ou déshonorent l'humanité, et dont depuis près de deux mille ans vous avez été impuissants à la délivrer. >
Nous convions doncà Naples, pour le 8 décembre prochain, tous ceux qui approuveront ce programme, en les priant de nous envoyer sans retard leur adhésion pour qu'un billet d'admission leur soit délivré en temps utile.
Nous prions en même temps tous les journaux véritablement dévoués à la civilisation, à la liberté et au progrès, de reproduire en entier cet écrit.
Les lettres devront être adressées au soussigné, riviera di Chiaia^ 7f 57.
Ceux qui ne seront pas à même de se rendre à Naples personnellement, pour le 8 décembre prochain, pourront se faire représenter par un délégué, ou se borner à envoyer leur lettre d'adhésion, dont il sera donné lecture à l'assemblée dans la séance d'ouverture.
Naples, le 45 mars 1869.
Pour le comité provisoire :
G. RlCClARDl,
Député au parlement d Italie,