LIVRE III, DOCUMENT CCLIV
ne pourrait, au Correspondant, cesser de Taimer. Jésus-Christ a dit : Si quelqu'un n'écoute pas f Église, qu'il soit pour vous un païen et un publicaiii. Mais on peut n'écouter pas TEglise et rester Tami du Correspondant !
L'article que cette revue publie aujourd'hui sur le Concile, ne s'inspire pas de sentiments plus catholiques. Après avoir, avec un accent ému et dans des pages qu'on voudrait pouvoir louer sans réserve, glorifié l'auguste Assemblée et l'acte de sublime audace par lequel Pie IX Ta convoquée, J'organe du catholicisme libéral vient se heurter aux inquiétudes qui troublent, dit-il, «même beaucoup de nobles esprits ». Deux craintes préoccupent surtout. Ce sont toujours les mêmes : la crainte que « dé monarchie tempérée et partagée, l'Église ne sorte du prochain Concile transformée en une monarchie absolue et gouvernée sans contrôle par un chef unique »; la crainte encore que le Concile ne condamne « certains principes mi-partie politiques et religieux, qui figurent dans la plupart des constitutions modernes ».
Aces inquiétudes, les Evèques allemands réunis à Fulda répondaient que s'inquiéter de la nature des décisions d'un Concile oecuménique, c'était manquer de foi et se défier du Saint-Esprit.
Le Correspondant, lui aussi, estime qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter, mais pour une raison tout autre. Les craintes exprimées ne sont^ à ses yeux, que des suppositions sans vraisemblance.
Il est donc invraisemblable, tout d'abord, que l'Eglise se transforme, grâce au Concile, en une monarchie absolue; comme s'il fallait pour cela une transformation, comme si l'Eglise n'était pas, par la volonté de son divin Fondateur, une monarchie, régie par un Pontife souverain, qui ne relève que de Dieu, dont il est le vicaire ? Mais c'est là la doctrine reçue de toute antiquité, et qui ne saurait être ébranlée par les contradictions de Mgr Maret et de quelques autres. Il y aurait transformation si l'Église devenait une monarchie partagée dans le sens d'un contrôle du Pape par l'Épiscopat, et le Correspondant aurait tort de désirer et d'attendre cette transformation.
Distinguant ensuite du gouvernement de rÉglise proprement dit, l'autorité dogmatique du Souverain Ponlife, il demande si le Concile définira sou infaillibilité. Quant à la question ellemême, si le Pape est oui ou non infaillible, il prétend ne pas s'y aventurer, et il se vante de la prudente réserve qu'on a toujours, dans ses colonnes, gardée sur ce point de doctrine, qui est peutêtre, dit-il, //? plus ardu de toute la théologie ! « Silence respectueux, dirait Mgr Gousset, qui n'est pas permis, quand il s'agit de l'infaillibilité du Pape, parce qu'il annonce chez les uns l'esprit do parti, et chez les autres une fausse prudence, la prudence du siècle et la crainte de blesser certaines susceptibilités dans ceux dont on recherche les faveurs ^ » Ainsi s'exprimait rilluslre Cardinal que Mgr Maret présente à l'Évêque de Poitiers comme respectant les opinions gallicanes !
Le Correspondant déclare d'ailleurs qu'il attend avec confiance la décision du Concile.
Que l'on soit gallican ou ultramontain, dit-il, toujours avec la même réserve, mais non sans un accent de détiance blessante pour le Souverain Pontife, il est nécessaire de croire à l'infaillibilité du Concile, puisque rien ne peut en sortir que du consentement libre et commun du Pape et de l'Épiscopat. Une assemblée véritablement œcuménique, ajoute-t-il, sur laquelle ne pèse aucune pression^ dont n*est exclu aucun membre légitime^ ne peut être abandonnée de l'Esprit-Saint.
Néanmoins le Correspondant veut que le Concile soit moralement unanime pour agir avec autorité. Les Conciles, en effet, ne décident pas par voie de majorité relative ou absolue; il Saut qu'il y ait consentement commun dans le Concile, et par suite dans l'Église. Donc, conclut-il, « il suffirait qu'une croyance fût contestée par une partie notable et pieuse de l'Eglise, qui n'est jamais sortie du giron de l'Église, pour qu'un Concile hésitât à la faire passer à l'état dogmatique. » La pensée est facile à saisir, bien que la conclusion soit légitime ; mais ce serait une illusion de croire que ce qui parait à une revue
1. Exposition des principes du droit canonique, eh. vi, § 92.