‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 268 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CGLXII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CGLXII

Et comme, au moment des inoudations, les hommes emportent ce qu'ils ont de plus précieux et se retirent sur les hauteurs, mettant d'abord en sûreté les semences, qui féconderont la terre après la retraite des eaux, de même les Évèques, pasteurs des peuples, se réunissent, dans le lieu élevé et inaccessible aux flots de Terreur, à Rome, pour déposer comme dans une arche d'alliance les tables de la loi sacrée. Et c'est là que, après la tourmente, quand les eaux écoulées laisseront apercevoir le sol bouleversé et peut-être couvert de ruines, les hommes qui auront échappé au cataclysme viendront, pour ressemer leui;s champs ravagés, redemander les germes féconds de l'avenir.

Aussi jamais œuvre ne fut plus obligatoire, et peut-être, malgré le puissant obstacle des malentendus et des préventions, plus facile.

Car cette lumière et cette vie d'en haut, que ce siècle ne veut pas recevoir de nous, nulle autre main ne les lui offre. Nulle doctrine, nulle force morale, nulle religion n'a surgi et ne surgira dans le monde pour prendre la place de l'antique Christianisme.

Siècle grandiose, plutôt que grand, il a tout remué, tout cherché; et il souffre, voilà la vérité!

Ah! que d'âmes invoquent tout bas, par la voix de leurs souffrances. Celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés, et je vous reposerai ! »

Combien d'intelligences lui crient, par la voix de leurs égarements : Jam advesperascii, mane nobiscum : « Le soir vient, il fait sombre, demeurez avec nous ! »

Combien, fatigués de leurs vains efforts, lui disent avec Pierre : « Seigneur, à quel autre irions-nous? Vous seul avez les paroles de la vie étemelle. »

Ce monde viendra donc à nous, et il ne viendra qu'à nous. L'excès même des maux en prépare le remède ; car l'expérience a ses salutaires enseignements, et on peut entrevoir, à plus d'une sinistre lueur, ce que le Christianisme, disparu ou amoin'dri, laisserait dans une société sceptique, et ce qui des bas-fonds d'un peuple impie pourrait monter à la surface.

Ne marchons-nous pas déjà sur un sol semé de débris? D*autres siècles ont été plus éprouvés que le nôtre, aucun peut-être n'aura été semé de plus de vicissitudes et témoin de plus d'écroulements. Sans doute, les enfants d'Adam ont toujours porté à travers la vie un esprit agité et un cœur inquiet. Mais, en ce siècle, les lois, les trônes, les sociétés, les sciences, les arts, les industries, les corps, la matière elle-même, sont entrés dans un mouvement qui est venu rendre plus vive encore et plus universelle Tagitation native des habitants de la terre. Gardons-nous de tout condamner pêle-mêle dans ce redoublement d'activité, dans cette marche en avant. J'ai comparé ce siècle au siècle du Concile de Trente, et j'ai trouvé les armées moins oppressives, les lois plus équitables,* le clergé plus pur, les petits mieux protégés, les indigents mieux assistés, les esclaves affranchis. Je ne calomnie donc pas mon temps, quand je le nomme le siècle de l'agitation et du changement, et par une conséquence nécessaire, dès bouleversements et des ruines.

Or, pendant que tout change, il importe que la vérité ne change pas. Plus le reste vacille et tombe, plus il importe qu'elle demeure stable, inébranlable, comme Celui de qui elle vient.

0 vous, qui nous accusez d'être immuables, comme elle vous est bonne, notre immobilité! Que deviendriez-vaus sans elle? Que deviendrait celui qui q^arche, si le sol marchait avec lui? Que professeraient les philosophes, si nous ne maintenions, au-dessus de tous les systèmes qui changent, avec les grandes croyances chrétiennes, le vrai, le grand patrimoine du genre humain, l'âme. Dieu, la vie future, le bien et le mal, la liberté, le salut? Que n'oseraient pas les législateurs, sans cesse occupés à remanier les lois et les défenses, si nous ne maintenions, audessus des régimes qui se succèdent, les grands principes de la charité, de la justice et de l'égalité chrétiennes? Que deviendraient les mœurs, submergées par lïnondation de la mauvaise presse, du mauvais théâtre et du mauvais exemple, si nous ne maintenions, au-dessus des écoles et des familles, ces préceptes forts, clairs et purs de la moralité chrétienne, qui usent peu à

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