LIVRE III, DOCUMENT GCXVII
à la lumière des principes ; et comme si la liberté de penser, conçue en dehors de toute limite, n^était pas la même chose que la liberté conçue en dehors de toute loi, c'est-à-dire, que Taveugle licence, que la négation manifeste de la raison elle-^ même! Aussi, cette négation de l'orgueil en délire a-t-elle reçu sa formule dans la théorie hégélienne de f identité des contradictoires^ théorie qui a donné naissance à la sophistique moderne. Le Concile, sans aucun doute, arrachera le masque à cette science du mensonge, falsi nominis scientiœ ^ à cette ennemie déclarée de la raison, tout autant que de la foi.
La liberté de penser^ prise dans son sens littéral, est aussi vieille que l'homme. Nous avons tous et toujours été très libres de penser bien ou mal^ et nous le serons toujours ; mais la liberté de penser à laquelle on prétend à cette heure est autre chose ; c'est la revendication d'un droit nouveau, du droit de n'avoir jamais que des opinions. L'opinion impliquant le doute, la liberté de penser, telle qu'on l'entend, ou du moins telle qu'on la veut, n'est que la négation de la science, la négation de Fautorité du bon sens, la négation de la certitude ou de l'infaillibilité naturelle. La revendication du droit de n'avoir jamais que des opinions^ c'est la revendication du droit de ne rencontrer jamais de vérité qui oblige, parce qu'on ne veut pas de loi pour la pensée, parce que l'on ne veut pas de vérité maîtresse, mais qu'on veut, au contraire, en rester toujours le maître : le maîtte de la vérité, pour la faire comme on la désire, et pour la défaire et la refaire à son gré ! Eu un mot, l'on veut usurper, en le falsifiant, le droit de Celui qui seul ait jamais pu dire : Je suis la Vérité^ je suis y et je ne change pas. Il est, en effet, par lui-même, tandis que^ par nous-mêmes, nous ne sommes pas.
Il est vrai que le? libres penseurs ne se rendent pas toujours compte de l'absurde liberté qu'ils veulent, et qu'ils ne prétendent pas à cette liberté dans toutes les sphères de la vérité naturelle ; mais ils y prétendent formellement dans la sphère de l'ordre moral ou de la justice, surtout à l'égard de Dieu, c'est-à-dire