LIVRE III, DOCUMENT GCLXII. il
qu'il parut dans le monde. Pierre et Paul ne firent pas entendre d'autre parole aux hommes.
L'Église Ta répété d'âge en âge. Damihi animas: voilà son cri en traversant le monde et les siècles.
Société sacrée des âmes, le saint Concile qu'elle assemble au Vatican n'aura point d'autre regard, d'autre but que les âmes : l'amour, le respect, le salut des âmes. Il n'a point d'armée, point de glaive, point d'appareil menaçant et meurtrier. Sa force est toute spirituelle, comme les âmes.
Son arme, c'est la parole de Jésus-Christ, c'est la persuasion évangélique, c'est la vérité, c'est l'amour.
Et quand vous entendez dire qu'il prépare des définitions et des anathèmes, rappelez-vous que cela ne veut dire qu'une chose : c'est qu'il s'adresse à la foi, à la raison, à la conscience, parlant à ces libres facultés, avec la précision et l'autorité qui lui appartiennent, justement parce qu'il ne se sert pas de la force, et parce que sa puissance est avant tout spirituelle.
Us vont donc se réunir, ils sont en marche de tous les points du globe vers le centre delà société des âmes, les chefs de cette société spirituelle et immortelle, ces désarmés, ces pacifiques, travaillés de pensées de paix, et apportant aux hommes de tous les pays et de toutes les races les deux grandes conditions de la paix : la vérité et la charité.
Il y en a qui les redoutent, qui les suspectent, qui les accusent de vues mesquines ou de projets violents.
Ah! je me sens humilié de toutes les petites conjectures qui naissent parmi les hommes à l'approche de ce Concile. Croyants et incroyants semblent quelquefois rivaliser ici de naïve ignorance et d'inexplicable effroi.
Vraiment, nous attachons trop d'importance aux tumultes du lieu et de l'heure où nous sommes. Pour Dieu qui est éternel, et pour l'Église avec laquelle il demeure jusqu'à la consommation des siècles, un contiaent est une province, un siècle est un jour. Héritiers de la vérité et de l'éternité, ne soyons pas si préoccupés de notre province et de notre minute. Après trois cents ans, le Concile de Trente régit encore nos destinées spiri-
AiA LE CONCILE DU VATICAN.
tuelles. Nous allons travailler pour des âmes qui ne sont pas encore sur la terre, et pour des temps où tout ce qui vit, hommes, trônes, constitutions, partis, écoles, renommée» coutumes, aura été jugé de Dieu, et ne sera plus. Nous avons les yeux fixés sur le présent, mais plus encore vers Tavenir. Voilà pourquoi nous sommes au-dessus des éphémères pensées et des vaines querelles.
Assemblée véritablement œcuménique, représentant non une nation, noa une race, non un continent, mais le monde» mais l'humanité; non des intérêts locaux, particuliers» transitoires, mais les intérêts généraux et permanents de TAme humaine, tel sera le grand et rassurant spectacle de catholicité et d'unité que le Concile donnera aux hommes.
Oui, parmi les divisions profondes qui troublent les individus et les peuples, au milieu du doute, de la critique et des écoles en ruines, TÉglise nous prépare la sublime vision de Tunité ; de même qu'au lendemain des batailles, des épidémies, des crises violentes et de toutes les misères morales et matérielles, elle nous garde encore la sublime vision de la charité.
Rappelez-vous, mes frères, les faits récents :
Il y a quinze ans. Pie IX parle, et les Évêques, sur tous les points de la catholicité, à Vienne, à Cologne, à Madrid, à Lyon, h Dublin, à Smyrne, à Baltimore, partout, au fond des conti* nents, dans les îles les plus lointaines, et jusque dans les missions du bout du monde, parlent avec Pie IX, en l'honneur de la Mère immaculée du Sauveur.
Puis Pie IX souffre, et aux Évêques se joignent les prêtres, les fidèles, les pauvres, les ouvriers, les petits enfants, pour assister le Vicaire du Christ dans son auguste indigence, pour offrir des prières, des ressources et du sang.
A l'image de Pie IX, les Évêques souffrent dans presque toutes les contrées de l'Europe, et l'écho de vos sympathies porte en tous lieux la gloire et l'émotion de tant d'épreuves. Le monde n'a jamais vu pareille union dans l'amour, ni pareille unanimité dans la doctrine. Nos ennemis mêmes, quand ils touchent à l'Église, à Rome ou à Madrid, à Varsovie ou à Damas,