Réponses aux raisofis contre la définition
D'autre part on répond :
I. Que l'Épiscopat, le clergé et le peuple sont, à peu d'exceptions près, unanimes à recevoir avec soumission et bonne volonté les actes pontificaux. S'il en est ainsi, non seulement il n'y aurait aucun risque à promulguer ce décret, mais encore tous se réjouiraient de voir la raison formelle de cette soumission catholique justifiée par une définition de l'autorité. Si, au contraire, le nombre de ceux qui refusent de se soumettre était plus nombreux, la nécessité de la déclaration de la vérité s'en ferait mieux sentir.
II. Que le décret du Concile de Florence devrait suffire, et suffirait réellement, s'il n'était pas mal interprété par ceux qui nient l'infaillibilité du Souverain Pontife parlant ex cathedra. L'existence de cette mauvaise interprétation par les gallicans et les anglicans prouve que ce décret ne suffit pas.
liï. Que la doctrine de l'infaillibilité du Pape professée par presque tous est déjà sujette à des questions, quant à la forme et au mode dont elle s'exerce. Ces questions ne s'obscurciront
point pour être définies, et, grâce & plus de clarté, od évitera les complications qui 8urg;isseDt aujourd'hui en l'absence d'une déclaration nette. Les opinions erronées ou douteuses donnent lieu à des compiications, mais la vérité exclut le doute et l'obscurité en proportion de sa précision.
IV. Que si les Ëvèques n'étaient pas unanimes dans le sens de la définition, la prudence du Concile saurait bien rcconnaiire la marche qu'il convient de prendre. Le Concile de Trente n'a fait aucune définition de l'Immaculée Conception. Il s'est arrêté à l'extrême limite, sans aller plus loin. Si les Évèques étaient unanimes à déclarer la prérogative du Chef de rEg:iise, ils n'abdiqueraient point pour cela et ne se priveraient pas de tous les dons et privilèges divinement conférés à l'épiscopat. Les divines prérogatives de l'Église ne sont pas en guerre les unes avec les autres. Les Apôtres n'ont pas cessé d'être infaillibles, parce que leur Chef l'était également. L'infaillibiHté des Papes ne diminue pas l'infaillibilité du Concile. Les dons du corps sont les prérogatives de la tète, et tous deux ont leur sphère propre et leur plein et légilime exercice. Un Évèque seul n'est pas plus iufailliblequene l'estrÉpiscopat tout entier dans son Chef. De quoi donc se dépouilleraient-ils en déclarant l'infaillibilité du Chef?
V. Que l'on ne peut espérer-la réunion avec l'Orient que par la reconnaissance explicite des divines prérogatives de l'Eglise. Une réunion ou quelque chose d'approchant sur une base obscure, ambiguë ou équivoque ne saurait durer plus d'un jour. Le schisme serait pire. Le décret du Concile de Florence, que l'on regarde comme suffisant, ne l'était pas pour les Grecs. Ils l'ont accepté, mais à peine de retour k Cous tan tinople, ils l'ont mis de côté. On n'arrive pas à une réunion comme à un marché, en réduisant ses conditions à un minimum, mais par une acceptation explicite et précise de la vérité. Grégoire XIII, Urbain VIII, Benoit XIV se sont tenus strictement au décret de Florence, parce qu'il n'en existait pas d'autre. Il n'en existe pas d'autre aujourd'hui ; et la question est de savoir si les événements des trois derniers siècles ne demandent pas une déclaration plus précise de l'autorité suprême.