LIVRE III, DOCUMENT CGLII
et elle se manifeste par Taccord du Pape avec les Évoques et des Évoques avec le Pape.
De là, nous concluons que lô moyen le plus certain pour le Pape de donner rinfaillibilité à ses jugements est dans le concours et l'assentiment des Évoques; et nous croyons que ce concours et cet assentiment sont les vraies conditions des jugements ex cathedra,
Mgr TArchevêque de Westminster voit dans cette théorie comme un renversement des paroles de Notre-Seigneur Jésus- Christ. « Le don de Tinfaillibilité résidant dans le corps coule jusqu'à la tête lorsque celle-ci consulte TÉpiscopat. C'est là rînflux corporis m caput, noncapitis in corpus. »
Pour justifier ses critiques, lé Prélat rappelle les paroles adressées par le divin Maître à saint Pierre et à ses successeurs ; mais il semble oublier celles qui ont été dites aux Apôtres et à leurs successeurs. Nous prétendons qu'il ne faut jamais séparer ces paroles et ces promesses, si on veut se faire une idée juste de la vraie constitution de TÉglise et du sujet complet de l'infaillibilité et de la souveraineté. Alors on arrive à la vraie notion de la vie, qui ne réside pas uniquement dans la tète, uniquement dans le corps; mais à la fois dans la tète et dans le corps, dans leur action et leur réaction réciproques.
Par sa théorie, Mgr Manning est forcément conduit à attribuer au Pape l'infaillibilité séparément et en dehors du corps épiscopal réuni ou dispersé. Il veut que toute lumière, toute vérité, toute autorité résident dans le Pape seul et découlent uniquement de lui sur le corps épiscopal et l'Église. Il fait ainsi du gouvernement ecclésiastique une pure monarchie, la monarchie la plus absolue qui fût jamais. Nous croyons avoir prouvé que l'Écriture', la Tradition, l'histoire des Conciles généraux contredisent ce système.
Mgr l'Archevêque de Westminster parle toujours, ce nous semble, comme si la souveraineté absolue et l'infaillibilité personnelle et séparée du Pontife romain étaient un dogme de la foi catholique. A-t-il trouvé ce dogme dans les symboles, les professions de foi, les catéchismes autorisés? Impose-t-il cette IV. 24
croyance à ceux de ses compatriotes qui veulent quitter l'hérésie et embrasser la foi catholique? Nous ne pouvons le penser. Mais alors pourquoi , dans les discussions théologiques, procéder par des affirmations aussi absolues, aussi exclusive^
L'illustre et pieux Prélat ne peut contraindre personne, par les censures canoniques, à faire un acte de foi divine et catholique à un jugement apostolique, porté séparément et en dehors de tout concours^ de tout assentiment du corps épiscopal.
Pourquoi cette règle ancienne, universelle de la foi ne nous suffirait-elle pas? Pourquoi vouloir changer la règle absolument certaine de la foi? En ébranlant cette règle, ne s'expose-t-on pas à ébranler la constitution divine, la constitution séculaire* de rÉglise? De quelle utilité peuvent être ces changementspour l'autorité catholique?
Quand la règle absolue de la foi est bien comprise et respectée, toutes les difficultés historiques, proposées par rillustre Archevêque, s'évanouissent, et on se rend parfaitement compte de tous les actes des Souverains Pontifes.
Nous terminerons ces respectueuses observations par une dernière remarque que nous osons recommander d'une manière particulière à Tattention du vénérable Prélat. Quand nous af armons que le moyen le plus certain pour le Pape de donner rinfaillibilité à ses jugements dogmatiques; quand nous affirmons que la condition la plus certaine des jugements ex cathedra se trouve dans le concours et Tassentimenl de rEpiscopat; nous ne faisons que répéter et traduire une déclaration solen* nelle du cinquième Concile général : Sacerdotes decet communibus quxstionibus fidem communem tmponere,.. Nec emm potest in communibus defide disputationibus aliter veritas numpf es tari, cum unusquisque proximi adjutorio indiget *.
Ces paroles, nous l'avouons, ont pour nous une autorité supérieure aux systèmes des théologiens, quelque respectables qu ils soient, et aux raisonnements que Ton peut faire sur lestextes sacrés eux-mêmes.