‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 256 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GCLVIIL · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GCLVIIL

«lent la société civile et les rapports de TÉglise et de l'État, -quelques-uns d'entre vous craignent qu'on ne les décide dans un sens opposé ans lois et aux mœurs politiques de l'Europe, et qu'on ne crée ainsi entre les devoirs du fidèle et du citoyen un antagonisme violent et douloureux. Il faut le reconnaître, bon nombre d'écrivains, quoique placés à des points de vue con- »iraires, se sont accordés pour éveiller ces alarmes et ont tout fait pour les nourrir et les répandre. Mais peut-être n'y a-t-il (là que des malentendus ; en ce cas, des explications plus complètes comme le Concile peut en fournir réussiront à les faire •cesser.

Au fond, que peuvent vouloir les Evoques rassemblés à Rome, de toutes les parties du monde, sinon servir la cause de l'Église et de la société? Quelle est leur doctrine sur les matières dont il s'agit? En ce qui vous concerne, par exemple, ils diraient sans doute que vous êtes une nation baptisée et -qu'ainsi vous appartenez à Jésus-Christ, que par conséquent ^os lois et vos mœurs doivent être chrétiennes, et, comme elles ne le sont pas assez, qu'il y a donc lieu de les corriger, en les rendant plus conformes à l'Évangile et par là même plus en rapport avec vos véritables intérêts du temps et de l'éternité. Partant de ces principes et de ces faits, ils ajouteraient probablement que la liberté de la presse, telle que vous l'avez faite, est un élément de dissolution universelle et qu'il importe de la -contenir dans de plus justes bornes; que la liberté des cultes, -étant souvent prise pour le droit légal d'outrager tous les cultes ^t de n'en professer aucun, doit être autrement entendue et pratiquée ; que la morale n'est pas un vain mot; qu il n'y en a pas deux, Tune privée et l'autre publique, mais une seule, laquelle nous oblige tous, individus et nations; qu'enFm le nombre et la force ne suffisent pas à tout justifier, et qu'ainsi tous encore, princes et peuples, ont besoin d'avoir raison pour valider leurs actes. Ce sont là certainement des vérités que vous n'ignorez pas et que déjà nous vous avons dites et répétées, sans vous blesser ni vous nuire. Mais cette fois, elles vous seront expliquées par le Concile avec plus d'autorité et de vigueur et

sans doute aussi avec plus de précision. Qu*avez-YOus donc & y perdre, puisque vous saurez mieux des choses dont la connaissance est pour vous un devoir et un intérêt de premier ordre ?

Mais, diles-vous, en appliquant ces principes aux détails de notre vie privée et sociale, on nous placera sous l'inspiration et la tutelle du clergé, et la théocratie est au bout d'une telle entreprise. Soyez sans peur, nos très chers frères : vous ne mourrez pas de cette maladie; vous n'en n'êtes pas atteints, et vous avez tout ce qu'il faut pour la prévenir. Bien des années s'écouleront avant que les soixante journaux que Paris voit éclore chaque matin et les douze mille volumes qu'il publie par an acceptent la censure ecclésiastique, et qu'ainsi la liberté de la presse vous soit ravie par vos Archevêques ; peut-être penserez-vous qu'il ne faut pas se donner le tort de craindre un péril aussi lointain. Il en est de même pour la liberté des cultes : vous n'attendez pas de nous saas doute que nous les mettions tous sur un rang d'égalité, puisque nous tenons l'un d'eux pour le meilleur et le seul vrai. Or, telle étant notre conviction et notre foi au sujet du Catholicisme, vous ne pouvez que nous trouver logiques, si nous vous pressons avec instance d'y adhérer et de vous y maintenir fidèlement. Est-ce donc à dire que nous allons combattre matériellement les autres cultes, en provoquant contre eux des mesures sévères et des décrets d'expulsion? En vérité, vous ne le croyez pas : nous sommes assez de ce siècle pour ne pas réclamer de telles choses, et vous en êtes trop pour les faire. Après comme avant le Concile, & côté des catholiques il y aura des dissidents, on peut le prévoir. Ainsi tout ce que vous nommez vos conquêtes vous restera. Loin donc d'appréhender que le Concile ne tranche violemment toutes ces questions délicates et ne règle tous ces détails épineux, plusieurs craignent au contraire qu'il ne trouve pas le moyen de vous aider efficacement à rendre sage la liberté de la presse et à établir en Europe Tunité si désirable des croyances religieuses.

Est-il besoin d'ajouter qu'en rappelant la règle et l'idéal,

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