‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 159 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCXXXIIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCXXXIIÏ

VI. Que la rentrée des protestants dans l'Église est plus retardée aujourd'hui par Tapparente contradiction entre les catholiques au sujet de Tinfaillibilité qu'elle ne le serait par la définition de Finfaillibilité du Pape. Us rejettent aujourd'hui complètement l'infaillibilité del'Église, parce qu'ils nous croient divisés, et par suite en doute sur ce point. Ils sont encouragés à nier ce que nous semblons mettre en doute. Nous paraissons douter, parce que nous sommes divisés, non sur l'infaillibilité de l'Eglise, mais sur l'infaillibilité de son Chef. Ils prennent cette réponse pour un subterfuge. Tant que l'infaillibilité du Pape ne sera pas définie, ils se retrancheront derrière les catholiques qui la nient. Et à notre honte, c'est de nous-mêmes qu'ils emprunteront la croyance que cette opinion est une nouveauté inconnue dans les temps primitifs. Les gallicans leur ont fourni des armes dont ils se servent contre toute infaillibilité, quelle qu'elle soit.

Yll. Que l'unanimité dont j'ai parlé plus haut nous rassure contre toute crainte de divergence parmi les Évèques. Mais si elle devait exister, en quoi serait-elle plus dangereuse que celle relative à la doctrine de l'Immaculée Conception au Concile de Trente ? La prudence du Concile, à la fois naturelle et surnaturelle, saurait comment agir dans un cas pareil, et s'il survenait une divergence en quoi que ce soit, il n'y aurait aucune diminution dans l'obéissance filiale et cordiale au Saint-Siège, dans toutes les questions qui rencontreraient l'unanimité.

YIII. Que si les pasteurs sont unanimes, il n'y a pas à craindre des dissensions et des doutes parmi les fidèles. Bien mieux, les doutes et les dissensions, s'il en existe aujourd'hui, proviennent de l'allégation que les pasteurs ne sont pas unanimes quant à l'infaillihilité du Yicaire de Jésus-Christ. C'est le meilleur moment pour exposer et éteindre cette fausse allégation froidement mise en avant par les hérétiques et les schismatiques de toute dénomination. Pour cette seule raison, plus tôt se manifestera l'unanimité des pasteurs de l'Église, mieux ce sera pour la vérité et le salut des âmes. La même

raison subsiste pour les prétendues difficultés historiques. Elles ont été examinées et réfutées maintes et maintes fois, mais on les répétera perpétuellement, avec une confiance croissante, tant que Tinfaîllibilité du Pontife romain semblera laissée indéfinie. Où l'Église a parlé, les fidèles n'ont pas à redouter la séduction. Où l'Église se tait, les esprits de l'erreur sont bruyants et tentateurs. Une définition ferait taire toutes les voix, sauf celle de l'Église.

IX. On ne doit pas s'attendre qu'un décret de ce genre puisse contenter ceux qui, par perversité hérétique, sont opposés à la foi, ou ceux qui, par ignorance et insubordination, s'excommunient eux-mêmes par un appel du Souverain Pontife à un Concile général. Mais si l'on peut faire quelque chose pour eux, c'est en rendant aussi claire que possible la certitude divine de la foi, qui se joint intimement à la divine autorité du Chef de l'Église. L'exemple de Notre-Seigneur épargnant les infirmités des faibles, incapables de supporter les mystères non encore révélés, n'est pas un conseil de retenir dans l'ombre des vérités révélées, parce que des hommes sont incrédules vis-à-vis des révélations déjà faites. Ceci impliquerait tacitement que Tinfaillibilité du Yicaire de Jésus-Christ n'est pas une vérité révélée. Si c'est une vérité révélée, l'exemple de Notre-Seigneur n'est point en cause, encore moins celui des Apôtres, qui « n'ont rien caché », et ont déclaré aux fidèles « tout le dessein de Dieu ». (Actas, xx, 20, 27.)

X. L'interprétation perverse ou l'abus d'un décret sont toujours choses partielles et ne peuvent jamais ni être répandus dans toute l'Église, ni permanents dans son sein. On ne peut donc y voir une raison qui empêche de rendre ce décret, s'il y a pour cela des raisons suffisantes. La définition de l'infaillibilité du Pontife romain ne peut non plus affaiblir en quoi que ce soit l'autorité des Évêques comme juges de la doctrine dans leurs propres troupeaux : au contraire, elle donnera un grand appui à tous leurs actes légitimes. Il ne parait pas que les Évêques doivent avoir plus d'autorité, parce que leur Chef en aura moins.

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