LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX
cœur et en tremblant. Quant à VUnivers, il a bien sur la conscience, je ne le nie pas, quelque vieux péché : il prit trop à cœur la question des classiques, il Toutra ; bientôt après pourtant il sut se contenir dans de justes limites. Son erreur mémo fut peutrètre utile, car pour redresser Tarbre bien courbé déjà, il faut le pousser vigoureusement dans le sens opposé. Quand Rome eut parlé, il se soumit sur-le-champ, entièrement. Plus tard, dans le désir de voir un puissant Neptune arrêter les éléments furieux déchaînés en 1848, il fit de la propagande bonapartiste, mais après il s'attira des avertissements, des condamnations, des amendes, et finalement, pour avoir publié une bulle pontificale, une suppression de sept ans. L'écrivain qui dirige, qui inspire le journal est demeuré pauvre, il n'est rien dans le monde politique, il n'est pas même académicien ; il ne porte pas à la boutonnière l'inévitable ruban rouge.
Un homme donc qu'amis et ennemis reconnaissent pour le premier peut-être des polémistes françcds, un homme qui a su renoncer à tout pour demeurer fidèle à ses convictions, qui justifie ces convictions par sa vie, par son inébranlable constance, cet homme mérite, ce me semble, le respect et, lorsqu'il se trompe, la charité, qui dans ce cas est simplement de la justice.
V« Premières nosTmiTÉs. — Rome, Munich, Paris, Londres.
Il est fort difficile de dire quel journal a engagé le premier la présente lutte. On en accuse la Civiltà; mais, bien avant elle, les journaux impies de l'Italie, les journaux français, belges et anglais, plus perfides et plus agressifs, ont égaré le jugement de la foule ignorante, et publié à son de trompe les choses les plus étranges à propos de l'infaillibilité pontificale. A notre avis le silence eût été préférable; mais aujourd'hui il n'est plus possible. Un jour, un Français envoya à la Civiltà une correspondance où il était parlé avec quelque chaleur de la définition de cette infaillibilité. Et, comme ce sont toujours les primipiles qui reçoivent les premiers coups, voici qu'aussitôt la revue
romaine est violemment attaquée par YAllgemevie zeitung d'Augsbourg et par le Français de Paris, pour ne citer que ce journal français. Les articles du journal allemand n'étaient point signés; Topinion publique et les Historisch-politische Bldtter les attribuèrent au chanoine Dœllinger ; et celui-ci garda le silence. Ceux du Français parurent sous le nom d*un avocat parisien, Beslay ; mais tout le monde s'accorde à dire que le signataire n'en était point le principal auteur, qu'il était simplement un prête-nom : à la véhémence du style, à la concision du tour, on y devinait plutôt Mgr TËvéque d'Orléans. La Cimllà répondit à M. Beslay; le Français et sou frère aîné, le Cotrespondant, se turent pendant quelque temps. Enfin, ce dernier publia le Concile, article anonyme mais que l'on sait être du princo de Broglie; on y proposait, dans un flux de doucereuses paroles, de changer immédiatement, à l'amiable, la forme du gouvernement de l'Église, do le rendre aristocratique au lieu de monarchique. Plus tard, le Français fit paraître l'article que nous examinons.
Cependant on n'était resté inactif ni à Munich, ni sur le Rhin, ni à Paris, ni à Londres. Munich donnait le Janusimjtrimè à Leipsick sans nom d'auteur, les Bemerkungen éditées. Dieu sait où, probablement à Munich même. De cette dernière ville et de Paris, le mouvement s'étendit le long du Rhin, gagna la Bohême et la Hongrie. On vit paraître tout uu essaim de brochures, d'appendices, d'articles, d'adresses, de lettres presque toutes anonymes ou pseudonymes, car dans cette ténébreuse intrigue les noms font presque partout défaut, si ce n'est à Londres. Là, on y met plus de franchise. Honneur à nos adversaires anglais ! A l'exception d'un seul, leur chef, tous se présentent avec leur vrai noçi; ils disent ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent.
Malheureusement ce sont trois convertis, admis inconsidérément dans le sein de l'Église, et habitant hors de l'Angleterre, je crois; ils s'appellent: Le Page Renough, Ffoulkes, Oxenham. Le premier tira du sépulcre le Pape Honorius, le second tous les Papes depuis mille ans, le troisième se fit l'écho fidèle du Ja»vus