LIVRE III, DOCUMENT CGXII
concile; quand les feuilles de sacristie raccableut de leurs insultes et de leurs moqueries, le moment me semble bien mal choisi pour tourner en dérision, au nom de la franc-maçonnerie y une œuvre ridiculisée et maudite par TÉglise.
Moi aussi, j'ai fait acte d'adhésion entière, absolue et solennelle à la motion du dépulé Ricciardi.
Aux raisons intrinsèques qui m'engageaient déjà à souscrire avec empressement au magnifique et généreux projet d'une protestation antipapale, venait s'ajouter la haute autorité de son auteur. C'était pour moi un nouvel argument. Le nom de G. Ricciardi me rappelait non seulement un homme de bonne volonté^ mais un de ces cœurs dont notre terre italienne a le plus droit d'être fière, un patriote intrépide et sans arrièrepensées, dont les écrits, les sacrifices de tout genre faits en dehors ou au sein de la patrie, ont su rendre respectable aux yeux même de ses ennemis la grande cause de la résurrection italienne. Ce nom m'est aussi particulièrement cher parce qu'il éveille en moi l'idée de la sincérité parfaite, si rare dans ce siècle. Aujourd'hui, on remplace cette vertu par de basses mais utiles réticences, d'odieuses mais prudentes dissimulations; ainsi le veut le premier article du code de la société, même dans certains partis qui ne descendent cependant pas des Pères jésuites.
Ce qui m'a le plus surpris dans la lettre signée par vous et adressée aux loges maçonniques du royaume, ce sont les avertissements donnés aux francs-maçons.
La formule choisie par Fillustre Ricciaidi, en vue spécialement d'éviter tout malentendu, toute équivoque ou une conciliation déraisonnable, est précisément signalée comme pleine de danger; il est à craindre, parait-il, que rassemblée de iVaples n'ait un dénouement platonique! Qu'on examine cette formule avec une entière impartialité, on reconnaîtra bien vite qu'elle est très large et la plus compréhensive, la plus conciliante qui se puisse imaginer; elle proclame d'abord la complète souveraineté de la conscience humaine, et cela en face d'une Église qui crie à l'humanité : Hors de moi, hors de ces dogmes
et de ce symbole, point de salut! De plus, au grand concile des libres intelligences, à tous les esprits qui, émancipés delà servitude d'une foi aveugle, se meuvent dans la plénitude de leur indépendance, à travers l'espace infini de la Vérité, la formule de Ricciardi offre le lien le plus sacré qui soit capable de les unir, c'est-îi-dire l'idéal du bien, la loi du devoir et de la fraternité universelle. Le premier principe, le fondement de toute cette superstition qui a Rome pour centre peut se résumer ainsi : subordination de la morale de Thumanité à la foi en certains dogmes et à la pratique de certains rites. Eh bien! que faut-il faire, logiquement, pour avoir une manifestation anticatholique vraiment imposante? Réaliser le projet du congrès de la libre pensée, affirmer très explicitement le principe opposé, c'est-à-dire proclamer bien haut la parfaite indépendance des principes moraux gravés dans la conscience du genre humain, leur séparation absolue de toutes les manifestations particulières, de toutes les formes du sentiment ou de la pensée religieuse.
Sur ce terrain, en prenant cette formule pour base, quel genre de conciliation pourra-t-on réaliser?
Non pas, certes, une conciliation platonique et bâtarde (la seule que les francs-maçons seraient en droit de combattre) des libres disciples de la raison avec les esclaves inconséquents de la dictature spirituelle de Rome; mais une conciliation sincère, édifiante, féconde, pleine de promesses, entre tous les esprits indépendants qui travaillent librement à la recherche de la Véritéet du Bien. On entendrait applaudir à cette idée Garibaldi, lui qui donna un si bel exemple de véritable religion le jour où il baptisait l'enfant du peuple au 7iom de Dieu et du Christ légis* lateur, et, lorsque, en face d'ouvriers génois, il déclarait croire en la religion de Dieu et de la Vérité et reconnaître le grand architecte de l'univers. A ce congrès, on aurait pu voir Garibaldi et le professeur Moleschott se donner la main, mon collègue et ami Canestrini ôiéger auprès de notre rc^grcllé Giani, ce savant qui a tant prolesté, au nom de l'absolu, du bien et de la fraternité humaine, contre la doctrine dû changement des