‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 26 sur 536 · Tni., VI · texte numérisé non relu

Tni., VI

dans la sphère relif^ieuse, où ils veulent absolument que tout soit incertain *. Je dis qu'ils le veulent, car c'est le cœur chez eux qui trouble la tète, Dieu leur apparaissant comme souverainement gênant pour l'indépendance qu'ils rêvent.

Ils rêvent l'impossible : Méditait sunt inania. Le bon sens, le sens commun qui les presse au dedans et au dehors ne leur permeltrajamais de méconnaître, en tranquillité de conscience, la certitude où arrive la raison dans l'ordre nioral comme dans les autres ordres, et dans l'ordre moral à l'égard de Dieu, c'està-dire en matière de religion, aussi bien et plus que partout ailleurs.

Non, le bon sens ne le leur permettra jamais, car c'est surtout en matière de religion que la raison ne peut admettre l'incertitude. La raison n'est-elle pas la facuUé supérieure qui défend à l'homme d'agir sans savoir pourquoi? Comment donc lui permettrait-elle de vivre sans savoir pourquoi? C'est cependant ce qui aurait lieu, si l'homme était privé de certitude en matière de religion, puisque la religion n'est autre chose que la science de la fin dernière ou du pourquoi de la vie, La raison donc ne peut admett4:*c ici d'incertitude sans se renier elle-même.

Mais comment arrive-t-elle ici à la certitude? Voyez comment elle y arrive dans les autres sphères, et vous verrez comment elle y arrive dans celle-ci.

Comment la raison parvient-elle à connaître avec certitude les choses de l'ordre sensible?

Par le témoignage éprouvé des sens.

Comment parvienl-^Ue à connaître avec certitude les choses

1. Nous avons dit ailleurs que la négation de la certitude en matière de religion est la grande erreur de notre temps, l'erreur mère de la plupart de celles qui trompent aujourd'hui les hommes.' On peut l'appeler aussi Tépidémie dont sont atteints de nos jours une foule d'esprits « manifestement malades ». Si l'on exigeait de l'Académie des sciences qu'elle proclamât en faveur de toutes les théories, môme les plus absurdes, « le droit égal » d'être enseignées dans les établissements « publics », on la ferait sourire de pitié. La tolérance suffît à la sottise. Et Ton discute sérieusement s'il faut accorder, en pleine civilisation chrétienne, les mômes droits au paganisme, au boudhisme, au mahométisme, qu'à la religion chrétienne elle-même! La tolérance ne suffit-elle pas à la corruption?

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du monde iatérieur^ de ce monde que nous portons en nousmêmes?

Par le lémoîgnage éprouvé de la conscience. Comment parvient*elle à connaître avec certitude les choses du monde intellectuel?

Parle témoignage ou plutôt par l'éclat éprouvé de Tévidence. Demandez à l'homme raisonnable s'il peut y avoir des effets sans causes, si une œuvre magnifique et compliquée ne suppose pas un ouvrier? Demandez-lui si l'unité ou l'harmonie des cieax ne révèle pas une intelligence suprême ? Et partout et toujours, vous vérifierez ce mot du Psalmiste : I^s hommes de toute langue et de toute nation entejident le langage des deux. — Demandez à la raison si nous ne vivons que pour mourir, et si tout finit au cimetière; demandez-lui si le crime caché et la verlu méconnue seront éternellement enfouis dans la même fosse ; demandez-lui si le remords de la conscience, cette attente profonde de la justice de Dieu, n'est qu'un rêve : et la raison vous montrera toutes les générations humaines agenouillées aux pieds des tombeaux, parce que la justice est au delà. Mais comment la raison parvient-elle à connaître avec certitude les choses qui se passent au loin, au loin dans le monde, ou au loin dans le temps?

Par le témoignage des hommes, et par le témoignage irrécusable de l'histoire. C'est ainsi que nous ne sommes pas moins certains de l'existence actuelle de Pékin ou de Calcutta que ne le sont ceux qui ont visité ces villes, et que nous n'avons pas moins de certitude de l'existence passée dcNinivcet deBabylone, que de l'existence présente de Paris et de Constanlinople.

Enfin, comment la raison parvient-elle à la certitude sur les choses de la fin même de l'homme, sur le but de la vie, sur la justice attendue par toutes les consciences, sur Tobjet encore invisible de Tcspérance qui descend avec nous dans la tombe, sur les mystères de l'éternel avenir?

Comment y arriverait-elle sinon par le témoignage de Dieu? Ne faut-il pas habiter l'éternité pour nous en parler de science certaine ?

Oui, la raison qui s'assure des choses de ce monde parles témoins du temps, veut être assurée des choses* de l'autre monde par le témoin de Téternîté.

Elle le veut, elle dit pourquoi, et elle le dit de la même manière par la bouche du simple peuple et par l'organe des premiers génies de tous les siècles.

Que dit le simple peuple?

// faut venir de l'autre monde pour nous dire ce qui s'y passe.

Et que disent sur le même sujettes premiers génies de tous les siècles?

Ils disent avec Platon : Il faut que la Divinité nous en instruise*.

Zoroaslre, Gonfucius, Socrate, Aristote, Cicéron, Sénèque, pour ne citer que les maîtres de l'Orient, de la Grèce et de Rome, s'expriment ici comme la Bible, comme la Loi, comnie les Prophètes, comme l'Evangile, et ils appuient tous la certitude religieuse sur la parole divine transmise de génération en génération. Nous avons ailleurs cité leurs paroles', et nous ne les répéterons pas ici, mais nous constaterons de nouveau ce fait immense : que sur Dieu et sur les choses divines, la raison humaine, dans son état réel, positif, permanent et universel, veut entendre Dieu ' ; qu'elle demande ici le témoignage de Dieu, pour y adhérer par la foi ; et que la foi, malgré ses altérations accidentelles, n'en demeure pas moins un fait immuable comme la raison elle-même.

Nous n'ignorons pas que les libres penseurs appellent foi, l'adhésion qu'ils donnent à leurs propres idées sur Dieu et sur les choses divines; mais comment ces adorateurs de l'esprit humain ne s'aperçoivent-ils pas qu'en définissant ainsi la foi, ils outragent leur propre idole? D'un côté, ils font avec enthousiasme l'apothéose de l'humanité; de l'autre, ils renient la pensée de tous les siècles de l'humanité! Qu'ils cherchent un

i. Alcib., II.

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