LIVRE m, DOCUMENT GCXll
espèces et de Torigine simienne de notre race. La marquise Floreuz, et Ausône Franchi, TrincheraetM. Machi s'y seraient rencontrés.
Qai donc se serait jamais scandalisé de cet accord déterminé et précis de tant d'hommes d'esprit et de tempéraments divers sur le point qui les sépare tous de Rome et les en fait les ennemis irréconciliables? Vous qui avez un cœur droit et un esprit éclairé, dites-moi, qui donc pourrait voir là un objet de risée ?
Personne assurément parmi les francs-maçons; car chez eux la diversité des vues, des sentiments et des œuvres a toujours été alliée à la plus parfaite harmonie.
Les satellites de Rome seuls peuvent s'en scandaliser, car seuls ils attaquent la raison humaine et cherchent à la confondre, à l'humilier, en lui mettant sous les yeux l'infinie variété des doctrines, et les luttes incessantes que se livre l'immense multitude des philosophes et des intelligences affranchies de la tutelle sacerdotale.
Quant à nous, cette variété même, ces luttes de systèmes et d'opinions nous causent une joie et une consolation véritable. Nous y voyons le fécond désordre de la Vie, désordre bien préférable à Timmobile uniformité, au silence du tombeau^ qui caractérisent l'empire de la foi aveugle et la mort de Tàme. C'est courir à cette mort que d'abdiquer entre les mains d'un Concile et d'un Pape les immortelles prérogatives de la raison individuelle.
Je ne m'étonnais donc pas beaucoup d'entendre les journaux opposés à Tanticonciie lui prédire le sort de Babel, et annoncer que les libres penseurs renouvelleraient, à Naples, le spectacle biblique de la confusion des langues. Mais j'ai été, je l'avoue, on ne peut plus surpris de trouver dans vos lettres l'expression d'un souhait ou d'une crainte diamétralement opposés.
En face du Concile, dites-vous, le meilleur parti à prendre par les adversaires de Rome eût été celui de l'indifférence et du mépris. Permettez-moi une simple observation. Le paiti du silence, le non ragioîiar di lor, ma guarda e passa (n'en parlez
pas, mais regardez et passez) est sans doute excellent, mais à une condition cependant, c'est qu'on nous montre comment, en se taisant et en passant outre, on pourra chasser et faire évanouir, comme les nuages sous le souffle du vent, les problèmes sociaux et politiques, moraux et religieux, que le Concile étudiera et résoudra selon son bon plaisir, devant des millions d'Italiens et d'étrangers qui comprennent et sentent que de ces questions dépend l'avenir de leur âme, de leur maison, de leur honneur, de leur félicité.
Les problèmes qui se discuteront à Rome, vous ne pouvez pas les supprimer ; ils sont à Y ordre du jour dans chaque famille, dans chaque ville, dans chaque village, dans chaque esprit, dans tous les parlements et dans toutes les consciences. Il nous est non moins impossible d'empêcher que la voix de Rome — avec toute l'autorité qu'elle puise dans la merveilleuse harmonie d'une organisation formée par les siècles, dans un système connu jusque dans ses moindres détails, et que d'antiques traditions ont rendu si remarquable, avec ses mille moyens ingénieux d'exercer son influence et d'étendre son action — ne pénètre et ne retentisse jusqu'au cœur même de la société et de la vie italiennes. Or, à cette voix solennelle et redoutée partie du Vatican vous croyez, vous les représentants de la plus vaste association qui ait jamais tenté de disputer l'empire du monde, qu'au génie du mal et à l'esprit de ténèbres, vous croyez qu'il sufflt d'opposer la muette majesté du mépris ! Le projet de G. Ricciardi me parait plus sage, plus prévoyant, plus sensé, plus digne de cette libre raison qui enseigne au peuple la haine du mensonge et le culte du vrai.
Sans doute, vous nous annoncez contre la superstition une actioîi prochaine, sérieuse et positive. Cette action, Monsieur le député, il est inutile de le dire, je la hâte de tous mes vœux. Puissions-nous voir bientôt le nouveau plan de campagne dressé contre les ennemis de la raison, de la lumière et du droit. Mais pourquoi, des hommes courageux ne feraient-ils pas, en attendant, tous leurs efl'orls pour rendre la manifes-