LIVRE III, DOCUMENT CCLVIII. iOl
les Évèques ne fermeront pas les yeux sur le côté positif et les exigences de la vie réelle, et qu'en traitant des sujets qui toucheraient à la politique, ils n'oublieront pas ce qu'ils doivent à leur pays? Nous n'avons donné à personne le droit de suspecter notre patriotisme ; la religion, la voix du sang, l'intérêt même, tout nous commande la sympathie et le dévouement pour nos concitoyens, et tout nous engage à servir, dans la mesure de nos forces, leurs destinées terrestres. C'est un commun drapeau qui nous couvre, une commune loi qui nous protège ; nous vivons de la même vie et voulons être avec vous dans toutes les vicissitudes, à la peine encore plus qu'à la fortune. L'in* dépendance et la grandeur de la nation nous sont aussi chères qu'à vous : la France, c'est le sol que nos aïeux ont habité et qui garde leurs ossements avec leur souvenir et leur histoire ; c'est le coin de terre que vous honorez de vos travaux et de vos vertus, et où coulent, chaque jour, vos sueurs et vos larmes. Notre cœur y tient par toutes ses fibres. Le sentiment religieux nous y attache aussi, soit parce que Dieu même inspire aux hommes l'amour du sol natal et met le patriotisme au nombre de nos obligations, en nous prescrivant d'aimer nos semblables et surtout ceux qui nous sont plus proches, soit parce que nous trouvons dans notre pays une grande facilité pour pratiquer la religion et remplir les devoirs que la conscience nous impose. S'il est certains points où nous voudrions exprimer des regrets et des vœux, ce peut être l'objet de demandes et d'explications que vous ne refuserez pas d'entendre.
Du reste, nous ne TignoLons pas plus que vous, dans le milieu complexe et tourmenté où nous vivons, tout est matière ou prétexte k des réclamations contradictoires et à des préten* tions rivales, et nulle solution n'est entièrement satisfaisante ou durable. Aussi croyons-nous que, dans les affaires religieuses, il faut maintenir, malgré les imperfections qu'on y peut voir, les rapports de TÉglise et de l'État tels que le Concordat les a déterminés. Sans doute une mutuelle condescendance ne tranche pas les difficultés ; elle les assoupit, mais les laisse vivre, et Ton peut dire ainsi que la modération même a ses désavantages ; IV. 26
mais il n^est pas expédient non plus de tout surmener avec Timpuissant dessein de tout refaire, car Tàpreté du zèle aigrit les esprits et la violence ne finit rien. Ce qui est donc possible et plausible, c'est de s'en t^nir à de sages transactions gui garantissent suffisamment tous les intérêts et tous les droits essentiels, et c'est là que tend le patriotisme des Évèques. Ils sont disposés, autant que les hommes politiques peuvent l'être d'autre part, à ne point obéir à des ardeurs intempérantes, mais à mesurer leur action sur les circonstances et à faire prévaloir, dans le règlement des questions mixtes, ces tempéraments qui sont la condition delà marche correcte et prospère des choses humaines.
Enfin, nos très chers frères, ce qu'on a dit de l'entraînement avec lequel certain dogme serait voté d'acclamation par la majorité des Évêques étouffant ainsi la liberté de leurs collègues dont la conscience ne se trouverait pas tout de suite pénétrée des mêmes lumières irrésistibles, mérite à peine qu'on s'y arrête pour le réfuter. Le bon sens et l'histoire protestent contre ces insinuations mal venues et vaines. Si, pour les plus graves mo* tifs, l'Église juge qu'il faut vous imposer, sous peine de damnation étemelle, l'obligation de croire à l'avenir ce qu'elle ne vous avait pas demandé de croire jusqu'à présent, elle ne le fera point de manière à déconsidérer son acte, en le dépouillant des conditions qui peuvent le recommander à vos yeux. Elle n'édictera pas d'enthousiasme une peine aussi terrible que celle de Panathème, et cinq ou six cents Évêques, réunis pour délibérer sur des intérêts si graves, ne s'emporteront pas à les décider de haute lutte, en dédaignant d'écouter et de calmer, s'il y en a, des scrupules respectables et présentés avec modestie. Est-ce que l'Église a jamais manié les âmes avec ce sans-façon, et commencera-t-elle demain ?
Dans le Concile de Jérusalem, qui fut le premier des Gonciles et leur servit de modèle, on a délibéré, quoique tous les membres de cette auguste Assemblée fussent personnellement infaillibles, et tous ont pu dire leur avis, même après Tavis du plus autorisé. Un Concile œcuménique s'est tenu trois siècles plus tard, où il s'agissait de définir et de formuler la foi de