LIVRE III, DOCUMENT CCLXII
la charité? Voilà le programme et l'objet du Concile, et quand vous entendez dire que les Ëvèques s'occuperont des erreurs contemporaines et de l'état des sociétés modernes, cela ne veut pas dire autre chose.
Les erreurs contemporaines, nul ne le peut nier, voilà la source des maux profonds de ce siècle.
Après quarante ans de sacerdoce et vingt ans d'épiscopat, mêlé de près aux hommes, aux événements, aux confidences, je connais mon temps et je ne le calomnierai pas si je dis qu'il a, nonobstant les lumières dont il est justement fier, ses ténèbres et ses défaillances.
Je ne viens pas sonder ici les plaies vives de notre époque : le Saint-Père l'a fait, lorsque, posant sa main sur le cœur de la société contemporaine, il a senti, à ses mouvements irréguliers et tumultueux, qu'elle était malade et qu'il fallait tenter un grand effort pour la guérir. Mais qui pourra se récrier si je dis que la grande cause de nos souffrances, ce sont nos erreurs?
Jamais, gardez-vous, mes frères, de le croire, les grandes erreurs ne sont inoffensîves. Si votre œil est ténébreux, a dit Notre-Seigneur, tout votre corps est dans les ténèbres; et vous allez de chute en chute, vous égarant à chaque pas.
Voilà pourquoi l'Église, ayant reçu de son divin Fondateur une mission de conservation et de salut, a reçu pour la remplir une mission de vérité.
La vérité est la lumière, la vérité est la voie, la vérité est la vie.
Nous périssons, individus ou peuples, quand nous ne sommes pas dans les conditions de la vérité.
Eh bien, sans parler ici directement de l'ordre politique et social, qui ressent les contre-coups de toutes nos déviations et de tous nos troubles, n'est-il pas vrai que ce siècle est en proie à un immense malaise, à une profonde incertitude, dans Tordre intellectuel, moral et religieux?
Pourquoi? parce que, et c'est là sa plaie fatale et mortelle, il lui manque la lumière et la vie d'en haut.
Et la lumière et la vie d'en haut lui manquent, parce qu'il se détourne de la source unique de ces biens, la sainte Église catholique, à qui Dieu en a confié le dépôt sacré sur la terre.
Et il s'en détourne, parce que des nuages l'ont voilée à ses yeux ; parce que mille sophismes ont enveloppé l'atmosphère ; parce que des préventions, des malentendus, venus de causes multiples, ont égaré les esprits et irrité les cœurs.
Ahl c'est là ce qui navre nos âmes, à nous, Évèques catholiques du XIX* siècle, quand, sachant par la foi que toute vérité et toute charité sont dans l'Évangile, et par l'histoire ce que l'Église a fait pour la société, pour toutes les classes d'hommes, pour le peuple en particulier; ce qu'elle a mis de dignité, de justice, d'amour dans les institutions, les lois, les mœurs; ce que lui doivent les sciences, les arts, et cette superbe raison humaine elle-même, nous voyons cependant cette sainte Églisede Jésus-Christ tellement méconnue, travestie, calomniée, qu'aujourd'hui c'est la haine qu'on est parvenu à souffler contre elle dans les cœurs d'une foule de nos contemporains, à tel point que la servir, et avec elle toutes les saintes causes qu'elle bénit et qu'elle protège, c'est une injure dans le langage de la presse quotidienne et de certaines assemblées populaires. Et en même temps qu'où cherche à consommer ce divorce ingrat et funeste entre les peuples et l'Église, d'autres, dans de plus hautes régions, le proclament nécessaire au nom d'une science révoltée et séparée. Voilà, mes très chers frères, ce qui fait aujourd'hui ma douleur profonde et me met au cœur, comme disait saint Paul, un continuel gémissement : Continuus cordidolor!
Eh bien, c'est pour cela que l'Église s'assemble. Parce que des griefs sans cause, des haines injustes, des malentendus déplorables, éloignent d'elle ce siècle; et parce que, dans cet éloignement, la lumière et la vie d'en haut se retirent des hommes, et que les vérités ont diminué sur la terre, et que le torrent des erreurs menace tout.