‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 261 sur 536 · LIVRE m, DOCUMENT CCLXII. i · texte numérisé non relu

LIVRE m, DOCUMENT CCLXII. i

(10 novembre 1869)

Dans ane lettre pastorale, Mgr Dupanloup adresse d'affectueux adieux au clergé et an peuple. L'œuvre de l'Église au futur Concile, dit le Prélat, sera une œuvre de vérité et de paix : paix dans la vérité, paix dans la charité. L'auguste Assemblée ne s'occupera que du bien des âmes. Rappeler aux hommes les grandes vérités étemelles; rendre, s'il se peut, ces vérités encore plus claires et plus solides; défendre le dépôt sacré contre toute innovation, contre tout afifaibiissèment; rechercher les meilleurs moyens d'obtenir que ce qu'il faut croire soit effectivement cru, telle est la mission du Concile. Les Pères la rempliront par la charité, vertu de toutes la plus propre à préparer les voies à la vérité.

Mes très chers frères,

Je vous quitte pour me rendre à Tappel du Vicaîre de Jésus- Christ et pour me réunir, au Concile du Vatican, avec les Évéques de toute la terre.

Déjà je vous ai exposé quels grands desseins animèrent le Souverain Pontife, le jour où il conçut la pensée de pourvoir aux besoins spirituels des sociétés humaines, et de couronner les œuvres de son long et mémorable pontificat par la convo* cation de cette auguste Assemblée.

En France et dans tous les pays, les Évêqiies ont élevé la voix pour annoncer le Concile et en dire les motifs et le grand but; les mille échos de la publicité, qui font de la terre entière un lieu sonore où tout retentit, ont répété partout leur parole ; les ennemis mêmes ont servi d'organes pour la transmettre ; et maintenant, tous les habitants des pays civilisés, quels qu'ils soient, partagés peut-être entre Tamour et la haine, mais saisis bon gré mal gré de surprise et d'admiration, 'dirigent leurs regards et leurs pensées vers cette Réunion sans égale, que le successeur de Pierre, aussi pauvre que le batelier de Galilée et aussi courageux, convoque tranquillement, près de deux mille ans après la mort de son divin maître Jésus-Christ, & Rome, en face du Gapitole et du Forum, sur un sol menacé, mais au nom d'un pouvoir supérieur qu'il ne doit rendre et qu'il ne rendra qu'aux mains immortelles du Dieu vivant.

4ie LE CONCILE DU VATICAN.

Au moment de me séparer de vous, mes frères, pour aller prendre part aux travaux du Concile, je n'ai donc plus rien à vous expliquer, que je ne vous aie dit déjà, ou qui ne vous ait été beaucoup mieux dit par les instructions si solides et si élo* quentes des Évèques de France. Mais je cède au besoin de mon cœur en vous exprimant les sentiments qui le remplissent, rémeuvent, le font déborder, à l'beure des adieux, soit que je pense à vous, à TÉglise, à mon pays, soit que je médite à l'avance la portée de ce grand événement, le plus important) sans contredit, et le plus solennel qui se soit présenté à moi dans le cours d'une vie déjà longue, pleine do travaux et de combats, et maintenant bien voisine du terme où l'attendent les jugements de Dieu.

Lorsque saint Paul allait partir de Milet pour monter sur le navire qui devait le porter à Jérusalem, puis à Rome, il fit venir les anciens de l'Église d'Ëphèso qu'il avait longtemps gouvernée, et après leur avoir adressé des paroles sublimes, se rendant à lui-même un témoignage que les saints, au nombre desquels je ne suis pas, ont seuls le droit de répéter, il leur exprima en ces termes sa confiance et ses dernières recommandations :

« Les tribulations m'attendent. Mais je ne crains rien. Je n'estime pas ma vie plus précieuse que mon âme. Il me suffit que f achève ma course^ que je remplisse le ministère que j^ ai reçu du Seifffieur Jésus ^ qui est de prêcher r Évangile de la grâce de Dieu.

« Je sais que vous ne verrez plus ma face... C'est pourquoi, prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis... Je vous recommande à Dieu... à Celui qui peut achever fédifice que nous avons commencé^ et vous donner part à son héritage avec tous les saints.

« Puis il se mit à genoux et pria avec eux tous. Alors ils commencèrent à fondre en larmes, et se jetant au cou de Paul, ils l'embrassaient. Et ils le conduisirent jusqu'au vaisseau, se séparant avec beaucoup de peine. » Et le vaisseau fuyant avait disparu à leurs yeux, qu'ils le saluaient encore et priaient toujours.

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