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LIVRE III, DOCUMENT CGXXXIII

Et c'est ce que le Concile fera, non par contention ou anathème, mais par les mots « il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous ».

L'autre résultat assuré du Concile sera de rendre plus que jamais manifeste aux pouvoirs civils du monde chrétien l'inévitable avenir qu'ils se préparent maintenant à eux-mêmes.

Un membre du corps législatif en France, il y a deux ans, annonça que dans la bulle d'indiction du Concile, le Saint-Père, en omettant d'inviter les gouvernements civils à y prendre part, avait proclamé la séparation de l'État et de l'Église.

Un moment de réflexion suffira pour expliquer pourquoi aucun gouvernement civil ne fut invité à se trouver au Concile. Quel est aujourd'hui le gouvernement qui professe la religion catholique? Comment pourrait être invité un gouvernement qui ne prétend même pas au titre de catholique? Quelle contrée en Europe, aujourd'hui, reconnaît l'unité et l'autorité de l'Église catholique comme faisant partie de sa législation? Quelle contrée n'a pas, soit par édils royaux, soit par actes législatifs, soit par des changements révolutionnaires, aboli l'état légal de J'Église catholique dans son territoire? A quel titre donc ces gouvernements pourraient-ils être invités? Comme gouvernements ou nations, ils se sont, par leurs actes, retirés de l'unité de l'Église. Comme personnes morales ou légales, ils ne sont plus catholiques. Les fidèles, à la vérité, parmi leurs sujets, seront représentés par leurs pasteurs ; et leurs pasteurs ne seront pas seulement invités, mais obligés d'y être présents. Si une séparation a eu lieu, c'est uniquement parce que les pouvoirs civils se sont eux-mêmes séparés de l'Église. Ils ont eux-mêmes posé le fait, le Saint-Siège n'a fait que le constater. La gravité du fait ne saurait être niée. Il est étrange qu'ayant sous les yeux, d'une part, l'immutabilité de l'Église, et d'autre partle;9ro^rè5, si vanté, des sociétés contemporaines, les hommes mettent au compte de l'Église la responsabilité d'avoir brisé ses relations avec la société. L'Église est en même temps accusée d'immobilité et de changement. Ce n'est pas l'Église qui s'est séparée de l'unité, de la science, de la liberté, mais la société qui s'est séparée du Christianisme et de la foi. On a dit :

« Si l'unité chrétienne est dé

la foi, si la liberté a voulu régner sans la religion, une terrible part de responsabilité, pour tous ces maux, doit peser sur les hommes qui ont représenté dans le monde chrétien l'unité, la foi, la religion.» Cela veut-il dire: sur l'Épiscopat, les Conciles et les Pontifes? Qui, si ce n'est eux, représente, dans le monde chrétien, l'unité, la foi, la religion? Ont-ils donc mal représenté ces saintes choses en présence du monde? S'il en est ainsi, qui les représentera? Et où est donc la divine fonction de l'Église? Les Pontifes, pendant une série de générations, ont en vain élevé la voix pour avertir les gouvernements de la chrétienté du péril qu'ils courraient en brisantles liens par lesquels les sociétés civiles sont liées à la foi et à l'Église. Ils ont maintenu avec ïnfiexibilité, et au prix de beaucoup de souffrances et de périls, leur propre domaine temporel, non seulement pour l'indépendance spirituelle de l'Église, mais encore pour la consécration de la société civile. Mais les gouvernements du monde chrétien n'ont pas voulu écouter; et maintenant le Concile généra) s'assemble, et la place où ils auraient pu siéger, comme aux Concile» de Latran et de Florence, demeure vide. Les tendances de la société civile, dans tous les pays, sont de se séparer de plus en plus de rÉ»lise. Progrés signifie, de nos jours, s'avancer toujours en droite ligne loin de l'organisation chrétienne du vieux monde. La société civile de la chrétienté fut le produit de la famille chrétienne ; et la base do la famille chrétienne, c'est le sacrement de mariage; et ce dernier est la source de toute morale domestique el privée. Beaucoup de gouvernements européens ont cessé de reconnaître dans le mariage rien autre chose que le contrat civil, et, en légalisant le divorce, ils ont brisé la perpétuité même du contrat naturel.

La ruine du mariage doit entraîner fatalement celle de la moralité dans la société et dans la famille. Qu'un édifice pèche par le fondement, it peut n'éprouver qu'un tassement lent et insensible; mais arrive enfin l'instant fatal où tout s'écroule de fond eu comble. La société civile et politique en Europe marche résolument vers un ordre purement naturel. Le premier

partage. Le Coucile général donoe au monde un témoigoage de plus en faveur des vériléa, des lois et des saintetés, qui reafercneut tout ce qui est pur, noble, juste et vénérable sur la terre. Ce sera uu jour funeste pour les États d'Europe que celui où ils s'engageront dans un conilit avec l'Église de Dieu. Jusqu'ici aucune des armes forgées contre elle n'a eu de succès. Les gouvernements d'Europe ont été, les années dernières, agités et incertains; l'attitude de la France est sage et délibérée, digne d'un grand peuple avec ses traditions d'histoire catholique derrière lui. L'altitude de quelques autres grands pouvoirs est aussi jusqu'à présent digne et sérieuse, en proportion avec de gi-andes responsabilités. De moindres potentats et leurs conseillers peuvent faire circuler des notes, prétendre résoudre des questions et fournir des matériaux aux journaux quotidiens; mais ils ne sont pas gens à mouvoir des montagnes.

Pendant que je traçais ces lignes, un document a paru sous le titre de Réponses de la /acuité théologique de Munich mix questions adressées par le gouvernement de Bavière*.

Les questions et les réponses sont si évidemment concertées, sinon écrites par la même main, et l'esprit du document est si évidemment hostile au Saint-Siège, et si visiblement appliqué à créer dos embarras à l'autorité suprême de l'Église, que je ne puis pas le passer sous silence. Mais en en parlant, je suis forcé, pour la première fois, de dénoncer un danger qui, depuis quelques années, a pris des proportions croissantes et, s'il faut le dire, des attitudes de plus en plus menaçantes.

Les réponses de la faculté de Munich ont visiblement pour intention d'éveiller des craintes et des alarmes dans les pouvoirs civils d'Europe, et d'entraver par là l'action du Concile œcuménique, au cas oîi il jugerait opportun de définir l'infaillibilité du Pape. Les réponses tendent aussi à produire celte impression que les preuves de cette doctrine sont inadéquates, et que la délinilion en serait entourée d'incertitudes el d'obscu-

i. Timei du 26. septembre 1869.

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